最後まで踊らない

Je m’amuse encore un peu avec l’application d’édition photographique Polarr en retouchant des photographies de Shibuya déjà montrées dans un billet précédent. Les filtres d’édition sont plus adaptés aux décors urbains qu’aux paysages naturels, car ils sont principalement axés sur les superpositions de lumières et sont très colorés. C’est amusant de jouer avec ces filtres, mais comme je le disais auparavant, on a tendance à en abuser. En fait, les photographies d’origine que je montrais sur le blog étaient déjà modifiées mais d’une manière beaucoup plus subtile, je pense. Depuis de nombreuses années, j’aime superposer des nappes de nuages sur mes photographies. Polarr propose également un filtre de superposition de formes de nuages, similaire à ce que je fais manuellement. Se sont-ils inspirés de Made in Tokyo? J’en doute fortement mais je me permets quand même de le noter ici. Ceci étant dit, simplement superposer une couche de nuages sur une photographie n’est pas suffisant, il faut la retravailler en effaçant ou accentuant certaines zones pour révéler les parties que l’on souhaite montrer sur la photographie d’origine. Les filtres prêts a l’emploi ne remplacent pas ce travail parfois minutieux et ont même tendance à standardiser les rendus. Un peu comme les filtres Instagram, ce sont des gourmandises qu’il faut consommer avec modération.

Image extraite de la vidéo sur YouTube du morceau Kowloon Sunset par Ether Feels.

Le début d’année est souvent l’occasion pour les sites internet traitant de musiques de faire des listes des meilleurs albums de l’année écoulée. Je jette toujours un œil curieux sur la liste de Pitchfork, histoire de vérifier si je suis passé à côté ou pas de ce qu’il fallait écouter pendant l’année. Les albums MAGDALENE de FKA Twigs et Norman Fucking Rockwell! de Lana Del Rey sont aux deux premières places, donc je me dis que je ne suis pas tout à fait déphasé. Sur les 50 albums du best of 2019 de Pitchfork, j’en possède par contre que 4. J’écoute beaucoup plus de musiques japonaises depuis ces deux dernières années, musiques qui ne sont pas du tout représentées sur Pitchfork. A vrai dire, sur la totalité des albums que j’ai écouté pendant l’année 2019, les trois quarts sont japonais. C’est le rapport inversé par rapport à il y a plus de deux ans où je me plaignais de ne pas connaître de musiques alternatives ou électroniques intéressantes au Japon. J’étais juste ignorant à cette époque, car plus je cherche sur internet et plus je me rends compte que le Japon fourmille de petits groupes indépendants créant de très belles choses. Je pense que les méthodes de distribution que sont Bandcamp ou YouTube ont grandement facilité la découverte de ces groupes, mais il faut quand même quelques pointeurs pour s’y retrouver dans cette masse musicale.

Image extraite de la vidéo sur YouTube du morceau Be my Valentine par Spool.

Le blog Muso Japan spécialisé dans la musique indé japonaise nous donne également sa liste 2019 et elle est excellente. Beaucoup d’albums qui y sont présentés sont disponibles sur Bandcamp (parfois sur SoundCloud) avec des vidéos sur YouTube. Je découvre ce blog sur Twitter à travers un retweet d’une autre personne que je suis pour ses recommandations musicales. Comme quoi, malgré tout le mal que je peux en penser, Twitter sait aussi faire découvrir des sites internet intéressants. En fait, j’aime quand Twitter me fait sortir de Twitter pour retourner vers des articles complets sur internet. La liste de Muso Japan attire tout de suite mon attention car elle mentionne la musique de deux groupes que j’ai apprécié pendant l’année 2019, à savoir le dernier album de For Tracy Hyde, New Young City, et le EP Blue de Ray dont je parlais plus récemment. Les quelques morceaux que j’ai découvert et que j’aime particulièrement sont à mi-chemin entre le Shoegazing et la Dream Pop. Il y a le morceau Kowloon Sunset de Ether Feels, groupe d’Osaka jouant un shoegaze aux accents pop et mélancolique. J’écoute ensuite Be my Valentine du quatuor féminin SPOOL sur leur premier album éponyme. Le morceau évolue sur un rythme assez lent et changeant, mais ne manque pas d’énergie. J’aime beaucoup l’intrusion dissonante de guitare à différents moments du morceau et sur sa partie finale. Il y a aussi le morceau un peu plus contemplatif intitulé Acacia アカシア de Mishca sur leur EP Square, qui alterne les voix féminine et masculine.

Image extraite de la couverture du EP Fukou 風光 par monocism.

Et finalement, le mini album de six titres Fukou 風光 de monocism. Je dirais que ce EP correspond très bien à l’idée que je me fais du shoegazing japonais, parfaitement exécuté musicalement, axé sur une mélancolie sombre avec des sons de voix que l’on comprend à peine, comme un léger bruissement dans une brume en abord de forêt (c’est l’image qui me vient en tête quand j’écris ces lignes). Les premiers morceaux mettent l’accent sur la mélodie et ce sont d’ailleurs les morceaux que je préfère, surtout le premier morceau Yuhyou 融氷 et le troisième Moya 冬靄. En écoutant ces morceaux, je pense soudainement au roman Norwegian Woods de Haruki Murakami que j’ai lu il y a plusieurs années en version anglaise mais que je reprends maintenant en version française sous le titre la Balade de l’Impossible (Comme les versions du même livre ont des titres très différents selon les langues, je ne me suis rendu compte qu’après l’avoir acheté que j’avais déjà lu ce livre). Cette musique me fait penser à ce livre car je retrouve un même sentiment de mélancolie en pensant à l’époque où je le lisais. Le personnage principal du livre se laisse également emporter par la mélancolie en se remémorant la période de sa jeunesse lycéenne et son amour impossible avec Naoko. Ce que je trouve ensuite très fort dans cet EP de monocism, c’est la transition sur le morceau suivant Shunkou 春光 vers un mur de sons impénétrables. Je me demande à ce moment là pourquoi je me trouve à être ému par un mur de sons de guitares. Dans un style un peu différent, je repense aux murs sonores de Chihei Hatakeyama sur le long morceau drone ambient de 23 mins Dark Sea. Ces musiques là jouent sur les ambiances et les variations subtiles de sons. On se laisse vite envahir par le flot jusqu’à la fin du morceau, car cette musique provoque une attirance irrésistible. Le morceau qui suit, le cinquième Hadare 斑雪, revient vers des terrains plus lumineux et mélodiques, mais le morceau qui conclut cet EP repart vers des terrains plus arides. Le morceau Souro 霜露 est un entrelacement infernal de sons venant anéantir l’équilibre précaire de l’album et nous rappelant d’une certaine manière que la beauté en ce monde est rare et bien cachée, il faut la défricher ici derrière les bruits infernaux des guitares. La beauté est dans ce qui reste à la fin du morceau, une nappe calme et mystérieuse à la Brian Eno.

envol du corbeau

Le corbeau fait tellement partie de l’ambiance urbaine tokyoïte qu’on finit par l’oublier. Pourtant, pendant mes premiers mois de vie à Tokyo, leur présence et croassements étaient presque traumatisant, surtout le dimanche après-midi quand je me réveillais très tard dans mon petit appartement d’Akasaka après être sorti jusqu’à très tôt le matin le soir d’avant. En prenant la première photographie à Roppongi d’un corbeau à l’envol, je pense au photographe Masahisa Fukase 深瀬昌久 sans aucune prétention de m’approcher d’une plume de l’intensité de ses photographies de corbeaux dans son photobook Ravens 鴉. C’est un photobook que j’ai vu quelques fois en vente en réédition dans des librairies, mais j’ai toujours hésité à me le procurer vu le prix. Il est en fait assez rare qu’un livre de photographies m’intéresse, mais celui-ci en particulier m’impressionne toujours.

Cette photographie et les autres de ce billet ont été prises en 2019 un peu avant Noël, le jour où j’ai été voir le dernier Star Wars au cinéma comme en témoigne le stormtrooper positionné comme un garde près des portes d’entrée. J’avais l’intention de montrer ces photographies plus tôt mais le temps d’écrire les textes m’a manqué. Les deux autres photographies sont prises à l’arrière des buildings à Nishi Azabu ou autour. En prenant la photographie de l’arrière du building de Nishi Azabu, je pense à la version que j’avais capturé sur film il y a plus de dix ans, montrée dans un billet intitulé Pliures tectoniques. Cette ancienne version en noir et blanc reste pour moi une référence pour le rendu des textures que je n’arrive pas à répliquer sur ma nouvelle photographie en digital couleur. J’essaie pourtant régulièrement de reprendre cet endroit en photo pour retrouver cette lumière sur la surface, comme sur une autre version prise pendant l’été 2018. Je trouve un intérêt dans cet alignement de vitres rondes et de tubes, ressemblant à des éléments d’une navette spatiale.

L’image ci-dessus des quatre membres du groupe BiS réformé par l’agence Wack récemment, me fait penser aux corbeaux dont je parlais un peu plus haut, certainement pour leur ‘uniformes’ noirs, ou alors à des oiseaux de nuit. C’est une photo de promotion pour leur dernier EP intitulé DEAD or A LiME (peut être une allusion à la série de films Dead or Alive de Takashi Miike, ou alors au jeu de combat de Tecmo). Je reconnais ce lieu pour l’avoir déjà pris en photographie auparavant, il s’agit du quartier de Shinsen au dessus de Shibuya. On aperçoit un restaurant thaï au murs dessinés de lignes derrière la voie ferrée. BiS est en quelque sorte un groupe sœur de BiSH, qui se place également dans le registre rock mais sans l’aspect symphonique que peuvent prendre certains morceaux de BiSH et avec un peu plus d’agressivité dans le rythme et le chant. Le groupe BiS de la première génération est bien antérieur à BiSH mais il a subi de nombreuses transformations (et beaucoup de drama comme l’explique la page wikipedia) jusqu’à la troisième et actuelle formation créée en 2019. Je ne connais pas du tout la musique des deux premières formations, mais seulement ce dernier EP. J’aime beaucoup les deux morceaux qui le composent à savoir le morceau titre DEAD or A LiME et le deuxième morceau Telephone テレフォン. Le refrain de DEAD or A LiME est très accrocheur et les passages parlés de manière très rapide sont bien vus et apportent une note particulière au morceau. Telephone テレフォン est le premier morceau que j’ai écouté du groupe car il était disponible en téléchargement gratuit pendant quelques jours (ou peut être qu’une seule journée) à la sortie du EP et j’avais tenté l’écoute. Le rythme est ultra-rapide et est destiné à faire bouger les foules. J’aime beaucoup l’énergie qui est communiquée par le refrain et ses voix rapides une fois encore. Le seul bémol est la manière de chanter que je trouve un peu vulgaire d’une des membres du groupe, mais c’est cet aspect qui différencie depuis le début BiS des autres groupes d’idoles, même alternatives.

au premier jour d’une nouvelle décennie

L’émission annuelle musicale Kōhaku 紅白歌合戦 de la NHK du 31 décembre 2019 que l’on regarde à chaque fois comme une tradition ne m’a pas fait découvrir de groupes ou des morceaux que je ne connaissais pas. Cette année ressemblait plus à une compilation de la décennie, car beaucoup des artistes invités faisaient des medley de quelques uns de leurs morceaux les plus connus. Même Sheena Ringo, dont c’est la septième participation, n’a interprété que des moitiés de deux morceaux plus anciens, à savoir Jiyu-dom ジューダム et Jinsei ha yumei darake 人生は夢だらけ, notamment car ces deux morceaux apparaissent sur la compilation sortie en 2019. Le morceau que j’ai préféré de l’émission était celui de King Gnu, Hakujitsu 白日 qui sera présent sur leur prochain album Ceremony prévu pour le 15 janvier 2020. Le groupe est une des révélations de cette année et ce morceau Hakujitsu a eu beaucoup de succès. Nous écoutons d’ailleurs de temps en temps leur précédent album intitulé Sympa, dans la voiture pendant les trajets un peu plus longs que d’habitude. Un peu avant King Gnu dans l’émission, LiSA chantait le thème de l’anime Kimetsu no Yaiba (鬼滅の刃) que j’ai commencé à regarder sur Netflix car le petit est en train de lire le manga et que cette histoire de chasseur de démons m’intriguait. J’ai commencé à regarder les quatre ou cinq premiers épisodes de l’anime et bien que l’histoire de démons mangeurs d’Homme ne soit pas en elle-même très originale pour le moment, l’ambiance générale de l’anime et son univers graphique sont très beaux. Il s’agit de l’histoire d’un jeune chasseur de démons Tanjirō Kamado cherchant un antidote pour sauver sa petite sœur Nezuko, transformée en démon avec un morceau de bambou dans la mâchoire pour éviter qu’elle morde. L’histoire se passe dans les campagnes japonaises à l’ère Taisho et ces lieux sont remplis de folklore et de croyances fantastiques. Je n’avais pas regardé d’anime depuis très longtemps et je me suis laissé emporter par cette histoire et ce monde. Le manga est toujours en cours avec 18 volumes. Le morceau que chantait LiSA à Kōhaku intitulé Gurenge 紅蓮華 est en fait le thème d’ouverture de chaque épisode de l’anime. Il n’a rien de vraiment original. Je trouve qu’il ressemble à un morceau classique d’anime, il doit y avoir des codes spécifiques au genre, mais LiSA met beaucoup de ferveur dans son interprétation sur la scène de Kōhaku.

On n’a pas vu la soirée passer que minuit approche déjà. La nouvelle décennie n’est plus qu’à quelques minutes de nous lorsque nous regardons les images de la NHK montrant des temples et sanctuaires aux quatre coins du Japon. Année olympique oblige, on nous montre également des images du nouveau stade olympique de Kuma Kengo qui est maintenant achevé. Après s’être souhaité une bonne et heureuse année, nous allons comme d’habitude au sanctuaire du quartier. Un feu brûle devant le sanctuaire pour réchauffer les visiteurs de minuit comme nous. Le verre de amazake offert par le sanctuaire est le bienvenu. On le boit tranquillement en regardant les flammes dans la nuit. Il y a du monde autour de nous malgré le froid. J’hésite à rester un peu plus longtemps que d’habitude mais il se fait déjà tard.

Une surprise m’attendait en rentrant à la maison un peu avant 1h du matin après la visite du sanctuaire. Un email de Ringohan dans ma boîte aux lettres annonce la réformation de Tokyo Jihen à compter du 1er janvier 2020 avec un nouveau single Erabarezaru Kokumin (選ばれざる国民). Quel plaisir et surprise de voir Tokyo Jihen se réformer, surtout que leur nouveau morceau est excellent. On ne les avait pas entendu depuis 8 ans car leur dernier album Color Bars date de janvier 2012. On retrouve le style des derniers albums, avec ici une construction assez atypique sans véritable refrain mais avec mélange des voix. A la voix de Sheena Ringo, s’ajoutent celles de Ichiyo Izawa et Ukigumo. C’est un morceau à la fois élégant, sophistiqué et rafraîchissant comme sait si bien le faire le groupe, ce qui est de bonne augure pour l’album. En attendant l’album, le groupe annonce une tournée au Japon appelée ‘Live Tour 2020 News Flash’ à partir de 29 février. Ce morceau est le premier que j’écoute en cette nouvelle année et décennie. Il me donne envie de me replonger encore dans la discographie complète de Tokyo Jihen en réécoutant chaque album en ordre chronologique.

Le premier jour de l’année n’est pas très mouvementé. Comme tous les ans, une bonne partie de la journée se passe à table devant les Oseichi pour le déjeuner, tout en regardant distraitement les émissions spéciales à la télévision, principalement des émissions humoristiques en direct animées par des comédiens confirmés ou en devenir. Mais il faut bien faire notre première sortie au sanctuaire ou au temple avant leur fermeture vers 16h. Nous allons d’abord au sanctuaire du quartier puis nous marchons une bonne heure jusqu’au temple Kencho-ji de Kamakura. Je le connais moins que le temple Engakuji à Kita Kamakura bien qu’ils soient assez proches l’un de l’autre. Kencho-ji est un des grands temples zen de Kamakura et un des plus anciens monastères d’entrainement zen du Japon. Sa construction date de 1253 sous l’ère Kenchō d’où il prend d’ailleurs son nom. La composition de Kencho-ji variera avec le temps car certains des bâtiments du temple seront détruits par des incendies. Dès notre entrée dans l’enceinte, on est face à face avec l’immensité de la porte principale appelé Sanmon et datant de 1754. On peut entrer dans plusieurs grands halls dont le Butsuden, contenant une grande statue de Bouddha. Il fut déplacé du temple Zozo-ji à Tokyo jusqu’à Kamakura en 1647. Le hall suivant, le Hatto datant de 1814, est impressionnant pour sa peinture de dragon au plafond appelée Unryu-zu. C’est en fait une peinture récente datant de 2003 par Koizumi Junsaku, créée à l’occasion du 750ème anniversaire de Kencho-ji. Une autre porte appelée Karamon, plus petite mais luxueuse car couverte de dorures, renferme le jardin intérieur du hall principal du temple. Ce hall nommé Hojo était autrefois la résidence du responsable religieux des lieux, mais s’est depuis transformé pour accueillir les services religieux pour les fidèles. On peut également visiter l’intérieur en retirant nos chaussures. Il n’y a pas de services pendant notre visite et on découvre donc le hall principal couvert de tatami entièrement vide. Au fond de la vaste pièce, on peut y voir un grand dessin de dragon. On appelle également ce hall le Ryuo-den, le hall du Roi Dragon. Un espace de cette pièce est réservé aux visiteurs pour exercer le Zazen. Un homme qui était assis à cet endroit me conseille de m’y asseoir également quelques instants, en m’indiquant la position assise adéquate. Je n’ose pas refuser car l’homme prend de son temps pour m’expliquer l’assise à prendre. Je m’assois donc seul pendant quelques instants devant le Roi Dragon. J’apprécie ces instants dans la lumière jaune du soir, mais on m’attend un peu plus loin à l’autre bout du bâtiment, donc aucune possibilité d’approcher une possible plénitude zen en si peu de temps. Il m’effleure l’idée d’y revenir seul un jour pour m’asseoir ici pendant des heures, mais je sais déjà que cette idée ne se concrétisera probablement jamais. Le soleil commence déjà à se coucher un peu après 16h. Nous rentrerons à pieds comme à l’aller. Cette longue marche aura été utile pour se nettoyer le corps du sake bu pendant le long déjeuner, et la visite du Kencho-ji nous aura chargé en énergie pour cette nouvelle année.

ネズミ・マウス

L’année 2020 sera sous le signe de la souris et on les voit apparaître un peu partout dans les rues de Tokyo, ici à Marunouchi. Le long de la Naka-dori qui devient piétonne le week-end et qui est illuminé le soir pendant les fêtes, on peut voir en ce moment des statues sur le thème du rugby. Elles ont dû être mises en place sur quelques bancs de la rue pendant la coupe du monde de rugby. On peut y voir des symboles culturels japonais comme un ninja ou un lutteur de sumo. Je choisis de prendre en photo le personnage de Chiko Chan que l’on regarde à la télévision en famille tous les samedi matin sur NHK, tout en prenant le petit déjeuner. Sur les murs de l’escalier montant au quai de la ligne Yamanote à la gare de Yurakuchō, je suis surpris de retrouver une illustration de Shohei Ōtomo, montrant un personnage féminin cyborg habillé d’un kimono. Il s’agit d’une illustration publicitaire pour la Sony PlayStation.

La fin de l’année approchant très vite, l’envie me reprend comme tous les ans de faire le point sur la fréquentation du site. Pendant cette année 2019, au moment où j’écris ces lignes, j’ai publié 137 billets, ce qui est un peu plus que l’année dernière avec 126 billets publiés (95 billets pour l’année 2017). Il faut croire que l’inspiration ne tarit pas malgré les années. Je continue à prendre des photographies tous les week-ends sans vraiment me lasser, ce qui nourrit sans cesse mon envie de créer de nouveaux articles pour les montrer. L’envie d’écrire sur les musiques je j’aime est aussi souvent le point de départ des textes. J’essaie en général de trouver un point en commun entre la musique dont je vais parler et les photographies que je vais montrer dans un même billet. C’est la raison pour laquelle je continue à mélanger les deux. Je pense aussi que c’est ce mélange des genres qui maintient une certaine singularité de Made in Tokyo, même si la logique n’est pas évidente au premier coup d’oeil. C’est certainement une raison pour laquelle Made in Tokyo ne trouve pas un large public. Il y a eu 16330 visites sur l’année 2019 (soit environ 45 visites par jour), ce qui est en baisse assez significative par rapport à l’année 2018 avec 19410 visites (53 visites par jour), prenant en compte que l’année 2018 avait connu un rebond par rapport à l’année précédente (17841 visites en 2017). L’augmentation du nombre de billets en 2019, bien qu’elle ne soit volontaire, n’a pas influé sur la fréquentation du site. Par contre, le nombre de commentaires sur les billets est en augmentation constante avec 62 commentaires (excluant les miens) en 2019 contre 55 en 2018 (et 46 en 2017). C’est une note positive sur ces statistiques. Ceci étant dit, je ne me base pas uniquement sur ces statistiques pour continuer ce site, sinon il y a longtemps que j’aurais arrêté. Les réseaux sociaux vont très certainement continuer à grignoter du terrain sur les formats plus classiques du blog comme celui-ci, et je ne m’attends pas à une augmentation du nombre de visiteurs. Je me réconforte toujours en me disant que ça me permet d’être plus personnel dans mes textes, même si je m’impose volontairement beaucoup de limitations. Je cherche aussi volontairement à maintenir une certaine distance avec le brouhaha des réseaux sociaux.

Images extraites des vidéos sur YouTube des morceaux 1999 et Romance ロマンス du groupe Hitsuji Bungaku 羊文学 sortis respectivement en décembre 2018 et en juillet 2019.

Je découvre à la radio le morceau 1999 du groupe Hitsuji Bungaku 羊文学 dont je n’avais jamais entendu parlé jusqu’à maintenant et j’aime beaucoup ce que j’entends pour son ambiance rock indé à tendance shoegaze. En fait, le son de ce morceau me rappelle un peu celui du groupe Kinoko Teikoku きのこ帝国 sur un album comme Eureka. Il y a une certaine nostalgie qui est transmise à travers ce morceau et j’y suis sensible, d’autant plus que cette année 1999 donnant le titre au morceau correspond à mon arrivée à Tokyo. L’autre morceau que j’écoute du groupe s’intitule Romance ロマンス sur le EP Kirameki きらめき sorti en juillet 2019. Ce morceau rock prend des accents plus pop et coloré comme la vidéo. J’aime beaucoup la voix de Moeka Shiotsuka 塩塚モエカ sur ce morceau en particulier, le rendant immédiatement très accrocheur. C’est une excellente découverte musicale en cette fin d’année. J’aurais découvert beaucoup de belles choses musicales cette année encore.

RAY in the morning

Tous les ans à la même période de fin décembre, je me rends au sanctuaire Ana-Hachimangu près de l’université de Waseda pour y acheter des talismans qui nous protégeront pendant toute la nouvelle année. C’est une sorte de tradition dans la famille d’y aller tous les ans et depuis plusieurs années, je me porte volontaire pour aller les acheter le premier jour où ils sont disponibles au sanctuaire. Comme beaucoup d’autres personnes comme moi, je m’y rends même dès l’ouverture à 5h du matin, ce qui veut dire un réveil à 3h du matin environ pour prendre le premier train JR à 4h30 environ. J’arrive sur les lieux du sanctuaire un peu après 5h du matin et il y a déjà foule dans la file d’attente qui s’étend dans une des rues entourant l’enceinte de Ana-hachimangu. En fait, je suis arrivé en retard de quelques dizaines de minutes par rapport à l’heure d’ouverture et la foule s’était déjà pas mal regroupée sur le trottoir. Il me semble qu’il y a plus de monde que l’année dernière à la même heure car nous sommes un dimanche et la météo annonce de la pluie au milieu de la journée. Il faudra attendre environ 2h30 dans la nuit et le froid avant de pouvoir approcher un des comptoirs du sanctuaire pour acheter les talismans pour une partie de la famille. Je m’étais bien couvert pour éviter le rhume qui pouvait facilement me gagner vu que l’on fait du surplace dans cette file d’attente. En fait, j’aime bien cette expérience tous les ans qui devient un rituel, d’autant plus qu’un sanctuaire n’est pas l’endroit le plus désagréable pour attendre. Je vois même cela comme un exercice pour vérifier que je suis toujours capable d’attendre calmement sans rien faire, à part écouter de la musique à l’iPod. Cela deviendrait presqu’une expérience revivifiante de tester sa patience pendant des heures, mais je ne serais quand même pas prêt à renouveler cette expérience tous les mois. Après avoir récupéré les fameux talismans, je fais un petit tour en photographies du sanctuaire. Comme pour un matsuri, les vendeurs de toutes sortes de choses, souvent à manger, sont bien présents dès tôt le matin. En redescendant les escaliers du sanctuaire alors que le soleil s’est déjà levé, je constate que la foule n’a pas diminué et qu’elle s’est en fait intensifiée. La police a même fermé une des routes autour du sanctuaire pour créer des files d’attente plus larges. C’est la première fois que je vois autant de monde et la police appelée en renfort pour réguler le flux de personnes. Ça ne s’applique bien sûr pas à tous, mais les japonais n’ont en général pas peur d’attendre longtemps et ça m’a toujours intrigué voire impressionné. Je quitte les lieux vers 8h30 du matin et c’est comme si une nouvelle journée commençait avec les rayons de soleil du matin.

Images extraites des vidéos sur YouTube des morceaux Butterfly Effect (バタフライエフェクト) et Meteor du groupe RAY sur leur EP Blue sorti le 31 Octobre 2019.

Les recommandations de YouTube fonctionnent assez bien car elles me font souvent découvrir de belles choses musicales. Cette fois-ci, ce sont deux morceaux de shoegazing du groupe japonais RAY, intitulés Butterfly Effect (バタフライエフェクト) et Meteor sur le EP Blue. RAY est en fait un groupe d’idoles alternatives accompagnées de musiciens différents sur chaque morceau. Ces morceaux et ce groupe continuent un peu plus à brouiller les pistes, car cette musique rock noyée dans les guitares avec un brin de nostalgie ne correspond pas du tout à l’image classique de la musique d’idoles japonaises qu’on a l’habitude d’entendre dans les médias japonais. Avec des groupes comme BiSH proche du rock alternatif et NECRONOMIDOL proche du métal, je savais déjà cela mais ça fait plaisir de découvrir d’autres ambiances, notamment celles atmosphériques du shoegaze. Le morceau Butterfly Effect est écrit par Azusa Suga (aka 夏bot) du groupe For Tracy Hyde. L’ambiance musicale est d’ailleurs très proche de ce qu’on peut entendre sur leur dernier album New Young City, sorti un peu plus tôt cette année. La vidéo du morceau pleine d’effets de lumière colorés façon vintage est également dans le style de For Tracy Hyde. C’est un très bon morceau, j’aime beaucoup cette ambiance, mais j’ai une petite préférence pour le morceau Meteor, qui est lui une association avec un certain Elliott Frazier du groupe shoegaze américain d’Austin Ringo Deathstarr. J’adore l’atmosphère du morceau lorsque démarre le magma de guitares duquel les voix de RAY se détachent à peine. C’est du shoegaze classique mais poignant, plus sombre et atmosphérique que Butterfly Effect. En fait, le contraste entre ces deux morceaux est assez fort lorsque l’on compare leurs vidéos, entre le flou comme un rêve sur Butterfly Effect et l’extrême netteté de la vidéo de Meteor. Cette dernière vidéo fonctionne comme un guide de Tokyo où on suit les pas d’une des membres du groupe, Kai Marino 甲斐莉乃. Les mouvements rapides de caméra et cette netteté de l’image presque surréaliste finissent par donner le vertige. La caméra bouge vite, ralentit et revient parfois en arrière dans différents quartiers de Tokyo la nuit, à Shinjuku, Shibuya, Ueno ou encore Asakusa. Et on se dit que la musique shoegaze va si bien au teint de cette ville.