Nakamachi Terrace par Kazuyo Sejima

Nakamachi Terrace (なかまちテラス) se trouve dans la ville de Kodaira dans la banlieue Ouest de Tokyo. Cet ensemble architectural conçu par Kazuyo Sejima a pour fonction principale de revitaliser la communauté locale en incluant un centre d’apprentissage, une bibliothèque, une salle publique, entre autres facilités. La particularité de ce building de 3 étages et 1 sous-sol vient de sa composition spatiale qui me rappelle celle du Sumida Hokusai Museum, également conçu par Kazuyo Sejima mais dans un des quartiers de Sumida à l’Est de Tokyo. Le bâtiment se compose de colonnes indépendantes posées à l’oblique les unes contre les autres et qui sont comme pliées sous leurs propres poids. De ce fait, les espaces en bas de chaque colonne sont indépendants tandis qu’ils se rejoignent ensuite vers le haut du bâtiment pour construire un seul et même grand espace. Les espaces d’abord séparées se rejoignent donc dans un flot continu plus on monte dans les étages. A première vue, on a l’impression qu’il s’agit d’un ensemble de petits bâtiments indépendants de 3 étages posés les uns à côté des autres et on ne soupçonne pas la fusion des derniers étages. L’espace ouvert entre les colonnes est par conséquent biseauté et forme des passages pour circuler, traverser entièrement le building et entrer à l’intérieur des pièces du bâtiment au rez-de-chaussée. Ce format d’ouvertures biseautées et obliques me rappelle beaucoup le musée Hokusai. Il y a quelque de ludique dans cette configuration de couloirs aux formes inégales. On a l’impression que les formes courbes ont été découpées avec une lame. La dynamique de l’ensemble est très intéressante comme si le building venait se torsader sur lui-même.

La couverture des surfaces est très différente du musée Hokusai et ressemble beaucoup à celle de la résidence Case dans le quartier de Kamiyamachō près du centre de Shibuya. On doit l’architecture atypique de la résidence Case au groupe SANAA, composé des architectes Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa. De la même manière, les surfaces de Nakamachi Terrace, les grandes baies vitrées notamment, sont recouvertes d’une membrane métallique. La taille des ouvertures de cette membrane en forme de filet a été définie pour à la fois donner une impression de continuité entre les espaces internes et externes, et également pour apporter un effet d’ombrage pour l’intérieur. Nakamachi Terrace est fidèle aux idées de transparence que l’on retrouve dans de nombreuses créations architecturales de Kazuyo Sejima. L’idée ici pour ce bâtiment desservant une communauté locale est d’être ouvert sur l’extérieur pour créer en quelque sorte un dialogue avec les activités de la rue. Il n’y avait malheureusement pas beaucoup d’activité au moment de notre passage, ce qui m’a interrogé sur l’emplacement même du bâtiment, assez éloigné des stations les plus proches (13 minutes à pieds de Kodaira et 11 minutes de Ome-Kaidō). Ce bâtiment est destiné à la communauté locale habitant tout autour, mais un aussi beau building aurait certainement bénéficié d’un peu plus d’activités près d’une station de train. D’un autre côté, on peut apprécier le fait que Nakamachi Terrace soit placé dans un espace ouvert plutôt que coincé entre des buildings d’un quartier dense près d’une gare. Cela permet de l’apprécier l’extrême élégance et la dynamique de ses formes sous tous les angles. En faisant le tour du bâtiment, l’envie de le prendre en photo sous tous les angles possibles devient irrésistible. On a envie de saisir en photographie la moindre ouverture fendue, les pans de murs courbes qui viennent se poser délicatement sur le sol. Je vois dans ce bâtiment comme une vague sculptée dans le métal. Il provoque inévitablement l’imagination du visiteur et j’adore quand l’architecture nous pousse sur les terrains de l’imaginaire.

dans le musée de Tarō Okamoto

Le numéro Taro & Aimyon (岡本太郎とあいみょん) du magazine Casa Brutus posé en permanence sur la table basse du salon me rappelle à chaque fois que je le vois qu’il faut que je découvre un peu plus les œuvres de Tarō Okamoto (岡本 太郎). Ce n’est pas chose aisée car elles sont éparpillées dans tout le Japon, mais je les découvre au moins en photo en parcourant régulièrement les pages du magazine. Le Tarō Okamoto Museum of Art n’est par contre pas très loin de Tokyo, car il se trouve dans le gigantesque parc de Ikuta Ryokuchi dans la banlieue de Kawasaki (Kawasaki est sa ville de naissance). Le musée montre beaucoup de peintures et de sculptures de Tarō Okamoto, ainsi qu’une exposition temporaire montrant des séries de photographies qu’il a pris au Japon. Le musée est beaucoup plus vaste que le Memorial Museum à Aoyama, que j’ai été voir seul récemment. Nous sommes allés en famille au musée de Kawasaki et je n’ai pas eu beaucoup de mal à convaincre tout le monde d’y aller. Les premières photographies du billet montrent l’imposante sculpture Tower of Mother (母の塔 – Haha no Tō) située à l’entrée du musée. On peut également prendre des photos à l’intérieur assez vaste du musée mais la luminosité me pousse à utiliser seulement l’iPhone.

Image extraite du documentaire sur Tarō Okamoto réalisé par Jean Rouch en 1973 et intitulé Hommage à Marcel Mauss.

Une partie du musée nous montre l’étendue des domaines artistiques dans lequel Tarō Okamoto intervenait. Une vidéo y est diffusée en français avec sous-titrés en japonais sur un petit écran. Je n’avais pas réalisé que Tarō Okamoto parlait français. Il parlait en fait un français presque parfait avec un léger accent. Il a en fait passé plusieurs années à Paris de 1929 jusqu’au début de la seconde Guerre Mondiale pour étudier l’ethnologie au Musée de l’Homme. Ce document vidéo réalisé par Jean Rouch en 1973 est un film de 17 minutes tourné en 16mm et il est également disponible en libre accès sur le site d’archives vidéo du CNRS. Le documentaire prend pour titre Hommage à Marcel Mauss, car il s’agissait du maître de Tarō Okamoto lorsqu’il étudiait l’ethnologie. Mais le vidéo aborde avant tout l’approche artistique de Tarō Okamoto, touchant à tout et ne se limitant pas dans ses domaines d’intervention. Il se déroule dans sa maison et atelier d’Aoyama qui est désormais le Tarō Okamoto Memorial Museum. Pendant cette interview, Tarō Okamoto nous présente et explique certaines oeuvres. On fait un tour de son jardin rempli à raz bord de sculptures ou plutôt de maquettes de sculptures exposées en grand format dans différents lieux, même apparemment à Paris au Bois de Vincennes. Il donne quelques explications sur la Tour du Soleil (太陽の塔 – Taiyō no Tō) de l’Expo de 70 à Osaka, qu’il nous dit être hors de l’esthétique occidentale et japonaise, car il voulait créer un art résolument nouveau qui n’a jamais été fait ailleurs. Il nous parle aussi de ses chaises qui refusent qu’on s’y assoit et de la Temple Bell-Rejoicing (歓喜の鐘), une cloche de bronze qu’il a réalisé en 1965 et qui se trouve dans le temple Kyūkokuji (久国寺) à Nagoya. Il nous explique la création de cette cloche aux 34 cornes qui évoque un mandala s’ouvrant sur l’univers. Sa forme correspond également très bien à une des citations connues de l’artiste: « L’art, c’est l’explosion » (芸術は爆発だ – Geijutsu ha bakuhatsu da). Selon ses dires, elle sonnerait mieux que n’importe quelle autre cloche de temple. Les visions de Tarō Okamoto peuvent être un peu extrêmes, notamment quand il nous parle de l’artiste comme un être solitaire qui ne doit vivre que pour créer. On entrevoit bien dans ce document vidéo le génie malicieux de l’artiste et son excentricité, ne serait ce que dans son regard.

On a passé un bon moment dans ce musée, qui me conforte dans mon appréciation de ces formes et ses couleurs. J’adorerais avoir à la maison une de ses chaises-tabouret de couleur vive sur lequel on ne peut pas s’asseoir. Elle ne sont bien pas à vendre, et je n’ose même pas imaginer qu’elle pourrait être le prix. On pense tout de même un peu de temps dans la boutique du musée. J’y trouve une tasse de café avec une impression de la tour du Soleil et du Black Sun. Elle accompagnera à partir de maintenant mon écriture sur ce blog les matins de week-end.

ちょっとした夏休み (8)

Pour la dernière partie de notre voyage de trois jours, nous restons encore un peu dans la préfecture de Aichi en passant visiter le temple Toyokawa Inari. Son véritable nom est Enpukuzan Toyokawa-kaku Myōgon-ji (円福山 豊川閣 妙厳寺) mais on l’appelle plus simplement Toyokawa Inari. Comme je le mentionnais récemment, nous allons régulièrement à la branche tokyoïte de ce temple, à Akasaka devant la pâtisserie Toraya. Le temple fondé en 1441 a la particularité, comme je l’expliquais dans un autre billet, de mélanger bouddhisme et shintoïsme. Le temple en lui-même est principalement bouddhiste mais on y trouve des symboles shintō comme un Torii et de très nombreuses statues de la divinité renard Inari. Des centaines de statues sont d’ailleurs regroupées dans une partie appelée Reiko-Zuka à l’arrière du temple. Ce foisonnement de statuettes me rappelle le temple Gōtokuji dans la banlieue de Tokyo mais avec des statuettes de Maneki Neko plutôt que des Inari. Le hall principal du temple sur la première photographie a été reconstruit pendant la période Tenpō (天保) entre 1830 et 1844. Sa taille et sa couleur noire m’impressionne beaucoup. Je ne sais pour quelle raison mais je lui trouve un côté rétro-futuriste comme un casque de Dark Vador.

Le chemin du retour sur l’autoroute Tomei me fait toujours peur pour ses bouchons le dimanche soir à l’approche de Tokyo au niveau de Ebina. On préfère stratégiquement s’arrêter avant, à Mishima puis Numazu pour passer la soirée dans le parc Kakitagawa traversé par une rivière d’eau claire provenant du Mont Fuji. Alors que le soleil se couche déjà, nous gagnons le port de Numazu avant 8h du soir pour du poisson en chirashizushi. L’autoroute a dû se dégager pendant ce temps là car le traffic était d’une fluidité parfaite. Le voyage a été court mais nous a bien aéré l’esprit, ce qui était l’objectif premier. On aurait envie de reprendre la route immédiatement. J’ai en fait énormément apprécié le fait d’avoir la voiture sous la main à tout moment ce qui donne une grande liberté par rapport au Shinkansen, qui était plutôt notre transport par défaut lors des quelques fois où on s’est déplacé vers Kyoto. Et pour le titre de cette série qui se termine avec ce billet, il s’agit bien évidemment d’une variation du nom du concert de Sheena Ringo Chotto Shita Reko Hatsu (ちょっとしたレコ発).

ちょっとした夏休み (7)

Le Gamagori Classic Hotel sur la baie de Mikawa, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Nagoya, était notre étape suivante. Nous avons passé une nuit dans cet ancien hôtel datant de 1912. L’intérieur ne semble pas avoir été beaucoup modifié depuis cette époque, donc il mérite bien son appellation d’hôtel classique. Il est situé sur une petite colline de 40m de hauteur donnant une belle vue sur la baie et sur la petite île de Takeshima juste en face. Le jardin japonais, avec un étang contenant quelques carpes koi, est très bien entretenu, tout comme l’intérieur de l’hôtel d’ailleurs. L’hôtel ne contient que 27 chambres mais il a une apparence grandiose. Il ressemble à un château car les toitures en reprennent le design. Pendant sa centaine d’années d’existence, un certain nombre de personnalités ont séjourné dans cet hôtel, comme l’Empereur Showa en 1957 et l’Empereur Akihito en 1965 alors qu’il n’était encore que prince. Quelques écrivains reconnus appréciaient également cet hôtel comme Yasunari Kawabata (川端康成), Shōtarō Ikenami (池波正太郎) ou encore Yukio Mishima (三島由紀夫), entre autres. Cet hôtel de Gamagori me rappelle un autre très bel hôtel classique, le Fujiya de Hakone que nous avions visité il y a plusieurs années. Yukio Mishima y avait d’ailleurs séjourné mais le visiteur le plus prestigieux sans doute était John Lennon.

Lorsqu’on ouvre les rideaux au petit matin, on a une vue directe sur l’île de Takeshima reliée à la côte par une passerelle piétonne. Cette passerelle de 387 mètres démarre et se termine par des Torii qu’elle traverse même à proximité de l’île. Nous décidons d’y aller tôt le matin avant le petit déjeuner car la pluie guette. Cette île ressemble à une boule dense de verdure. Elle semble d’abord impénétrable, mais lorsque l’on monte les quelques marches après la passerelle et qu’on entre à l’intérieur de la forêt, on y découvre une série de sanctuaires shintō. L’un d’entre eux, le sanctuaire Yaotomi est dédié à la déesse de la musique Benten. On dit même de cette île qu’elle un « power spot ». La légende nous dit aussi que le futur shogun Tokugawa Ieyasu s’y est arrêté pour se recueillir avant de partir pour la bataille de Sekigahara en 1600. Nous traversons la petite île et on arrive assez rapidement à son extrémité donnant une très belle vue sur l’océan pacifique à travers les branches de pin. Un chemin nous fait descendre sur les rochers au bord de l’océan. On remarque assez rapidement un autre chemin semblant faire le tour de l’île. Nous tentons notre chance mais on n’est pas sûr que ce petit chemin soit praticable jusqu’à l’entrée de l’île. Lorsque que nos pas approchent, des dizaines et des dizaines d’insectes maritimes s’écartent soudainement du chemin. On pense immédiatement aux petites boules noires de poussière qui quittent la maison familiale lorsqu’on ouvre les portes dans Totoro. Le monde de Ghibli nous a accompagné pendant ces vacances. Nous avons eu une bonne intuition car le chemin nous ramène en effet au Torii à l’entrée de l’île. Pendant notre traversée de l’île, la mer s’est un peu retirée. On y revient un peu plus tard après le petit déjeuner pour constater qu’on peut pratiquement gagner l’île à pieds sans emprunter la passerelle car l’océan s’est en grande partie retiré. Il nous faut quand même enlever nos chaussures pour traverser le petit chenal qui nous sépare de l’île. On marche les pieds dans l’eau en évitant les coquillages, et dès qu’on arrête nos mouvements, la vie reprend dans le sable. L’atmosphère de ce lieu me plaît beaucoup. J’aimerais passer plusieurs heures les pieds dans l’eau du pacifique, mais la route du retour nous attend déjà. On s’arrêtera une nouvelle fois en chemin pour retarder le plus tard possible notre retour à Tokyo.

色々ウォーク❶❷

Je me remémore les dernières journées du mois d’Août avec ces quelques photos prises à Ginza, dans une petite rue devant le théâtre Kabukiza, et à Akasaka. Nous ne sommes qu’au début du mois de Septembre mais l’été semble déjà bien loin. Les températures plutôt fraîches et le ciel grisâtre nous le rappellent suffisamment. Ça me fait beaucoup de bien de voir les couleurs chaudes des photographies de ce billet, surtout le bois de la pâtisserie japonaise Toraya à Akasaka, conçue par l’architecte Hiroshi Naito. Nous y allons exprès pour les petites montagnes de glace pilée Kakigōri (かき氷) recouvertes de thé vert et cachant à l’intérieur des haricots rouges. Ce n’est pas la première fois que nous venons dans cette pâtisserie et j’aime prendre ce bâtiment en photo. Nous y allions déjà avant la reconstruction complète du bâtiment qui donne à cette pâtisserie sa forme actuelle. Au sous-sol de Toraya, une exposition photo montrait d’ailleurs les évolutions architecturales de l’enseigne à Tokyo. De l’autre côté de la rue, se trouve le temple Toyokawa Inari que nous visitons également très souvent. J’en parlais avec un peu plus de détails sur un billet précédent. Dans un prochain billet, je montrerais la “maison mère” de ce temple se trouvant comme son nom l’indique dans la ville de Toyokawa, dans la préfecture d’Aichi.

Ce billet conclut cette petite série de 12 billets parcourant divers endroits dans Tokyo. Je ne suis pas mécontent de terminer cette série même si, à vrai dire, elle ne se différencie pas beaucoup du reste des billets montrant des photos des rues de Tokyo. En fait, je crée souvent ce genre de séries en me disant que ce sera certainement la dernière. J’espère presque ne plus avoir aucune photo à montrer pour pouvoir passer à autre chose, pour me laisser un peu de temps pour réfléchir et écrire dans le vide et éventuellement trouver de nouvelles pistes et directions pour ce blog. J’ai un peu plus de mal à écrire en ce moment parce que l’inspiration se fait plus rare et l’envie même d’écrire un peu plus lointaine. J’ai pourtant en tête beaucoup de choses sur lesquels je voudrais écrire, des choses musicales notamment. Mais je me rends compte que je me répète beaucoup lorsque j’écris sur la musique que j’aime. Peut être que mon écriture n’est pas vraiment convaincante, même si on me fait remarquer de temps en temps que la mention d’un morceau ou d’un album a provoqué d’heureuses découvertes ou susciter des envies de découvrir un artiste ou un groupe. C’est une des raisons pour lesquelles j’écris à propos de la musique que j’aime sur ce blog. A part Sheena Ringo et Tokyo Jihen qui sont devenus un thème privilégié de ce blog, j’aime avant tout aborder les musiques indépendantes qui sont loin du mainstream. Je ne suis pourtant pas complètement allergique à la musique J-Pop mainstream qui passe régulièrement dans les émissions musicales à la télévision japonaise. J’ai une oreille plutôt curieuse et il y a parfois, de manière tout à fait improbable, des morceaux pourtant ultra commerciaux qui me plaisent énormément, comme celui intitulé ごめんね Fingers crossed de Nogizaka46 (乃木坂46), sorti en Juin 2021, dont un extrait de la vidéo sur YouTube illustre ce billet. La dynamique du morceau me plait beaucoup même s’il ne révolutionne en rien la J-Pop. J’écoute d’ailleurs régulièrement ce morceau en boucle car ça fait aussi beaucoup de bien de faire le grand écart de temps en temps.