un parapluie qui tue le soleil

Un point positif de cette crise, si je puis dire, est d’augmenter pour moi les occasions de marcher le week-end pour compenser le manque d’exercice dans la semaine en raison du travail à distance depuis la maison. La période de la fin du mois de Mai et du début Juin était même des plus agréables pour marcher masqué à pas rapides tout en évitant habilement les autres passants afin de garder une bonne distance pour raisons de sécurité. Il m’arrivait donc de changer subitement de trottoir ou de faire semblant de rester naturel en me forçant à marcher lentement derrière un groupe de personnes bouchant un trottoir étroit sans accès immédiat sur la route. Il faut savoir parfois prendre son mal en patience jusqu’à la prochaine bifurcation de route qui permettra de reprendre son rythme de croisière. Je marche à pas rapides pour justifier que cette marche en ville avec appareil photo soit en fait une activité sportive contraignante. Je ne suis pas contraint de faire un rapport sur le nombre de kilomètres parcourus et il ne s’agit en fait pas d’une contrainte car j’aime de toute façon marcher au hasard des rues, même sans appareil photo, même sans musique même si c’est mieux avec, même en connaissant ces quartiers par cœur. La saison des pluies qui vient de commencer depuis quelques jours contraint grandement mes parcours dans les campagnes urbaines. La série ci-dessus se passe quelque part à Ebisu et vers Azabu-Jūban. Elle date déjà de quelques semaines, mais on ne constate heureusement pas l’anachronisme entre mes billets. D’ailleurs, il y a plus de dix années d’écart entre certaines photographies publiées dans le billet précédent. Pour aller en direction d’Azabu-Jūban, je passe cette fois-ci un peu par hasard devant le grand portail vert foncé de la résidence de France à côté de l’ambassade. L’année dernière, Mari et moi étions allés, une fois n’est pas coutume, aux festivités du 14 Juillet à l’intérieur de cette résidence. Il est fort à parier qu’il n’y aura pas de réception cette année. Un peu plus loin, je me perds volontairement dans les rues de Minami Azabu entre la rue Sendaizaka et la rue Meiji jusqu’à Furukawabashi, pour tomber par hasard sur un petit temple appelé Shōnenji (称念寺). Il se trouve au bout d’une petit rue en pente. Lorsque l’on passe l’entrée, on peut apercevoir des rangées de tombes à l’ombre de plusieurs grands pins. Le temple se cache derrière une dépendance plus récente couverte de plaquettes de bois. L’enceinte du temple est coincée au milieu d’une zone résidentielle, mais lorsque l’on entre à l’intérieur, on oublie assez vite les maisons tout autour. On ne les aperçoit d’ailleurs pas depuis l’intérieur du temple, ce qui donne le sentiment éphémère d’être entré dans un autre univers à l’écart de la ville. Même si je connais assez bien ces quartiers pour y avoir vécu il y a très longtemps, il reste pour moi de nombreux lieux cachés dans cette campagne urbaine. Je n’ai d’ailleurs pas encore trouvé le petit étang où l’on peut pêcher. Ce n’est pas un endroit que je recherche activement, il ne doit pas être très difficile à trouver, mais j’y pense à chaque fois que je passe dans ces rues. En levant les yeux vers le ciel, on aperçoit les longues traînées blanches de l’escadrille Blue Impulse. Ils faisaient deux tours dans le ciel de Tokyo pour remercier le travail sans relâche du personnel hospitalier. Cela faisait apparemment 6 ans qu’ils n’avaient pas fait une telle démonstration. C’était à l’occasion du dernier jour de l’ancien stade olympique avant sa destruction, pour être remplacé par le nouveau stade conçu par Kengo Kuma.

Images extraites des vidéos sur YouTube des morceaux Goodbye Train (グッバイトレイ) par Ryukku To Soine Gohan (リュックと添い寝ごはん) sur leur album Seishun Nikki (青春日記) et Aoi Zanzou (アオイ残像) par Namida Ai (なみだ藍) sur l’album Taiyou Korosu Umbrella (太陽殺すアンブレラ).

Les méandres de l’internet me font découvrir un blog intéressant intitulé This side of Japan dédié à la musique japonaise dans une variété de genres allant du rap au rock indépendant, en faisant quelques écarts vers des horizons plutôt pop. Ce blog écrit par Ryo Miyauchi en anglais est tout jeune car il a démarré le 31 décembre 2019. Il ne comprend que quelques billets pour l’instant mais son dernier billet évoquant un certain nombre de jeunes groupes japonais de rock indé m’a tout de suite intrigué. La sélection est très intéressante dans son ensemble et la plupart des groupes me sont inconnus. Je noterais particulièrement deux morceaux que j’aime beaucoup pour leur énergie. Sur le morceau Goodbye Train グッバイトレイン du groupe Ryukku to soine gohan リュックと添い寝ごはん, on est tout de suite happé par l’énergie adolescente qui s’en dégage. J’aime de temps en temps ces petits instants musicaux plein d’insouciance, comme semblent l’être les trois membres du groupe en voyage sur les plages du Shōnan devant la presqu’île d’Enoshima et à quelques pas de la ligne de train Enoden. L’ambiance de cette vidéo a certainement dû jouer sur mon appréciation générale du morceau et m’a poussé à l’écouter plusieurs fois. Il s’agit de rock indé avec des accents pop que je trouve assez typiques des groupes rock Japonais, mais l’impulsion que donne le groupe sur ce morceau est communicative en plus d’être bien exécutée musicalement. Il s’agit d’un tout jeune trio dont les membres ont entre 18 et 19 ans, et qui a donc l’avenir devant lui. L’autre morceau de rock indé que je découvre s’intitule Aoi Zanzou アオイ残像 par la compositrice et interprète originaire de Kagoshima, Namida Ai なみだ藍. Ce morceau démarre également au quart de tour sur un riff de guitare que je trouve là encore assez typique de ce que le rock indé japonais peut créer. Le morceau nous emmène sans faiblir et on se laisse facilement accroché par le rythme qu’il nous impose et par cette voix voilée un peu particulière et légèrement imparfaite par instants. Il s’agit du premier morceau de son premier album Taiyou Korosu Umbrella (太陽殺すアンブレラ), le parapluie qui tue le soleil, sorti en Avril 2020. J’écoute beaucoup ces deux morceaux qui m’apportent un peu de soleil en cette saison des pluies.

when was the last time you disappeared

Sonic Youth publie soudainement sur Bandcamp leurs disques expérimentaux du label SYR (Sonic Youth Recordings) en version CD et notamment le neuvième volume SYR9 qui se trouve être la bande originale du film Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, sorti en 2010, que je me décide à revoir encore. J’aime beaucoup cette histoire de disparition vue sous plusieurs perspectives par des lycéens de terminale. L’histoire se passe en 1992 et cette ambiance de lycée m’est familière sauf que j’étais quelques années plus jeune par rapport aux lycéens de l’histoire. Le réalisateur du film avait également 18 ans en 1992 comme les personnages de son film et peut être écoutait-il Sonic Youth à cette époque, comme c’était le cas pour moi. La musique de Sonic Youth s’accorde bien avec le mystère et l’angoisse montante du film. Le groupe a composé cette bande originale dans leur studio de Hoboken à New York après avoir vu les rushs du film. SYR9 est complètement instrumental et à part quelques intrusions de piano sur certains morceaux, on retrouve le son de Sonic Youth que l’on reconnaitrait même les oreilles bouchées. Il y a en fait quelque chose de très beau et sensible dans ces partitions de guitares qui ne haussent pas la voix. On n’y trouve pas de furies de guitares ni les voix de Kim Gordon, Thurston Moore ou Lee Ranaldo. Le film en lui-même contient quelques autres morceaux comme Schizophrenia sur l’album Sister, le morceau Love Like Blood de Killing Joke que l’on entend à plusieurs reprises lors d’une fête étudiante.

いつも正しいことばかり言う

Ce billet déborde de couleurs vives qui viennent contraster avec le décor urbain grisâtre. Un petit immeuble de la rue commerçante de Naka Meguro a soudainement subi une transformation haute en couleur. Un mur rouge et une geisha à légère tendance futuriste, accompagnée d’une traîne d’origami volants, viennent perturber le regard des passants. En fait, je semble être la seule personne à remarquer cette illustration géante. Elle fait peut être déjà partie du décor et n’entraîne plus l’intérêt des passants. On ne peut pas dire que cette geisha, dans son ensemble, ait beaucoup de personnalité mais le dessin est bien exécuté et les couleurs sont très denses. Je préfère ne montrer que les pieds et le bas du kimono qui sont les parties les plus réussies de l’illustration. On peut par contre voir l’intégralité de cette geisha sur le compte Instagram de Nakameguro Arts District. A vrai dire, je me force un peu à ne pas montrer de photographie de geisha car ce style d’images est devenu trop ‘cliché’ du ‘Japon qu’on aime tant’. Je l’ai bien fait dans le passé même si ce n’était pas de vraies geisha, mais je préfère détourner l’image comme la photo de geisha dont le visage est caché dans des nuages sur une des dernières pages de mon photobook In Shadows. En feuilletant ce photobook pour y retrouver cette image, je me dis que In Shadows doit être le photobook que j’ai le mieux réussi conceptuellement, même si cet ouvrage reste en grande partie incompris.

Dans une petite rue perpendiculaire à celle où se trouve ce dessin de geisha, je reconnais dans un magasin de vêtements vintage les personnages Beavis et Butt-Head sur un t-shirt noir. Je n’étais pas particulièrement adepte de cette série de Mike Judge, passant sur MTV dans les années 1990, même si elle est devenue culte, mais je regardais beaucoup MTV à cette époque. Je revois donc ces deux têtes avec une certaine nostalgie en pensant à l’humour complètement décalé de cette série et aux rires légèrement malsains des deux personnages. J’ai pris la dernière photographie derrière le PARCO de Shibuya. On était en train d’y installer une grande illustration d’un personnage d’inspiration manga aux cheveux rouges. Je ne sais pas du tout si ce personnage correspond à un manga en particulier ou s’il s’agit d’une création originale pour le Department Store PARCO. J’ai eu l’impression que le dessin n’était pas encore terminé au moment où je suis passé. En fait, le soir de mon passage rapide dans cette rue, une émission musicale était tournée en direct dans le studio Super Dommune de PARCO et retransmise sur YouTube. L’émission en elle-même ne m’avait pas beaucoup intéressé à part pour la partie où BISH interprétait un ancien morceau Beautiful さ sur la terrasse tout en haut du PARCO. L’émission était sensé donner une idée de ce à quoi pourrait ressembler les événements musicaux dans le futur, considérant les contraintes imposées par le virus Corona. Dans les images de synthèse que montrait l’émission, on retrouvait notamment ce personnage féminin aux cheveux rouges.

“Eh eh… Hu Hu Huuu….. mass of the… eh eh eh… hu huuu… fermenting… yeah dude hu hu huu… dregs… hu hu huu…. heavy machinery cool” Je fais parler Beavis et Butt-Head pour annoncer la musique qui va suivre.

On ne peut pas évoquer le rock indé japonais sans parler de Mass of the fermenting Dregs, (マス オブ ザ ファーメンティング ドレッグス) qu’on appellera plutôt M.o.F.D. ou Masu Dore (マスドレ) par souci de simplicité et parce que ce nom de groupe est des plus improbables. Ce n’est pas le seul groupe japonais avec un nom à coucher dehors et dans le cas de M.o.F.D., je n’ai pas cherché à en connaître l’origine. Natsuko Miyamoto, fondatrice originelle du groupe et seule survivante de la formation initiale après quelques réformations, avoue elle-même avoir composé ce nom de groupe comme une association de mots lui passant par la tête à ce moment-là. Il n’empêche que la musique rock alternative post-hardcore du groupe est d’une énergie étonnante et d’une efficacité à toute épreuve. On ressent cette énergie dans la voix de Natsuko mais aussi dans le jeu sans faille et réglé au millimètre de Naoya Ogura à la guitare accompagné de Isao Yoshino à la batterie. Le groupe s’est d’abord formé d’un trio féminin à Kobe en 2002, mais le départ de deux membres du groupe pour des raisons différentes a eu raison de l’énergie combative du groupe qui entra dans une période de hiatus de quelques années à partir de 2012. Le groupe ressortira de l’ombre en 2018 avec l’album auto-produit No New World. Plus récemment, M.o.F.D. vient de sortir le EP de deux titres You / Uta wo Utaeba うたを歌えば, en avance de leur nouvel album Naked Album en cours de crowdfunding. Ces morceaux, tout en débordant d’énergie, restent très mélodiques dans l’ensemble. C’est notamment le cas des deux morceaux du EP. Les premiers morceaux de No New World, comme New Order ou Asahinagu, prennent également des accents power pop, mais le groupe fait également des passages bienvenus vers des sons plus expérimentaux et distordants, sur le trop court Yah Yah Yah et sur le troisième morceau If Only démarrant sur un son lourd de guitares. On trouvait également cet aspect sur le EP éponyme du groupe sorti en 2008, seul album que je connaissais de M.o.F.D. jusqu’à cet album de 2018 et le nouvel EP. On pourrait craindre que l’énergie l’emporte sur l’émotion, ce qui n’est pas faux par moments, mais des morceaux comme Sugar contre-balance ce sentiment. Sugar doit être un de leurs meilleurs morceaux. J’ai tendance à écouter de la musique sombre et mélancolique (ce qui n’a absolument rien à voir avec mon état d’esprit), donc une petite enjambée vers une énergie plus positive fait beaucoup de bien de temps en temps. Précisons que j’ai acheté cet album et cet EP sur Bandcamp les jours où le site levait entièrement leurs frais de gestion. Pendant cette période du Corona virus, Bandcamp fait ce geste une fois par mois au bénéfice des artistes qui reçoivent donc la totalité du montant d’achat de l’album.

回り続けて

Si je ne devais conserver que deux photographies sur ce billet, je garderais la deuxième et la troisième car elles s’accordent bien ensemble, bien qu’elles ne soient pas du tout prises au même endroit. Mais je ne peux m’empêcher d’y ajouter d’autres choses, car un billet de cinq ou six photographies me semble être un bon équilibre. C’est aussi parce que j’écris mes billets en fonction des photographies que j’ai à montrer et non l’inverse, et j’ai beaucoup de photographies qui me restent à montrer. J’ai une quinzaine de billets composés de cinq ou six photographies chacun en attente d’écriture. C’est une situation assez rare et qui m’interpelle d’ailleurs un peu. Est ce que je prends trop de photos de tout et de rien? Même si je connais un endroit par cœur pour l’avoir emprunté maintes fois, j’y trouve souvent un nouvel intérêt photographique qui me pousse à prendre une photo. Le renouvellement urbain continuel de Tokyo aide certainement à maintenir cette inspiration. Je prends bien plusieurs fois la même photographie comme cette rue agrémentée de petits triangles de couleur, ou la fermeture éclair qui tourne en rond sans s’arrêter comme la ligne Yamanote dessinée sur le long mur du tunnel dessous le musée NACT à Nogizaka. Le tunnel de métal de la dernière photographie n’en est pas non plus à sa première apparition ici. La question de la sélectivité des photographies se pose aussi. Ce que je montre sur le blog correspond à environ 20% de ce que je prends en photo lors d’une marche urbaine. Peut être devrais-je être plus sélectif et ne montrer qu’une seule ou deux photographies plutôt que six par billet. L’impact final serait peut être le même ou serait peut être même renforcé. Une fleur saturant ses couleurs jaunes contre un mur de béton en nuances de gris, cela représente plutôt bien ce que j’aime dans cette ville.

En écrivant le billet précédent sur House A de Ryue Nishizawa, j’écoutais en boucle l’album Lavender Edition de Ai Aso. La sérénité qui se dégage des morceaux de cet album me semblait parfaitement convenir à l’ambiance que j’imaginais à l’intérieur de House A. Elle chante doucement, en chuchotant presque, en plusieurs langues (allemand, anglais, japonais) sur une partition acoustique folk. L’électricité apparaît également sur certains morceaux mais reste maîtrisé car c’est la voix de Ai Aso qui prédomine, mais sans forcer le trait. Plusieurs morceaux se ressemblent ou se répondent plutôt les uns aux autres, et construisent cette ambiance intime qui évolue doucement, en prenant son temps. L’ambiance musicale de Lavender Edition me rappelle celle de l’album Ruins de Grouper. En regardant des photos d’architecture, les miennes ou celles que l’on peut voir de l’intérieur des maisons individuelles dans les magazines d’architecture, je me pose souvent la question du style de musique qu’on y écoute. Quelle musique conviendrait à la rudesse du béton de Tadao Ando lorsqu’il se trouve en contact avec les couleurs vertes denses du jardin que l’on aperçoit à travers les ouvertures? Quel morceau de musique conviendrait le mieux à l’architecture aux apparences légères et fragiles de Ryue Nishizawa? Dans House A, on doit certainement y écouter une musique apaisante, comme celle de Ai Aso, qui s’harmonise avec les lumières naissantes du matin ou mourantes du soir. Je découvre Lavender Edition en entier sur YouTube et je n’ai malheureusement pas trouvé de version téléchargeable sur iTunes ou Bandcamp, ce qui est bien dommage. L’album, datant de 2004, n’est pourtant pas si ancien que cela.

Je découvre en fait cette artiste, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, sur le forum Discord dédié à Sheena Ringo et Tokyo Jihen. Le style musical de Ai Aso n’a absolument rien de similaire avec celui de Sheena Ringo, mais ce forum Discord possède une section à part où les membres mentionnent de temps en temps leurs découvertes musicales. Je ne vais d’ailleurs sur cette page qu’assez rarement sans y participer activement, car l’attitude de certains membres y est tellement critique envers Sheena Ringo qu’on se demande même pour quelle raison ils peuvent bien participer à ce forum. Au final, on y parle plus d’autres artistes (et beaucoup trop de Seiko Ōmori à mon humble avis) que de Sheena Ringo ou Tokyo Jihen. Beaucoup de fans ont fait un blocage sur la période Kalk Samen Kuri no Hana et disqualifie tout ce qui est sorti après. Mais l’intérêt de ce forum est d’y découvrir de temps à autres de belles choses comme cet album de Ai Aso.

C’était une belle surprise que de découvrir la disponibilité de la série de courts métrages Tokyo! (2008) en visionnage gratuit sur le site Trois Couleurs en association avec mk2. Chaque semaine, une sélection de film est proposée gratuitement en streaming dans un épisode sous le nom mk2 Curiosity. L’épisode 12 contient le film Tokyo! ainsi que d’autres documentaires notamment d’Agnes Varda sur les Black Panthers. Je n’ai pas l’impression que l’on puisse regarder les épisodes précédents, ce qui voudrait dire que le film n’est disponible en streaming que pendant une petite semaine. Ça faisait longtemps que je voulais voir ces courts métrages. J’étais notamment intrigué par la présence du capsule hôtel Nakagin de Kisho Kurokawa sur l’affiche du film. Chacun des trois courts métrages d’une trentaine de minutes est dirigé par un réalisateur différent dont deux français Michel Gondry et Leos Carax, ainsi que le coréen Bong Joon-Ho qui s’est fait connaître et reconnaître internationalement avec son dernier film Parasite (2019). Ces courts métrages sont indépendants dans le sens où il n’y aucun lien entre les histoires qu’ils racontent. Les seuls points communs sont l’unité de lieu, la ville de Tokyo, ainsi qu’une bonne dose de surréalisme et de poésie urbaine. Les situations et les personnages des histoires qu’on nous y raconte basculent plus ou moins rapidement dans des situations irréelles. Le court métrage de Michel Gondry s’intitule Interior Design et doit être mon préféré des trois. Un jeune couple, Hiroko et Akira, débarque dans Tokyo pour y trouver du travail, lui veut être réalisateur de film, elle est plutôt indécise sur son avenir. Ils logent dans le petit appartement d’une amie d’enfance, Akemi, tout en cherchant une location. Ils visiteront une des capsules du Nakagin qui ne retiendra pas vraiment leur attention. Petit à petit, une distance se forme dans le jeune couple et Hiroko finit par se perdre dans cette nouvelle vie. C’est à partir de là que l’irréel prend le dessus. Leos Carax intitule son court-métrage Merde, le nom du personnage principal joué par son acteur fétiche Denis Lavant. C’est un personnage étrange sortant des égouts de Tokyo et venant hanté les rues et y créer le désordre. Son langage et ses gestes sont étranges et imprévisibles. Une partie du film montre son procès médiatisé après sa capture. Le court-métrage est tellement étrange q’on y reste accroché pour essayer de comprendre la finalité de cette histoire, mais j’ai personnellement un peu de mal à apprécier l’esthétique générale et le sens de cette histoire m’échappe un peu. Le dernier court-métrage Shaking Tokyo est réalisé par Bong Joon-Ho. L’histoire se concentre sur la vie d’un hikikomori, une personne qui reste chez-soi et ne sort absolument jamais. Ce personnage qui n’est jamais sorti depuis 10 ans est interprété par Teruyuki Kagawa. Toutes les semaines, il commande une pizza et une des livreuses, interprétée par Yu Aoi va bouleverser sa vie. Leur rencontre provoque un tremblement de terre et il se rendra ensuite compte que cette fille n’est pas tout à fait normale. Il y a, ici encore comme dans l’ensemble de cette oeuvre, une poésie urbaine qui me plait beaucoup.

citrus + sakura

La maison Sakura que je montrais dans un billet précédent me rappelle aux cerisiers en fleurs que je n’ai pas beaucoup photographié cette année. Nous nous sommes contentés d’aller les voir confinés dans la voiture, ou à pieds près de chez nous. Les quelques photographies ci-dessus datant du mois de mars doivent être à peu près les seuls que j’ai pris. Nous avions remarqué l’année dernière que la rue Kamurozaka était presque complètement ombragée par des cerisiers. Cela formait un tunnel vert très agréable à parcourir et on s’était dit qu’on reviendrait au moment des cerisiers en fleurs. Nous n’avons malheureusement pas parcouru la rue Kamurozaka à pieds comme prévu, mais en voiture, doucement pour profiter de l’ambiance. Au milieu du tunnel de cerisiers, on s’est tout de même arrêter quelques instants au bord de la route comme d’autres personnes pour admirer le paysage.

Citrus du groupe rock new yorkais, à tendance shoegaze, Asobi Seksu est un de ces albums que je ne connaissais jusqu’à présent que par petits morceaux. Et encore une fois, c’était une erreur de ma part d’attendre si longtemps (l’album est sorti en 2006) tant cet album est excellent. Les deux morceaux que je connais depuis longtemps, à savoir le troisième New Years et le quatrième Thursday, sont les meilleurs morceaux de l’album mais tous les autres restent très bons. Je réécoute en fait très souvent Thursday. Je pense que ça doit être le chef d’oeuvre du groupe, que ça soit pour l’introduction fait de sons lointains, le ton de voix changeant de Yuki Chikudate sous la réverbération, l’interlude de guitare au milieu, le final à deux voix avec James Hanna et l’intensité générale qui se dégage du morceau du début à la fin. Yuki Chikudate est originaire d’Okinawa mais elle a émigré avec ses parents en Californie lorsqu’elle était enfant pour ensuite partir vivre à New York. Elle alterne les paroles en japonais et en anglais en fonction des morceaux, mais maintient une même ambiance générale même si la langue varie. J’aime beaucoup les variations de tonalités qu’elle emploie dans un même morceau entre des voix plus basses et d’autres aiguës qui me me feraient penser à un chant d’oiseau (avec un peu d’imagination). Sur un morceau comme Strings, elle monte tellement dans les tons qu’on a l’impression qu’elle se noie elle-même dans sa propre voix. J’aime beaucoup ce sentiment d’être dépassé par sa propre création. Certains morceaux comme Pink Cloud Tracing Paper, seul morceau interprété par James Hanna, me rappelle beaucoup Sonic Youth pour ses saillies de guitares. Je pense qu’il y aurait pu y avoir plus d’équilibre entre les morceaux interprétés par Hanna et Chikudate, un peu comme Kevin Shields et Bilinda Butcher sur les albums de My Bloody Valentine. D’autres morceaux comme Red Sea finissent par se noyer dans des mers de bruits sans concessions. Il y a aussi des moments plus pop et d’une manière générale la voix de Chikudate reste très lumineuse ce qui change un peu des morceaux classiques du shoegaze et qui fait la particularité stylistique de Asobu Seksu. En vérifiant rapidement, cet album se trouve bien dans la liste de Pitchfork des 50 meilleurs albums de shoegaze de tous les temps. À la 37ème place, je l’aurais mis plus haut dans le classement, enfin si les classements ou les notes qu’on donne à un album veulent dire quelque chose. Tous les avis musicaux restent tellement subjectifs que je me demande même si c’est utile ou nécessaire que j’écrive à ce sujet sur ce blog, à part pour la satisfaction personnelle d’avoir fait dégager par écrit l’émotion qui s’en dégageait, pour une relecture ultérieure. Ceci étant dit, ça reste également une satisfaction personnelle quand j’ai pu faire découvrir une nouvelle musique à quelqu’un.

Sur la liste shoegaze de Pitchfork, on trouve bien entendu en tête la ‘sainte trinité’ que sont Loveless (1991) de My Bloody Valentine, Souvlaki (1993) de Slowdive et Nowhere (1990) de Ride. C’est d’ailleurs après avoir écouté Souvlaki et la compilation Catch the Breeze de Slowdive que j’ai eu envie de reprendre ma série Du songe à la lumière sur l’histoire de Kei en écrivant un cinquième épisode. Le poignant morceau Dagger en particulier qui conclut Souvlaki m’a fait ouvrir mon petit carnet noir pour commencer à écrire. « I thought I heard you whisper, it happens all the time ». Je n’avais pas écrit sur l’histoire de Kei depuis presque six mois. L’inspiration et l’envie me viennent en général subitement et je ne me force pas à écrire cette histoire de manière régulière ou quand les conditions ne se présentent pas. Un peu comme pour le dessin, c’est un exercise sans prétention mais qui me fait beaucoup de bien quand je parviens à m’y mettre. Parfois je me dis que j’aimerais écrire ce blog entièrement comme une fiction.