







Nous nous levons avec le soleil au bord du lac Hanare à Kyōtango (京丹後市). Le bain chaud onsen hier soir et ce matin m’a remis de la fatigue de ces deux derniers jours de conduite. C’est une fatigue certes toute relative car j’aime conduire, surtout lorsqu’on explore des paysages magnifiques comme ceux des côtes de la mer du Japon à Kyōtango. Notre destination est le port de pêcheurs d’Ine. Nous passons volontairement par la route 178 qui longe la côte, parfois au plus près des falaises. La conduite demande une attention accrue, mais on n’en est pas au niveau de la route de montagne qui nous avait amené jusqu’au sanctuaire de Tamaki à Kumano. Chaque virage nous donne des points de vue différents sur la mer du Japon et ses falaises déchirées, ce qui nous incite à faire quelques pauses photo en cours de route. Kyotango fait partie du vaste parc géologique San’in Kaigan (山陰海岸ジオパーク) classé au registre de l’UNESCO. Le San’in Kaigan Geopark couvre une grande partie de la côte de la mer du Japon, de Tottori à Kyotango. Sa formation est liée à l’ouverture de la mer du Japon, il y a ~25 millions d’années, composée de roches volcaniques, de strates visibles, de falaises mais également de quelques plages et même des dunes à Tottori. La beauté de ce paysage est rugueuse, adaptée aux vents forts et à la mer agitée qui ont façonné ces lieux. Nous traversons quelques villages qui ont conservé une architecture traditionnelle avec des maisons à la structure de bois sombre. On se dit qu’il s’agit d’un paysage très différent de ce que l’on peut voir côté océan pacifique. Il n’y a presque personne sur la route et même la station routière de Tenkitenki Tango que nous avions repéré sur notre route est fermée aujourd’hui. Le seul élément venant contraster avec ce paysage est la base de Kyōgamisaki (航空自衛隊 経ヶ岬分屯基地) opérée par les forces de Self-Défense japonaise, pour observer l’espace aérien et maritime du nord-ouest du Japon. J’imagine que les deux énormes radars de la base entièrement peinte en vert foncé détecte les tests de missiles nord-coréens en direction de la mer du Japon et contribuent au système national J-alert qui informe tout le pays de différents types d’événements critiques comme les alertes missiles, les catastrophes naturelles et autres urgences majeures.
Après une bonne heure de route, nous arrivons par les terres au fameux village de pêcheurs d’Ine (伊根町). Je dis fameux car il est plus touristique que la côte naturelle que nous venons de traverser, et parce que le visiter est une sorte de revanche sur notre dernier voyage dans la baie de Wakasa dans la préfecture voisine de Fukui il y a deux ans. Lors de ce voyage, nous avions l’intention de monter jusqu’au village d’Ine après avoir visité Maizuru, mais la météo exécrable nous en avait dissuadé. On ne peut pas dire qu’il fasse un temps merveilleux aujourd’hui, car le ciel est couvert mais au moins il ne pleut pas. Le village de pêcheurs d’Ine est un lieu assez unique au Japon. Il s’étire sur environ 5 kms le long d’une baie et se compose d’environ 230 maisons traditionnelles alignées tout autour. Ces maisons sont principalement des funaya (舟屋) de pêcheurs, construites directement au bord de l’eau avec au rez-de-chaussée un garage à bateau et à l’étage un espace de vie. On a l’impression que ces maisons flottent sur la mer. Une rue étroite nous donne accès au village et à un parking situé au bord de l’eau. Le village est placé tout en longueur sur une bande étroite entre la mer et les montagnes. Les eaux du port sont calmes protégées par la baie et la petite île de Kameshima à son entrée, créant une sorte d’enclave presque fermée sur elle-même. L’activité de pêche est toujours présentes et les maisons encore habitées par des familles locales. Le village n’est pas envahi par les boutiques et garde son aspect authentique malgré le nombre de touristes qui s’y promènent. On peut faire une balade en bateau dans la baie et même passer une nuit dans une maison rénovée, mais nous nous contentons d’une promenade avec une visite guidée d’un Funaya encore active. La maison tout en longueur est étonnamment spacieuse avec un toit haut. Là encore, ce petit village nous donne le sentiment de moments suspendus avec une temporalité lente.























