l’été inoubliable (5)

Le lendemain, nous prenons la route avec pour destination le château de Vianden, se trouvant dans les Ardennes luxembourgeoises près de la frontière allemande au Nord du pays. Il est situé à une cinquantaine de kilomètres du centre ville. Le trajet pour s’y rendre est très agréable, à travers des paysages vallonnés et boisés. Nous n’empruntons pas de voies rapides mais des petites routes de campagne très bien entretenues, souvent bordées d’arbres. Nous traversons les petites villes ou villages aux noms dépaysants: Imbringen, Altlinster, Ernzen, Merdernach, puis Gilsdorf entre autres. On s’amuse à constater les différences avec la signalétique routière française, pour se dire que celle du Luxembourg est plus claire. Cette route vers le château, alternant champs vallonnés et forêts est un très beau moment de notre voyage. Nous arrivons ensuite au château médiéval de Vianden, construit au milieu des forêts très haut au-dessus de la ville de Vianden. La vue sur le château est assez spectaculaire et est, je dirais, plus intéressante que l’intérieur du château. Les premières constructions fortifiées remontent au Xe siècle. Il s’est progressivement étendu au fur et à mesure des siècles, puis perdu progressivement de son importance jusqu’à tomber en ruine. La restauration commença au XIXe siècle, et au XXe siècle, l’État luxembourgeois entrepris une importante restauration, pour redonner au château son aspect médiéval. Certains intérieurs m’ont cependant semblé trop artificiels, ce qui n’est pas inhabituel dans les réhabilitations de châteaux médiévaux. Il y avait à mon goût un peu trop de commerces à l’étalage à l’intérieur, et d’attractions qui m’ont semblé éloignées de la découverte historique des lieux. La visite n’est pas désagréable et un des intérêts du château est son emplacement donnant une vue magnifique sur la ville de Vianden, la vallée de l’Our et les forêts des Ardennes luxembourgeoises.

Nous reprenons ensuite la route vers Echternach, situé au Sud-Est de Vianden, et nous passons sans s’en rendre compte en Allemagne. J’avais oublié qu’il était aussi facile de traverser les frontières européennes. Nous sommes d’ailleurs assez contents de ce détour inattendu en Allemagne. Nous pensions d’abord déjeuner à Echternach, mais nous profitons plutôt d’une boulangerie allemande pour quelques sandwiches du pays, excellents d’ailleurs, et des bretzels trouvés dans un supermarché Norma tout proche. Echternach nous attire peu et nous filons finalement vers le centre-ville de Luxembourg en prenant une autre route, moins agréable qu’à l’aller. Un petit passage vers le Grund dans la ville basse s’impose car nous voulions utiliser le grand ascenseur panoramique du Pfaffenthal. Il relie la ville basse dans la vallée au plateau de la Ville-Haute, pour un dénivelé d’environ 71m. La cabine vitrée offre une vue spectaculaire sur la vallée. Le quartier du Grund est pittoresque mais on ne sait pas trop où aller, et on n’y restera finalement que peu de temps. On s’est par contre un peu mieux organisé pour le repas du soir en trouvant un excellent restaurant déniché par Mari. Le Restaurant Le Laboratoire est situé dans le quartier Bonnevoie-Nord – Verlorenkost, pas très loin de la gare. La cuisine est française avec une approche assez gastronomique mais dans l’ensemble plutôt décontractée. Je goûterais pour la première fois la bière luxembourgeoise de Diekirch. Cette excursion en terres luxembourgeoises se termine déjà car nous reprendrons la route le lendemain matin avec une petite escale avant de rejoindre la région parisienne.

l’été inoubliable (4)

La suite de notre visite de la vieille ville de Luxembourg nous fait parcourir les anciennes fortifications de Casemates du Bock. Le Bock est le rocher autour duquel s’est développée la ville fortifiée. Un château y fut établit à la fin du Xe siècle et est considéré comme l’origine de Luxembourg. Le terme casemate désigne une construction fortifiée protégée par d’épais murs et destinée à abriter des soldats, des canons ou des munitions. les Casemates du Bock sont donc des anciennes galeries militaires creusées dans la roche, témoignant du système défensif développé de Luxembourg au XVIIe siècle. Elles ont été agrandies progressivement, notamment par des ingénieurs militaires français, pour atteindre environ 23 km de galeries à son apogée. La visite actuelle permet de pénétrer dans une partie de ces galeries étroites et voûtées, avec escaliers et passages creusés dans la roche. Les meurtrières et les grandes ouvertures destinées à l’artillerie, alternant avec des souterrains beaucoup plus sombres, rendent cette visite très intéressante car elle donnent de très beaux points de vue panoramiques sur le quartier du Grund et sur la vallée. Je m’amuse à conjuguer des extraits de roche avec la géométrie des bâtiments anciens en contrebas, notamment ceux de l’Abbaye de Neumünster. On remarque aussitôt l’imposant pont rouge de la Grande-Duchesse Charlotte qui relie le centre historique au moderne quartier européen et financier de Kirchberg. Ce gigantesque pont de 355m a été conçu par l’ingénieur allemand Egon Jux et a été inauguré en 1966. Sa couleur choquerait presque et nous a beaucoup intrigué tout le long de notre séjour. Cette couleur serait due à une peinture anticorrosion rouge appliquée sur la structure métallique. Après avoir longuement marché dans les galeries en se perdant un peu par ma faute, nous rejoignons une nouvelle fois le centre de la vieille-ville pour le dîner du soir. Après quelques tergiversations, on terminera notre course de la journée dans un bistrot de la Place Guillaume II situé devant un Monoprix. La nourriture y était moyenne mais la bière rafraîchissante. On serait resté plus longtemps si les guêpes et abeilles ne nous avaient pas tournées autour pendant tout le repas. Cette première journée se termine mais il nous reste encore des lieux à visiter notamment la ville basse.

l’été inoubliable (3)

Lors de nos séjours en France, nous aimons faire un petit voyage en famille vers des lieux que nous ne connaissons pas. Il y a trois ans, c’était en Bretagne et la fois précédente au Mont Saint Michel et à Saint Malo. Cette fois-ci, nous partons en voiture vers l’Est que je ne connais pas du tout. Mari connaît déjà Strasbourg, la Belgique, l’Allemagne et l’Autriche mais pas le Luxembourg qui devient donc notre destination cette année. Le Luxembourg est un petit état européen enclavé entre la Belgique, l’Allemagne et la France. Sa superficie est de 2,586 km² pour environ 680,000 habitants. En terme de superficie, on pourrait comparer le Luxembourg à la préfecture de Kanagawa au Japon, mais en terme de population, on est plus proche de Fukui. Le régime luxembourgeois est une monarchie constitutionnelle sous la forme d’un Grand-Duché, avec pour chef d’État le Grand-Duc Guillaume depuis Octobre 2024. Le Luxembourg est l’un des pays fondateurs de la construction européenne et plusieurs institutions européennes y sont d’ailleurs installées. Une grande partie de ces institutions sont situées dans le quartier moderne de Kirchberg que nous n’avons pas visité et que nous verrons seulement de loin. Lorsqu’on entre au Luxembourg, on remarque assez visite un important contraste entre la capitale historique et la campagne très verdoyante qui l’entoure dans le reste du pays.

Nous arrivons en tout début d’après-midi à notre hôtel, dans le quartier de Dommeldange, un peu en dehors du centre-ville mais tout de même assez proche. Depuis la chambre de l’hôtel, nous avons une belle vue sur une portion de la forêt de Grünewald, dont s’échappe un grand bâtiment aux façades pixelisées. Cette vue illustre bien le contraste que je mentionnais ci-dessus. Ce bâtiment compose le complexe RTL City, les quartiers généraux du groupe de média RTL (Radio Télévision Luxembourg) situé dans le district de Kirchberg. La télévision de l’hôtel passe de nombreuses chaînes du groupe RTL, que l’on ne voit pas à ma connaissance en France. La radio RTL France, détenue par le groupe M6, se trouve toujours dans l’orbite du groupe RTL, car celui-ci possède une participation de contrôle de M6. L’hôtel passe une majorité de chaînes allemandes dont certaines comme ZDF ou VOX me sont familières pour les avoir parcouru sans les comprendre grâce à la parabole ASTRA installée sur le toit de la maison familiale. Les parcourir maintenant me donne une certaine nostalgie de cette porte ouverte vers l’Europe et le Monde (la chaîne japonaise NHK étant par exemple également disponible sur ASTRA), que je découvrais étant adolescent avec un émerveillement certain.

Nous avons une bonne demi-journée devant nous pour visiter le centre-ville et en particulier la vieille ville qui constitue le centre historique de la capitale. Elle est particulièrement intéressante pour son relief spectaculaire. Nous arrivons d’abord sur la grande Place Guillaume II, située au cœur de la ville haute, avec l’hôtel de ville et la statue équestre de Guillaume II. Nous marchons un peu au hasard des rues mais reconnaissons rapidement le Palais Grand-Ducal qui est la résidence officielle du Grand-Duc. Autour de la place, nous visitons également la Cathédrale Notre-Dame. Cette vieille ville est agréable et vivante, notamment sur la Place d’Armes. On se repère facilement car ce centre-ville est d’une taille relativement restreinte. Sur la Place Guillaume II, un cinéma en plein air se prépare pour le soir. Le programme est le film Whiplash (2914) réalisé par Damien Chazelle, film brillant que j’ai déjà vu de nombreuses fois et que j’aime vraiment beaucoup. Notre marche nous amène bien sûr vers le Chemin de la Corniche, surnommé le balcon de l’Europe, donnant un superbe point de vue sur la partie basse de la ville. La vue est impressionnante et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les vieux quartiers et fortifications du Luxembourg sont inscris à l’UNESCO depuis 1994. Cette inscription ne comprend pas seulement des monuments isolés, mais également l’ensemble urbain et paysager de cette vieille-ville installée dans environnement naturel exceptionnel, sur un éperon rocheux entre l’Alzette et la Pétrusse. Dans le contrebas, au fond de la vallée, se trouve le quartier de Grund, que nous visiterons plus tard, et l’Abbaye de Neumünster, un ancien monastère devenu centre culturel. Cette séparation de la ville est assez unique et donne l’impression de deux villes différentes. On ne se lasse pas de cette vue. J’en prends de nombreuses photographies et la sélection est difficile. Je regrette quand même de ne pas avoir amené avec moi l’objectif grand-angle, trop gros et lourd pour le voyage.

l’été inoubliable (2)

Notre deuxième visite dans les Hauts-de-Seine nous amène dans la ville de Sceaux. Nous y allons à pieds, en traversant Châtenay-Malabry, jusqu’à une coulée verte continue d’environ 12kms allant des portes de Paris à la gare de Massy-Palaiseau. Ce long ruban de verdure en milieu urbain, également appelé promenade des vallons de la Bièvre, a été aménagé sur une voie anciennement destinée au train Paris-Chartres. Il s’agit actuellement d’une voie verte réservée aux cyclistes et aux piétons. La période de canicule en France était terminée à notre arrivée mais montrait tout de même quelques soubresauts. Il fait très chaud et nous cherchons les ombrages en parcourant la coulée verte jusqu’à une des entrées du grand parc de Sceaux. Le domaine départemental de Sceaux, classé aux Monuments historiques, trouve son origine au XVIIᵉ siècle lorsque Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, achète Sceaux en 1670 et entreprend d’en faire sa résidence. Il fait notamment intervenir le célèbre jardinier français André Le Nôtre et Charles Le Brun, qui participa à la décoration du domaine avec Le Nôtre. Le plan des jardins de Le Nôtre reste encore très lisible, avec son grand canal et ses grandes perspectives qui nous rappellent tout de suite Versailles. Nous n’avons bien sûr pas parcouru l’ensemble du domaine. On y trouve apparemment un bosquet nord avec environ 150 cerisiers japonais, qui doivent être magnifiques au printemps. Au bout de ce paysage, malheureusement attaqué par la canicule, on aperçoit le château de Sceaux. Le château que l’on voit actuellement n’est pas celui de Colbert car il fut détruit au début du XIXᵉ siècle. Le château actuel a été construit au milieu du XIXᵉ siècle par les descendants des Trévise. Il abrite maintenant le musée du Domaine départemental de Sceaux, consacré notamment à l’histoire du domaine, aux arts décoratifs et à la vie aristocratique en Île-de-France. Nous profitons de l’entrée gratuite pour en faire le tour. On peut y voir de nombreuses pièces de faïence provenant de la Manufacture de Sceaux, fondée vers 1735, sous le patronage de la duchesse du Maine. On est très impressionné par les céramiques en trompe-l’œil naturalistes, avec des formes d’animaux, de fruits et de légumes. Ces plats en céramique sont parfois très étranges. Je pense par exemple à un imposant plat en forme de tête de sanglier. À la sortie du château, nous rejoignions la longue rue piétonne de Sceaux, la rue Houdan. Elle est agréable, d’autant plus qu’on y trouve la boutique de notre chocolatier préféré, Patrick Roger. On peut trouver ses chocolats ponctuellement au Japon lors des salons du chocolat, mais il n’y possède pas encore de boutique permanente. Les parcs et espaces verts sont nombreux dans cette région des Hauts-de-Seine. On y trouve également de nombreuses demeures anciennes en pierre meulière, souvent conçues par l’architecte Gabriel Reige, très actif au début du XXᵉ siècle dans le sud des Hauts-de-Seine notamment autour de Sceaux, Châtenay-Malabry et Le Plessis-Robinson.

J’ai une petite routine lorsque nous retournons en France, celle d’acheter le dernier numéro du magazine Les Inrockuptibles. Le numéro 52 de Juillet/Août 2026 m’intéresse tout particulièrement car il s’intitule The Cure, Une jeunesse éternelle. Une quarantaine de pages sont consacrées au groupe. Elles ne m’ont pas appris de nouvelles choses mais je les ai dévoré avec un délice certain, sans pourtant écouter de morceaux du groupe entre deux épisodes de lecture. J’ai en fait écouté très peu de musique pendant ce séjour estival, ce qui n’est pas complètement étonnant mais tout de même plutôt rare. De précédents séjours en France, je me souviens avoir beaucoup écouté ETA (2023) de NewJeans et Live to Tell (1986) de Madonna lors de notre dernier séjour en 2023. Lors d’un précédent séjour en 2015, j’ai un souvenir très vif du morceau Let it Happen (2015) de Tame Impala. La seule musique que j’ai pu écouter cette année passait à la radio. On y passe encore souvent le morceau Dracula du même Tame Impala de son dernier album. Sur la radio RTL, j’ai été surpris d’entendre que l’émission Stop ou Encore existe toujours. On y passait plusieurs morceaux tout à fait de saison des Beach Boys, ainsi que deux ou trois morceaux d’Etienne Daho qui m’ont ramené avec plaisir vers les années 1980: Week-end à Rome sur l’album La notte, la notte (1984) et Epaule tattoo sur Pop Satori (1986). Je n’écoute pas beaucoup de musique française, même très peu, mais je me suis dis que je (ré)écouterais bien Daho. En cherchant un titrage pour cette série estivale, j’ai repensé soudainement au titre d’un morceau de Jeronimo sur son album Un monde sans moi datant de 2002, que j’avais découvert à l’époque grâce à une compilation très éclectique des Inrockuptibles intitulée Made in France – Automne 2003. L’été inoubliable dans les paroles du morceau de Jeronimo est bien entendu très différent de celui que l’on a passé.

l’été inoubliable (1)

Cela faisait trois ans que nous n’étions pas retournés en France, et comme à chaque fois, c’était un été inoubliable. Le trajet en avion de Tokyo Haneda jusqu’à Paris Charles de Gaulle m’a paru plus rapide que d’habitude. Malgré la longue durée du vol, j’ai vu peu de films et beaucoup dormi, aidé par le fait de partir assez tard le soir pour arriver à Paris très tôt le matin vers 6h. Les retrouvailles familiales sont toujours un moment particulier. Comme il y a trois ans, nous découvrons, ou redécouvrons, la ville du Plessis Robinson, dans les Hauts-de-Seine dans la périphérie Sud-Ouest de Paris, à une trentaine de minutes en voiture du centre de Paris. Pour notre première sortie, nous voulions retourner dans le grand parc de l’Arboretum de la Vallée-aux-Loups situé entre Le Plessis Robinson et Châtenay-Malabry. Nous nous arrêtons en route dans un autre parc, celui de l’Île Verte, dans lequel on se perd volontiers et dont sont tirées les premières photographies du billet. Sur les deux premières, on pourrait pourtant se croire quelque part au Japon, avec cette petite forêt de bambous et une étrange statue logée dans un arbre qui pourrait être sortie des univers imaginaires du Studio Ghibli. Nous entrons ensuite dans l’Arboretum, situé à proximité du parc de la Maison de Chateaubriand, pour revoir un arbre majestueux, le Cèdre Bleu Pleureur de l’Atlas. Il a une hauteur de 14 mètres et un tronc d’une circonférence d’environ 5 mètres. Ce sont ses lourdes branches évoluant comme un labyrinthe au dessus de nos têtes qui impressionnent, se répandant sur une surface de 680m². On dit qu’il s’agit du plus grand cèdre bleu pleureur du monde. On se sent abrité sous cet immense voilage de branches, soutenues par une trentaine de piquets en résine conçus par le sculpteur Francis Ballu. De nombreux arbres de l’Arboretum sont également remarquables mais le cèdre bleu pleureur de l’Atlas leur vole de très haut la vedette. Nous avions visité il y a trois ans la Maison de Chateaubriand, que nous ne reverrons pas cette fois-ci. Il s’était installé dans la Vallée-aux-Loups, en exil loin de Paris, après avoir publié en 1807 un article dans lequel il condamnait le despotisme de Napoléon. C’est un lieu bien agréable pour un exil.