jusqu’ici on sait quand

Je reviens souvent vers les photographies qui saisissent les lumières urbaines en les laissant filer dans la nuit. La plupart des mouvements de lumière sont provoqués mais on ne saurait pas les reconnaître d’une manière évidente. Le centre de Shibuya se prête bien aux mouvements de lumière et j’ai assez régulièrement envie d’y laisser traîner mon objectif. Parmi les traînées de lumière, certaines images se cristallisent sur des instants suspendus préservés du flou de la nuit.

Près de la gare de Shibuya et du grand carrefour, un petit groupe de curieux s’était regroupé le long d’un bus à l’arrêt au feu rouge. À l’intérieur, on pouvait voir à travers les vitres couvertes de gouttes de pluie deux idoles devant une petite audience assise au fond du bus. Devant les spectateurs, on devine une petite scène et des éclairages. Apercevant le public à l’extérieur, elles n’ont pas hésité à faire quelques signes de la main tout en continuant à chanter. Je ne reconnaissais bien sûr pas leurs visages. Quelques recherches ultérieures m’ont appris qu’il s’agissait d’un concert itinérant de la série Live Buss s’intitulant Princess Mirror Night (プリンセスミラーナイト) par un duo d’idoles indépendantes nommées Mizuki Matsubara (松原みずき) et Yoru Hoshina (星奈よる). Mizuki Matsubara est une compositrice et interprète indépendante originaire d’Osaka, ancienne idole d’un groupe alternatif nommé Kankaku Logic (感覚ロヂック). Elle écrit et compose sa musique dans un style qu’elle qualifie de Psycho POP (サイコPOP). Ce style Psycho Pop vient détourner les codes communs de l’idole pour y injecter une dose de folie voire de déconstruction psychologique (en voilà tout un programme). Dans ce style alternatif, qu’on pourrait aussi appeler Yami-Kawaii, je repense au groupe NECRONOMIDOL que j’avais beaucoup écouté il y a quelques années et qui s’inscrivait dans cette esthétique Psycho Pop en mélangeant une imagerie de films d’horreur et de paranormal avec des éléments chorégraphiques se rapprochant des codes traditionnels de l’idole. En écoutant sur YouTube quelques uns de ses morceaux comme Marriage Blue, je ne dirais pas que j’adhère à ce style musical un peu trop démonstratif, mais il s’accorde assez bien avec l’ambiance d’Halloween.

Cette recherche a au moins eu le mérite de me refaire réécouter le morceau Ithaqua de NECRONOMIDOL sur leur album DEATHLESS sorti en Février 2017. C’était leur meilleure époque avec Kakizaki Risaki (柿崎李咲) et Sari (瑳里). Écouter les quelques morceaux de cet album été ma seule concession à Halloween. La photographie inquiétante de couverture de DEATHLESS montre un ancien sanctuaire abandonné. Il s’agit du sanctuaire Hotaka (武尊神社) situé à Midori dans la préfecture de Gunma. Déplacé dans les années 1970 depuis un village englouti lors de la construction du barrage de Kusaki, le sanctuaire a progressivement été abandonné et est aujourd’hui en ruines. Il est réputé pour ses nombreuses apparitions d’âmes errantes. Une légende raconte même que l’esprit d’une vieille femme hanterait les lieux.

Après la découverte de 空夜coo:ya, j’ai voulu poursuivre encore un peu mes recherches de musiques japonaises du début des années 2000. Les lois du hasard me proposent un album sorti en 2004 intitulé A Sort of Sound Track for U.F.O. par un groupe nommé Sadesper Record (サデスパー・リコード). J’aime, dès la première écoute, l’approche expérimentale très inspirée de ce court album de 24 minutes qui part dans tous les sens. Je comprends assez bien que cet album ait un statut culte parmi certains amateurs. Sadesper Record est un projet formé par NARASAKI (ナラサキ) et WATCHMAN. NARASAKI, de son vrai nom Goro Watari (渡五郎), est en fait le chanteur et guitariste de Coaltar of the Deepers (COTD), groupe mélangeant shoegaze, rock alternatif, metal et sons électroniques. COTD est connu sur la scène indépendante, mais je n’ai jamais réussi à apprécier, tout comme Melt-Banana dont WATCHMAN est l’ancien batteur. Le projet Sadesper Record est en grande partie instrumental, et n’hésite pas à se tourner vers l’expérimentation. Le morceau Insanity en est un excellent exemple, partant de sons agressifs ressemblant à un feu d’artifice vers des nappes électroniques apaisées nous faisant tranquillement divaguer. Les morceaux plus construits comme Siesta et Lose Your Sight sont fabuleux. Ils ont une approche beaucoup plus pop et accrocheuse mélangeant guitares métal et sons électro, mais les manières de chanter non conventionnelles de NARASAKI sur Siesta et de Yumico sur Lose Your Sight en font des morceaux absolument remarquables. Il y a quelque chose d’addictif dans le chant à la limite de la justesse de Yumico sur Lose Your Sight. Je ressens la même chose dans le chant de NARASAKI sur Siesta. L’imperfection de ces voix donne une fragilité qui vient se heurter à la dureté des guitares. La singularité qui se dégage de ces morceaux me rappelle que la beauté en musique n’est pas l’effacement des aspérités mais au contraire leur intégration jusqu’à ce qu’elles deviennent absolument indispensables. C’est un équilibre subtile et instable qui ne marche pas à tous les coups, et dont la beauté n’est à mon avis pas forcément perceptible par tous. Suit un court intermède quasiment biblique intitulé Metal Charch, que j’aurais bien vu accompagné un film de Sion Sono (園子温) comme Love Exposure (2008). Je ne sais pas pourquoi ce morceau me fait penser au film de Sono, que je n’ai pourtant pas vu depuis très longtemps, peut-être parce qu’il est traversé par le religieux même si le réalisateur finit toujours par tout transformer en grotesque. L’album se termine sur un long morceau instrumental electronique atmosphérique intitulé A White Sheep Walks (Groove Tape Mix). Ces huit minutes sont assez différentes du reste de l’album car plus apaisées, même si les glitches électroniques finissent par reprendre le dessus. Ça m’a ensuite donné envie de découvrir l’album Externalization 1 de Sadesper Record sorti en 1999. Je n’y retrouve malheureusement pas l’interêt que j’ai pu éprouver pour A Sort of Sound Track for U.F.O. Il en ressort pour moi deux morceaux instrumentaux dont une première version du morceau A White Sheep Walks qui concluait U.F.O., puis un autre de plus de huit minutes intitulé Terminus of Love. Ce dernier me fait un peu penser aux premiers Autechre pour certaines textures électroniques. Certaines nappes électroniques se désagrégeant subtilement me semblent par contre plutôt réminiscentes du shoegaze que NARASAKI pratique avec son groupe Coaltar of the Deepers. L’émotion qui se dégage de Terminus of Love se fait ensuite plus franche. On imagine tout de suite une scène d’un film où la solitude du personnage principal nous ferait réfléchir à notre propre état d’être.

La musique de Sadesper Record me fait découvrir deux curiosités, des reprises intégrales du fameux et mythique album Loveless de My Bloody Valentine. La version jaune, s’intitulant Yellow Loveless, reprend la playlist de l’album original mais réinterprété par des groupes rock japonais. Cette version est sortie en 2013 et a été précédée par une version bleue coréenne sortie l’année d’avant et intitulée Loveless Tribute (Blue Loveless). Je parle de « curiosités » car j’avais d’abord du mal à imaginer comment on pouvait s’attaquer à cet album culte en essayant de le transcender. Aucun des morceaux ne dépasse l’original de MBV, mais j’ai beaucoup aimé un certain nombre de nouvelles versions proposées, surtout lorsqu’elles n’hésitent pas à s’écarter de la version originale. Je ne connais pas les groupes de la version coréenne mais un certain nombre de groupes de la version japonaise me sont connus comme Boris, Shōnen Knife, Tokyo Shoegazer (東京酒吐座) et Sadesper Record qui conclut l’album jaune avec une reprise de Soon. Les reprises sont plus ou moins intéressantes et s’éloignent parfois beaucoup de l’original. Je pense par exemple à la reprise de When You Sleep par Shōnen Knife ou à celle de Loomer par Electronic Sheep (전자양). Les versions qui sont dans le mimétisme maniaque de l’original comme la version de Only Shallow par Tokyo Shoegazer m’intéressent quand même moins car on pense trop à la supériorité évidente de la version de MBV. J’ai tout de suite apprécié la version atmosphérique post-rock longue de onze minutes de To Here Knows When du groupe Lemon’s Chair (レモンズチェアー) originaire d’Osaka, que je ne connaissais pas. J’aime aussi leur version de What You Want vers La fin de l’album Yellow Loveless. J’aime la délicatesse de la version de I Only Said par le groupe coréen GhostMutts sur Blue Loveless et le final avec Soon par Sadesper Record. Cette dernière version est relativement proche de l’original de MBV, mais le discret et occasionnel beat de percussion électronique vient tout changer. En fin de compte, j’aurais envie de faire une compilation de ces deux compilations avec les morceaux que je préfère des Yellow et Blue Loveless. Ma playlist serait la suivante:

1. Only Shallow – Vidulgi OoyoO sur Blue Loveless (version coréenne)
2. Loomer – Electronic Sheep (전자양) sur Blue Loveless (version coréenne)
3. Touched – The Sodom Project sur Yellow Loveless (version japonaise)
4. To Here Knows When – Lemon’s Chair sur Yellow Loveless (version japonaise)
5. When You Sleep – Shōnen Knife sur Yellow Loveless (version japonaise)
6. I Only Said – GhostMutts sur Blue Loveless (version coréenne)
7. Come In Alone – AGE of PUNK sur Yellow Loveless (version japonaise)
8. Sometimes – KiHap sur Blue Loveless (version coréenne)
9. Blow A Wish – Soil Sugar Poco Largo sur Blue Loveless (version coréenne)
10. What You Want – Lemon’s Chair sur Yellow Loveless (version japonaise)
11. Soon – Sadesper Record sur Yellow Loveless (version japonaise)

Ces deux compilations montrent en tout cas l’empreinte de My Bloody Valentine sur les scènes rock indépendantes japonaise et coréenne. Je ne connais pas assez la scène indie coréenne pour en parler, mais pour la scène japonaise en tout cas, Loveless n’est pas simplement un album culte, mais est une sorte de matrice sonore qu’on retrouve encore maintenant dans le son de nombreux groupes, ayant progressivement réinterprété ce shoegaze selon leur propre sensibilité.

dark shadows

La fraîcheur des nuits d’Octobre nous invite à entrouvrir la porte-fenêtre de la chambre donnant sur le petit jardin intérieur. Le calme est envahissant, mais lorsqu’on essaie de s’endormir, on ne peut s’empêcher de se concentrer sur le moindre bruit qui dépasse. Je m’assoupis souvent avant d’entendre quoique ce soit, mais parfois un son suspect que je ne souhaiterais pas entendre accapare toute mon attention. Je le perçois sans le voir au fond de la nuit. Il est doux comme un nuage effleurant les feuilles des plantes et des arbustes parsemés du jardin. Ce son sourd et difficilement qualifiable s’approche sans se presser. J’ai parfois l’impression de le perdre d’ouïe, mais il se manifeste ensuite d’une manière plus franche alors que je suis à la frontière du sommeil. L’ombre noire se déplace doucement se propageant de molécules en molécules pour constituer une masse sombre prenant une forme floue et indistincte. Le chuchotement qui se dégage de ce mouvement est quasiment inaudible mais j’ai tout de même l’impression qu’en me concentrant plus profondément, je serais peut-être en mesure de le déchiffrer et de le comprendre. Ce chuchotement devient même de plus en plus clair alors que l’ombre noire se rapproche de mon visage. Oui, elle est maintenant toute proche. Je ne la vois pas car j’ai les yeux fermés, mais je ressens fortement sa présence floue entre rêve et réalité. Je distingue quelques mots au creux de mon oreille, qui se relient entre eux. Ces liens prennent forme, d’abord de manière chaotique puis de plus en plus claire et limpide. Elle vient me chuchoter à l’oreille des histoires, celles que je pourrais ensuite écrire dans mon journal. Des histoires fortes et pleines d’espoir qui donnent foi en l’humanité, celles qui donnent le sentiment que tout n’est pas aussi sombre qu’il y paraît. Je n’en distingue pas toujours leurs contours mais elles semblent ouvrir une brèche de lumière dans la nuit noire. Je ne me souviens que rarement de mes rêves. Ils disparaissent avec la lumière du petit matin dès que j’ouvre les yeux.

Images provenant des vidéos des morceaux Dark Shadows de mo-ni, Infection (感染) de Kiwako Ashimine (安次嶺希和子), I disappear de Luby Sparks, Hystérique de Yeule, Accelerando de Grimes et Blue Cheese de Mulasaki Ima & muque.

Il y a beaucoup de belles musiques dans ma playlist du moment, comme à chaque fois vous dirais-je. On commence par Dark Shadows d’une artiste indépendante japonaise appelée mo-ni, qui n’est autre que la chanteuse du groupe pop-rock Chilli Beans dont j’ai déjà parlé au moins une ou deux fois sur ces pages. Dans le trio Chilli Beans, elle porte le nom de Moto aux côtés de Maika à la basse et au chant, et Lily à la guitare et au chant. Elle a donc changé de nom pour son projet solo, qui propose une musique à l’atmosphère très différente voire même radicalement opposée. Le morceau Dark Shadows est introspectif, sombre et trouble. On retrouve cette ambiance dans la vidéo qui l’accompagne. J’aime la manière sensible, un peu tremblante, par laquelle elle chante. Il y a quelque chose de particulier dans sa voix, notamment quand elle prononce le titre dark shadows. Je me demande si j’avais remarqué cela dans les morceaux de Chilli Beans. Son chant proche du parler est vraiment touchant.

J’avais également déjà évoqué la musique de l’artiste originaire d’Okinawa Kiwako Ashimine (安次嶺希和子). Je la retrouve avec un nouveau morceau intitulé Infection (感染) aussi superbe que la vidéo qui l’accompagne. La réalisatrice de la vidéo est Mana Hiraki (平木希奈), que j’ai rencontré plusieurs fois lors de ses expositions photographiques. Le morceau Infection est intense, rempli de mystères qui nous échappent mais qui sont très beaux à écouter et à voir. L’atmosphère est sombre, avec une tension portée par la voix superbe de Kiwako Ashimine notamment dans la deuxième partie du morceau où elle prend de l’ampleur. Sa voix est très expressive, et peu même évoquer quelque chose de rituel. Je remarque particulièrement cela sur le premier morceau intitulé Symbol du EP Thermasoma sur lequel se trouve également Infection. L’émotion qu’elle transmet par sa voix est physique et même parfois viscérale. Du EP, j’adore ces deux premiers morceaux Symbol et Infection, tandis que les deux suivants sont en comparaison moins intéressants. En voyant la vidéo du morceau Infection pour la première fois, j’ai tout de suite reconnu qu’il s’agissait du même endroit où les photographies du livre Amour de Mana Hiraki ont été prises. Elle m’a confirmé sur Instagram que je ne m’étais pas trompé.

Le single I disappear du groupe Luby Sparks n’est pas le premier morceau que j’écoute du groupe. J’avais découvert quelques morceaux dont celui intitulé Thursday sur leur premier album éponyme sorti en 2018, mais je n’en avais pas parlé à l’époque sur ces pages. Luby Sparks est un groupe de rock alternatif formé à Tokyo. Il compte cinq membres dont Natsuki Kato à la basse, au chant et aux synthétiseurs, Erika Murphy au chant, Shin Hasegawa à la batterie, Sunao Hiwatari et Tamio Sakuma aux guitares. Les guitares sont très puissantes et enveloppantes sur le single I disappear, avec un rythme très marqué et dans un style proche du shoegaze. Le morceau reste très mélodique emprunté d’une mélancolie certaine. Du groupe, j’écoute également le single See You sorti en Septembre 2026, tout comme I disappear. On se rapproche de la dream pop sur ce deuxième morceau chanté à deux voix par Natsuki et Erika. En fait, j’adore le rythme qui marque ces deux morceaux, les rendant immédiatement accrocheurs tout en conservant une approche résolument indie rock. Le groupe n’a pas encore annoncé de nouvel album, mais il faudra surveiller cela de près.

Je suis ensuite ravi de la sortie inattendue d’un nouveau single de Yeule. Il s’intitule Hystérique et vient de sortir le 23 Octobre 2026. Le morceau composé de nappes électroniques est excellent mais assez différent de ses sorties précédentes, car beaucoup plus pop, et rythmé d’un beat très puissant. Elle s’éloigne des sons de guitares qui caractérisaient sont dernier album. On reconnaît pourtant très bien le style de Yeule, car certaines sonorités me rappellent Glitch Princess. Certains pourront regretter qu’elle s’éloigne de l’esprit torturé de ses premiers albums. Hystérique ne provoque certes pas les émotions des premiers albums, mais j’apprécie le fait qu’elle arrive à trouver des nouvelles directions qu’elle parvient à glitcher à sa manière. Au final, il est ressort un excellent single qui n’est en fait pas si éloigné du single Evangelic girl is a gun de son album précédent, notamment dans sa manière un peu mécanique de chanter.

Je ne pensais pas avoir l’occasion d’écouter un nouveau single de Grimes, aka Claire Boucher. Elle s’était perdue ces dernières années vers des directions liées à l’intelligence artificielle qui n’auguraient rien de bon, mais je ne perdais pas espoir de la voir revenir vers ses sommets créatifs, comme ceux du single Violence sorti sur son dernier album Miss Anthropocene en 2020 ou Genesis sur son album Visions de 2012. Ces morceaux m’avaient tellement marqué à leurs sorties que j’ai toujours suivi son actualité, parfois d’un peu loin. Suite à son dernier album datant de 2020, Grimes avait certes sorti le single Shinigami Eyes et quelques collaborations, comme celle remarquable avec aespa pour un remix de Supernova qu’elle avait grandement remanié dans son style. Le single Accelerando sorti le 9 Octobre marque un retour assez décapant où elle essaie de nous faire ressentir un monde devenu incontrôlable entraîné dans une accélération technologique sans précédent. On pense bien sûr à l’intelligence artificielle et en voyant la vidéo, on peut très vite imaginer qu’elle a été entièrement conçu par l’IA. Ce n’est en fait pas tout à fait le cas. Certains éléments visuels ont été créés avec l’IA, mais la vidéo se base d’abord sur des prises de vues réelles tournées sur fond bleu, avec Grimes, des véritables danseurs et des éléments physiques, le tout réalisé par une équipe de plus de 70 personnes. Le morceau lui-même n’utilise heureusement pas l’intelligence artificielle. Il est immédiatement percutant, d’une puissance pop électronique sombre et inquiétante tout à fait remarquable. On perd un peu de la subtilité de ses morceaux précédents mais cette approche frontale me laisse quand même penser que Grimes revient en grande forme. Après le tourbillon d’images de la vidéo et les phases du morceau se terminant par des cris, j’aime particulièrement le final où on voit seulement Grimes et les danseurs, débarrassés de l’excès des effets spéciaux. La musique s’apaise alors vers une forme de sérénité sur des images de danse tribale. Ce single composera son futur album PSY OPERA dont on ne connaît pas encore la date de sortie.

Pour terminer avec une pop électronique plus légère et lumineuse, je découvre le morceau Blue Cheese né de la collaboration Mulasaki Ima et du groupe muque. J’avais déjà mentionné muque sur ces pages, mais je découvre maintenant l’artiste Mulasaki Ima (紫今) qui est une jeune compositrice, chanteuse et productrice, brouillant les pistes entre pop, hip-hop et sons plus expérimentaux. Ce n’est pas la seule artiste de sa génération à ne pas vouloir se laisser emprisonner dans les genres musicaux. Le duo vocal avec Asakura de muque fonctionne très bien, notamment dans le refrain construit d’un semblant de répétitions syllabaires. Ces quelques morceaux forment une partie de ma playlist actuelle mais il y a beaucoup d’autres encore à mentionner. Mon rythme d’écriture ne me permet pas d’avancer assez vite en ce moment.

揺らめく夕間暮れ

Depuis quelques années, je viens observer le festival automnal Oeshiki (お会式) qui se déroule autour du grand temple bouddhiste Ikegami Honmonji (池上本門寺). Cette année, la procession principale avait lieu le 12 Octobre dans la soirée, à partir de 17h ou 18h jusqu’à tard dans la nuit. Cette procession parcoure d’abord les rues du quartier d’Ikegami devant la gare, puis se dirige ensuite vers le temple Ikegami Honmonji en grimpant ses escaliers jusqu’au hall principal. Cette année encore, j’ai suivi le cortège parmi la foule. Il faut être patient car il y a du monde dans tout le quartier et la foule se densifie lorsqu’on approche de l’enceinte du temple. On ne s’ennuie pas en regardant le défilé des grandes lanternes fleuries appelées mantō (万灯) reproduisant des cerisiers en fleurs avec ornements en papier et structure illuminée de plusieurs étages. Ce festival commémore la mort de Nichiren, fondateur de l’école bouddhique du même nom. On dit qu’à sa mort, des cerisiers auraient fleuri de manière inattendue, ce qui explique l’utilisation de ce motif sur les lanternes mantō. De nombreuses lanternes de formes différentes défilent dans les rues d’Ikegami, accompagnées de tambours, de flûtes, de gongs et de chants. L’ambiance est plus populaire que religieuse. En tête de chaque cortège, on trouve des étendards traditionnels, historiquement associés aux pompiers d’Edo, qu’on appelle matō (纏). Ils sont manipulés avec vigueur effectuant des cercles dans les airs. Certains et certaines sont vraiment très habiles dans le maniement du matō, faisant parfois claquer les lamelles des étendards dans des mouvements secs. Il y a quelque chose d’hypnotisant dans ces mouvements lorsqu’ils sont effectués avec fluidité. En approchant ensuite du grand hall, on peut s’y procurer exceptionnellement un sceau goshuin. Je n’avais malheureusement pas amené mon carnet mais j’en prends un en format papier que je collerais ensuite dans mon carnet goshuinchō (御朱印帳). Une fois sorti du grand hall, on ne peut plus rejoindre l’escalier principal de pierre qui est à sens unique et on ne peut se diriger que vers l’arrière. Je bifurque rapidement vers un escalier étroit descendant la colline. Celui-ci est éclairé de nombreuses lanternes. En cours de descente, on aperçoit la tour Ikegami Honmonji Hōtō (池上本門寺宝塔). J’avais déjà vu en plein jour cette tour à la structure circulaire peu courante surmontée d’un toit richement décoré de sculptures. Cette tour est placée au milieu des tombes et se trouve à l’endroit où avait eu lieu la crémation de Nichiren en 1282. Le Hōtō a été édifié en 1830 à l’occasion du 550e anniversaire commémoratif de sa mort. Il ne s’agit pas d’un mausolée. Les cendres de Nichiren sont abritées un peu plus loin dans un pavillon octogonal en cyprès nommé Gobyosho (御廟所). En temps normal, on ne peut pas voir l’intérieur de la tour Hōtō, mais elle est exceptionnellement ouverte lors du festival d’Oeshiki, notamment en cette soirée du 12 Octobre. Voir cette tour et ses lanternes illuminées dans la nuit donne une ambiance assez particulière. J’aurais presque souhaité être dans la chaleur de l’été.

La découverte du fascinant album Jōen (静焔) du groupe coo:ya (空夜) dont j’ai parlé dans mon billet précédent m’a forcément incité à écouter le reste de leur courte discographie. Je commence par le EP Shōnen no Hi (少年の日) sorti en 2011 et contenant quatre morceaux, pour un total de 19 minutes, composés par Kurage Honda (本田海月) et écrits par miyo. Les morceaux du EP ne sont certes pas aussi marquants que les morceaux de Jōen, que j’ai encore en tête maintenant, mais n’en sont pas moins très beaux. On y trouve un côté mystique dans cette musique dès le premier morceau intitulé Akaya Akashiya Ayakashino (あかやあかしやあやかしの). Celui qui suit intitulé Omokage no Haruka (面影の遙か) reflète une atmosphère de mélancolie onirique à la fois douce et sombre. La composition musicale y est dense, avec un petit quelque chose de gothique mais avec une ambiance sonore qui me rappelle encore une fois le début des années 2000. La voix délicate, flottante et légèrement voilée de miyo y est très belle. Dans ce morceau comme dans le suivant Shōnen no Kisetsu (少年の季節), j’y trouve une dimension folklorique même si ce dernier prend des sonorités plus électroniques. Le groupe s’entoure d’un imaginaire visuel inspiré de sanctuaires et de forêts sacrés, que l’on retrouve en toile de fond dans les musiques de cet EP. Il se conclut avec un morceau intitulé Hishō (飛翔) beaucoup plus lent et infusé d’une mélancolie profonde libérée par des moments lumineux. Dans cette ambiance empruntée d’une tristesse retenue, je préférais quand même le sublime morceau Kibō (希望) au milieu de l’album Jōen.

Je continue ensuite avec leur premier EP Jōgen no Tsuki (上弦の月) sorti en Novembre 2002 et composé de six morceaux pour un total de 28 minutes. Je suis tout de suite surpris par le premier morceau Hypocrite qui met l’accent sur les guitares, dans un son qui se rapproche du shoegaze. La voix de miyo reste claire comme sur l’album Jōen et le EP Shōnen no Hi, mais les guitares rock sont ici beaucoup plus envahissantes sans pourtant éteindre sa voix. On retrouve dès ce premier opus de leur discographie cette approche pop immédiate mélangée à quelque chose de plus mystérieux et aérien. Cette ambiance continue sur les deux morceaux qui suivent Jōgen no Tsuki (上弦の月) et Setsuna no Yoru (刹那の夜). Je suis naturellement attiré par les sons combinant dream pop, shoegaze et textures éthérées, et ces trois premiers morceaux sont très réussis. Les deux qui suivent m’intéressent pourtant moins. On se laisse ensuite prendre par surprise quand les guitares lourdes reprennent du service sur le dernier morceau Enogu (えのぐ). En écoutant ce morceau en particulier, je me dis que certains traits de la voix de miyo ressemblent à ceux de Yuki à l’époque du groupe Judy and Mary, mais sans sa folie légère. Et du coup, je me mets à réécouter Judy and Mary, que j’avais beaucoup écouté il y a un peu plus de trois ans, en commençant par The Power Source.

en descendant la rue Dangozaka

Juste après ma brève visite des murs de la bibliothèque Sudo Memorial Art Library, je continue ma marche jusqu’à la rue Dangozaka (団子坂) que je descends jusqu’au croisement Dangozakashita (団子坂下) avec la rue de Shinobazu (不忍通り). En arrivant au croisement, je me rends compte de quelque chose d’inhabituel. Plusieurs policiers y sont postés et une foule parsemée regarde au loin dans la même direction. Les musiques d’un matsuri d’abord diffuses, se font maintenant plus claires. J’aperçois bien la tête d’une procession avançant lentement sur la rue Shinobazu. Il doit certainement s’agir du festival d’automne du sanctuaire de Nezu (根津神社), situé à proximité. Ce festival se nomme Nezu Jinja Reitaisai (根津神社例大祭) et se déroule cette année les 26 et 27 Septembre. Cette année 2026 est, comme tous les quatre ans, une année particulière. Le festival est plus important, prenant le nom de Shinkōsai (神幸祭). Je n’avais pas prévu de voir ce matsuri et c’est donc une rencontre tout à fait inattendue. Il se présente soudainement devant moi et je n’ai pas envie de le laisser filer sans en prendre des photographies. Je suis donc la procession dans les rues de Sendagi, notamment l’étroite rue commerçante de Yomise, jusqu’à la prochaine grande artère. La procession se déplace vite et c’est même parfois difficile de la dépasser car la foule s’amasse progressivement au bord de la rue, attirée par le bruit et les tambours accompagnant le cortège. Une des particularités du matsuri cette année est que le palanquin sacré miya-mikoshi (宮神輿), qui est normalement conservé hors de la vue du public, est porté en procession dans le quartier. Il existe trois versions de ce mikoshi historique, offerts en 1714 à l’époque d’Edo, par le shogun Tokugawa Ienobu. Ils sont en fait présentés à tour de rôle lors du festival quadriennal. J’étais également surpris de voir un cheval blanc au début de la procession et une calèche un peu plus tard. Je poursuis la procession aveuglément, sans me soucier d’où elle va m’amener, et me retrouve rapidement près de la station Nishi-Nippori.

Je suis tout simplement choqué par la beauté de l’album Jōen (静焔) du groupe 空夜coo:ya. Cet album est sorti il y a plus de vingt ans, en 2005, mais je ne le découvre que maintenant, bien que l’étrange photographie de couverture me semble familière depuis très longtemps. Le groupe coo:ya est un duo japonais formé en 1998 par la chanteuse et parolière miyo et par le compositeur, arrangeur et claviériste Kurage Honda (本田海月). La musique du groupe oscille à tous moments entre la pop électronique, dream pop et une approche plus expérimentale avec une bonne dose d’onirisme. Les compositions et la voix de Miyo sont à la fois étrange et délicates, empreinte d’une mélancolie qui me plaît beaucoup. La photographie montrant des mannequins très réalistes représente bien l’univers de l’album, intime et à la frontière entre le réel et l’imaginaire. Jōen comporte dix morceaux pour une durée totale de 44 minutes. Les premiers morceaux s’engagent, Ketty (ケティ), puis disposable body, Himawari (ひまわり) et le morceau titre Jōen (静焔), et je suis tout de suite happé par la beauté de ce que j’écoute. Cette musique s’apprécie immédiatement, c’est son approche pop, mais vient ensuite chercher des émotions plus profondes. C’est un de ces albums que je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. Le plus étrange est que je ne me souviens même plus comment je suis tombé dessus. Je ressens dans cette musique certaines sensibilités de la scène japonaise alternative du début des années 2000, mais je n’arriverais pas à étayer ce sentiment. Juste que cet album, que je ne connaissais pas il y a vingt ans, sa sortie étant plutôt confidentielle, me rappelle à des sentiments que j’avais à cette période, comme si cette musique avait été une partie de la bande son accompagnant quelques unes de mes premières années à Tokyo. C’est un sentiment étrange que dégage cette musique et qui doit fonctionner différemment selon les personnes. Le groupe n’est plus actif même si miyo continue à être active sur X Twitter et partage des informations anciennes sur son ex-groupe. Le groupe coo:ya n’a sorti qu’un seul album, mais également plusieurs EPs qu’il me faudra découvrir ensuite. Sous certains aspects, cette musique me rappelle un peu l’album éponyme Goddess in the Morning, sorti bien avant en 1996, par la manière où il arrive à faire émerger des émotions à travers des textures électroniques singulières. Comme ça avait été le cas pour Goddess in the Morning, j’adorerais trouver par hasard dans les bacs d’un Disk Union tokyoïte cet album de coo:ya.

car prendre du recul c’est prendre de l’élan

J’avais fait le déplacement exprès jusqu’au quartier de Sendagi situé près de Nezu et de Yanaka. Avant d’arriver à ma destination, je traverse d’abord le parc Sudo (須藤公園) situé à 2 minutes à pieds de la station de Sendagi. Ce petit parc en pente date de l’époque Edo. Le terrain appartenait à cette époque au domaine de Daishōji (大聖寺藩) qui était une branche du domaine de Kaga. Le terrain changea plusieurs fois de mains et fut acheté par l’entrepreneur Sudō Kichizaemon (須藤吉左衛門) en 1889, puis la famille Sudō en fut ensuite don en 1933 à la ville de Tokyo pour en faire un parc. Il en conserve le nom et la composition paysagère est héritée de la propriété de l’ancien daimyō. On y trouve un étang couvert de lotus avec une petite île artificielle, accessible par un pont rouge desservant un minuscule sanctuaire Benzaiten (弁財天社). Le jardin est plutôt agréable et offre une coupure nette avec le paysage résidentiel qui l’entoure.

Je ne suis pourtant pas venu jusqu’ici pour voir ce parc mais pour voir de mes propres yeux la bibliothèque Sudo Memorial Art Library (須藤記念アートライブラリー) conçue par Kengo Kuma (隈研吾). Le bâtiment vient tout juste d’être achevé, mais n’était pas encore ouvert au public à mon passage. Cette nouvelle bibliothèque d’art a été commandée par Yoshino Gypsum (吉野石膏株式会社), une entreprise japonaise spécialisée dans les matériaux de construction à base de plâtre. Elle se trouve sur l’ancien terrain de la résidence de Tsuneo Sudō (須藤恒雄) et Eiichirō Sudō (須藤永一郎), deux anciens présidents de Yoshino Gypsum. Le lieu est donc directement lié à l’histoire de la famille fondatrice de l’entreprise. Le nouvel ensemble conserve certains éléments existants de l’ancienne résidence, notamment le muret en pierre d’Oya qui entoure son enceinte. J’étais en fait venu voir ce muret pour l’effet d’optique que j’avais déjà vu plusieurs fois sur les comptes Instagram spécialisés en architecture japonaise que je suis depuis longtemps. L’effet de flottement des pierres d’Oya au milieu des deux murs est saisissant, même de près. Quand on regarde de très près, on remarque que l’illusion se crée avec de la peinture acrylique appliquée en dégradé sur certaines pierres créant un effet de perspective parfaitement réussi. Les deux œuvres s’intitulent Threshold between Worlds et ont été créées par l’artiste plasticienne Momo Yoshino (吉野もも). L’artiste est née à Tokyo en 1988, diplômée de la Tama Art University en 2012, pour ensuite obtenir un master en peinture à l’huile à l’Université des beaux-arts de Tokyo en 2015. Elle est spécialisée dans les illusions d’optique, jouant sur les formes ce qui donne l’impression que les objets se détachent de leur espace de support. Les pierres du mur de la Sudō Memorial Art Library en sont une bonne illustration, mais son site web montre d’autres exemples intéressants.

Je ne visiterais donc pas cette nouvelle bibliothèque. Je continue un peu par hasard à marcher dans les rues de Sendagi, suivant pendant plusieurs centaines de mètres le défilé d’un matsuri d’automne que je montrerais un peu plus tard. J’arrive jusqu’à la station de Nishi-Nippori puis celle de Nippori, sans m’en rendre vraiment compte. Le paysage urbain est très différent lorsqu’on s’approche des grandes stations de la ligne Yamanote. Les axes autoroutiers et ferroviaires viennent transpercer le paysage, mais je ne m’en plains pas car j’aime aussi ces remplissements excessifs de l’espace urbain lorsqu’il ne reste presque plus de ciel à recouvrir. Je vois ici une analogie avec la musique rock que j’écoutais lors de ce passage urbain où chaque milliseconde de silence est recouverte pour les sons omniprésents des guitares. J’écoutais la musique du groupe Barbican Estate que j’avais été voir en concert le jour d’avant, le Samedi soir à Shibuya.

J’avais déjà parlé sur ces pages du rock psychédélique et expérimental du groupe japonais Barbican Estate basé à Londres depuis 2022, à travers leur album Way Down East sorti en 2021. Cet album m’avait d’ailleurs amené à visiter le complexe Kawaramachi à Kawasaki car un des bâtiments de ce complexe d’appartements à l’architecture brutaliste avait été utilisé pour la photographie de couverture. Le groupe est composé actuellement de Kazuki Toneri (舎人和樹) à la guitare, sitar et autres instruments, et de Miri à basse, flûte et au chant. Comme ils ne se produisent pas souvent au Japon, je n’ai pas voulu manquer l’occasion de leur passage le 26 Septembre 2026, dans la petite salle Park in Park du parc Miyashita à Shibuya. Cette date à Tokyo était la première d’une petite tournée japonaise passant à Kyoto et Nagoya. Pour cette tournée, ils étaient accompagnés du batteur Marco Ninni. Il y avait environ une centaine de personnes dans la salle du Park in Park qui n’était pas pleine, ce qui m’a permis, arrivant avant l’heure d’ouverture, de me placer au premier rang juste devant le guitariste. Il n’y avait pas de place attitrée et les premiers arrivés se sont placés au plus près des instruments tout en maintenant une certaine distance naturelle, jusqu’à ce que Miri nous invite à nous rapprocher. J’ai pensé à un moment que ça pouvait même être gênant pour le guitariste Kazuki Toneri, qui me semble plutôt réservé derrière ses longs cheveux, par rapport à Miri qui est beaucoup plus expressive. Les photographies ci-dessus montrent cette proximité, mais c’est plus frappant sur les courtes vidéos que je montre sur mon compte Instagram. En y repensant, j’aurais dû ajouter en superposition sur la vidéo quelque chose comme « POV: You are standing just in front of the best pyschedic rock guitarist of Japan« , ça m’aurait certainement apporté plus de Like, mais ce n’est pas mon genre, je vous rassure (à vrai dire, ce genre de formulation m’insupporte). Par rapport à celui de Shibuya, le public des concerts de Kyoto et de Nagoya m’a semblé beaucoup plus parsemé. Il faut dire que le groupe, étant installé à Londres, ne doit pas être très connu des milieux indé japonais. Parmi le public, il y avait plusieurs personnes qui semblaient être des amies personnelles du groupe, à en croire les interactions que j’ai pu constater.

Le set de Barbican Estate était précédé du musicien Keisuke Yoshizawa également installé à Londres et ami du groupe. Il est spécialisé dans les musiques atmosphériques et cinématographiques. Certains moments de ses compositions étaient très réussies et nous ont mis en oreille pour le début de la session de Barbican Estate. Le groupe a joué une petite dizaine de morceaux sans rappel final. Ils n’ont pas donné la setlist du concert malgré ma demande en DM sur Instagram. J’ai tout de même reconnu certains morceaux comme celui intitulé White Jazz sur leur album Way Down East, Viscum et Barn Burning sur leur dernier EP Viscum sorti en 2024, puis Song for Derek de leur prochain album Rock Drill qui sortira en Novembre 2026. Ils ont joué en tout trois morceaux de ce nouvel album. J’aime beaucoup Song for Derek qui a une approche un peu plus anglaise du rock, avec un petit air des Strokes de Julian Casablancas sur certains riffs de guitares. Miri a d’ailleurs fait la remarque ouvertement pendant le set que leur son s’était anglicisé après quatre années passées à Londres et avec l’apport du batteur Marco Ninni. Il est certes italien mais il est également installé à Londres et a été membre précédemment d’une groupe britannique de rock psychédélique, nommé Swedish Death Candy. C’est, pour résumer, un italien installé en Angleterre jouant avec des japonais et ancien membre d’un groupe au nom suédois. Il a en tout cas un bon frappé qui entraine rapidement le public réuni en ce Samedi soir à partir de 21h. Je trouve que Barbican Estate excelle particulièrement lorsqu’ils se lancent dans les solos instrumentaux de longs morceaux comme White Jazz ou Reconquista de leur EP The Fall sorti en 2022. J’ai été également très surpris par la puissance vocale de Miri sur le morceau White Jazz. L’ensemble fonctionne très bien et ça fait plaisir à voir. On ressent clairement qu’ils et elle se laissent emporter par leur musique. Malgré la puissance des guitares dont j’ai pu être témoin aux toutes premières loges, le groupe n’est pas dénué d’une délicatesse certaine. Le set a finalement passé assez vite et j’aurais aimé écouter quelques rappels, mais ça ne semblait pas prévu au programme. En plus de l’album Way Down East que je connaissais déjà, j’avais commencé à écouter leurs autres EPs quelques semaines avant ce concert, leur EP éponyme sorti en 2020, puis The Fall en 2022 et Viscum en 2024. Tous prennent pour imagerie des éléments d’architecture. C’est également le cas pour leur nouvel album qui est composé d’une photographie du mémorial d’Ilinden, également connu sous le nom de Makedonium, conçu en 1974 par Jordan et Iskra Grabul, et situé à Kruševo, en Macédoine du Nord.