opened sky (1)

Je n’avais à priori pas l’intention d’aller tout en haut de la nouvelle tour Shibuya Scramble Square, car le prix de la visite est assez élevé pour une simple vue sur Tokyo depuis les hauteurs d’un building, mais je ne regrette pas d’y être allé. Ma curiosité aura été trop forte, d’autant plus que de bonnes conditions se présentaient pour y aller sereinement. J’y suis allé en semaine, plutôt que le week-end, pendant ma semaine de congé, ce qui m’a permis d’éviter la foule. La période actuelle où il n’y a aucun touriste à Tokyo est très particulière et ne se représentera peut être jamais. La météo n’étant pas clémente pendant la saison des pluies, les journées où la pluie n’est pas au programme sont assez rares et je profite de la seule journée de beau temps qui s’annonce dans la semaine pour me décider à y aller. Il n’y a pas grand monde en haut de la tour (une vingtaine de personnes tout au plus) et encore moins dans l’ascenseur qui nous amène au toit à partir du 14ème étage de la tour. Il y a en fait plus de gardes en haut de la tour que de visiteurs. J’imagine qu’en temps normal, ça doit être la bousculade. L’effet est saisissant quand les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le toit, car toutes les parois sont vitrées et placées directement dans la prolongation des quatre façades du building. Depuis le toit de Shibuya, on doit avoir une des plus belles vues qui existent de Tokyo, celle de la première photographie du billet où l’on peut apercevoir le gymnase olympique de Kenzo Tange, datant de 1964 mais fraichement rénové pour les Jeux Olympiques de 2021 qui j’espère auront lieux. Derrière le gymnase, s’étend le parc Yoyogi et la forêt entourant Meiji Jingu et plus loin au fond, la barrière d’immeubles de Nishi-Shinjuku. On aperçoit également au premier plan, le nouveau parc en hauteur de Miyashita avec espace vert, terrain sportif, piste de skate board et un nouvel hôtel tout au bout.

Le morceau I Think I’m Falling de l’artiste hip hop Kohh est tellement addictif que je peux l’écouter en boucle plusieurs fois sans m’en lasser. Je n’ai pourtant pas encore passé le pas d’écouter l’album en entier car j’ai l’impression de ne pas encore avoir épuisé ce morceau là. Il s’agit du sixième morceau de son dernier album intitulé Worst et sorti un peu plus tôt cette année. C’est un des mes morceaux préférés de cette année, bien qu’il soit sorti l’année dernière, bien en avance de l’album. Je connais Kohh depuis sa collaboration avec Utada Hikaru sur un des morceaux les plus sombres de son album Fantôme, Bōkyaku (忘却 – Oubli).

amor fati

Passage très rapide devant la gare de Harajuku. Cette partie du quartier change de visage petit à petit. Après la construction de la nouvelle gare, qui n’est pas très intéressante visuellement, un nouveau building appelé With Harajuku vient d’ouvrir ses portes en face. On y trouve principalement les magasins Ikea et Uniqlo, entre autres. Le bâtiment est assez élégant avec ses ouvertures serties de bois, mais on peut se poser la question de la pertinence d’un magasin Ikea à cet endroit et d’un nième nouveau magasin Uniqlo à Tokyo. D’autant plus qu’Uniqlo vient d’ouvrir un nouveau ‘flagship store’ à Ginza sur plusieurs étages de l’ancien building du Printemps, Marronnier Gate Ginza 2. Le design intérieur de ce magasin de Ginza est le travail des architectes suisses Herzog et De Meuron. Les architectes ont creusé dans les étages et laisser les poutres de béton apparentes. Ça semble très intéressant à voir, d’après les nombreuses photos que j’ai pu déjà voir sur Instagram. C’est d’ailleurs la course aux photos sur Instagram lorsqu’il s’agit d’architectes stars déjà très connus à Tokyo pour leur bâtiment de verre Prada à Omotesando. J’avoue que je suis aussi très curieux d’aller voir cela, mais je vais certainement laisser passer la vague pour éviter une possible foule. C’est très reposant de ne pas se sentir obligé d’y aller tout de suite, et d’attendre que cet intérieur de bâtiment soit déjà tellement vu sur le web qu’il finisse par ne plus intéresser grand monde.

Passage très rapide devant la forêt. Je ne veux pas parler de la forêt de Yoyogi assez proche, mais du Department Store Laforet dont je montre une photographie de la façade courbe tout en haut de ce billet. Les affiches publicitaires montrent d’étranges vêtements rouges. Ces tenues avant-gardistes me rappellent les photos de jeunes créateurs ou créatrices à Harajuku, qui rivalisent d’originalité dans leurs tenues et que l’on peut voir sur le compte Twitter Tokyo Fashion. Je n’ai aucune connaissance dans le domaine de la mode, mais j’apprécie regarder les photos qui y sont publiées. Certains créateurs nous montrent des vêtements à tendance cyberpunk que je trouve très en avance sur leur temps. Je ne marche pas souvent sur la grande avenue d’Omotesando ou dans les rues de Harajuku et je n’aperçois que rarement ce genre d’excentricités vestimentaires. J’associe la photo de ce personnage rouge un peu bancae avec la vue oblique de rue sur la deuxième photographie du billet.

Passage très rapide devant la galerie GA. J’aime beaucoup le bâtiment de béton de GA Gallery situé près de la station de Kitasando et que je montre ici sur la troisième photographie du billet. GA Gallery date de 1974 et fut conçu par Makoto Suzuki et Yukio Futagawa. Rien qu’en regardant le bâtiment de l’extérieur, on se rend compte de suite qu’il a vécu. La marque du temps est venue s’imprimer sur la surface du béton, ce qui lui donne une beauté certaine. La rudesse et la brutalité du béton se trouve amenuisée par la verdure dense de cet arbre posé au milieu d’une petite cour intérieure. Je suis déjà venu voir des expositions dans cette petite galerie qui est exclusivement consacrée à l’architecture, mais cette fois-ci, je passe rapidement faire un tour d’horizon de la librairie au premier étage. J’y cherche distraitement le livre Encounters and positions: Architecture in Japan, dont je parlais précédemment dans mon billet sur Azabu Edge de Ryoji Suzuki. Distraitement, car j’étais pratiquement certain de ne pas le trouver en vente ici, mais le chercher était un prétexte pour venir revoir cette galerie que j’ai déjà pris plusieurs fois en photo. Cette galerie est affiliée au magazine sur l’architecture contemporaine GA (Global Architecture). Du photographe Yukio Futagawa, je possède un livre de photographies de sa série Residential Masterpieces (le 12ème) sur deux résidences dessinées par Tadao Ando: House in Sri Lanka et House in Monterrey. Il s’agit d’un photo book de grande taille permettant d’apprécier à la fois la qualité architecturale des oeuvres de béton de Tadao Ando et la qualité photographique du rendu que Yukio Futagawa en fait. Tout près de GA Gallery, un peu plus bas sur la pente, on trouve une petite maison biseautée en béton près d’un minuscule jardin public. Plutôt que d’essayer de prendre l’ensemble en photographie, je me concentre plutôt, une nouvelle fois, sur le contraste entre le vert des quelques plantes posées au pied des marches, et l’uniformité grise du béton. Un peu plus loin encore, en direction de Harajuku, je tombe par hasard sur les bureaux de Wonderwall du designer Masamichi Katayama. La porte d’entrée noire est surdimensionnée et on ne voit rien de l’intérieur. Il s’y cache pourtant un immense ours blanc, qu’on pouvait voir dans une exposition dédié au designer à Opera City à Shinjuku en Avril et Juin 2007. Je n’avais pas pu voir l’exposition, mais je me souviens bien de cet ours et de quelques autres objets que Katayama collectionne, comme par exemple une guitare d’Ichiro Yamaguchi.

Eloignement passager de la musique japonaise. Pendant ma petite semaine de congés sans aller nullepart ailleurs que Tokyo, nous avons quand même fait un passage rapide au magasin géant Ikea de Kohoku. Rien de tel comme exercice de ‘zenitude’ que de marcher pendant deux heures en zigzag sur les deux étages du magasin en voyant toujours les mêmes objets se répéter sans cesse. Au bout d’une heure de marche, on arrive à se déplacer dans un état d’abstraction qui nous extrait de l’environment qui nous entoure. En fait, je me mets à rêver à divers choses tout en poussant machinalement le caddie, mais en faisant parfois quelques pauses en touchant aux choses (et en se désaffectant les mains immédiatement après avec une solution hydro-alcoolisée portable). Comme le magasin reconstitue souvent des modèles de pièces toutes équipées suivant un style particulier, je m’imagine souvent y vivre pendant quelques minutes. Dans plusieurs des ces pièces, on pouvait trouver une petite enceinte digitale proposant 4 ou 5 morceaux se jouant en continu en démonstration. Par curiosité, je sélectionne le morceau Freelance de Toro y Moi qui se joue très fort dans la pièce. On pouvait régler le son mais je le laissais fort car il n’y avait pas foule dans le magasin. A chaque fois que je tombais sur cet appareil dans un autre coin du magasin, je rejouais ce morceau qui a fini par se graver dans ma mémoire. C’est un morceau de synth-pop très ludique et accrocheur. En revenant à la maison, je me décide à écouter l’album entier Outer Peace de Toro y Moi, alias Chaz Bear, sorti en Janvier 2019. Dès le premier morceau, j’y trouve une ambiance estivale qui me console un peu des vacances qu’on ne passera pas en France cette année faute de ne pas pouvoir sortir du territoire japonais. Je suis surpris par la qualité générale de cet album que j’avais complètement loupé à sa sortie. La plupart des morceaux sont interprétés par Chaz Bear, dont j’aime beaucoup le chant plutôt nonchalant (matérialisé par la dernière phrase des paroles du troisième morceau Laws of the Universe), mais on y trouve également plusieurs invités que je ne connaissais pas, notamment une certaine ABRA sur le superbe quatrième morceau Miss Me. J’avais déjà un morceau de Toro y Moi de son premier album de 2010 dans ma librairie musicale iTunes, mais je n’avais pas suivi sa musique jusqu’à ce dernier album de l’année dernière. En parcourant sa fiche sur Wikipedia, j’apprends que ce musicien californien est proche d’un autre musicien américain, Washed Out alias Ernest Greene, dont je connais quelques morceaux qui m’avaient marqué à l’époque: Eyes Be Closed et Amor Fati de son album Within and Without de 2011. Le premier morceau a beaucoup de volume, on a l’impression de survoler une plage sud asiatique comme dans le film The Beach (mais sans Moby). Le style chillwave de l’album dans son intégralité me plait beaucoup, tout autant que la couverture de l’album. J’y trouve également un petit quelque chose d’estival qui me fait un peu oublier la pluie incessante qui commence à nous taper sur les nerfs. J’utilise le titre du troisième morceau de l’album, Amor fati, comme titre de mon billet. Ce sont des mots latins introduits par le philosophe allemand Nietzsche qui signifient l’amour du destin ou plutôt l’acceptation de son propre destin. Ces termes font d’ailleurs échos à la série allemande Dark dont je dévore actuellement les trois saisons sur Netflix. L’acceptation du destin est certainement le thème principal de cette série complexe qui nous trimballent entre les époques. On essaie de ne pas se perdre en route. C’est une tache ardue mais passionnante. J’en suis à la moitié de la troisième et dernière saison.

where did you last see the daylight

Je savais que je serais amené à écouter l’album solo de Kim Gordon, No Home Record, un jour ou l’autre, mais il me fallait attendre le bon moment. J’ai mis un peu de temps à me décider car il est sorti l’année dernière. Je l’écoute désormais depuis quelques semaines. Je ne savais initialement pas trop à quoi m’attendre, mais je ne me doutais pas qu’il serait aussi intéressant. J’aurais dû pourtant m’en douter car j’aime en général beaucoup les morceaux qu’elle interprète dans Sonic Youth car ils ont tendance à bousculer les formats classiques des morceaux de rock. Les expérimentations sonores sont quasi omniprésentes dans les morceaux de cet album. Sur plusieurs d’entre eux, on retrouve un son rock qui rappelle celui de Sonic Youth, mais l’album part vers d’autres styles avec des morceaux introduisant une dose de rythmes et de sons électroniques, comme Paprika Pony jouant avec des sonorités d’Asie du Sud ou Don’t play it avec ses répétitions obsessionnels et ce son de percussion qui crachote. L’alternance entre les styles fonctionnent étonnamment bien. Un morceau comme Cookie Butter n’est pas sans me rappeler les premières heures de Sonic Youth, notamment à la fin du morceau faisant intervenir des bruits proches de ceux d’un atelier de bricolage. La toute fin de ce morceau ressemble à un ponçage de parquet, qui aurait tout de même la bonne idée de rester mélodique. D’une certaine manière, la voix de Kim Gordon est également expérimentale, car elle est très atypique. Les morceaux sont y souvent parlés, composés de phrases courtes comme des énumérations, mais savent aussi partir tout en puissance comme sur le morceau très sombre Murdered Out. La voix de Kim Gordon semble nous interpeler à tout moment et l’écoute force donc à l’attention. Ce n’est pas un disque qu’on écoute pour s’apaiser avant de se coucher le soir.

un parapluie qui tue le soleil

Un point positif de cette crise, si je puis dire, est d’augmenter pour moi les occasions de marcher le week-end pour compenser le manque d’exercice dans la semaine en raison du travail à distance depuis la maison. La période de la fin du mois de Mai et du début Juin était même des plus agréables pour marcher masqué à pas rapides tout en évitant habilement les autres passants afin de garder une bonne distance pour raisons de sécurité. Il m’arrivait donc de changer subitement de trottoir ou de faire semblant de rester naturel en me forçant à marcher lentement derrière un groupe de personnes bouchant un trottoir étroit sans accès immédiat sur la route. Il faut savoir parfois prendre son mal en patience jusqu’à la prochaine bifurcation de route qui permettra de reprendre son rythme de croisière. Je marche à pas rapides pour justifier que cette marche en ville avec appareil photo soit en fait une activité sportive contraignante. Je ne suis pas contraint de faire un rapport sur le nombre de kilomètres parcourus et il ne s’agit en fait pas d’une contrainte car j’aime de toute façon marcher au hasard des rues, même sans appareil photo, même sans musique même si c’est mieux avec, même en connaissant ces quartiers par cœur. La saison des pluies qui vient de commencer depuis quelques jours contraint grandement mes parcours dans les campagnes urbaines. La série ci-dessus se passe quelque part à Ebisu et vers Azabu-Jūban. Elle date déjà de quelques semaines, mais on ne constate heureusement pas l’anachronisme entre mes billets. D’ailleurs, il y a plus de dix années d’écart entre certaines photographies publiées dans le billet précédent. Pour aller en direction d’Azabu-Jūban, je passe cette fois-ci un peu par hasard devant le grand portail vert foncé de la résidence de France à côté de l’ambassade. L’année dernière, Mari et moi étions allés, une fois n’est pas coutume, aux festivités du 14 Juillet à l’intérieur de cette résidence. Il est fort à parier qu’il n’y aura pas de réception cette année. Un peu plus loin, je me perds volontairement dans les rues de Minami Azabu entre la rue Sendaizaka et la rue Meiji jusqu’à Furukawabashi, pour tomber par hasard sur un petit temple appelé Shōnenji (称念寺). Il se trouve au bout d’une petit rue en pente. Lorsque l’on passe l’entrée, on peut apercevoir des rangées de tombes à l’ombre de plusieurs grands pins. Le temple se cache derrière une dépendance plus récente couverte de plaquettes de bois. L’enceinte du temple est coincée au milieu d’une zone résidentielle, mais lorsque l’on entre à l’intérieur, on oublie assez vite les maisons tout autour. On ne les aperçoit d’ailleurs pas depuis l’intérieur du temple, ce qui donne le sentiment éphémère d’être entré dans un autre univers à l’écart de la ville. Même si je connais assez bien ces quartiers pour y avoir vécu il y a très longtemps, il reste pour moi de nombreux lieux cachés dans cette campagne urbaine. Je n’ai d’ailleurs pas encore trouvé le petit étang où l’on peut pêcher. Ce n’est pas un endroit que je recherche activement, il ne doit pas être très difficile à trouver, mais j’y pense à chaque fois que je passe dans ces rues. En levant les yeux vers le ciel, on aperçoit les longues traînées blanches de l’escadrille Blue Impulse. Ils faisaient deux tours dans le ciel de Tokyo pour remercier le travail sans relâche du personnel hospitalier. Cela faisait apparemment 6 ans qu’ils n’avaient pas fait une telle démonstration. C’était à l’occasion du dernier jour de l’ancien stade olympique avant sa destruction, pour être remplacé par le nouveau stade conçu par Kengo Kuma.

Images extraites des vidéos sur YouTube des morceaux Goodbye Train (グッバイトレイ) par Ryukku To Soine Gohan (リュックと添い寝ごはん) sur leur album Seishun Nikki (青春日記) et Aoi Zanzou (アオイ残像) par Namida Ai (なみだ藍) sur l’album Taiyou Korosu Umbrella (太陽殺すアンブレラ).

Les méandres de l’internet me font découvrir un blog intéressant intitulé This side of Japan dédié à la musique japonaise dans une variété de genres allant du rap au rock indépendant, en faisant quelques écarts vers des horizons plutôt pop. Ce blog écrit par Ryo Miyauchi en anglais est tout jeune car il a démarré le 31 décembre 2019. Il ne comprend que quelques billets pour l’instant mais son dernier billet évoquant un certain nombre de jeunes groupes japonais de rock indé m’a tout de suite intrigué. La sélection est très intéressante dans son ensemble et la plupart des groupes me sont inconnus. Je noterais particulièrement deux morceaux que j’aime beaucoup pour leur énergie. Sur le morceau Goodbye Train グッバイトレイン du groupe Ryukku to soine gohan リュックと添い寝ごはん, on est tout de suite happé par l’énergie adolescente qui s’en dégage. J’aime de temps en temps ces petits instants musicaux plein d’insouciance, comme semblent l’être les trois membres du groupe en voyage sur les plages du Shōnan devant la presqu’île d’Enoshima et à quelques pas de la ligne de train Enoden. L’ambiance de cette vidéo a certainement dû jouer sur mon appréciation générale du morceau et m’a poussé à l’écouter plusieurs fois. Il s’agit de rock indé avec des accents pop que je trouve assez typiques des groupes rock Japonais, mais l’impulsion que donne le groupe sur ce morceau est communicative en plus d’être bien exécutée musicalement. Il s’agit d’un tout jeune trio dont les membres ont entre 18 et 19 ans, et qui a donc l’avenir devant lui. L’autre morceau de rock indé que je découvre s’intitule Aoi Zanzou アオイ残像 par la compositrice et interprète originaire de Kagoshima, Namida Ai なみだ藍. Ce morceau démarre également au quart de tour sur un riff de guitare que je trouve là encore assez typique de ce que le rock indé japonais peut créer. Le morceau nous emmène sans faiblir et on se laisse facilement accroché par le rythme qu’il nous impose et par cette voix voilée un peu particulière et légèrement imparfaite par instants. Il s’agit du premier morceau de son premier album Taiyou Korosu Umbrella (太陽殺すアンブレラ), le parapluie qui tue le soleil, sorti en Avril 2020. J’écoute beaucoup ces deux morceaux qui m’apportent un peu de soleil en cette saison des pluies.

when was the last time you disappeared

Sonic Youth publie soudainement sur Bandcamp leurs disques expérimentaux du label SYR (Sonic Youth Recordings) en version CD et notamment le neuvième volume SYR9 qui se trouve être la bande originale du film Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, sorti en 2010, que je me décide à revoir encore. J’aime beaucoup cette histoire de disparition vue sous plusieurs perspectives par des lycéens de terminale. L’histoire se passe en 1992 et cette ambiance de lycée m’est familière sauf que j’étais quelques années plus jeune par rapport aux lycéens de l’histoire. Le réalisateur du film avait également 18 ans en 1992 comme les personnages de son film et peut être écoutait-il Sonic Youth à cette époque, comme c’était le cas pour moi. La musique de Sonic Youth s’accorde bien avec le mystère et l’angoisse montante du film. Le groupe a composé cette bande originale dans leur studio de Hoboken à New York après avoir vu les rushs du film. SYR9 est complètement instrumental et à part quelques intrusions de piano sur certains morceaux, on retrouve le son de Sonic Youth que l’on reconnaitrait même les oreilles bouchées. Il y a en fait quelque chose de très beau et sensible dans ces partitions de guitares qui ne haussent pas la voix. On n’y trouve pas de furies de guitares ni les voix de Kim Gordon, Thurston Moore ou Lee Ranaldo. Le film en lui-même contient quelques autres morceaux comme Schizophrenia sur l’album Sister, le morceau Love Like Blood de Killing Joke que l’on entend à plusieurs reprises lors d’une fête étudiante.