eternity through ephemerality

Je vais tous les ans, même très brièvement, voir les cerisiers le long de la rivière Meguro, au niveau de la station de Naka-Meguro. L’endroit a énormément gagné en popularité ces dernières années, et il faut absolument éviter les heures de pointe et les environs de la station. J’y vais en vélo en dévalant les pentes de Aobadai depuis les hauteurs de Daikanyama. J’atterris quelque part entre la station et le grand café Starbucks conçu par Kengo Kuma. Il y a assez peu de monde à cet endroit car les marcheurs partant de la station sont en général rassasiés avant d’arriver jusqu’au point où je me trouve. Nous sommes en fin d’après-midi d’un jour de semaine, il ne s’agit donc pas de la foule qu’on peut voir le week-end. En fait, nous n’avions jamais vraiment marché de l’autre côté de la station en direction de Meguro, où la rivière est plus large. Le jour d’avant, je me suis promené avec Mari le soir le long de la rivière et je me suis décidé d’y revenir le lendemain pour rouler en vélo dessous les tunnels de sakura. Les cerisiers prennent racines au bord de la rivière derrière une voie piétonne et leurs branches viennent plonger dans l’eau de la rivière pour former des arches. Un tunnel vient se construire dans la continuité de ces cerisiers plantés les uns à la suite des autres. La beauté du lieu est dans cette continuité, parfois entrecoupée par les routes et les ponts traversant la rivière. Comme pratiquement tous les ans, le pic de floraison est suivi de pluie en averses qui viennent grandement écourter la vie déjà bien éphémère des fleurs. Deux jours seulement après le pic, beaucoup de pétales sont déjà tombées sur les trottoirs ou dans la rivière pour former un tapis de couleur légèrement rosée.

movement through immobility

L’irrégularité des cerisiers placés le long de la grande avenue Meiji entre Shibuyabashi et Tengenjibashi me fait penser à une longue vague immobile. Les cerisiers ont tous des tailles et des intensités de branchages et de floraison différentes. À certains endroits, des tunnels se forment sur les trottoirs. L’avenue est cependant trop large pour former un tunnel continu sur la route, comme ça peut être le cas pour la petite rue sakurazaka entourant Roppongi Hills par exemple. C’est très agréable de marcher le long de l’avenue Meiji mais je préfère y conduire. On a tendance à rouler plus doucement pour en profiter au maximum. L’architecte Mark Dytham qui a ses bureaux à Ebisu à proximité de l’avenue Meiji nous montrait d’ailleurs en vidéo sur son compte Instagram le déroulement des sakura lorsque l’on passe dessous en voiture. Les dernière et avant dernière photographies s’éloignent un peu des cerisiers bien que nous sommes toujours ici à Ebisu. L’avant-dernière photo montre une vieille baraque que j’aime souvent prendre en photo pour les jets de plantes qui l’accompagnent. Je pense que le contraste des couleurs m’attire, le vert dense de cette végétation par rapport à l’aspect grisâtre du mur et du muret. Cette vieille maison se trouve à côté de la librairie et galerie NADiff a/p/a/r/t. J’y passe régulièrement mais elle est en général à chaque fois fermée à mon passage. Il faudra que j’y revienne pour voir l’exposition Before 1968 DAIDO MORIYAMA’s works from magazines qui démarre le 15 Avril.

Tokyo Jihen est décidément très actif depuis leur réformation en Janvier 2020, et je ne vais pas m’en plaindre. Le nouveau morceau intitulé Ryokushu (緑酒), sous-titré Awakening vient de sortir le 30 Mars 2021. Le morceau s’engage d’emblée vers le terrain de la pop, ce qui m’avait un peu déconcerté au début surtout pour le final à plusieurs voix qui me rappelle un peu ce qu’on pourrait entendre chez Queen (que je n’aime pas beaucoup). Le morceau ressemble à un mélange de morceaux existants de Tokyo Jihen, c’est à dire qu’il nous semble familier sous de nombreux aspects. Mais après plusieurs écoutes, il finit par complètement m’accrocher notamment pour sa construction musicale qui ne suit pas des formats traditionnels. Izawa Ichiyō compose ce morceau, comme c’est le cas pour la plupart des morceaux récents, et j’imagine assez bien ce morceau s’intégrer avec les autres déjà sortis pour construire le futur album, dont on ne sait d’ailleurs toujours pas la date de sortie. Comme Tokyo Jihen a annoncé un autre nouveau morceau cet été, composé par Kameda Seiji cette fois-ci, j’imagine que le groupe sortira le nouvel album après l’été. Et j’espère qu’ils annonceront une nouvelle tournée dans la foulée. J’ai toujours le regret de ne pas avoir été au concert de la tournée News Flash l’année dernière, mais j’ai réservé au Tower Records de Shibuya le Blu-Ray 『2O2O.7.24閏vision特番ニュースフラッシュ』 qui sortira dans deux semaines le 14 Avril 2021. Pour revenir au morceau Ryokushu, Sheena Ringo écrit bien entendu les paroles et interprète seule à part le final groupé. En fait, c’est la complexité et la diversité de son chant qui m’attire à chaque fois, et c’est aussi le cas sur Ryokushu. J’ai maintenant assez hâte de voir comment ce morceau s’intégrera dans le futur album, qui s’annonce excellent vu les morceaux déjà sortis en single.

strength through fragility

Quand arrive la période des sakura, je me pose toujours la question de comment je vais les représenter sur ce blog. L’année dernière était particulière car je n’ai pris que peu de photos des cerisiers en fleurs. Cette année marque un retour à la normale d’une certaine manière, car j’ai pris beaucoup plus de photos qu’il me faudra montrer petit à petit sur plusieurs billets. Nous avons volontairement évité les zones que l’on savait encombrées ou alors nous y sommes allés en dehors des heures de grande fréquentation. J’ai toujours trouvé difficile de rendre justice en photo à la beauté des cerisiers en fleurs car les voir en réalité donne un effet beaucoup plus saisissant que lorsqu’on les cadre dans une photo. C’est certainement dû au fait que cette beauté vient de la continuité des cerisiers posés les uns à la suite des autres, et cette continuité est difficile à retranscrire dans le format restrictif d’une photographie. Je m’y essaie tout de même en m’efforçant à les montrer en perpective, comme je le fais pour une photo d’architecture. C’est notamment le cas sur les photographies que j’ai pris à Meguro et sur la rue Meiji, que je montrerais plus tard sans d’autres billets. J’aime beaucoup représenter les cerisiers en milieu urbain pour le contraste entre la légèreté et l’éphémère du sakura et la massivité des buildings. En voyant la manière à laquelle ces fleurs si fragiles monopolisent toute l’attention de la population pendant quelques semaines démontrent une force beaucoup plus puissante que toutes ces encombrantes constructions humaines. Sur les quelques photos ci-dessus, nous allons à Akasaka autour de Ark Hills. C’est un de nos passages obligatoires tous les ans. L’année dernière nous n’y sommes passés qu’en voiture. Le tunnel de cerisiers a un peu perdu de sa splendeur au fur et à mesure des années, car des branches ont été coupées. Les cerisiers plantés plus récemment derrière Izumi Garden prennent maintenant la relèvent. Les deux dernières photos du billet sont prises ailleurs, autour du parc Inokashira à Kichijōji. J’aime beaucoup la manière par laquelle le cerisier de la dernière photographie impose sa présence sans laisser aucun choix aux habitants de cette rue. Je ne parle pas de musique dans ce billet mais elle m’accompagne pourtant pendant tout le développement numérique de ces photographies sur ordinateur.

shift nogizaka

La façade de ce building à Nogizaka a un design intéressant que l’on voit de loin. Il fait partie d’une série de buildings appelée +SHIFT dont Sun Frontier est le promoteur. On nous explique que le concept derrière ce design est une représentation de racines d’une plante. Ce building est en fait destiné aux petites entreprises naissantes, amenées à grandir et à évoluer. L’image de la racine végétale entend en fait représenter cette croissance future. Les formes du building en particulier cette façade sont à la fois élégantes et futuristes. Je ne saurais dire exactement pour quelle raison mais ce design me semble inhabituel pour Tokyo. Je ne connais pas d’autres buildings qui lui ressemblent. C’est un design qui me rappelle plus les immeubles longilignes de résidences qu’on pourrait trouver à Singapore par exemple. Il s’agit juste d’une impression. Le bâtiment se situe à l’entrée du sanctuaire de Nogizaka, que je n’ai pas eu le temps de visiter cette fois-ci. Du sanctuaire, je me contenterais pour l’instant de prendre en photo une affiche faisant l’éloge du mariage en kimono blanc dans l’enceinte du sanctuaire. La mariée y est belle même sous la pluie.

Je viens d’écouter un podcast spécial du trio Gaijin-san qui a pour invité Michaël Ferrier, écrivain et professeur à l’Université Chuo de Tokyo. J’ai déjà lu et aimé plusieurs de ses livres comme “Tokyo, petits portraits de l’aube”, “Le goût de Tokyo” qui est une anthologie de textes sur Tokyo qu’il a sélectionné et commenté et “Fukushima, récit d’un désastre” qu’il m’avait d’ailleurs envoyé en version dédicacée à l’époque. J’avais également assisté à la projection du film “Le Monde après Fukushima” de Kenichi Watanabe et à une lecture d’extraits de “Fukushima, récit d’un désastre” à l’Institut Français de Tokyo en 2013. Pour ce podcast qui dure environ 2h, Michaël Ferrier revient sur la catastrophe de Fukushima à travers un nouvel ouvrage qu’il dirige intitulé “Fukushima – Dans l’oeil du désastre”. Je ne connais pas encore ce nouveau livre et j’irais très certainement voir à quoi il ressemble au Kinokuniya de Shinjuku si je peux le trouver là bas. Michaël Ferrier y regroupe les visions et travaux d’artistes japonais ou étrangers évoquant la catastrophe de Fukushima sur les dix dernières années. Il nous donne quelques exemples dans le podcast, notamment ceux du collectif Chim↑Pom. Je me souviens être parti à la recherche de leur galerie à Koenji en Mai 2018. J’avais bien trouvé cet endroit des plus atypiques mais la galerie était malheureusement fermée lors de mon passage. Je ne savais par contre pas que Chim↑Pom avait conçu des d’installations artistiques en lien avec les événements de Fukushima. Ils s’étaient notamment rendus sur les lieux de la catastrophe un mois après en tenues protectrices, en portant un drapeau japonais dont le soleil rouge était transformé en symbole radioactif. Ils avaient également ´hacké’ la grande fresque Myth of Tomorrow de Taro Okamoto dans la gare de Shibuya (je la prends régulièrement en photo même avant son arrivée à Shibuya) en y ajoutant une partie en bas à droite représentant les centrales nucléaires de Fukushima. Le site web de Chim↑Pom montre d’ailleurs une petite vidéo dont est extraite l’image ci-dessus. Ce type de manifestation artistique provocatrice n’est pas particulièrement fréquente au Japon et donc forcément intéressante. Michaël Ferrier nous explique tout cela avec beaucoup de détails. Il maîtrise bien son sujet et c’est agréable de l’entendre longuement parler des artistes présents dans son ouvrage. Il évoque aussi l’artiste Shinji Ohmaki, que je ne connaissais pas, dont l’installation Liminal Air – Black Weight illustre la couverture du livre. Cette installation faite d’une multitude de fils noirs accrochés au plafond évoque la pluie noire radioactive suite à la bombe d’Hiroshima. A vrai dire, je n’écoute pas souvent les podcasts traitant du Japon, car les sujets qui y sont traités s’adressent plutôt aux personnes en cours de découverte du pays. Mais ce podcast en particulier était particulièrement instructif.

distorted normality (3)

J’aime de temps en temps faire des billets photographiques instrumentaux, c’est à dire sans textes, mais y écrire quelques paroles me démange rapidement. Je ne prends pas souvent de photos la nuit car je ne veux pas m’encombrer d’un trépied pour appareil photo pour m’assurer de prendre des photos correctes. Je préfère souvent le mouvement en faisant danser les lumières devant mon objectif. On pourrait croire que les photos sont prises de manière complètement aléatoire mais il y a tout de même un peu de préparation et de sélection dans les motifs que je souhaite montrer. Enfin, il y en a juste un peu, car l’intérêt de ce genre de photographies est de se laisser surprendre par le résultat. Je cherche avant tout à mélanger les lumières et les couleurs, en jouant sur le mouvement. L’effet résultant peut être plutôt réussi (première photo) ou moins (dernière photo), mais comme toujours dans mes billets, chaque photographie s’inscrit dans un ensemble et perd beaucoup de son interêt lorsqu’elle est mise à l’écart.

La musique d’Aya Gloomy est à la fois très étrange et fascinante. Je l’ai découverte il y a un peu plus de deux ans sur son premier album Riku no Kotō (陸の孤島) puis sur le EP Kanjiru (感じる ) l’année suivante. Je réécoute régulièrement quelques morceaux de ces album et EP notamment Tomedonaku Afureru (とめどなくあふれる) et Kanjiru. Elle a sorti un nouveau single en Décembre 2020 intitulé Micro Creature puis plus récemment en Mars 2021, un nouveau morceau intitulé Start Again, en prévision de son deuxième album qui sortira fin Avril 2021. J’aime vraiment beaucoup ces deux morceaux. Sur Micro Creature, elle ressemble à une extraterrestre de l’époque des années 70 débarquée par erreur sur terre, dans la campagne japonaise la plus reculée. Elle change souvent de couleur de cheveux et est souvent accompagnée par une collection de smiley qui envahissent sa chambre. Elle conserve sur ces deux nouveaux morceaux sa manière de chanter très particulière sur une composition électronique toute aussi étrange que les paroles. L’ensemble est à la fois accrocheur et décalé. Ces deux morceaux me replongent soudainement dans l’univers de ses premiers morceaux, un univers très personnel qui ne ressemble à rien d’autre que je connaisse. Je pense qu’elle mériterait d’être plus reconnue. Je suis assez impatient de pouvoir écouter son futur nouvel album.