さあもう笑うよ

Je n’ai pas l’habitude de prendre en photo les devantures de magasins mais ça m’arrive tout de même quelques fois quand le sujet m’intéresse. Je ne suis pas spécialement intéressé par la marque de voitures Maserati, même si le design est souvent très réussi, mais plutôt par la collaboration avec la marque Fragment de Hiroshi Fujiwara. Cette collaboration m’intéresse car je ne comprends pas vraiment ses subtilités. Hiroshi Fujiwara est une figure légendaire de la street culture démarrée dans les arrières rues d’Harajuku (le Ura-Harajuku). On le voit souvent dans les magazines japonais et ses propositions semblent intouchables. Mais je suis toujours très surpris du manque visible d’inventivité des collaborations de sa marque avec d’autre grandes marques établies. Les interventions de Fragment sur le modèle Maserati entièrement noir sont tellement subtiles qu’on ne les voit pas. Les disruptions semblent bien mineures et il n’y a que le nouveau logo de Maserati barré par les deux éclairs de Fragment que l’on remarque, mais qui donne quelque chose d’un peu brouillon et de faussement rebel. Cette collaboration m’intrigue au point d’avoir envie de prendre cette devanture à Jingumae en photo. Il s’agit peut-être là d’une obsession.

En chemin vers le parc de Yoyogi pour aller voir l’installation Cloud Pavillon de Sou Fujimoto, je m’arrête quelques minutes devant une fresque photographique montrant l’histoire d’Harajuku des années 1950 à nos jours, en s’intéressant aux changements de mode plutôt qu’aux changements du paysage urbain. Les rues d’Harajuku ont certes beaucoup changé depuis les années 50, comme tous les autres quartiers de Tokyo d’ailleurs, mais les modes vestimentaires suivent des évolutions beaucoup plus fréquentes, ce que j’ai tout de suite constaté dès mon arrivée à Tokyo à la toute fin des années 90. En écrivant ce texte, je repense à une vidéo éditée par Beams donnant une rétrospective des évolutions de la mode de la rue tokyoïte sur quarante années de 1976 à 2016 (correspondant à l’anniversaire de la marque). Cette vidéo est assez bien faite montrant ces changements dans la continuité avec de nombreux mots-clés que je ne reconnais pas pour la plupart. Le spécialiste David Marx donne une explication de textes de cette vidéo et tout devient plus clair. Dans son texte, l’instigateur de la street culture Hiroshi Fujiwara est d’ailleurs plusieurs fois évoqué.

À cette époque de la fin 1990 et du début 2000, on aimait se promener dans le quartier d’Harajuku et sur l’avenue d’Omotesando, et on rêvait d’y vivre. Il me semble qu’il y avait moins de monde dans les rues à cette époque, mais les souvenirs sont peut-être un peu faussés. Je regrette encore maintenant de ne pas avoir pris en photo les vieux appartements Dōjunkai (Dōjunkai Aoyama Apartments) construits en 1926, qui se trouvaient sur l’avenue et qui ont été plus tard détruits en 2005 puis remplacés par Omotesando Hills. Je me souviens être souvent passé devant. Les vieilles façades couvertes de lierres cachaient des petites boutiques. J’aurais également voulu connaître les appartements Dōjunkai de Daikanyama construits en 1927 mais ils avaient déjà disparu avant mon arrivée à Tokyo, détruits en 1996 pour être remplacés par la grande tour résidentielle Address. Les photos que j’ai pu voir avant la destruction donne l’impression d’un village mal entretenu et envahi par la végétation. Je repense à ces vieux ensembles d’appartements car ils disparaissent petit à petit du paysage tokyoïte. Il y a quelques années, j’avais pris en photo un ensemble de logements publics vétustes à Jingumae au bord de la rue Killer Street juste à côté du musée Watari-um mais il a déjà disparu. Les vieux appartements de Kita Aoyama vont également bientôt disparaître complètement. J’ai vu récemment que ce qui reste des barres d’immeubles est entouré de palissades blanches interdisant l’accès. J’ai pris en photo à plusieurs reprises ces vieux appartements de Kita Aoyama. La fresque photographique au grand croisement de Jingumae à Harajuku est posée sur une longue palissade blanche entourant une zone en travaux. Un nouveau complexe commercial conçu par l’architecte Akihisa Hirata verra le jour en 2022. Un peu comme le building Tokyu Plaza conçu par Hiroshi Nakamura situé au même croisement à la diagonale opposée, ce nouveau complexe comprendra un jardin sur les toits. Il semble que ces jardins auront une place prépondérante sur ce nouveau building. Sa forme complexe a l’air très intéressante.

Sur les fresques photographiques, mon regard s’arrête sur la période des années 1990 car je reconnais une photo qui provient à mon avis du magazine Fruits dont j’avais déjà parlé dans un billet précédent. Ce magazine prenait en photo la jeunesse branchée d’Harajuku à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Les tenues étaient parfois improbables ou du moins en avant-garde de leur époque. La photo que je reconnais est celle du dessus à gauche montrant une jeune fille aux cheveux courts bleus et un jeune homme svelte habillé d’un pull rayé de laine aux manches courtes. Je crois reconnaître là une influence vestimentaire anglo-saxonne, qui est notamment due au fait que je suis persuadé que ce jeune homme modèle était le garçon qui accompagnait Sheena Ringo à la fin de l’année 1998 pour faire des photos à Londres et à Paris pour un magazine. Je montre deux photos extraites de cette série ‘Here There go to u.k.’ ci-dessus au centre et à droite. En fait, je ne suis pas du tout certain que le jeune homme des deux photos avec la jeune Sheena Ringo (elle avait tout juste 20 ans) soit la même personne que sur la photo du magazine Fruits de gauche et sur la fresque photographique à Harajuku. Je vois tout de même une ressemblance, mais les recherches sur internet ne m’ont pas permis de confirmer cela. Dans l’émission Etsuraku Patrol sur Cross FM, Sheena évoquait bien ce passage à Londres et Paris, mais je n’ai pas le souvenir qu’elle ait donné le nom de son accompagnateur. Il s’agit peut-être là encore d’une obsession, mais ce qui m’intéresse surtout est de découvrir des liens entre les choses. Là est ma réelle obsession. En faisant mes recherches sur ce sujet, je découvre l’existence d’une biographie non officielle sortie en livre en Juillet 2000 sous le titre Ringo Allergy (林檎アレルギー). Cette biographie couvre les toutes premières années de carrière de Sheena Ringo et les années précédant son début artistique. Il y a un extrait traduit en anglais sur le défunt forum internet Electric Mole Forums (EMF). Il faut prendre les informations de ce livre avec des pincettes, à mon avis, mais en lisant cet extrait traduit en anglais, je ne vois pas vraiment d’incohérences, de l’exagération peut-être. Enfin la traduction est plutôt bancale et je ne sais pas en quelle mesure elle est fidèle au texte original. Ma curiosité m’a poussé à acheter le livre Ringo Allergy d’occasion sur Mercari. Je ne vais pas me mettre à le traduire mais peut être piocher dans certains passages.

Je me rends compte en écrivant ce billet qu’il y avait longtemps que je n’avais pas évoqué Sheena Ringo ou Tokyo Jihen sur Made in Tokyo. Je continue petit à petit à acheter en format physique (c’est à dire en CD) les singles ou les autres DVD/Blu-ray que je n’ai pas encore. Il doit me manquer deux singles (NIPPON et OSCA) et deux concerts (Ringo Expo 14 et Shinkū Chitai), mais je n’inclus pas dans ma liste les compilations qui répètent ce que j’ai déjà. En fait, j’essaie quand même de me procurer les compilations de vidéos. La dernière que j’ai trouvé est Seiteki Healing Sono 5-7 (性的ヒーリング ~其ノ伍~七~) en Blu-ray qui vient compléter cette collection Seiteki Healing. J’aime beaucoup la couverture du Blu-ray montrant un chocolat en forme de pomme recouvert d’un coulis au chocolat (en image ci-dessus à gauche). Pour ce qui est de Tokyo Jihen, il me manque le Blu-ray de la compilation vidéo Golden Time que le groupe a sorti en Février 2013 après leur dissolution en 2012, mais j’ai l’impression que les vidéos de cette compilation sont déjà présentes sur d’autres que j’ai déjà, à part quelques morceaux à la fin. C’est le problème de ce genre de compilations qui rajoutent toujours deux ou trois choses pour pousser à l’achat. Il faut trouver une limite. Ma limite est d’acheter exclusivement d’occasion à part pour les nouveautés, et d’essayer de me procurer les versions premières presses plutôt que les éditions standards, dans la mesure où les prix ne sont pas prohibitifs. La compilation Seiteki Healing Sono 5-7 reprend les vidéos des singles des albums Hi Izuru Tokoro (日出処), Sandokushi (三毒史), Reimport vol. 1 (逆輸入 ~港湾局~) et vol.2 (逆輸入 ~航空局~) et les deux inédits du best-of Newton no Ringo (ニュートンの林檎). Comme on vient juste de remplacer notre vieille télévision (qui avait plus de 14 ans) par un modèle plus récent avec un écran beaucoup plus grand, revoir ces vidéos sur ce grand écran dans une très bonne qualité est vraiment très agréable et me permet même de découvrir des détails que je n’avais pas remarqué jusque là. Je constate par exemple que les quatre membres de Tokyo Jihen sont présents sur le morceau Carnation, ce que je n’avais pas décelé en voyant cette vidéo sur YouTube. Il faudrait que je fasse un jour une photo de famille de tous les CD/DVD/Blu-ray de Sheena Ringo et Tokyo Jihen que je possède, une fois cette collection terminée. Un des derniers CDs que j’ai acheté au Disk Union de Shinjuku est le single Shuraba (修羅場) de Tokyo Jihen, même si j’avais acheté ce single en digital au moment de sa sortie. Le CD de Shuraba (en image ci-dessus à droite) contient deux autres morceaux Koi ha Maboroshi (恋は幻) et Rakujitsu (落日), qui se trouvent également sur la compilation de B-sides Shinya Waku (深夜枠). La version de Rakujitsu sur le CD de Shuraba a tout de même la particularité de se terminer par un petit passage live reprenant la fin du morceau Koi ha Maboroshi pendant laquelle Sheena présente les nouveaux membres du groupe Ukigumo et Ichiyō Izawa. A la sortie de ce single, on se trouve à la transition entre les deux formations du groupe. La voix enjouée de Sheena sur ce petit passage live vaut le détour.

La coïncidence intéressante est que quelques jours après avoir acheté le CD de Shuraba, Tokyo Jihen joua le morceau Rakujitsu pendant l’émission FNS 2021 Kayosai Natsu (2021 FNS歌謡祭 夏 – Music Festival in Summer) le 14 Juillet sur Fuji TV. Le groupe a bien entendu joué un morceau du dernier album pendant cette émission. Il s’agissait de Kemono no Kotowari (獣の理), composé par Kameda Seiji et dixième morceau de l’album Music (音楽). Comme toujours dans ce genre d’émissions musicales, la version interprétée était proche de l’original sur l’album. Comme on peut le voir sur la première photo ci-dessus, le décor était rempli de végétation et les costumes de scène du groupe étaient plus simples et décontractés qu’à l’habitude. Ils portaient tous des jeans et des chemises amples. Le logo de Tokyo Jihen en format graffiti y était imprimé en grand. Sheena avait une coupe de cheveux très courte à la garçonne et chantait avec une position de côté comme elle le fait souvent en concert. La surprise de l’émission était d’entendre le morceau Rakujitsu, qui date pourtant d’il y a 16 ans. Ce genre d’émission nous fait souvent redécouvrir des anciens morceaux de groupes, chanteurs ou chanteuses japonais mais ce sont en général des musiques qui sont entrées dans l’inconscient collectif japonais, des morceaux tellement connus qu’on les reconnaît dès les premières notes. Ce n’est pas le cas de Rakujitsu car je ne pense pas qu’il soit connu en dehors du cercle des amateurs de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen. Il s’agit par contre d’un des morceaux préférés des fans. Sur la dernière enquête d’opinion du fan club Ringohan, Rakujitsu se trouvait en 6ème position sur 169 des morceaux préférés de Tokyo Jihen. C’est vrai que c’est un très beau morceau et la vidéo de l’émission FNS le mettait magnifiquement en valeur. Ils étaient tous habillés de vert sauf Sheena en robe de couleur crème. Elle était coiffée d’une sorte de couronne portant des petites étoiles dorées qui bougeaient légèrement à chaque micro mouvement de tête. La scène était marquée par un grand signe de paon lumineux et le final dans un éclat de lumière vive avait quelque chose de céleste. Les paroles du morceau sont chargées de tristesse mais les paroles finales nous disant « Allez, rions maintenant » (さあもう笑うよ) terminent le morceau sur une note positive et optimiste qui correspond à la lumière éblouissante finale. Je reprends ce passage des paroles comme titre de mon billet car on a, à mon avis, besoin de ce genre de messages positifs en ce moment.

Même si on apprécie beaucoup les Jeux Olympiques qui se déroulent en ce moment, on ne peut pas oublier la situation sanitaire qui se dégrade dans tout le pays. Notre rythme de vie ne change pas pour autant, mais on est par la force des choses beaucoup plus souvent devant la télévision que dehors. La chaleur extrême typique des étés japonais nous empêche de toute façon d’aller marcher dehors pendant les heures de pointe. Je suis allé plusieurs fois à vélo le soir autour du stade olympique mais on ne peut malheureusement pas l’approcher de près. Tout l’espace autour est barricadé. C’est un sentiment étrange que d’avoir des Jeux Olympiques se déroulant à Tokyo sans qu’on puisse vraiment avoir l’impression que ça soit le cas. En les regardant à la télé, j’ai parfois l’impression que ces Jeux se déroulent dans une autre ville ou dans un autre pays. Ceci étant dit, cet état de fait n’enlève rien à notre enthousiasme. La cérémonie d’ouverture le Vendredi 23 Juillet était en grande partie ennuyeuse sauf quelques moments tout à fait remarquables. L’interprétation de l’hymne japonais par MISIA dans sa robe de Tomo Koizumi en forme de glace sucrée Kakigōri (かき氷) était particulièrement réussie. La représentation humoristique des pictogrammes olympiques était phénoménale et m’a réveillé après le défilé interminable des pays. La vidéo comique qui suivait montrant le comédien Gekidan Hitori faire l’imbécile avec les installations lumineuses de la ville, sous les yeux sévères de la patineuse médaillée d’or olympique Arakawa Shizuka était particulièrement savoureuse. Je n’ai appris qu’après que cette partie filmée avait été dirigée par Yoichi Kodama, le compagnon de Sheena Ringo. En regardant la cérémonie, la présence du comédien Gekidan Hitori m’avait surpris car il n’est plus actuellement au top de sa popularité, et je me suis demandé par quel lien il avait pu être amené à faire partie des intervenants. Je me suis souvenu qu’il était présent sur la vidéo de Koi ha Maboroshi (恋は幻) de Tokyo Jihen, ce qui m’avait également surpris. Peut être que sa présence est liée au fait que Sheena Ringo était membre initiale du comité artistique olympique. Il a peut être été choisi à ce moment là et il est resté même après la dissolution du comité. Ça parait probable quand je pense à la présence de l’acteur Kentarō Kobayashi par exemple, qui était l’acteur principal sur le film Hyaku Iro Megane (百色眼鏡), avant de démissionner peu de temps avant la cérémonie pour des propos inacceptables qu’il a tenu il y a plusieurs dizaines d’années. Une chose est sûre, cette cérémonie a connu de nombreux rebondissements et scandales, comme si on lui avait jeté un mauvais sort. La version que l’on a vu à la télévision était une version diminuée et plus sobre que ce qui avait été envisagé initialement par le comité artistique, notamment par la chorégraphe MIKIKO dont les idées ont récemment été divulguées par le magazine Bunshun. On apprend dans ce magazine que les plans originaux donnaient une vision beaucoup plus pop avec un passage montrant la moto de Kaneda dans Akira, une intervention du groupe Perfume (MIKIKO était la chorégraphe de Perfume sur une de leur tournée), une apparition de Naomi Watanabe sortant d’un tuyau de Super Mario alors que Lady Gaga y était entrée de l’autre côté (on sait que Naomi Watanabe fait une excellente parodie de Lady Gaga). Il s’agissait là d’un clin d’oeil à la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Rio. Les drones qui étaient un moment remarquable de la cérémonie faisaient apparement partie du plan initial et ont heureusement été conservés. Au final, ces divulgations nous laissent imaginer une cérémonie beaucoup plus intéressante que ce qu’on a pu voir au final. Mais le final avec le dernier passage de la flamme olympique par Naomi Osaka avait quelque chose d’émouvant. Il nous reste maintenant des images de la flamme olympique dans son élégant réceptacle dessiné par Nendo.

誰も知らない青

Les deux premières photos de ce billet sont prises le soir sous la pluie dans les rues de Daikanyama. Les jours de la semaine où je travaille à la maison, je marche systématiquement le soir entre une demi-heure et une heure, suivant l’heure où je termine le travail. Il m’arrive rarement de me laisser influencer sur les choix musicaux que je vais faire pour cette marche du soir dans la nuit, mais le conseil de Smany pour son propre album Illuminate était très adapté. Sur le court message qu’elle laisse et que je retweete, elle propose d’écouter son album les jours de pluie froide. Rappelons que nous sommes encore pendant la saison des pluies lorsque ce message est publié et au moment où j’ai pris ces quelques photos. Illuminate est un très bel album dont je parlais déjà l’année dernière en Octobre. Marcher la nuit dans des rues peu éclairées sous la pluie est une expérience d’écoute particulière.

Les autres photos du billet, également prises à l’iPhone, correspondent à d’autres journées mais toujours pendant la saison des pluies. L’architecture est celle de l’immeuble Iceberg et du Shibuya Scramble Square, tous deux plantés au bord de l’avenue Meiji. Il y a quelques similitudes dans la deconstruction architecturale des façades de ces deux buildings. Lorsque je prends des photos avec mon iPhone, je retravaille souvent le contraste et la luminosité avec l’application Snapseed, mais je montre plutôt ces photos sur Instagram. Une fois n’est pas coutume, j’utilise un filtre sur Snapseed pour les photos de cette série (Noir C02). J’aime beaucoup le rendu peu contrasté de ce noir et blanc, qui donne l’impression que ces photos sont datées. Je ne montre pas souvent de photos prises à l’iPhone sur ce blog. La qualité d’image est loin d’être mauvaise mais les photos prises au téléphone portable me donnent en général l’impression d’avoir été aplaties, sans le relief que l’on peut avoir à travers l’objectif d’un appareil reflex.

Je parle assez peu de musique sur mes derniers billets, même si j’écoute de belles choses en ce moment, notamment le dernier album de Yuragi (揺らぎ) intitulé For you, Adroit it but soft, sorti le 30 Juin 2021. Il s’agit en fait du premier album du groupe, mais Yuragi a déjà sorti deux EPs que j’aime beaucoup: Nightlife et Still Dreaming, Still Deafening, sortis respectivement en 2016 et 2018. Le premier EP Nightlife ne contenait que quatre morceaux mais m’avait laissé une très forte impression au point de considérer Yuragi comme une des meilleures formations Shoegaze japonaises. Je pense à des morceaux comme Night is Young et AO (dont je tire le titre de ce billet) qui sont excellents. Je me souviens du billet que j’avais écrit lorsque je découvrais ce EP et de mon incapacité à écrire dessus. Le nouvel album ne surpasse pas la force mélancolique de ce premier EP, mais s’en approche et part vers d’autres ambiances. On retrouve la voix frêle de Mirai Akita, que je vois nommée Miraco sur la page web du groupe, et les partitions parfaites de guitares envahissant l’espace. La voix de Miraco prend en fait plus d’ampleur et de présence sur le nouvel album, sur des morceaux comme Sunlight’s Everywhere. L’album part également brièvement dans de nouvelles directions loin du shoegazing sur certains morceaux comme le quatrième Dark Blue, peut-être parce qu’il s’agit ici d’une collaboration. C’est la seule de l’album, avec un beat producer japonais basé en Angleterre dont on ne connaît pas le nom mais qui se fzit appeler Big Animal Theory. Mais les meilleurs morceaux de l’album à mon avis sont ceux qui sont fidèles à l’esprit musical initial du groupe, comme par exemple le sixième morceau While My Waves Wonder et le dernier morceau I Want You By My Side. Ce dernier morceau est mon préféré de l’album, certainement en raison de la partition de batterie de Yusei Yoshida, pas spécialement complexe mais je réalise que sa présence a une grande influence sur la beauté et l’interêt de certains morceaux. Je le remarque maintenant sur le morceau Night is Young de EP Nightlife lorsque le rythme soudain de batterie vient donner un nouveau souffle au morceau. A noter que dans ce morceau Night is Young, je remarque en réécoutant le EP à la suite du nouvel album que les paroles mentionnent les mots Onaji Yoru (同じ夜), que je ne peux m’empêcher d’associer au morceau de Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). La voix de Miraco sur le dernier morceau I Want You By My Side est magnifique, mais pas d’une manière conventionnelle. La puissance des guitares est omniprésente sur la plupart des morceaux mais laisse assez de place à la voix qui n’est pas complètement noyée par rapport à ce qu’on peut entendre chez d’autres groupes de shoegazing. La voix de Miraco a même une certaine clarté, sur un morceau comme Underneath it All par exemple, qui donnerait presque par moments une approche pop à cet album. Un nouvel aspect dans la musique du groupe est la présence de morceaux beaucoup plus calmes qui viennent se placer comme de courts interludes dans l’album. Le septième morceau The Memorable Track est un de ces morceaux mémorables, qui nous fait dire que le groupe pourrait partir à l’avenir vers d’autres horizons. Une chose est sûre, le rock indé n’est pas mort au Japon et ses meilleurs albums sont en train d’être composés en ce moment.

色々ウォーク❹

La plupart des photographies de ce billet proviennent du quartier de Meguro lors d’une promenade il y a plus d’un mois. Elles sont toutes prises avec le même objectif Canon 40mm, en fin d’après-midi avant le soleil couchant. Ce sont des photographies que j’hésitais à publier dans un billet, mais je me décide finalement à les montrer ici pour conclure cette petite série en quatre épisodes. Cette série n’a pas de sujet bien précis ni de particularité d’où une certaine difficulté à les lier entre elles, à part par le fait qu’elles soient prises dans un même lieu. En fait les deux dernières photos ont été prises dans des lieux différents, l’avant dernière à Daikanyama et la dernière à Shimokitazawa lors d’une promenade à vélo. Le set de photographies prises à Meguro contenait initialement le double de photos que j’avais présélectionnées et groupées dans un billet en brouillon. Je fonctionne souvent de cette manière en créant un billet en brouillon regroupant une série de photos, mais il arrive que certains billets en brouillon, comme c’est le cas pour celui-ci, prennent plusieurs mois avant d’être écrit. J’ai mis la moitié des photos de côté pour ne garder que celles-ci.

Sur Made in Tokyo, je construis principalement quatre types de billets différents. Il y a d’abord les billets comme celui-ci dont les photographies sont prises exclusivement à Tokyo. Ils ne couvrent pas un thème spécifique mais plutôt ce qui se trouve devant mes yeux à mon passage. Ces billets sont presque systématiquement accompagnés d’une découverte musicale ou d’un sujet musical. Il y a ensuite les billets couvrant exclusivement un lieu spécifique, souvent en dehors de Tokyo lors d’une excursion d’une journée ou plus, ou lors d’une visite d’une exposition. Ils peuvent se décomposer en une série de plusieurs billets. Une troisième catégorie comprend les billets traitant uniquement d’architecture, en montrant un bâtiment en particulier et en essayant d’expliquer ses particularités. Sur ces deux dernières catégories, je ne couple pratiquement jamais les billets avec des liens musicaux. Il y a finalement les billets où je m’essaie à écrire une fiction. Ce sont les moins fréquents car l’inspiration ne se commande pas et les conditions ne sont pas souvent adaptées pour que je me lance à écrire. Ce sont également les billets qui me demandent le plus grand investissement personnel. Les billets de la première catégorie, lors de promenades au hasard dans les rues de Tokyo, dont ceux qui me donnent le plus de liberté et se sont les plus fréquents. La manière d’alterner les catégories de billets sur Made in Tokyo est assez clairement définie et suis en général un rythme imposé. Par exemple, en ce moment, j’applique le rythme de deux billets de catégorie 1 et un billet de catégorie 2 ou 3. Le rythme varie en fonction des périodes. L’interêt de créer d’abord mes billets en brouillon est que ça me permet de définir le rythme à l’avance pour les billets qui suivent. Il arrive parfois qu’un billet ne rentre pas dans le rythme et se trouve donc repoussé plusieurs semaines en arrière. C’est le cas des quelques photographies de ce billet que j’hésitais à faire entrer dans cette série de quatre épisodes.

Quant aux titres des billets, les règles sont moins précises mais j’aime beaucoup mélanger les titres en français, ceux en anglais et en japonais. Pour les titres en japonais, j’aime beaucoup les composer de deux kanji suivis de plusieurs katakana, pour une raison qui n’échappera pas aux visiteurs réguliers de ce blog. Les titres en français ou en anglais dépendent la plupart du temps des photographies que je montre. Je suis plutôt tenté par une approche plus ‘poétique‘ en utilisant le français et peut-être plus ‘agressive‘ en anglais. Les titres en anglais et en japonais sont aussi très souvent inspirés directement de paroles de morceaux que j’écoute à ce moment-là. C’est beaucoup plus rare pour les titres en français car je n’écoute que peu de musique française, et ceci depuis toujours. Je m’impose quand même la règle pour les titres de ne jamais les démarrer par une majuscule (sauf quand c’est un nom de lieu ou de personne). Mon idée est que chaque billet s’inscrit dans une continuité et qu’une majuscule au début du titre viendrait couper cette forme continue. Mon plaisir dans tout cela est de me construire des zones de liberté à l’intérieur de ce cadre, et de temps en temps de casser ces règles pour en créer de nouvelles que j’essaierais de maintenir pendant quelque temps. Mon autre plaisir est de créer petit à petit un blog parallèle avec des liens cachés sur certains billets. Ce réseau n’est pas encore très développé mais se construit doucement quand l’humeur du moment m’invite à aller explorer les petites rues qui se cachent à l’arrière des grandes avenues de ce blog.

Après l’excellent morceau Nenashigusa (根無草) sorti sur le mini-album Yadorigi (宿木) le 25 Novembre 2020 (tiens, cette date me dit quelque chose), je continue à découvrir un peu plus la musique de Samayuzame, jeune compositrice et interprète d’un peu plus de vingt ans. Je ne trouve pas beaucoup d’information sur son parcours, à part qu’elle a fait ses premiers pas dans la mouvance Vocaloid avant de s’en éloigner en 2018 et qu’elle est étudiante au département Musique de l’École des Beaux-arts de Tokyo (ou peut-être a t’elle déjà terminé). Je continue donc la découverte de sa musique avec trois autres morceaux très différents de ceux du mini-album, disponibles en avance de son prochain album Plantoid qui sortira le 28 Juillet. Je suis épaté par l’ambiance qui se dégage de sa musique pleine d’étrangeté délicate et d’élégance discrète. On ressent notamment cette étrangeté à travers les nombreux parasitages sonores volontaires qui nous donnent l’impression d’être entré dans une réalité alternative. Cela reste très subtil et n’interrompt pas la limpidité du flot sonore et la clarté de sa voix évoluant dans un univers pourtant plutôt sombre. J’écoute d’abord le morceau Rui Rui (累累) sous-titré en anglais avec le titre Colors, puis Lotus Farm et finalement Boku no Wakusei (僕の惑星) sous-titré en My Planet. On y ressent une sorte de tranquillité envoûtante. Sa voix nous emmène dans son monde et ne nous lâche pas. Je suis très curieux d’écouter le reste de ce nouvel album.

色々ウォーク❸

Ma série de quatre épisodes continue mais change légèrement de titre car je m’écarte de Shibuya tout en restant dans le centre de Tokyo. Les deux premières photographies sont prises à Shinjuku, la même journée que ma visite au Tower Records près de la gare où se déroulait l’exposition de costumes de Tokyo mentionnée précédemment. L’exposition se terminait le 28 Juin donc j’imagine que les affiches que l’on pouvait voir à l’extérieur de l’immeuble Flags ont toutes été enlevées. Cette même journée ensoleillée, j’avais fait un tour à Kabukichō pour y voir l’exposition murale de photographies de Daido Moriyama. Sur le retour vers la station de Shinjuku, on fait face à l’immeuble tout en courbes Yunika et sa série d’écrans. A la sortie du DVD/Blu-ray de News Flash de Tokyo Jihen, des vidéos extraites du concert étaient montrées sur ces écrans à certains moments de la journée pendant quelques jours. Je n’avais pas eu le courage ni le temps d’aller voir aux heures de diffusion. Les deux photographies suivantes sont prises le soir à Aoyama un peu avant le couché de soleil. Les surfaces en ondulation sont celles du petit building Dear Jingu-mae rénové en 2014 par Amano Design Office. Le trait lumineux rouge sur le bâtiment de la photographie suivante m’intrigue beaucoup. On dirait un rayon de sabre laser du côté obscur de la force. Le mur noir sur lequel il est posé et le reflet sur la surface lisse perpendiculaire renforcent cette impression presque futuriste du lieu. La cinquième photographie est une vue des plus classiques de Tokyo qu’on est souvent tenté de prendre lorsqu’on lève un peu les yeux. La photographie de câbles électriques et transformateurs prise par Daido Moriyama sur le mur de Kabukichō est beaucoup plus impressionnante que ma photographie ci-dessus. Je me demande d’ailleurs s’il y a un site ou un compte Instagram répertoriant les arrangements électriques les plus compliqués et les poteaux électriques les plus beaux. Il y a bien des comptes Instagram répertoriant les conduits de ventilation des buildings tokyoïtes ou les maisons et immeubles envahis par la végétation. Ce sont des comptes que j’ai découvert récemment sur Instagram et que je suis distraitement depuis. Sur la dernière photographie de cette série, il s’agit de la zone de bureaux de Shinagawa Inter-city, vue depuis la passerelle reliant les deux parties principales du complexe. La passerelle passe au dessus du parc intérieur et on a l’impression de survoler une mer verte. On obtient un contraste intéressant entre les contours irréguliers de cette végétation dense et l’uniformité des buildings de verre qui limitent l’espace du parc. Je viens souvent à cet endroit mais ça faisait assez longtemps que je n’y avais pas pris de photos.

En écrivant mon billet sur l’émission spéciale de KanJam avec Tokyo Jihen, je m’étais demandé quels pouvaient être les liens entre Sheena Ringo et King Gnu, le groupe de Daiki Tsuneta. Parmi les liens identifiés, l’emission nous mentionnait le fait que Sheena avait assisté à un concert de Daiki Tsuneta à Tokyo, quelques années avant la formation de King Gnu. On sait également que Tokyo Jihen a déjà été invité à l’émission Music Station en même temps que King Gnu (le 25 Décembre 2020). On a également déjà vu une photo réunissant Sheena et Tsuneta, photo qui a dû être prise au moment de l’émission KanJam bien que j’ai le sentiment qu’elle soit plus ancienne. En cherchant un peu plus, je vois que Sheena Ringo et King Gnu ont participé au même album hommage au chanteur et compositeur Inoue Yōsui (井上陽水), figure importante de la scène musicale japonaise. Le morceau Shōnen Jidai (少年時代) de Inoue Yōsui est tellement connu qu’il est en quelque sorte entré dans l’inconscient collectif japonais. Utada Hikaru interprète d’ailleurs ce morceau sur la compilation hommage. A vrai dire, ce genre de morceaux ne m’intéresse pas beaucoup et l’interprétation qu’elle en fait est plutôt peu inspirée. Je préfère à la rigueur la version plus récente de Suis du groupe Yorushika pour le nouveau film d’animation Luca produit par Pixar. L’album hommage à Inoue Yōsui s’intitule Inoue Yōsui Tribute (井上陽水トリビュート) et est sorti en Novembre 2019. J’y sélectionne trois morceaux que j’aime beaucoup, dont Kazari Janai no yo Namida ha (飾りじゃないのよ涙は) interprété par King Gnu. Le morceau original fut écrit et composé par Inoue Yōsui pour la chanteuse Nakamori Akina (中森明菜) en 1984. Inoue interpréta également lui-même ce morceau sur un album de reprise sorti la même année. Ce morceau sortit également en single beaucoup plus tard en 2002. L’interprétation par Daiki Tsuneta et Satoru Iguchi est très personnelle et on reconnaît tout de suite l’approche musicale de King Gnu, ce qui me plait beaucoup.

Le quatrième morceau de la compilation, qui suit celui de King Gnu, s’intitule Wine Red no Kokoro (ワインレッドの心) et est interprété par Sheena Ringo. Inoue Yōsui a écrit les paroles de ce morceau datant de 1983 mais la musique est composée par Tamaki Koji du groupe Anzen Chitai (安全地帯). Ce groupe qui accompagnait Inoue sur scène se fait connaître du grand public grâce à ce morceau. L’interprétation de Sheena Ringo est magnifique. Elle ne chante pas ces paroles à la légère et on sent que le ton de chaque mot est mesuré. J’aime beaucoup cette tension qui nous accroche à l’écoute. Ce morceau me refait penser à l’album de reprises Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~) qu’elle avait sorti en 2002 juste avant KSK. Je me souviens avoir été assez déconcerté par cet album quand je l’avais acheté à l’époque, certainement un peu déçu du fait que ce n’étaient pas des morceaux originaux qui le composaient. Il y a tout de même de nombreux excellents morceaux, comme Haiiro no Hitomi (灰色の瞳) ou Momen no Handkerchief (木綿のハンカチーフ), mais également des choix plus discutables. En fait, j’aime beaucoup quand Sheena Ringo reprend des morceaux du répertoire populaire japonais. La reprise du morceau Kurumaya-san (車屋さん) de Misora Hibari par Tokyo Jihen sur la tournée Dynamite! de 2005 reste pour moi une des meilleures reprises qu’elle ait faite. Comme l’album Utaite Myōri de 2002 était le premier volume et qu’il n’y a jamais eu de deuxième volume, je me demande si elle a en tête de sortir une nouvelle compilation de ce style. Je me suis mis à réécouter Utaite Myōri il y a quelques mois et je l’apprécie beaucoup plus qu’avant. Dans l’enquête du fan club Ringohan (celle de l’année dernière que je mentionne sans arrêt), la question était posée de suggérer un ou une artiste dont Sheena pourrait reprendre un morceau. J’avais suggéré Jun Togawa sans grande conviction car cette possibilité me paraît plutôt improbable, mais pas totalement impossible. La réalisatrice Mika Ninagawa du film Sakuran dont Sheena a écrit les musiques a déjà signé une compilation de morceaux de Jun Togawa (elle assurait la sélection des morceaux) et je vois donc là un lien qui ouvre des possibilités.

Pour revenir à la compilation Inoue Yōsui Tribute, le troisième morceau que j’apprécie beaucoup est une reprise de Higahi he Nishi he (東へ西へ), écrit par Inoue en 1972, et interprété par iri. Elle a une voix remarquable et laisse vraiment son empreinte sur ce morceau en lui donnant un rythme très accrocheur. Je suis toujours très curieux d’écouter ses nouveaux morceaux. Il se trouve qu’elle vient de sortir un nouveau single intitulé Uzu (渦), qui a l’air de bien fonctionner au niveau des ventes, si on en croit le classement Hot 100 de la radio J-Wave. Ce morceau est excellent et je l’écoute très régulièrement dans ma playlist personnelle. J’ai le sentiment qu’elle mériterait d’être un peu plus reconnue car on ne la voit pas beaucoup dans les émissions musicales télévisées, comme Music Station ou Music Day hier Samedi. Enfin, on pourrait aussi comprendre l’envie d’éviter le tourbillon des apparences médiatiques.

渋谷ウォーク❷

En s’éloignant du centre de Shibuya au delà de l’imposante autoroute surélevée survolant une partie de la route 246, on trouve quelques zones vertes autour des sanctuaires. Le sanctuaire Konnō Hachiman-gū, où se trouvait autrefois le château de Shibuya, et celui de Hikawa se situent tous les deux à proximité de petites rues parallèles à l’avenue Meiji. Depuis l’extérieur, en dehors de l’enceinte de ces sanctuaires, on a l’impression d’être devant des petites forêts denses. Seule une porte torii nous laisse comprendre qu’il s’agit d’un sanctuaire. J’aime beaucoup traverser ces deux sanctuaires qui permettent de s’extraire de l’environnement urbain pendant quelques minutes revigorantes. Je montre souvent le sanctuaire Hikawa en photo car j’aime beaucoup sa configuration spatiale en haut d’une petite colline. On y accède par une route pavée et un escalier de pierre. C’est dommage que l’endroit soit aussi sombre le soir. Même s’il n’y a pas grand chose à y craindre, j’aurais aimé qu’on y ajoute des lampes à la lumière chaude. Le sanctuaire de Konnō Hachiman-gū est au contraire toujours très éclairé et ses lumières mettent le bâtiment principal en valeur. À chaque fois que je passe devant sa porte, je me sens invité à y pénétrer. J’aime entrer dans ces sanctuaires en plein été car on a l’impression qu’on y trouvera un peu de fraîcheur sous les arbres. Ce n’est malheureusement pas le cas même si on y pense très fort. On peut simplement supplier les dieux pour qu’ils nous accordent une période estivale supportable. L’été japonais qui approche très bientôt a quelque chose d’à la fois très attirant et insoutenable. Quand je repense à mes toutes premières années au Japon, j’ai le sentiment qu’il ne me reste en tête que des images d’été, peut-être parce que le premier contact s’est passé pendant un mois de Juillet. C’est peut-être tout simplement parce que je suis le fils d’un été chaud, d’une canicule même qui me poursuit encore maintenant jusqu’à Tokyo. J’ai l’impression d’avoir été préparé depuis toujours à affronter ces chaleurs estivales.

Le nouvel album Ethernity du groupe rock indé japonais For Tracy Hyde est sorti un peu plus tôt cette année en Février mais je ne me décide à le découvrir que maintenant. Comme sur les albums précédents, tous les morceaux du groupe ne me plaisent pas forcément mais il y en a toujours quelques uns qui me touchent plus particulièrement. C’est le cas du troisième morceau de l’album Interdependence Day, Pt. I qui me plait beaucoup. Les morceaux de For Tracy Hyde fonctionnent particulièrement bien lorsque la voix assez haut perchée d’Eureka vient se confronter à des marées de guitares bruyantes façon shoegazing. Le morceau garde un côté pop intervenant dans le refrain procurant toute l’accroche. Musicalement, c’est très beau et travaillé comme toujours d’ailleurs chez For Tracy Hyde, qu’on peut considérer comme un des groupes importants de la scène rock indé japonaise. Dans un style complètement différent car plus apaisé mais très rythmé, je découvre avec plaisir la musique de Samayuzame, dont je n’avais pour l’instant jamais entendu parlé. Sur un un rythme electro, elle chante sur le morceau intitulé Nenashigusa (根無草) d’un parlé quasi rappé et murmuré qui me rappelle un peu par moment la voix de Daoko (sans le côté kawaii qu’on peut entendre chez Daoko). J’aime particulièrement les passages où elle répète d’une voix faible en murmure le titre du morceau au dessus d’ondes électroniques mouvantes. Cette composition est vraiment très belle. Sa manière de chanter prenant un rythme découpant les syllabes est également très intéressante et accrocheuse à l’écoute. Je n’ai pas l’impression que l’ensemble de son album Yadorigi sorti l’année dernière soit dans le même esprit, mais l’ambiance de ce morceau me donne envie de découvrir un peu plus ses autres morceaux.