every drop is drained away

Les photographies de ce billet, au sanctuaire de Hikawa, à Daikanyama et vers Naka Meguro, datent toujours du mois de Juillet ou des mois précédents, comme pour les billets les plus récents. Avant de passer aux photographies prises au mois d’Août, j’essaie désespérément de publier au plus vite les billets que j’ai déjà créé en brouillon dans WordPress et qui ont déjà ces séries de photographies attachées. Je ne sais pas trop pourquoi je m’impose à moi-même cette pression pour publier de nouveaux billets. Ce n’est pas comme s’il y avait une foule de visiteurs les attendant avec impatience, d’autant plus au mois d’Août qui est en général plus calme que le reste de l’année en terme de nombre de visites et de visiteurs. Le ratio entre le temps passé à créer ces billets par rapport au nombre de visites aurait du me faire arrêter depuis longtemps. J’ai toujours eu la faiblesse de penser qu’il fallait que je continue pour que ce blog devienne quelque chose, mais je le pense de moins en moins. Si ce blog devait être “découvert”, ça aurait déjà été fait depuis longtemps. En même temps, si je me pose régulièrement ces questions, c’est certainement parce que j’en ai pas encore fini avec ce blog.

Tokyo Jihen a sorti le 12 Août 2020 un nouveau single accompagné de deux autres morceaux pour composer au total un maxi-single. Le morceau principal s’intitule Aka no Doumei (赤の同盟 – Alianza de Sangre) avec une vidéo sorti le 14 Août. Le morceau sert de thème musical au drama Watashitachi wa Douka Shiteiru (私たちはどうかしている) avec Ryusei Yokohama (que j’avais vu au théâtre pour Bio Hazard) et Minami Hamabe, qui se déroule dans le milieu de la confiserie japonaise d’où la pochette du maxi-single représentant le symbole de Tokyo Jihen en version wagashi. Je trouve que ce morceau est meilleur que tous les morceaux sortis sur le mini-album de réformation News. Le morceau commence assez classiquement, mais le piano d’Ichiyo Izawa et la guitare en zigzag de Ukigumo nous surprend agréablement par leur présence démonstrative. Le morceau a une structure très particulière, notamment avec une coupure inattendue qui redémarre doucement avec le piano. Le groupe maintient l’esprit de la musique que l’on connaît d’eux mais s’affranchit de plus en plus des normes de composition classique. J’espère qu’ils vont continuer sur cette piste. Tous les morceaux sont écrits par Sheena Ringo. Ichiyo Izawa compose la musique de Aka no Doumei ainsi que celle du deuxième morceau Meijitsu Tomo ni (名実共に – Sweetie Reasons). Ukigumo compose le troisième morceau Gyokuza no Wana (玉座の罠 – The Lost Throne) et il y chante également en duo. A la première écoute, ce troisième morceau est celui qu’on apprécie tout de suite, peut être parce que sa composition est plus classique et que les voix s’accordent bien. Par rapport à Aka no Doumei, le deuxième morceau Meijitsu Tomo ni est beaucoup plus lent et plus sombre, mais avec des accents soudains de batterie et de guitare qui viennent casser ce calme, et une musique assez mystérieuse qui intervient à plusieurs reprises jusqu’à un court solo de guitare qui fait partir le morceau sur une toute autre voie. News ne m’avait pas autant enthousiasmé que ce maxi-single, du coup, je vais certainement le réécouter pour en avoir le coeur net.Toujours est-il qu’avec ces nouveaux morceaux, Tokyo Jihen s’engage vers un chemin plus intéressant que celui démarré avec News.

from sky (သုံး)

Ce troisième et dernier épisode nous fait sauter de l’avion pour atterrir une nouvelle fois dans le centre très occupé (quoique moins que d’habitude) de Shibuya, aux pieds de la statue de métal argenté de Hajime Sorayama derrière le Department Store PARCO. Elle nous accueille bien entendu d’un rayon laser lumineux forçant le chemin dans les nuages. On ne peut être qu’happé par cette lumière qui nous accompagne doucement jusqu’au sol. On se laisse ensuite ricocher jusqu’en bas des rues de Udagawacho, que je vais d’ailleurs souvent observer. Le grand mur de graffiti à l’arrière était déjà complètement rempli de dessins, mais un autre graffeur s’est apparemment permis de laisser son empreinte abusive en y dessinant des grands papillons gris sur toute la longueur du mur. Depuis que la tour Abema TV s’est construite à proximité de cette rue, je ne laisse plus beaucoup d’années de vie à ce quartier, avant qu’il ne subisse les vagues de la standardisation urbaine. Dans le quartier, il reste un vieil immeuble noir de quelques étages avec un disquaire spécialisé dans le hip-hop au rez-de-chaussée. Je regarde toujours les façades extérieures de cet immeuble pour voir si les illustrations murales ont été modifiées. Cette fois-ci, un groupe de personnages de cartoon aux têtes de rappeurs gangsta y est représenté. La qualité graphique de l’illustration est assez décevante par rapport à ce qu’on peut parfois y voir, ce qui facilitera d’autant plus son remplacement.

Le billet de Daniel sur son blog me donne envie de ressortir de mes étagères le livre de Nicolas Bouvier, “Le vide et le plein”, sous-titré “Carnets du Japon 1964-1970”. Il se trouvait là, devant les autres livres de ma petite bibliothèque comme s’il avait compris que c’était son tour. J’ai un meilleur souvenir de l’autre livre de Nicolas Bouvier que je possède, “Chronique japonaise”, peut être parce que j’avais lu celui-ci alors que j’étais encore étudiant en France et que le Japon paraissait encore très loin. J’ai acheté “Le vide et le plein” à Tokyo, dans la librairie Kinokuniya près du Department Store Takashimaya de Shinjuku, si mes souvenirs sont exacts. Je ne le lis pas d’une traite mais par petits morceaux, ce qui fonctionne bien car il s’agit d’extraits de son journal de bord. Dès le début, on ressent une sorte d’aigreur que l’auteur communique par petites bribes au fur et à mesure de ses réflexions, mais il touche et voit toujours juste. Je pense que cette aigreur m’avait rebuté à ma première lecture il y a plusieurs années. Je ne me souviens plus si je l’avais lu en entier à l’époque, mais j’y trouve un nouvel attrait en le lisant aujourd’hui. Il y a deux parties principales dans ces carnets, la chronique de Kyoto et celle de Tokyo. Je suis plus sensible à la deuxième partie où Nicolas Bouvier vivait à Tokyo comme si elle correspondait à un Japon que je reconnais, par rapport à la première partie à Kyoto qui me semble plus lointaine. En lisant cette partie sur Tokyo, je me surprends à poser des post-it sur certains morceaux de textes pour y revenir plus tard. Au détour des petits textes nous narrant des situations particulières, il y insère parfois des piques par des formules finales bien trouvées: “Leur drapeau leur bouche le ciel”, à propos de certaines personnes à faible ouverture d’esprit. J’ai l’impression quand même qu’il nous manque parfois un peu de contexte pour bien comprendre ce qu’il nous écrit, notamment la rudesse de certaines piques, par exemple celle où il évoque les critiques photographiques ne comprenant rien à la photographie (qu’il pratique). Il faut rappeler que ce sont des carnets et que les textes sont en général très courts. Mais certains passages trouvent une grande résonance lorsque l’on pratique le Japon depuis plusieurs années. A propos des ses voyages dans le Japon, il résume: “Fatigue, exaltation, solitude, ennui, conversations toujours pareilles dans lesquelles une sorte de lassitude vous embarque”. J’ai personnellement une hantise de ces conversations avec des inconnus qui se limitent aux lieux communs, d’autant plus quand l’interlocuteur parle quelques mots de français et croit nous faire plaisir en les déroulant les uns après les autres. Je vois souvent venir ces conversations et je détourne le chemin pour les éviter, mais je me laisse parfois piéger. En y repensant maintenant, c’est peut être une des raisons pour laquelle j’aime mettre des écouteurs dans les oreilles. Mais, Bouvier voit d’autant plus juste quand il imagine, un peu plus tard dans ses carnets, une conversation qu’il aurait pu avoir dans un “bistrot de chez nous”: “On sait bien ce que c’est: personne n’écoute, et pourtant on parle. C’est un aveu d’impuissance, mais c’est aussi une litanie qui évoque et célèbre la véritable conversation qu’on voudrait tant avoir, qu’on n’a pas et qu’un jour on aura peut être. En attendant, on se chauffe.” Les interlocuteurs de cette véritable conversation sont rares ici, mais même s’ils sont potentiellement plus nombreux ‘au pays’, c’est la véritable conversation elle-même qui reste rare. Certains textes me font également sourire comme ce passage où Bouvier prétend reprendre le texte d’une journaliste japonaise à l’occasion de l’anniversaire de l’empereur et “[..] raconte que cet homme digne et sympathique fut bien soulagé de ne plus être un dieu – on le comprend [..]”. Un autre passage évoque brièvement la sur-information: “A force d’information l’esprit perd sa structure; on n’a plus le temps de mettre un peu d’ordre là-dedans, ni même de savoir si l’on aime et si l’estomac supporte”. Rappelons que ce journal date des années 60 et qu’on n’en était pas encore à la société de sur-information actuelle. Mais le passage que je préfère est plus poétique. En relisant le texte de Daniel sur son blog, alors que je suis en train d’écrire le mien ici, je me rends compte, que ce texte titré « Matelas » lui a également tapé dans l’oeil. Je me permets de le restituer également ci-dessous, parce que j’aurais très certainement envie de le relire:

L’agrément qu’il y a à dormir sur le tatami, c’est d’avoir ainsi le dos collé au sol, de faire corps avec la terre et – quand le calme et le silence de la nuit le permettent – de sentir et de partager la vaste rotation dans laquelle elle vous entraîne. Les couvertures tirées jusqu’au menton, les mains à plat le long du corps on fend l’espace comme un boulet chauffé au rouge. On pense aux autres corps célestes, aux orbites qui s’infléchissent et qui divergent, aux attractions, aux répulsions, aux lentes figures qui se tracent à des vitesses inconcevables. Dans cette salle de bal obscure qu’est devenue la nuit, la natte, la maison, le quartier et les douze millions de dormeurs qui l’entourent pivotent avec un ensemble admirable pendant que je me pose la question de ma place à moi là-dedans, qui reste à débattre. Le sommeil vient avant la réponse.

Dans les rayons télévision du magasin d’électronique Biccamera de Shibuya, je me laisse surprendre par une dame portant un petit carnet en mains. Derrière elle, un homme de grande taille porte une caméra vidéo. Elle m’aborde poliment entre deux écrans 55 pouces pour me demander si je serais d’accord pour répondre à quelques questions. Le sujet de cette interview spontanée est la manière dont les étrangers vivant à Tokyo évacuent le stress de cette difficile situation actuelle du coronavirus. Il s’agit apparemment d’interviews rapides pour une émission de télévision dont le nom m’a échappé. Je décline aimablement la proposition et ils n’insistent pas tout en me remerciant de l’attention. En fait, je connaissais déjà cette dame car elle m’avait déjà abordé et interviewé l’année dernière alors que je marchais seul près du carrefour de Shibuya. Lors de cette précédente interview ciblant également les étrangers (touristes ou résidents), elle m’avait demandé si je connaissais et si j’écoutais de la musique japonaise et si oui, quelles étaient mes artistes préférés. J’avais parlé de Sheena Ringo et de la première fois où j’avais entendu sa musique dans ces mêmes rues de Shibuya. Si mes souvenirs sont corrects, c’était le single Koko de Kiss shite de son premier album Muzai Moratorium, qui était diffusé sur les hauts parleurs accrochés aux lampadaires des rues de Shibuya autour de Center Gai. Elle m’avait demandé de donner un ou plusieurs titres et de fredonner si je le pouvais, ce que j’étais bien incapable de faire spontanément. Cette interview était destinée à l’émission Music Station de Tv Asahi. On m’avait fait signer un papier à la fin de cette courte interview pour les droits à l’image. Il n’y avait bien sûr aucune certitude que mon interview serait retenue au final et elle ne l’a pas été. J’avais regardé l’émission d’un air inquiet de peur de me voir, mais je me suis vite rendu compte que mon intervention était un peu en décalage avec ce qui était attendu. Les étrangers qui sont passés à la télévision étaient soit amateurs de musique d’anime, citant des morceaux comme celui de Radwimps pour Kimi no na ha (Your Name), ou amateurs un peu excentrique de musique d’idoles dans le genre AKB48 ou Nogizaka46. Malgré la popularité de Sheena Ringo au Japon, mon choix ne correspondait certainement pas à ce qu’on attendait d’un étranger. Avant de décliner cette deuxième interview, j’ai d’abord penser pendant un quart de seconde à cette première interview. Que répondre à la question de ce que je fais pour évacuer le stress du coronavirus? J’aurais pu dire que j’ai tendance à faire beaucoup plus de blagues à la maison mais j’aurais été bien en mal de donner des exemples. J’aurais pu dire que j’écoute beaucoup de musiques japonaises alternatives que mon interlocutrice ne connaîtrait peut être pas. J’aurais pu expliquer que j’aime marcher pendant mes heures libres en dehors des obligations de la vie quotidienne, pour prendre des photos d’architecture. Alors que je réfléchissais à tout cela pendant ce quart de seconde, je me suis rendu compte que mes occupations n’avaient rien de très intéressantes ou fantaisistes, qu’elles ne seront pas à même de surprendre l’auditoire et qu’elles ne seront certainement pas retenues malgré les efforts que je pourrais consacrer à les expliciter. J’aurais peut être eu une chance de passer dans cette émission si pour combattre le stress du coronavirus, je faisais par exemple des exercices à la maison en dansant en tenue de cosplay. J’exagère un peu le trait mais comment expliquer que l’on vit tout simplement une vie normale et qu’on a aucun moyen magique d’évacuer ce stress. On vit avec, tout simplement, comme tout le monde, qu’on soit étranger ou japonais.

Depuis Have it my way dont je parlais il y a plusieurs mois déjà, je garde une oreille attentive aux nouveaux morceaux du groupe EMPiRE de l’agence Wack. Un nouvel EP tout ‘simplement’ intitulé Super Cool vient juste de sortir. Bien que je sois certain de ne pas m’engager à écouter et apprécier l’ensemble du EP car la musique de EMPiRE prend souvent des tournures un peu trop EDM pour moi, je tente tout de même l’écoute morceau après morceau. Le premier, This is EMPiRE SOUNDS, a une construction assez simple (du moins au niveau des paroles) mais me plait bien pour son immédiateté et son accroche contagieuse. Je sais que le groupe a le potentiel d’arriver au niveau de BiSH (qui fonctionne très bien dans les charts japonais en ce moment) et j’ai le sentiment que le producteur Junnosuke Watanabe va les pousser comme les prochaines figures de proue de l’agence. Le quatrième morceau du EP intitulé I don’t cry anymore est une excellente surprise, beaucoup moins rythmé que ce qu’on peut s’attendre du groupe mais plus prenant à l’écoute. J’aime beaucoup la part d’émotion qui se dégage du morceau surtout quand Mayu, qui a écrit les textes de ce morceau, chante les paroles du titre avec des véritables larmes aux yeux comme le témoigne la vidéo. J’apprécie cette tournure plus personnelle de leur musique, en espérant qu’elles se tournent un peu plus vers cette direction, ce dont je doute quand même un peu.

En parlant de BiSH, le groupe sort également un nouvel EP intitulé Letters, qui est désigné comme leur 3.5ème album mais qui ressemble quand même plus à un EP ou à un mini-album. Je pense que ma série photographique en trois épisodes ‘from sky’ doit être inconsciemment inspirée par la vidéo du morceau titre Letters, car on voit la caméra partir du ciel pour pointer à différents endroits de Shibuya montrant chaque membre du groupe positionné sur les toits d’immeubles. La caméra qui zoome sur BiSH n’est pas positionnée sur un hélicoptère ou un avion, mais tout en haut de la tour Shibuya Scramble Square, où on retrouve AiNA à un moment du morceau. Le morceau en lui-même est relativement classique avec un démarrage symphonique qu’il me semble avoir déjà entendu, et dont on aurait pu se passer pour démarrer directement sur les parties chantées. J’aime bien ce morceau en particulier mais je trouve le EP/mini-album dans son ensemble un peu trop conventionnel, sans les excès rock voire punk (au sens japonais du terme) des albums précédents. On a l’impression que le groupe se positionne maintenant pour le mainstream et évite les écarts que le plus grand nombre aurait dû mal à apprécier. J’essaierais certainement d’écouter le reste de l’album un peu plus tard.

from sky (1)

Quand on regarde en l’air en ce moment, on aperçoit régulièrement des avions survolant une partie de Tokyo jusqu’à l’aéroport d’Haneda. Dans cette petite série de photographies, je démarre du ciel pour redescendre sur terre au centre de Shibuya. Ces photographies ont été prises il y a quelques semaines, lors d’une accalmie de la saison des pluies. En prenant cette photo de Billie Eilish pour une publicité pour les écouteurs Beats de Dr Dre, placardée à l’entrée du magasin d’électronique près de la tour 109, je me rends compte que je n’ai jamais écouté son album, à part le morceau Bad Guy qui passait très souvent à la radio. Je me dis aussi que je n’ai pas besoin de l’écouter. Beaucoup d’autres l’ont déjà fait à ma place.

Avant de repartir vers le rock alternatif, je continue à découvrir un peu plus en avant le hip-hop avec le rappeur japonais Kid Fresino, originaire de Tokorozawa, Saitama, sur son album ai qing de 2018. Le premier morceau Coincidence, dont la vidéo est prise un jour de neige à Shinjuku, m’accroche tout de suite, car son phrasé hip-hop se mélange très bien avec une sorte de math-rock accentué par le son si particulier du steelpan. Ce morceau se trouve devenir une forme hybride de hip-hop qui m’intéresse beaucoup. J’accroche également très vite au morceau Arcades car Kid Fresino y rappe en duo avec Nene de Yurufawa Gang, dont j’avais parlé de son nouvel EP il y a peu. L’autre moitié de Yurufuwa Gang, Ryugo Ishida, n’est pas loin car il fait des interventions vocales sur ce morceau et possède même un interlude à son nom. Comme souvent sur les albums de hip-hop, il y a beaucoup d’artistes invités, que je ne connais pas toujours d’ailleurs, mais qui sont à chaque fois des proches de Kid Fresino. L’album se compose de 13 morceaux et on ne s’ennuie pas une seconde jusqu’au dernier morceau Retarded qui est également un des plus accrocheurs de l’album, avec le sixième CNW peut être. Ce qui retient mon attention par dessus tout est sa voix assez claire mais au rythme incisif, et les va et vient entre le japonais et l’anglais qui donnent des phrases assez particulières (To the right, to the 左、揺れる).

dans le vert du parc

En passant dans une petite rue près du parc Inokashira, j’entrevois dans une rue perpendiculaire une composition d’objets et de plantes qui semblent volontairement positionnées de cette manière pour attirer mon regard photographique. Il n’y a priori pas de qualité particulière au paysage de rue de la première photographie du billet, mais je suis intéressé par la composition des cadrages, celui de l’infrastructure métallique de la ligne de train derrière ou celui plus léger des tiges vertes servant de guides aux quelques plantations sauvages de cette zone résidentielle. En fait, j’aime dans cet endroit la manière dont la nature foisonnante essaie de prendre le dessus sur l’enceinte de béton, et le contraste avec cette autre nature minuscule gardée en pots bien alignés. La zone qui est sous notre contrôle est minuscule par rapport à celle qui vit derrière, même si on essaie de lui poser des limites. Je me rends compte que ce genre de photographies ne va pas parler à grand monde, mais avec l’architecture, c’est le style de photos que je préfère faire et qui me fait réfléchir quand je les vois. Il doit y avoir quelque chose à voir avec un thème récurrent de l’invasion verte que je construisais dans une ancienne série Over Green City. Les quatre photographies de ce billet datent déjà d’il y a plus d’un mois et font partie du ‘backlog’ de photographies qu’il me reste à commenter sur ce blog. Je suis très loin d’arriver au bout, car il me reste encore 18 billets en brouillon à écrire, ainsi qu’une petite dizaine de morceaux, EPs ou albums dont je voudrais parler ici. Nous n’étions pas allés au parc Inokashira depuis plusieurs mois et l’endroit m’avait manqué. C’est près ou dans ce parc que je situe plusieurs scènes de mon histoire de Kei, Du songe à la lumière dont j’ai écrit cinq épisodes (Ep.1, Ep.2, Ep.3, Ep.4 et Ep.5) pour le moment.

L’aspect paisible de ce paysage urbain m’amène à parler du dernier EP de l’artiste électronique Sapphire Slows, intitulé Emotion Still Remains. C’est un petit bijou de 4 morceaux qui vient juste de sortir il y a quelques jours. Cet EP s’inscrit dans la même série que le EP The role of Purity sorti il y a plus de trois ans, en Mars 2017. Emotion Still Remains mélange l’ambient avec des notes électroniques délicates et retenues, ainsi que quelques voix énigmatiques survolant la composition comme un brin de vent. De ces morceaux, vient naître l’émotion dont parle le titre. C’est juste un peu dommage que le EP soit aussi court, du coup j’écoute également le EP de 2017 à la suite. Il a deux morceaux centraux assez longs d’environ 7 minutes accompagnées en introduction et en conclusion par des plus courts de 2 minutes. Le morceau final After Your Body Fades apporte un rythme un peu différent que j’aurais vraiment voulu voir développer un peu plus.

お化けが見えないけど (2)

Un des regrets de ma petite traversée du quartier de Yanaka est qu’il n’y avait pas un chat. Le quartier est réputé pour les chats qui y vivent et dorment, dans les temples ou les cimetières mais ils se sont tous cachés à mon passage. Outre les temples, je voulais absolument voir le gigantesque cèdre d’Himalaya que je montre sur la première photographie du billet. Je ne pense pas avoir réussi à vraiment montrer sur cette photo l’immensité du tronc et des branchages, mais il apparaît en tout cas comme une présence symbolique dans le quartier. On dit qu’il a été planté il y a 90 ans par le propriétaire de la petite échoppe placée juste derrière. Cet arbre a failli être coupé il y a plusieurs années, ce qui peut paraître incroyable, mais les actions d’un comité local du quartier ont permis de le protéger. Il se situe à l’embranchement de deux rues et est entouré de plusieurs temples, notamment Enjuji Nikkadō, datant de 1656, dédié à la protection des marcheurs et promeneurs. En passant devant ce temple, je me souhaite à moi-même de pouvoir continuer encore longtemps à marcher dans les rues de Tokyo. Mon étape suivante est le temple Daienji, situé de l’autre côté de Yanaka, en direction de la rue marchande Yanaka Ginza. En route, je m’aventure volontairement au hasard des allées et je regrette un peu d’avoir pris l’automatisme de regarder Google Maps sur mon smartphone lorsque j’ai l’impression d’avoir perdu mon chemin. J’aurais aimé prendre un peu plus mon temps, mais la matinée passe trop vite lorsque l’on marche dans ces rues. De retour à la maison, je lirais que ce temple Daienji est réputé pour une pierre gravée racontant l’histoire de Kasamori Osen (笠森お仙) qui était une belle jeune femme travaillant dans une maison de thé appelée Kagiya se trouvant à proximité du temple. Elle a été représentée sur des impressions Ukyo-e par plusieurs artistes de l’époque Edo, notamment Suzuki Harunobu (鈴木春信) qui était un artiste renommé dans les années 1760s. Elle était apparemment désignée comme une des trois plus belles femmes d’Edo et sera même le personnage d’une pièce kabuki. Elle disparaîtra soudainement de la maison de thé et du public, après son mariage et vivra une vie recluse.

Le compte Twitter de l’Ambassade du Japon en France donne un lien vers une série d’émissions de courtes durées sur Arte intitulée Tokyo Paranormal, pour que les frissons nous rafraîchissent un peu pendant l’été. Je suis tout de suite intrigué car l’image utilisée en présentation montre le visage de Sari du groupe Necronomidol. Elle a déjà quitté le groupe donc j’imagine que cette série date d’il y a quelques années. La série se compose de dix épisodes courts, de 5 ou 6 minutes, qui se regardent donc les uns à la suite des autres sans qu’on s’en rende compte. On y aborde les légendes urbaines, les esprits représentés dans les Manga comme ceux de Kazuo Umezu (le Mangaka vivant dans une maison bariolée de rouge et de blanc près du parc Inokashira), dans le kabuki, le butō, l’estampe… Ces reportages donnent une part assez importante au paranormal représenté au cinéma dans des films de la toute fin des années 90 et début des années 2000 comme Ring de Hideo Nakata ou Ju-on de Takashi Shimizu. On y voit également une scène du film Audition de Takashi Miike, qui m’a fait froid dans le dos en la revoyant pendant quelques secondes. De ces trois films, je n’ai pas vu Ju-on et j’hésite encore à le regarder maintenant, alors qu’une série appelée Ju-on: Origins vient de sortir sur Netflix. Un des épisodes aborde le sujet de la tristement fameuse forêt Aokigahara, au pied du Mont Fuji dans la préfecture de Yamanashi. Necronomidol intervient dans cet épisode car la vidéo de Psychopomp sur l’album VOIDHYMN y a été tournée, et également car l’image du groupe correspond bien à l’esprit de ce documentaire. Le seul point qui me gêne dans l’ensemble de la série est qu’on n’arrive pas à bien cerner si elle se positionne dans le registre du documentaire ou de la fiction. La voix du narrateur essaie de nous faire croire que Tokyo est une ville peuplée d’esprits et de fantômes, qui se cacheraient à tous les coins de rues. L’aspect documentaire de la quasi totalité des épisodes de la série nous laisserait penser que les commentaires en voix Off du narrateur sont aussi représentatifs d’une réalité. Quelque part, ce type de documentaire construit de nouvelles légendes à partir de légendes existantes. En écrivant ces lignes, je me rends compte que je fais exactement la même chose avec les billets de ce blog qui passent d’un aspect quasiment documentaire sur certains textes et images à des fantaisies irréelles volontaires. Pourtant, c’est plus intéressant de montrer Tokyo par des images irréelles, dans la mesure où elles se basent sur une certaine réalité. Il faut seulement éviter de tomber dans le piège de donner l’impression qu’il s’agit d’une généralité. Je ne pense pas que ça soit le cas de cette série sur Arte, mais, lorsqu’on habite ici, notre esprit est formé à penser que toutes images données de Tokyo et du Japon par des médias étrangers ne peuvent qu’être une tentative à donner une image définitive et généralisante de ce qu’est la totalité de ce pays.

J’avais justement en tête depuis quelques semaines de parler ici du nouveau morceau de Necronomidol, intitulé TUPILAQ, sorti au début du mois de Juin cette année. Ce morceau naît après quelques turbulences dans le groupe car plusieurs membres l’ont quitté soudainement dont Risaki Kakizaki. Depuis le départ de Sari, qui était avec son visage maquillé une figure immédiatement reconnaissable du groupe, j’ai l’impression que le groupe a eu du mal à se trouver un équilibre. Du groupe actuel composé de 4 membres, je ne connais que Himari Tsukishiro qui est une des rescapées de la formation et en deviendrait même le symbole. J’imagine d’ailleurs que la pochette dessinée par l’illustrateur Ichiba Daisuke est inspirée par l’image d’Himari. Ce n’est qu’une supposition car je ne connais pas du tout l’univers d’Ichiba Daisuke, dont je n’ouvre volontairement pas la porte (pour l’instant). Enfin, l’image de la pochette donne une bonne idée de ce qu’on peut y entrevoir. Je suis très agréablement surpris par la qualité de ce nouveau morceau TUPILAQ, qui démarre comme si on descendait dans les bas fonds jusqu’à ce que la puissance des guitares et de la batterie prennent le relais. Le morceau est très solide tout comme les voix qui ne perdent pas le dessus sur les guitares pourtant très présentes. Le groupe semble désormais plus mûr dans son chant groupé, et c’est peut être dû à cette nouvelle composition. Musicalement, l’esprit métal est toujours très présent. Je ne suis pas adepte du métal mais j’aime quand ce son là vient contraster avec les voix féminines du groupe. Sari, de son côté, a continué son chemin musical loin des noirceurs gothiques, en se tournant plutôt vers les sons électroniques. Elle a sorti un EP au mois de Mars et un autre morceau en Mai 2020, sari no shitaku, que j’écoute très régulièrement. La musique faite de sursauts est composée par Kei Toriki, nom que j’avais déjà vu associé au groupe Ray si mes souvenirs sont bons. Le morceau est intéressant car il n’a pas vraiment de refrain et se compose d’une progression continue. Ces deux morceaux sont disponibles sur Bandcamp, qui devient petit à petit une des meilleures plateformes musicales, à mon avis.