la colline aux grues

Après notre visite du Shonandai Culture Center, nous reprenons la route pour une quarantaine de minutes jusqu’au grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu de Kamakura (鎌倉鶴岡八幡宮). Comme nous y arrivons vers 16h, le parking n’est pas plein et nous pouvons y stationner. À cette heure-ci, la réception où l’on peut collecter le sceau goshuin n’est heureusement pas encore fermée. Nous connaissons bien cet endroit car nous nous y sommes mariés, en kimono, dans le petit pavillon de danse appelé Maiden (舞殿) placé au centre de la grande cour, face à l’escalier monumental qui mène au sanctuaire principal. Outre les mariages shintō, cette plateforme cérémonielle couverte et ouverte sur la cour peut être utilisée pour des danses rituelles Kagura (神楽).

Nous n’avons pas visité le Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum (鎌倉文華館 鶴岡ミュージアム) mais j’aime m’arrêter quelques dizaines de secondes pour le prendre en photo. Le musée a été conçu par l’architecte Junzo Sakakura en 1951. Le Kamakura Hall, comme il se nommait à l’époque était le premier musée public d’art moderne du Japon. En Janvier 2016, 65 ans et 525 expositions plus tard, son existence fut menacée car le terrain arriva à expiration de son contrat de location et devait être retourné au sanctuaire. Il ferma ses portes en Mars 2016, puis fut reconnu comme bien culturel important de la préfecture. Des travaux de restauration commencèrent en 2017 pour renforcer sa structure tout en préservant son architecture historique. Le musée rouvrit ses portes en Juin 2019 sous le nom de Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum. Je le regarde toujours de loin pour vérifier sa présence tout en me disant qu’il aurait pu disparaître.

J’ai également très souvent pris en photo le pin japonais se trouvant à l’entrée de la longue allée menant au sanctuaire. Ses formes sculptées par le vent m’avaient inspiré ma série de compositions photographiques Urbano-Végétal. Les toutes premières compositions de la série utilisaient d’ailleurs les pointes de cet arbre pour la partie végétale. Ce pin, élégant mais en même temps un peu punk comme une coiffure extravagante, se trouve juste à côté de la grande porte torii rouge qui délimite l’enceinte du sanctuaire. La longue allée qui suit nous amène au niveau de la station de Kamakura, en direction de l’océan. On s’enfonce ensuite dans les rues commerçantes, notamment celle de Komachi (小町通り) à la recherche d’un petit établissement proposant du shiruko depuis bien longtemps.

J’ai d’abord découvert le groupe After Dinner par l’émission de la radio NTS Liquid Mirror d’Olive Kimoto sur un épisode de Juin 2019 intitulé An 80s Japanese Rétrospective. La playlist de l’épisode démarrait par un morceau de ce groupe intitulé Paradise of the Replica, tiré d’un album du même nom. Ce morceau m’avait paru d’une beauté très étrange, mélangeant une ambiance à la fois fragile et théâtrale, avec une musique un peu triomphante qui semble annoncer le début d’un acte. Je n’avais pas poussé mon écoute plus avant car il y avait déjà tant de choses à découvrir sur cette playlist de Liquid Mirror, mais je me suis rappelé d’y revenir en voyant cet album mentionné sur la sélection Japanese Alternative’s Guide to JP New Wave du site Japanese Alternative Magazine (JPN ALT MAG).

L’album Paradise of Replica, sorti en 1989, est le deuxième album du groupe After Dinner, mené par la chanteuse et compositrice Haco. Le groupe est issu de la scène new wave et expérimentale du Kansai. Cette musique évolue dans des ambiances d’avant-garde pop clairement expérimentales. Les neuf morceaux de ce court album de 30 minutes se composent de collages sonores qui nous amènent dans des directions inattendues. Les morceaux Kitchen Life I et Kitchen Life II sont certainement les plus expérimentaux et complexes à appréhender à la première écoute. L’album est très orchestré et possède une force poétique assez fabuleuse. Des morceaux comme A Walnut ont une beauté aérienne très délicate. On y ressent même quelque chose de sacré. On imagine une musique de chambre, mais qui change soudainement de direction vers des rythmes pop plus appuyés. Les arrangements sont très variés, avec des cordes, des instruments traditionnels japonais, des percussions diverses, des sons synthétiques et parfois insolites. Un ballon de volley est même utilisé comme instrument sur le morceau Dancing Twins. C’est Haco elle-même qui tapote sur le ballon de volley sur ce morceau. Elle chante sur tous les morceaux, accompagnée par Yosuke Isshiki aux claviers, piano frappé au marteau-pointe et percussions, Masahiro Kitada à la boîte à rythmes et claviers, soroba-tone, batterie, guitares, Tadahiko Yokogawa aux claviers, basse électrique, percussions, entre autres. de nombreux autres musiciens interviennent sur l’album en fonction des morceaux. Celui intitulé Ironclad Mermaid est l’un des plus beaux de cet album qui fourmille d’idées. Certains passages à cordes accompagnés de mouvements mécaniques me donnent des frissons à chaque écoute. On se demande comment les morceaux de l’album parviennent à maintenir leur équilibre, mais ça fonctionne étonnamment très bien car ils sont très sensibles et invitent à un voyage intérieur. C’est certainement la raison pour laquelle cet album est considéré comme un disque culte de la pop expérimentale japonaise. On peut se demander quelle est la signification du titre très intrigant Paradise of Replica. J’ai pu lire que ce titre avait été imaginé par Haco comme un clin d’œil ironique à la culture japonaise de l’époque, souvent perçue comme mélangeant et réinterprétant des influences étrangères pour créer quelque chose de nouveau.

sonique hypnotique parallèlique

J’ai pris l’habitude depuis quelques années d’aller voir les coureurs du marathon de Tokyo, mais je m’y prends toujours un peu tard et la majorité des coureurs sont déjà passés lorsque j’arrive sur place aux endroits que j’avais sélectionné préalablement pour les voir. Ce dimanche matin, je pars donc un peu plus tôt que d’habitude, juste après le départ général vers 9h, avec l’idée de me placer à Asakusa près de la grande lanterne du Kaminarimon. J’arrive à peu près à temps à la station de métro d’Asakusa pour voir les coureurs des pelotons de tête, mais il est ensuite compliqué de rejoindre l’entrée du grand temple Sensōji où se trouve Kaminarimon car les rues sont en grande partie bloquées. Il faut repartir dans les souterrains de la station pour choisir la sortie adéquate. Il y a foule à regarder et encourager les coureurs. Après quelques va-et-vient, je parviens à trouver un emplacement au bord d’une barrière de sécurité qui me donne une vue dégagée sur la rue et ses coureurs. Je me tiens debout au niveau de la porte Kaminarimon devant le centre d’informations culturelles et touristiques de Asakusa conçu par Kengo Kuma. Je vois les coureurs du marathon négocier un grand virage à 90 degrés devant Kaminarimon. Après les groupes de tête, les coureurs défilent comme coule une rivière, sans interruption. C’est quand même impressionnant de voir autant de monde courir en même temps sur la même rue avec un enthousiasme quasiment festif pour certains. En face de moi, un groupe de deux supporters poussent des cris d’encouragement d’une ferveur presque exagérée. Je me demande même si l’alcool n’influence pas un peu leur enthousiasme. Mais mes voisins de barrière sont aussi très encourageants, notamment pour celles et ceux qui ont la fantaisie de se déguiser. On voit vraiment de tout. J’ai bien pris des photographies des coureurs mais je n’ai pas l’impression qu’elles soient suffisamment réussies pour les montrer. Le flot humain ininterrompu a quelque chose d’hypnotisant. Je me rends compte après plusieurs minutes que je suis resté quasiment immobile à regarder ce flux continu. J’ai ressens maintenant le besoin de me dégourdir les jambes.

Je me décide finalement à entrer à l’intérieur de l’enceinte du temple Sensōji, en traversant la rue commerçante Nakamise qui n’est pas aussi bondé que je le pensais. Ma dernière visite du temple doit dater d’il y a trois ans lors du festival Sanja Matsuri (三社祭). Après avoir collecté le sceau goshuin du temple Sensōji, je reprends ma marche à l’intérieur des quartiers plus tranquilles d’Asakusa, puis en direction de Kuramae et d’Asakusabashi. En chemin, je trouve des architectures déjà vues et montrées sur ce blog, notamment le Sauna Reset Pint, conçu par Akihisa Hirata, qui se dévoile derrière les toitures d’une des arcades couvertes du quartier. Depuis le quai de la station d’Asakusabashi, j’ai le plaisir de revoir les blocs grisâtres du Monospinal par l’architecte Makoto Yamaguchi.

Après son album Parallelisme sorti en 1984, j’ai le plaisir de reprendre l’écoute de la musique de Miharu Koshi (コシミハル) avec son album précédent Tutu (チュチュ) sorti en 1983. On y retrouve un son techno-kayō très inspiré, une techno-pop à la japonaise pleine d’un charme sophistiqué. Miharu Koshi, qui a reçu une éducation musicale classique dans sa jeunesse, écrit et compose ses morceaux qui sont produits par Haruomi Hosono et distribués sur le label YEN qu’il a fondé avec Yukihiro Takahashi chez Alfa Records. On y retrouve une esthétique raffinée qui évoque souvent la pop française, comme sur le premier morceau intitulé L’amour toujours. Il s’agit en fait d’une reprise d’un groupe de techno-pop belge nommé Telex, qui participe d’ailleurs à l’enregistrement du morceau. Il se dégage de certains morceaux, comme les très beaux Laetitia et L’amour et ironie noire, une mélancolie sombre, un romantisme un peu brumeux, qui contraste avec d’autres morceaux beaucoup plus légers dans leur approche. Scandal Night est assez fantastique dans son approche ludique et insouciante où les sons électroniques virevoltent dans tous les sens se mélangeant avec des bruits de téléphones rétro-futuristes. J’adore la voix pleine d’espièglerie de Miharu Koshi sur ce morceau. Les compositions musicales sont complexes et stylisées, denses sans être agressives, avec une élégance un peu théâtrale propre à Miharu Koshi que l’on retrouve de manière très similaire sur l’album Parallélisme. Sugar me est le seul morceau de l’album que je n’apprécie que moyennement car je trouve qu’il va un peu trop loin dans son approche fantaisiste. J’apprécie beaucoup plus le morceau suivant Pussy Cat, pour sa ligne de basse entêtante et ses sons électroniques par moment assez désorientants mais jamais hors sujet. De l’album Tutu, en référence au monde du ballet, je ne connaissais que le dernier morceau intitulé Petit Paradis car il était inclus dans une version en anglais sur la compilation YEN Sotsugyo Kinen Album (YEN卒業記念アルバム) dont j’avais déjà parlé. Ce morceau me laisse imaginer la chorégraphie d’un ballet et conclut brillamment cet album. De Miharu Koshi, le morceau Parallélisme de l’album du même nom reste pour moi le plus marquant, mais il y a beaucoup de très bonnes choses dans l’album Tutu évoluant dans des ambiances très similaires.

l’architecture lunaire du Shonandai Culture Center

J’avais noté depuis longtemps dans un coin de ma tête la visite du Shonandai Culture Center conçu par l’architecte Itsuko Hasegawa (長谷川逸子). J’y avais repensé après ma visite, il y a déjà presque quatre ans, du Sumida Lifetime Learning Center conçu par la même architecte. Les années ont ensuite passé et nous n’y sommes finalement allés que très récemment. Le complexe, utilisé principalement comme centre d’activités pour les enfants, se trouve au delà de Fujisawa dans la préfecture de Kanagawa, un peu excentré par rapport aux lieux plus touristiques que sont Kamakura et Enoshima. Il se trouve dans une zone résidentielle près de la station de Shonandai qui se situe elle-même à environ 1h30min de train depuis le centre de Tokyo. il nous aura fallu une bonne heure en voiture pour nous y rendre, traversant des banlieues que nous ne connaissions pas dans des zones loin de l’océan et loin des montagnes.

L’architecte Itsuko Hasegawa est originaire de la préfecture voisine de Shizuoka. Elle est née en 1941 et étudia l’architecture à l’Université Kantō Gakuin dont elle sera diplômée en 1964. Elle travailla ensuite quelques années avec l’architecte Kiyonori Kikutake, puis avec Kazuo Shinohara au Tokyo Institute of Technology de 1971 à 1979, avant de fonder sa propre agence d’architecture en 1979. En 1987, elle gagna le premier de la compétition pour concevoir le Shonandai Cultural Centre. Le design commença en 1987 et la construction du complexe s’acheva en 1990. Les formes futures de l’ensemble dénote avec le reste du quartier et est dans un esprit assez proche du Sumida Lifetime Learning Center construit quelques an plus tard, en 1994. Là encore, on perçoit dans ce building l’exubérance architecturale de la fin de la bulle économique. On peut se demander comment les résidents ont accepté un bâtiment si particulier dans leur quartier mais l’architecte eut semble-t-il de nombreuses discussions avec les habitants pour intégrer leurs points de vue. L’espace extérieur ressemble à un terrain de jeu futuriste organisé autour de grosses planètes en suspension.

On trouve à l’intérieur un planétarium, un théâtre, des espaces d’activités pour les enfants qui ont l’air de s’y donner à cœur-joie. Un chemin latéral extérieur circulant et grimpant entre des étranges tourelles obliques permet de s’approcher des grosses sphères. Le bâtiment a vieilli et c’est dommage qu’il ne soit pas mieux entretenu. Une petite rivière artificielle est censée passer au milieu de la place intérieure mais l’eau ne circule plus. On sent également que les espaces intérieurs sont usés, mais l’endroit est plein de vie, malgré le calme apparent de mes photographies. L’attention aux détails est étonnante, qui va jusqu’à l’agencement inhabituel des boutons des étages dans les ascenseurs. Chaque porche semble avoir été pensé et travaillé dans les moindres détails, ce qui chagrine d’autant plus que l’endroit ne soit pas mieux maintenu. Malgré cela, ce complexe à mi-chemin entre architecture et installation artistique est tout simplement magnifique. Mon œil de photographe amateur était épuisé à la fin de cette visite, tant on a envie de scruter chaque recoin du complexe. La suite de notre journée nous a amené à Kamakura, vers des lieux qui nous sont plus familiers et que je montrerais certainement dans un prochain billet.

海風に響くロックの光

Notre sortie du Samedi nous amène dans le quartier moderne de Minato Mirai à Yokohama, dans le parc Rinko (臨港パーク) situé au bord de la baie, derrière l’immense complexe Pacifico Yokohama (パシフィコ横浜) regroupant des halls de conférence et d’exposition, et le grand hôtel Intercontinental immédiatement reconnaissable par sa forme de voile. J’ai toujours vu la forme de cet hôtel comme une demi-lune, mais il s’agit officiellement d’une voile. La forme de voile est d’ailleurs également utilisée comme motif architectural pour le complexe Pacifico Yokohama que j’ai déjà montré sur ces pages. Notre destination est le nouvel espace Yokohama Timber Wharf ouvert en octobre 2025 à l’intérieur du parc Rinko. La particularité du bâtiment est d’être composé d’une architecture en bois qui s’intègre donc très bien au paysage naturel du parc. Il a été conçu par l’architecte et designer Taiju Yamashita (山下泰樹). On trouve au rez-de-chaussée du bâtiment un café et une boulangerie de la chaîne propriétaire de la boutique spécialisée dans les donuts I’m donut?. La boulangerie s’appelle dacō et opère dans le même espace où on peut manger. L’espace est animé et plutôt convivial malgré la foule. On est assis au bord d’un comptoir courbé en regardant le staff s’affairer devant les machines pour préparer les donuts entre autres bonnes choses. Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence mais le personnel était uniquement féminin ce jour-là . Elles avaient l’air d’apprécier leur travail, avec sourire et plaisanteries, ce qui m’a agréablement étonné. On ressort après le déjeuner pour marcher dans le parc tout en admirant la structure de bois du Timber Wharf. Ce n’est pas le premier bâtiment d’importance construit d’une structure en bois, mais je trouve celui-ci très élégant. Le vent s’est un peu calmé car il était fort à notre arrivée. L’allergie au pollen a démarré la semaine dernière avec les températures qui se font plus douces et les vents forts.

Côté musiques japonaises, mes intérêts du moment se dirigent beaucoup vers des albums plus anciens, des années 1980 et 90, mais je reviens également de temps en temps vers les nouveautés comme les excellents morceaux pop-rock du jeune groupe rock Haku (はく。). Haku est une formation indie rock née en 2019 à Osaka. Le groupe entièrement féminin et d’une moyenne d’âge de 22 ans se compose de quatre membres appelées seulement par leur prénom: Ai (あい) au chant principal et à la guitare rythmique, Nazuna (なずな) à la guitare, Kano (カノ) à la guitare basse et aux chœurs, et Mayu (まゆ) à la batterie. Leur style est très énergique, avec des influences du rock indie britannique et américain. Les mélodies souvent lumineuses et rafraîchissantes. La voix de Ai donne un sentiment de liberté et virevolte sur l’excellent morceau intitulé Fuwa Rin (ふわ輪), que j’ai découvert à la radio sur J-Wave car le groupe y était invité. Je ne me suis rendu compte un peu plus tard que je connaissais en fait déjà ce groupe pour la reprise très inspirée et amusante du morceau Kamu kamo shikamo ni-domo kamo! (かむかもしかもにどもかも) du groupe MONO NO AWARE. Je pense que beaucoup doivent connaître cette reprise décontractée mais très bien maîtrisée car la vidéo était devenue virale sur YouTube et Instagram. Le chanteuse Ai a un don certain pour le parler rapide, qu’elle n’utilise pas beaucoup sur les morceaux que je connais sauf sur le très intense That’s All I Can Say (それしか言えない) sorti en Septembre 2025. J’adore la force et l’émotion qui se dégage de ce morceau. J’écoute également les morceaux Looking through my subtle double eyelids (奥二重で見る) du EP Catch également sorti en 2025 et un morceau un peu plus apaisé intitulé Naive Girl sorti en 2022.

世界はこの鼓動と釣り合っている

Avant chaque début d’année, je me pose toujours la question du premier morceau de musique que je vais écouter le matin du premier Janvier alors que je suis à peine réveillé, comme si celui-ci avait une influence sur le déroulement de l’année qui démarre. Pour ce premier de l’année 2026, j’ai écouté un morceau du groupe japonais d’indie rock Laura Day Romance, qui s’intitule sour (後味悪いや) et qui conclut leur album Nemuru – bridges (合歓る – bridges) sorti le 24 Décembre 2025. J’avais déjà parlé de ce groupe il y a un peu moins d’un an pour leur album Nemuru – walls (合歓る – walls) qui était le premier épisode d’une série de deux albums intitulés Nemuru. Laura Day Romance est un trio originaire de Tokyo qui s’est constitué à l’université en 2017, au sein d’un cercle musical, ce qui est assez classique pour les jeunes groupes japonais. Le trio se compose de Kagetsu Inoue (井上花月) au chant avec Jin Suzuki (鈴木迅) à la guitare et Yuta Isomoto (礒本雄太) à la batterie. J’aime l’élégance poétique du chant de Kagetsu, la subtilité des arrangements musicaux créant une musique délicate dans une ambiance intime et émotionnelle. De l’album, je poursuis avec plusieurs autres morceaux également très bons, comme le single lighter (ライター) qui se base sur une mélodie pop lumineuse et les morceaux Koibitohe (恋人へ) et orange and white (白と橙). L’atmosphère sensible, claire et en suspension de ces morceaux me semblait bien convenir pour m’accompagner en ce début de nouvelle année.

La douceur de ce moment musical du début d’année contraste avec la congestion visuelle des deux premières photographies du billet prises dans les rues d’Harajuku à la fin de l’année dernière. Quelques jours après m’être remis de la grippe qui m’a bloqué au lit pendant plusieurs jours, j’ai eu envie de marcher jusqu’à Shinjuku, comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Je ne passe que très rarement par la rue Takeshita qui remonte jusqu’à la gare d’Harajuku. J’ai eu envie de reprendre cette rue en ayant en tête une photographie prise il y a presque quinze ans, en Mars 2011, quelques semaines après le grand tremblement de terre de Tōhoku. Je garde un souvenir assez clair de cette photographie car elle marquait un semblant de retour à la normale où l’envie de marcher m’avait repris, tout comme en cette fin d’année 2025. Une fois dégagé de la foule d’Harajuku, j’entre dans le quartier de Sendagaya en direction de Kita-Sando. Marcher dans ces rues d’Harajuku puis de Sendagaya pendant cette période du Nouvel An me rappelle des moments il y a sept ans où j’y écoutais l’album Technique of Relief (救済の技法) de Susumu Hirasawa (平沢進). Même après toutes ces années, cette musique qui m’avait beaucoup marqué reste très attaché à ces lieux. Je me dis parfois que je pourrais presque lier chaque lieu tokyoïte parcouru à une photographie et à une musique particulière.

En passant par Sendagaya, je marche volontairement devant les bureaux de béton de l’agence de design Wonderwall fondée par Masamichi Katayama (片山正通). Je voulais voir comment la plante posée sur un rocher avait grandi. Je suis Masamichi Katayama sur Instagram depuis plusieurs années, car il parle souvent de ses nombreux centres d’intérêts comme le cinéma ou les concerts, en particulier ceux de Sakanaction auxquels il assiste systématiquement. En passant devant les baies vitrées donnant sur une grande salle de réunion au rez-de-chaussée, je j’aperçois assis seul de dos. Sa physionomie est immédiatement reconnaissable mais je ne m’attarde pas pour ne pas donner l’impression d’espionner la scène. Il semble absorber par son téléphone portable. Peut-être écrit il son message de fin d’année. Je passe ensuite devant la galerie et librairie d’architecture Gallery GA qui est malheureusement déjà fermée en cette fin d’année. Le rythme ralentit lors des derniers jours de l’année. Ma volonté de marcher jusqu’à Shinjuku s’amenuise et je termine finalement ma marche à Kita-Sando.