une forme ronde pour nous reposer le regard

Il est magnifique et très travaillé ce camion Dekotora sur les deux premières photographies du billet. Il était stationné pendant quelques jours devant le grand magasin PARCO en plein centre de Shibuya. Ce camion très décoré et coloré a un nom et s’appelle Aki Kannon (亜紀観音) en hommage à la chanteuse de Enka Aki Yashiro qui fête cette année ses cinquante années de carrière. On remarque une photo de la chanteuse sur une portière du camion et la plaque d’immatriculation au numéro 846 évoque bien entendu Yashiro (8 = Ya, 4 = Shi, 6 = Ro). Ce lien entre la chanteuse et le monde des camionneurs viendrait d’un film de la série Truck Yarō (トラック野郎). Cette série de films de comédie et d’action comprend 10 épisodes dans lesquels on retrouve à chaque fois une histoire d’amour impossible, un peu comme dans la longue série de films Tora san, Otoko ha Tsurai yo (男はつらいよ). Aki Yashiro prenait le rôle d’une camionneuse dans le cinquième épisode de la série Truck Yarō, intitulé Dokyō Ichibanboshi (度胸一番星) et sorti en 1977. Elle est en quelque sorte devenue une madone des camionneurs depuis cet épisode. Je n’ai pas été vérifié ce jour-là mais le magasin de disques Disk Union installé au premier sous-sol du PARCO affichait également sur sa devanture des posters de Aki Yashiro.

On change un peu de décor sur les photographies qui suivent tout en restant dans l’arrondissement de Shibuya. Je profitais d’un passage à Sasazuka pour partir à la recherche de nouvelles toilettes publiques du projet Tokyo Toilet. Pour rappel car je l’ai souvent évoqué ici, ce projet vise à renouveler un grand nombre des toilettes publiques de Shibuya en faisant intervenir des architectes et designers reconnus. Celles que j’ai pu découvrir à Hatagaya, juste à côté de Sasazuka, dans le parc de Nanago Dori étaient particulièrement élégantes. Ces toilettes prennent la forme d’un dôme blanc délicatement posé sur un terrain de graviers blancs au milieu des arbres du parc. On doit cette forme ressemblant à un ovni à Kazoo Sato de l’agence publicitaire TBWA/Hakuhodo. Une des particularités de ces toilettes est qu’elles sont contrôlables par la voix. Dans cette série de photographies, la simplicité de cette forme ronde installée dans un quartier tranquille de Shibuya nous repose le regard et vient complètement contrasté avec la complexité détaillée du camion Dekotora posé dans le centre nerveux de Shibuya. A vrai dire, les deux m’attirent dans des proportions équivalentes. J’aime beaucoup la tranquillité des quartiers résidentiels vides mais aussi la densité presqu’insoutenable des quartiers pleins à ras bord. Tout l’interêt de Tokyo est de pouvoir passer très rapidement de l’un à l’autre en marchant seulement quelques pas (enfin plusieurs dizaines de pas quand même). Si on me demandait ce que j’aime dans cette ville, c’est peut-être bien ce que je retiendrais.

Je n’ai pas résisté à la tentation de faire l’otaku (OTK pour être spécifique) en allant faire un tour le soir au Tower Records de Shinjuku le jour même de sa réouverture, le Vendredi 8 Octobre 2021. Il était fermé pendant plusieurs mois pour rénovation ou plutôt pour réarrangement interne. La raison pour laquelle j’y suis allé est que Tokyo Jihen est en photo sur les posters annonçant cette réouverture. Ils sont renommés en « Shinjuku Jihen », pour l’occasion. On connaît les liens étroits entre le magasin de Shinjuku et Sheena Ringo, car une des staffs du magasin est fan. Elle contribue souvent aux événements spéciaux mettant en avant Sheena Ringo ou Tokyo Jihen. J’y suis allé il y a plusieurs mois pour voir l’exposition des costumes de scène du groupe à l’époque de la sortie du DVD/Blu-ray du concert News Flash. En plus des posters affichés à différents endroits du magasin et sur des écrans digitaux dans tout le Department Store Flags, on pouvait également voir à l’entrée du Tower Records au 9ème étage des papiers cartonnés avec les signatures des cinq membres du groupe. Sheena signe toujours avec un dessin de petite pomme et un « merci » écrit en français. J’ai publié ces quelques photos prises à l’iPhone sur Twitter assez rapidement le soir même, en espérant éventuellement être dans les premiers à le faire et donc susciter un intérêt auprès des fans qui suivraient le tag du groupe, mais ça n’a malheureusement pas suscité beaucoup d’interêt. Je me demande bien comment fonctionne Twitter. Publier des photos sur Instagram suscite des réactions immédiates et attire des nouveaux followers, mais publier des choses sur Twitter ne m’apporte en général aucune ou très peu d’interactions visibles. Je vais certainement, une fois encore, abandonner complètement mes contributions sur ce réseau social. Je n’y tweete déjà plus les liens vers les nouveaux billets que je publie sur ce blog, mais Twitter m’est quand même très utile pour me tenir informé. Instagram m’inspire beaucoup plus car les photos que j’y vois, principalement publiées par des amateurs d’architecture tokyoïte, me donne des idées sur mes futures promenades urbaines.

Pour revenir à Tokyo Jihen, le groupe a ressorti récemment ses six albums en format vinyle. Je suis en fait plutôt content de ne pas faire la collection des vinyles car acheter des albums que je connais déjà me tente moyennement. On n’a pas de platine vinyle à la maison et ça ne correspond pas de toute façon à mon style d’écoute. Je me demande d’ailleurs si les personnes qui achètent ces vinyles vont vraiment les utiliser ou les garder dans leurs plastiques d’origine comme objet de collection. La vente de vinyles prend de plus en plus de place dans les magasins au profit d’ailleurs des CDs, au point où je me demande parfois si je ne devrais pas m’y mettre tout en me raisonnant assez rapidement. Je ne sais pas si c’est la maison de disques qui pousse à cela, mais je trouve que Tokyo Jihen exagère en ce moment sur les rééditions. Le 22 Décembre 2021, sortira un double CDs best-of du groupe intitulé Sōgō (総合) comprenant deux nouveaux morceaux et un DVD/Blu-ray intitulé Prime Time avec toutes les vidéos du groupe (28) et quelques bonus. J’ai déjà la plupart des morceaux et des vidéos sur des CDs et DVD/Blu-ray déjà sortis, et ça m’embête donc d’avoir à débourser pour seulement quelques morceaux supplémentaires. Cette technique de rajouter un ou deux morceaux inédits pour pousser à l’achat m’agace un peu. Il existe déjà le DVD/Blu-ray Golden Time avec toutes les vidéos du groupe jusqu’à leur séparation en 2012. Prime Time reprend donc toutes ces vidéos déjà sorties sur Golden Time et les trois-quatre supplémentaires sorties depuis la reformation du groupe. Je n’achète en général pas les best-off, mais c’est possible que je me laisse quand même tenter par le Blu-ray de Prime Time, car j’ai eu la bonne idée de ne pas m’être encore procuré Golden Time en occasion (J’ai par contre déjà tous les autres DVDs/Blu-ray de vidéos plus anciennes comme CS Channel mais pas toutes en format Blu-ray). Dans ma collection des CD/DVD/Blu-ray de Sheena Ringo et Tokyo Jihen, il ne me manque maintenant que le Blu-ray du concert Ringo Expo 14, si on exclut les compilations de morceaux existants ou les box regroupant des CDs déjà sortis… Sōgō et Prime Time sortiront également dans un format « package » particulier incluant une cassette audio et un lecteur cassette. J’ai un peu de mal à comprendre cet anachronisme. Mais pour rester sur une note positive, la sortie de ce best-of nous apportera tout de même deux nouveaux morceaux et on aurait tord de bouder notre plaisir, le groupe et Sheena sortant régulièrement de nouvelles choses. Je trouve également la couverture de ces best-of plus réussie que le design de l’album Music.

Pour continuer encore un peu sur Sheena Ringo, on aura la surprise de la voir présente à l’émission spéciale de Music Station le Vendredi 15 Octobre 2021. Elle n’interviendra pas en solo ou avec Tokyo Jihen mais avec une autre formation temporaire exclusivement féminine appelée Elopers. Cette formation se compose de Sheena, Yuu (ユウ, Yumi Nakashima) actuellement dans un groupe appelé Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) mais auparavant dans GO!GO!7188, Shiori Sekine (関根史織) du groupe Base Ball Bear, Hona Ikoka (ほな・いこか) du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女。) et AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) de BiSH. Elles n’interprèteront pas un morceau inédit, mais le classique Gunjō Biyori (群青日和) de Tokyo Jihen (écrit par Sheena et composé par Hiizumi Masayuki). La grande surprise pour moi est la présence d’AiNA dans ce groupe. Depuis le temps que je mentionne ici l’influence de Sheena Ringo sur la musique solo de AiNA, c’est très satisfaisant de voir naitre ce genre de collaboration. Je me remémore toujours cette enquête de Ringohan demandant avec quel/quelle artiste on souhaiterait que Sheena Ringo collabore. Je me souviens avoir mentionné King Gnu et AiNA The End. Mes prévisions sont plutôt corrects: King Gnu était invité par Sheena il y a quelques mois à l’émission spéciale sur Tokyo Jihen de KanJam et AiNA maintenant pour cette émission spéciale de Music Station. L’autre surprise est de voir la participation de Yuu de feu GO!GO!7188 à cette formation. J’ai d’ailleurs ré-écouté leur album Tategami (鬣) au tout début de cette année. Lorsque j’avais découvert cet album en Mai 2003, j’avais déjà évoqué cette influence de Sheena Ringo sur la musique du groupe. En fait, les membres de cette formation s’étaient déjà réunis en Mai 2019, à l’exception d’AiNA, pour supporter Sheena Ringo et Atsushi Sakurai (櫻井敦司) de Buck-Tick pour l’interprétation dans une émission de Music Station du morceau Kakeochi-sha (駆け落ち者), d’ailleurs appelé Elopers dans son titre anglais. Ce morceau Elopers était présent sur l’album Sandokushi. Il s’agit donc d’une retrouvaille mais avec AiNA en membre supplémentaire et pour une formation exclusivement composée de filles. A ma connaissance, il s’agira de la première fois depuis Hatsuiku Status (発育ステータス), sur la tournée Gokiritsu Japon (御起立ジャポン) de Décembre 2000, que Sheena se produit sur scène avec un groupe exclusivement féminin. C’est assez bluffant de voir cette nouvelle collaboration arriver maintenant. Reste à voir ce que va donner le résultat sur un morceau certes archi-connu et pratiqué sur scène, mais je suis en tout cas très pressé de voir ça.

懐こくされるのは致命傷

Pour une journée en semaine, que j’ai pris en congé, je m’attendais à voir un peu plus de salary men (les employés de bureau) dans le parc de Hibiya, comme on peut en voir dans les photographies de Bruno Quinquet du fameux Bureau d’Etudes Japonaises sur sa série Salaryman Project. Il y en avait peu aujourd’hui, peut être en raison du télétravail. Je ne sais plus pour quelle raison j’ai été amené à marcher avec Zoa dans ce parc à la toute fin de l’été, mais je l’ai découvert différemment. J’ai souvent traversé le parc le soir, mais plus rarement en pleine journée, surtout en semaine. On a pris notre temps car on avait environ une heure pour nous. Je sais que le parc est parfois utilisé pour des concerts, notamment le Hibiya Music Festival se déroulant en général sur deux jours. Seiji Kameda parle régulièrement de ce festival, dont il est le producteur, sur son compte Twitter, mais je n’y suis jamais allé. Il faudrait que je fasse le curieux l’année prochaine. J’imagine que certains des concerts se déroulent sur la grande pelouse verte que l’on peut voir sur la troisième photographie du billet, devant le vieux hall de briques. En marchant dans le parc, on fait un détour pour passer devant le fleuriste Hibiya Kadan, car je voulais revoir les blocs d’architecture aux hauts plafonds créés par Kumiko Inui pour cette boutique. En marchant aujourd’hui dans ce parc, je perds un peu de vue la raison pour laquelle je ne l’aime pas. C’était peut-être parce que, malgré sa grande taille, on ne peut que difficilement s’y perdre, ou peut-être parce qu’il est entouré de buildings de bureaux, ce qui ne constitue pas à priori une atmosphère reposante. Mon avis change un peu aujourd’hui en imaginant la musique qu’on y joue plutôt que la présence des employés de bureau en uniforme endormis sur un banc. En fait, j’ai compris la raison pour laquelle je n’aime pas beaucoup ce parc. J’ai l’image persistante en tête d’employés venant ici seuls pour évacuer leur stress, et les voir assis silencieux sur leur banc me fait imaginer leur situation. En traversant ce parc aujourd’hui, une image beaucoup plus légère flottait autour de nous.

Je n’allais bien sûr pas manquer les reprises faites par Sheena Ringo et Tokyo Jihen de morceaux du groupe Original Love (オリジナル・ラブ) sur la compilation hommage What a Wonderful World with Original Love?, sortie pour ses trente années de carrière musicale. Pour être tout à fait honnête, je n’avais jamais entendu parlé de ce groupe japonais pop au nom étrange, fondé en 1986 mais ayant sorti leur premier album majeur en 1991. A l’origine, le groupe se composait de quatre membres, mais il ne reste maintenant que Takao Tajima. Je n’allais pas manquer ces reprises car je sais que Sheena Ringo arrive toujours à transcender les morceaux qu’elle reprend. Je n’ai pas été déçu par les reprises récentes comme celle du morceau de Yōsui Inoue (Wine Red no Kokoro) et celle de Buck-Tick (Kakeochisha) pour des albums Tribute. Cette reprise du morceau Let’s Go! de Original Love, initialement sorti en Juin 1993 sur l’album Eyes, est tout simplement superbe. Sheena s’entoure d’une formation jazz qui inclut des habitués à savoir Midorin (みどりん) aux percussions, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la basse et Masaki Hayashi (林 正樹) au piano. Ils étaient par exemple déjà présents sur les concerts de Tōtaikai (党大会) en 2013. J’aime beaucoup cette ambiance jazz et cette formation resserrée avec Sheena au chant excelle, au point où je souhaiterais vraiment que le prochain album solo de Sheena Ringo, s’il sort un jour, soit purement jazz dans cet esprit là. La capacité de cette formation à partir vers l’improvisation vers la fin du morceau est particulièrement savoureuse. Midorin est également membre à plein temps du sextuor SOIL& »PIMP »SESSIONS, dont j’écoutais d’ailleurs beaucoup le EP avec Sheena au chant intitulé Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪). Les performances jazz de SOIL& »PIMP »SESSIONS sont beaucoup plus énergétiques voire même explosives (au point où on appelle leur style Death Jazz) que ce qu’on peut entendre sur le morceau de cette compilation, qui joue beaucoup plus dans la retenue. J’aime ce style un peu plus posé qui je pense convient bien à la voix de Sheena (comme sur Tōtaikai), mais je me dis aussi qu’il faudrait que je parte un peu plus à la découverte de la musique de SOIL& »PIMP »SESSIONS. En écoutant ce morceau de Original Love, je me dis également que Sheena pourrait sortir le volume 2 de Utaite Myōri (唄ひ手冥利), la suite du volume 1 composé uniquement de reprises sorti il y a très longtemps en Mai 2002.

Le morceau interprété par Tokyo Jihen sur ce même album hommage à Original Love est en comparaison moins intéressant. Primal (プライマル), initialement sorti en Juillet 1996 sur l’album Desire, est joli mais un peu trop doux à mon avis, un peu trop éloigné de l’esprit du groupe. Il est interprété à deux voix en alternance par Sheena et Ukigumo. Je m’attendais à la première écoute à ce qu’il se produise un décrochage inattendu comme sait le faire Tokyo Jihen, mais ce n’est pas le cas et le morceau se termine dans la douceur comme il a commencé. Ça n’empêche pas qu’il soit beau et qu’il reste en tête après écoute, mais il souffre de la comparaison avec le morceau solo de Sheena. La compilation contient également un morceau interprété par Ukigumo en solo, sous son vrai nom, Ryosuke Nagaoka (長岡 亮介). Ce morceau intitulé Dear Baby (ディア・ベイビー) est dans un style country que j’ai énormément de mal à apprécier et qui m’a même donné une crainte que Tokyo Jihen parte un jour vers cette direction. J’espère que non même pour un seul morceau. Rien ne le présage pour l’instant en tout cas. Et au sujet du titre de ce billet 懐こくされるのは致命傷, que l’on peut traduire en « La nostalgie est une blessure mortelle », il s’agit d’un extrait des paroles du morceau Koroshiya Kiki Ippatsu mentionné un peu plus haut et que j’écris ici pour mémoire.

知り得る幸は、知らぬ不幸でできている

La découverte de nouveaux quartiers est souvent liée aux activités extra-scolaires du fiston qui n’a pourtant plus besoin de moi depuis longtemps pour l’accompagner. Je trouve pourtant de temps en temps l’occasion ou plutôt le prétexte pour l’accompagner jusqu’au quartier où a lieu son activité, ce qui me permet ensuite de marcher pendant une ou deux heures en attendant qu’il termine. En ce moment, je marche beaucoup plus souvent dans le quartier de Meguro. J’ai déjà pas mal exploré Naka Meguro jusqu’au bord de la rue Komazawa, les quartiers de Kamimeguro et Higashiyama jusqu’à Ikejiri-Ōhashi, mais je me suis plus rarement enfoncé dans les quartiers résidentiels de Shimouma par exemple. En marchant dans ces quartiers résidentiels sans fin, on se rend bien compte de l’immensité de Tokyo. On a l’impression que les maisons individuelles s’additionnent les unes après les autres dans un labyrinthe inextricable. Il y a étrangement quelque chose de reposant dans cette immensité apparente. Et au détour des rues du quartier que je visite, je trouve presque toujours des bâtiments à l’architecture intéressante. Les deux premières photographies en sont de bons exemples. Sur la première photo, la particularité du bâtiment qui attire tout de suite mon regard est sa façade couverte dans sa totalité par des vitrages. Lorsqu’on regarde d’un peu plus près, on remarque l’agencement particulier au sol cherchant à utiliser au maximum l’espace disponible quitte à créer des formes très irrégulières. Sur la maison de la deuxième photo, la surface frontale de béton donnant sur la rue est plutôt classique tandis que sa particularité vient de l’arrière, d’une rondeur parfaite comme un morceau de lune.

A quelques mètres seulement de là, une résidence m’attire pour sa couverture de grillage délimitant les balcons. Il s’agit de Komatsunagi Terrace par l’architecte Mitsuhiko Sato, une résidence construite en 2012. Les façades sont pratiquement entièrement faites de baies vitrées. Ce qui m’étonne le plus sur cette résidence, c’est la faible épaisseur de la structure au sol formant les balcons. Additionner à la légèreté de ce grillage enveloppant, on a l’impression que l’espace sur ces balcons est en suspension, comme si se tenir debout sur ce balcon tenait à peu de chose. On doit certainement s’y sentir léger comme un oiseau. Comme on peut le voir sur les quelques photos ci-dessus vues sur des sites web traitant d’architecture, l’idée initiale est de provoquer un effet de transparence et de légèreté créé par les grandes baies vitrées et la finesse de la structure. La réalité reprend malheureusement très vite le dessus et l’effet de transparence est grandement atténué par le fait que les habitants ferment tous leurs rideaux en permanence. Le concept de transparence sur la rue que l’on voit aussi beaucoup chez Kazuyo Sejima ne fonctionne pas longtemps car on ne souhaite pas être vu depuis l’extérieur à moins d’habiter dans les étages en hauteur.

Je me décide à poursuivre un peu plus la découverte de la musique de Vaundy avec un autre beau morceau intitulé Yūkai sink (融解sink). Il y a quelque chose d’apaisant dans ce morceau, de mélancolique certainement. Les quelques notes fébriles au début pourraient être jouées sur un bord de mer, le soir alors que le soleil laisse échapper ces derniers rayons. Il y a d’ailleurs une ambiance océanique dans la vidéo virant même sur le fantastique lorsqu’une baleine géante surgit des eaux profondes devant nos yeux ébahis et devant ceux de Sara Minami (南沙良), personnage principal et unique de cette vidéo. Le morceau est interprété à deux voix avec une certaine Leila dont je ne sais que peu de choses à part son prénom. Les deux voix s’entremêlent parfaitement sans nous brusquer. On se laisse volontiers envelopper dans ces sons et ses images. Le morceau aux sonorités électroniques pop ne bouscule pas les codes ni ne révolutionne le genre, mais fonctionne très bien car son ambiance nous pousse à rêver quelques instants, ou du moins nous fait nous échapper du lieu où on se trouve lorsqu’on l’écoute. En sous-titre de la vidéo, on trouve la phrase suivante en japonais 「知り得る幸は、知らぬ不幸でできている。」qu’on peut traduire par « Le bonheur que l’on peut connaître est composé de choses malheureuses qu’on ne connaît pas ». Je réutilise cette phrase belle et mystérieuse comme titre de mon billet pour m’en souvenir plus tard.

En parlant de Sara Minami sur cette vidéo de Yūkai sink, je pense maintenant à la publicité de la marque Nissin pour ses fameuses nouilles Ramen instantanées Cup Noodles. Pendant tout l’été, nous avons eu droit à une publicité pour la version Seafood de ces nouilles en gobelet. La publicité montre un personnage étrange effectuant une danse dans une case en évitant des calamars qui l’ont pris pour cible et qui foncent sur lui inlassablement (イカよけダンス). La danse devient de plus en plus rapide et périlleuse, et les calamars finissent par percuter le personnage jusqu’à ce que la case s’en remplisse entièrement. C’est à ce moment là que Sara Minami intervient en s’exclamant d’un air des plus satisfaits « Seafood noodle oishii » (シーフードヌードル美味しい). Je ne sais trop pour quelle raison j’aime la manière dont elle prononce cette phrase, peut-être parce qu’elle l’énonce d’un air un peu détaché en regardant vers le ciel tout en haussant légèrement les épaules. Il y a quelque chose d’un peu innocent qui nous fait penser que son amour pour ces nouilles Ramen en gobelet est tout à fait authentique. En regardant maintenant cette publicité sur YouTube, je me rappelle la multitude de publicités intéressantes de Nissin pour différentes versions de son produit phare Cup Noodles. Il y avait notamment la série animée FREEDOM dessinée par Katsuhiro Otomo, mais réalisée par Shuhei Morita. On reconnaît tout de suite le style graphique qui nous rappelle AKIRA. Je n’avais pas réalisé jusqu’à maintenant qu’une série animée de 7 épisodes était sortie à l’époque en 2006. Elle était apparemment diffusée en streaming et disponible en DVD/Blu-ray. J’ai en fait un vague souvenir d’avoir vu un épisode. J’ai plus de souvenirs des vidéos de deux morceaux de Utada Hikaru utilisant cette même série Freedom, This is Love sorti en 2006 sur son album Ultra Blue et Kiss & Cry sorti sur son album Heart Station de 2008. En fait, en regardant ces images maintenant, j’aime beaucoup le design des personnages et des décors, mais j’ai un peu de mal à vraiment apprécier le rendu final donnant du relief. En cherchant rapidement sur YouTube, je revois avec un certain plaisir une autre publicité Nissin Cup Noodles mettant cette fois-ci en scène un robot Gundam géant portant la bouilloire d’eau chaude nécessaire à la préparation des nouilles. Je suis loin d’être fanatique de ces nouilles, mais voir ces publicités me donne envie d’aller visiter le CUPNOODLES Museum à Yokohama, et par la même occasion, d’aller voir le Gundam géant, ressemblant beaucoup à celui de la publicité, à la Gundam Factory près de la station Motomachi-Chukagai de Yokohama.

Pour revenir encore quelques minutes aux découvertes musicales, j’écoute un nouveau morceau de RöE (ロイ) sur le EP Warusa (ワルサ) dont j’avais déjà parlé récemment. J’écoute déjà beaucoup les deux morceaux YY et Violation qui ont des styles très différents. Le morceau Shōjo B (少女B) que j’écoute maintenant est encore différent, dans un style musical et vocal très dense et urbain. Dans l’ensemble, l’ambiance est beaucoup plus agressive car une multitude de sons viennent envahir l’espace. Malgré cela, la voix de RöE est tout à fait distincte. Elle chante en modulant sa voix comme pourrait le faire Sheena Ringo et cette ressemblance me frappe à certains moments précis du morceau. Même éloignée, je dirais qu’il y a une influence. La vidéo du morceau tout en illustrations par un certain JARRY est aussi intéressante et plutôt étrange. Le titre du morceau Shōjo B, fille B, est une allusion directe au morceau Shōjo A (少女A) de la célèbre chanteuse Kayōkyoku Akina Nakamori (中森明菜). Dans les paroles, elle dit d’ailleurs 「AKINAがAなら わたしは少女B」qu’on traduirait par « Si Akina est A alors je suis la fille B ». J’écoute donc maintenant Shōjo A d’Akina Nakamori sorti en 1982. Je n’écoute pas beaucoup de Kayōkyoku, la musique pop de l’ère Showa, mais j’aime piocher des morceaux par-ci par-là. Shōjo A est le deuxième single d’Akina Nakamori et celui qui lui a apporté son premier grand succès. A l’âge de 17 ans, sa manière de chanter est très mature, à la manière de Momoe Yamaguchi (山口百恵) qui est d’ailleurs son idole. J’aime beaucoup cette manière de chanter. Le morceau Yokosuka Story (横須賀ストーリー) de Momoe Yamaguchi, sorti en 1976, est également un morceau Kayōkyoku que j’apprécie beaucoup. L’envie me vient de temps en temps de me plonger dans cette musique pop d’une autre époque, mais par petites touches. Ma connaissance du sujet est limitée mais tout ceci m’intéresse beaucoup

don’t know the fever that’s so deep in me

Je continue les mélanges de lieux sur le quatrième épisode de cette petite série en noir et blanc qui vient s’intercaler entre les épisodes habituels en couleurs. Je ne suis pas sûr que ça se remarque mais il y a un très léger effet de flou volontaire sur les photos de cette série. J’ai récemment un peu modifié mon traitement habituel des photographies en couleurs en leur donnant plus de contraste que d’habitude. Je pense que ce traitement plus contrasté convient bien à la lumière estivale. Il est possible que je modifie une nouvelle fois mon traitement photographique une fois l’hiver arrivé. J’ai également modifié mon approche du noir et blanc au début de l’été avec la série Shirokuro ni naru Tokyo (白黒になる東京) qui introduisait ce léger effet de flou que l’on trouve sur les photographies de ce billet. Il retransmet à mon avis assez bien la chaleur ambiante qui continue encore maintenant au mois de Septembre. J’étais adepte des très forts contrastes jusqu’à la saturation des couleurs dans les premières années du blog. Sans aller aussi loin qu’à mes ‘débuts’ photographiques, il s’agit en quelque sorte d’un retour aux sources (原点回避) qui s’opère maintenant. Ce léger effet de flou et le noir et blanc ne conviennent pas à toutes les photographies mais s’accordent particulièrement bien avec l’architecture de béton, peut-être parce qu’elle est à la fois dure et intemporelle. Le noir et blanc contrasté vient accentuer les aspérités du béton, tandis que le léger flou vient le rendre plus doux. Il s’agit ensuite de bien doser. Quand aux lieux sur les photos, mon souvenir est vague mais la première montre une résidence appelée TMK PLUS+ dont je ne connais pas l’architecte à Kami Meguro tandis que la dernière photographie a été prise à Kichijōji.

Il suffit que je mentionne brièvement AiNA The End pour qu’elle sorte immédiatement un nouvel EP. Je n’ai bien sûr pas ce pouvoir d’influence mais je ne suis pas mécontent de pouvoir écouter des nouveaux morceaux de AiNA, surtout quand ils sont aussi excellents que les quatre morceaux qu’on peut écouter sur ce nouvel EP Born Sick. Le nom du EP nous laisse tout de suite deviner qu’on ne va pas soumettre nos oreilles à des ballades tranquilles. Le premier morceau Retire a l’ambiance la plus rock alternatif de l’ensemble. C’est aussi celui où elle vient le plus mettre à l’épreuve sa voix. J’ai toujours un peu peur qu’elle finisse par perdre sa voix quand elle la pousse un peu trop, jusqu’aux cris comme ça peut être le cas sur ce morceau. Elle a déjà eu des problèmes vocaux dans le passé l’obligeant à faire une longue pause. La qualité de ce type de morceaux et surtout l’interprétation sans compromis qu’en fait AiNA me fait tout d’un coup réaliser la fragilité d’une voix. Ce qui me fait plaisir sur ce EP, c’est qu’elle ne choisit pas la facilité et s’éloigne volontairement de recettes toutes faites qui pourraient pourtant lui apporter plus de succès commercial. Elle se place volontairement dans un terrain plus compliqué à appréhender pour un nouveau venu mais aussi plus personnel. J’ai le sentiment qu’elle se donne une totale liberté, sans trop se soucier de ce qui pourra marcher ou pas pour le public. Le deuxième morceau Katei Kyōshi (家庭教師) est certes plus pop mais s’inscrit quand même dans les meilleurs morceaux qu’elle ait écrit jusqu’à maintenant. Blood of Romance (ロマンスの血) ensuite est somptueux. Le morceau est plus symphonique et prend donc plus d’ampleur. On se laisse complètement accrocher par sa voix qui décroche un peu sur les fin de phrases et par la trame musicale ponctuée par des cuivres qui viennent taper comme des poings. Une vidéo qu’elle chorégraphie elle-même comme d’habitude est d’ailleurs sorti pour ce morceau il y a quelques jours. Elle était montrée en avant-première suite à une vidéo live sur YouTube où AiNA présentait ce nouvel EP. J’étais d’ailleurs connecté à ce moment là, par chance et par le hasard qui fait parfois bien les choses. Le dernier morceau Pechka no Yoru (ペチカの夜) est aussi très beau mais souffre forcément un peu d’être placé juste après Blood of Romance, du moins au début car il prend assez vite en ampleur émotionnelle lorsque les violons interviennent doucement. Le morceau est également intéressant par la manière par laquelle AiNA alterne ses voix d’une manière presque schizophrénique. Une voix douce et enfantine intervient à un moment du morceau avant de se transformer en éclats quelques secondes plus tard. J’aimais beaucoup son premier album (bien qu’inégal) dont j’ai déjà parlé et quelques morceaux sortis après, en général les plus dérangés, mais je trouve que ses morceaux sont au fur et à mesure de plus en plus aboutis et gardent une forte empreinte personnelle. Ce qui est également intéressant avec ce EP, c’est que je me force à ne pas trop l’écouter en boucle pour ne pas l’épuiser trop rapidement. Toujours est-il qu’elle sort ses nouveaux titres comme s’il y avait urgence car un nouvel album intitulé The Zombie est déjà prévu pour le 24 Novembre 2021, précédé par un autre EP de quatre titres intitulé Dead Happy qui sortira le 25 Octobre. Tout un programme.

no one knows how I live my life

Les titres en anglais des billets en noir et blanc sont tirés, comme c’est très souvent le cas, de paroles de morceaux de musique que j’écoute très souvent et dont il n’est pas toujours utile de préciser le titre tant il pourrait paraître évident pour les lecteurs assidus de ce blog. Ces extraits mystérieux ne correspondent pas souvent à mon état d’esprit du moment mais évoquent plutôt de manière certes très éloignée le contenu du billet. Les quatre photographies de ce billet sont prises en différents lieux dont certains hors de Tokyo, et certaines photos sont plutôt anciennes. Il me semble bien que les vagues sur la dernière photographie du billet ont été prises à Osaka.

Je me suis rendu compte une nouvelle fois en regardant la retransmission pseudo-live de Supersonic dimanche que je n’écoute plus beaucoup de nouvelles musiques occidentales, la seule exception récente étant quelques morceaux des écossais de Chvrches sur leur quatrième album Screen Violence, notamment les excellents Violent Delights et How not to Drown. Ce deuxième morceau en collaboration avec Robert Smith, que j’ai entendu sur la radio J Wave, est la raison pour laquelle je me suis penché une nouvelle fois sur la musique de ce groupe. De Chvrches, j’aime surtout la voix de Lauren Mayberry et les compositions qui accrochent immédiatement. J’avais par contre été déçu par leur collaboration avec Suiyoubi no Campanella il y a plusieurs années. Ce nouvel album semble être un retour aux sources (原点回避) bienvenu pour le trio, et ça me convient beaucoup plus.

Le nom de Vaundy m’est familier depuis quelques temps mais je ne savais pas vraiment quel genre de musique il composait. A vrai dire, je ne savais même pas s’il s’agissait d’un nom d’artiste ou d’un nom de groupe. Le morceau Tokyo Flash (東京フラシュ) que j’écoute beaucoup en ce moment est en fait sorti en Novembre 2019 et il s’agit de son premier single. Il a sorti une dizaine d’autres singles depuis et un album intitulé Strobo en Mai 2020. C’est le titre du morceau qui m’a d’abord attiré car il m’évoquait un peu King Gnu (le mot flash sans doute qui est un des titres du deuxième album de King GNU), puis la vidéo dans les rues de Tokyo où Vaundy (je pense que c’est lui) se déplace en laissant des traînées éphémères sur son passage. J’aime beaucoup sa voix que je comparerais à une version masculine de Iri. Je trouve en fait quelques ressemblances dans leurs voix. Le morceau Tokyo Flash est accrocheur dès le premier riff de guitare et la voix de Vaundy est à la fois forte et assurée, et en même temps un peu nonchalante sur les fins de phrases. Ce morceau est à la frontière des styles que j’écoute habituellement mais je trouve ce morceau très rafraîchissant.

Je me souviens après avoir écouté leur précédent morceau Hikari no Disco, souhaiter qu’ils continuent sur cette même vague rétro futuriste. C’est exactement ce que fait Capsule avec le nouveau single Future Wave à l’efficacité redoutable. Le morceau nous ramène vers les sons des synthétiseurs des années 80 mais comme remis au goût du jour. La vidéo du morceau montrant une voiture de course dans un jeu vidéo de type arcade, me rappelant Outrun mais,en 3D de l’époque PS1, nous fait revenir en arrière sauf que cette voiture finit par s’envoler dans les airs, matérialisant bien le côté rétro-futuriste du morceau. La voix de Koshiko est omniprésente ce qui est une très bonne chose car elle se marie tres bien avec ces sons électroniques. Il y a un petit quelque chose dans sa voix qui vient habilement adoucir les sons pourtant inarrêtables composés par Yasutaka Nakata. J’aimais déjà beaucoup Hikari no Disco mais Capsule dépasse là un seuil sonique sans pourtant tomber dans le poussif. Je me demande maintenant si Capsule est parti pour écrire un album entier dans ce style. Je pense bien continuer à les suivre si c’est le cas.