state of emergency is where I want to be

Une fois n’est pas coutume, je suis allé voir les deux expositions simultanées en cours au National Art Museum Tokyo (NACT), à savoir Prism of the Real: Making Art in Japan 1989–2010 (時代のプリズム:日本で生まれた美術表現 1989–2010), qui se déroulait du 3 septembre au 8 décembre 2025, et BVLGARI KALEIDOS: Colors, Cultures and Crafts (ブルガリ カレイドス : 色彩・文化・技巧), du 17 septembre au 15 décembre 2025. J’y suis par contre allé sur deux journées différentes, et d’abord seul pour celle intitulée Prism of the Real. Cette exposition réunissait plus de cinquante artistes japonais et internationaux avec pour objectif d’explorer l’évolution de l’art au Japon entre 1989 et 2010. Il s’agissait d’une période riche en transformations, avec notamment l’éclatement de la bulle économique. On y trouvait beaucoup de choses intéressantes, mais l’exposition m’a en fait un peu ennuyé, car je connaissais déjà les œuvres d’un certain nombre des artistes contemporains japonais présentés. J’avais parfois l’impression d’avoir déjà vu cette exposition ailleurs, et en mieux.

J’ai quand même noté l’étrange sculpture jaune vif faite d’objets divers, intitulée Esthetic Pollution (1990) de Noboru Tsubaki, ainsi que les armes construites en légumes, Vegetable Weapon (2001), de Tsuyoshi Ozawa. J’ai ensuite été particulièrement intrigué par une série de trois photographies intitulée Drawing Restraint 9 par l’artiste américain Matthew Barney. Drawing Restraint est un projet artistique au long cours composé de grandes sculptures, de films et de photographies. Le neuvième épisode de Drawing Restraint est un film expérimental diffusé en 2005, utilisant des thèmes culturels japonais tels que la religion shintō, la cérémonie du thé et l’histoire de la chasse à la baleine pour explorer les notions de transformation et de retenue. Parmi les trois photographies tirées du film que l’on peut voir lors de l’exposition, on reconnaît l’artiste Matthew Barney lui-même, mais également Björk, habillée d’un étrange kimono traditionnel. Björk était la compagne de Matthew Barney à cette époque. Ce n’est pas la première fois que l’on peut voir Björk en kimono. Souvenons-nous de la pochette de l’album Homogenic, sorti en 1997, réalisée par le photographe britannique Nick Knight. Dans un kimono réinterprété par Alexander McQueen, Björk ressemblait à une figure à mi-chemin entre une geisha futuriste et une divinité post-humaine.

Le film Drawing Restraint 9 comprend en fait des musiques composées par Björk. Cette exposition m’a amené à regarder le film Drawing Restraint 9, qui est des plus étranges. On y évoque une histoire d’amour non conventionnelle se déroulant à bord d’un baleinier japonais. Je n’irais pas jusqu’à dire que le film m’a passionné, mais il est intéressant sous de nombreux aspects, notamment pour sa bande originale composée par Björk. Les onze morceaux qui la composent sont parfois très étranges (le morceau Pearl), avec beaucoup d’instrumentaux souvent très beaux, comme celui intitulé Ambergris March, produit par Mark Bell et Valgeir Sigurðsson. Les morceaux chantés par Björk sont les plus poignants, notamment celui intitulé Storm. Ce morceau est tout à fait disruptif, comme la grande majorité de cet album, mais j’admire sa puissance d’évocation. Le morceau intitulé Gratitude, qui ouvre la bande originale et le film, est très beau. Le chanteur folk Will Oldham, aka Bonnie Prince Billy, y chante une lettre d’un pêcheur adressée au général Douglas MacArthur, sur une mélodie composée par Matthew Barney. On peut entendre le son de l’instrument traditionnel japonais shō sur plusieurs morceaux de l’album, joué par Mayumi Miyata (宮田まゆみ). J’avais déjà mentionné cette musicienne sur ces pages, car elle joue également du shō sur TIME TIME (2024), l’une des collaborations artistiques de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) et Shiro Takatani (高谷史郎), que j’avais vue à l’exposition seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) au début de l’année. Pour composer cet album, Björk a voyagé au Japon et étudié la musique traditionnelle japonaise, ce qui se ressent très fortement sur la majorité des morceaux. On y trouve même, sur le morceau Holographic Entrypoint, un extrait d’une pièce de nô avec une interprétation vocale de Shiro Nomura. Cette partie musicale correspond d’ailleurs aux moments les plus étranges et malaisants du film Drawing Restraint 9. Écouter cette bande originale me donne envie de réécouter certains albums de Björk que je n’ai pas écoutés depuis longtemps, en commençant par Homogenic, qui est l’un de mes préférés avec Début et Post. Dans les coïncidences amusantes, Olive Kimoto a justement inclus un morceau de Björk dans l’épisode de décembre 2025 de son émission Liquid Mirror. Il s’agit du très beau Come to Me de l’album Début.

Nous sommes allés voir quelques jours plus tard l’exposition Bulgari Kaleidos, qui met en lumière l’art du joaillier romain Bulgari à travers près de 350 pièces majeures issues de collections patrimoniales et privées. Outre la flamboyante beauté des bijoux présentés, notamment ceux reprenant la forme du serpent comme symbole emblématique de la marque, j’ai également apprécié l’aménagement intérieur des salles de cette exposition. Le design est signé SANAA (Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa), qui crée des formes arrondies pour les murs et des séparations transparentes entre les espaces. Les collections de haute joaillerie et les archives historiques étaient ponctuées par trois installations artistiques de Lara Favaretto, Akiko Nakayama et Mariko Mori (cette dernière ayant également l’une de ses créations présentées dans l’autre exposition Prism of the Real). J’ai particulièrement aimé les rouleaux colorés en rotation de l’artiste Lara Favaretto, se déclenchant et s’arrêtant par intermittence. Lorsque les rouleaux s’enclenchent et prennent de la vitesse, on a l’étrange sensation qu’ils s’approchent de nous, ce qui nous fait naturellement faire un pas en arrière. Je ne serais certainement pas allé seul à cette exposition, mais je ne regrette pas d’en avoir fait le tour.

J’avais parlé dans mon précédent billet de la musicienne et organiste Kali Malone et de ses liens avec la compositrice électronique Caterina Barbieri. Elle a en fait participé à l’album de remixes Fantas Variations, qui propose des alternatives au monumental morceau Fantas de l’album Ecstatic Computation de Caterina Barbieri. Je n’avais pas écouté cet album jusqu’à maintenant, car je pensais qu’on ne pouvait pas faire mieux que l’original. Sans faire mieux, Fantas Variations nous fait écouter huit versions très différentes par huit musiciens différents. La variation Fantas for Two Organs de Kali Malone est tellement éloignée de l’original qu’elle ressemble presque à un morceau original. Cette version, jouée à l’orgue, est beaucoup plus lente et sombre, modulant les tonalités. On dirait une marche mortuaire. Chaque variation adopte un style musical distinct. Parmi celles que je préfère, il y a la superbe Fantas Variation for Voices d’Evelyn Saylor, uniquement chantée a cappella à trois voix par Lyra Pramuk, Annie Garlid et Stine Janvin, puis une version expérimentale au saxophone intitulée Fantas for Saxophone and Voice par Bendik Giske. La version à la guitare, Fantas for Electric Guitar de Walter Zanetti, donne une interprétation beaucoup plus lumineuse du morceau Fantas. La seconde partie est plus électronique et donc plus proche de l’originale. J’aime beaucoup la version Fantas resynthesized for 808 and 202 de Carlo Maria, qui propose une lecture plus lissée de l’original, mais qui n’en reste pas moins enveloppante. Une particularité de la musique de Caterina Barbieri est précisément ce caractère enveloppant, et plus je l’écoute, plus je l’imagine liée au courant du Holy Minimalism dont je parlais précédemment, tant on y perçoit une certaine spiritualité. J’y pense particulièrement en écoutant maintenant son album Spirit Exit, sorti en juillet 2022. On y trouvera certainement quelque chose de l’ordre du spirituel dans le morceau Canticle of Cryo. Cet album a la particularité d’intégrer le chant aux nappes électroniques. C’est un opus magnifique que j’écoute beaucoup en ce moment.

dis:HYSTERIA what3vr

Le Tokyo International Forum (東京国際フォーラム), conçu par Rafael Viñoly et construit en 1996, compte parmi les plus beaux bâtiments de Tokyo. Je ne résiste pas à l’envie de monter de temps en temps au dernier étage pour admirer son architecture de verre, ses puissantes poutres blanches, la courbure de sa voûte métallique, et ses passerelles légères qui semblent si fragiles lorsqu’on les parcourt. Une partie du forum est en rénovation, et certains passages ne sont pas accessibles. Je ne sais pas si cette inaccessibilité est due aux travaux de rénovation ou si, indépendamment de cela, les va-et-vient sont désormais limités à certains étages du forum, ce qui serait bien dommage.

Je continue, sans hystérie particulière, à marcher dans le quartier de Yurakuchō, puis vers Ginza et devant la gare de Tokyo. Les affiches de cinéma sont celles montrées sur la devanture de l’ancien cinéma Marunouchi Toei, qui a fermé ses portes le 27 juillet. Parmi les affiches, je reconnais celle du film Shōnen Merikensack (少年メリケンサック), que j’ai revu une deuxième fois très récemment. Dans ce film, réalisé par Kankurō Kudō (宮藤官九郎) et sorti en salles en 2008, Kanna, interprétée par Aoi Miyazaki (宮﨑あおい), est employée dans une maison de disques et sur le point d’être licenciée. Elle fait la découverte inespérée, sur Internet, d’un jeune groupe punk appelé Shonen Merikensack, qui semble tout à fait prometteur. Mais il s’avère que cette vidéo date de plusieurs dizaines d’années et que Shonen Merikensack n’est donc pas un nouveau groupe. Il s’agit d’anciens musiciens des années 80, aujourd’hui vieillissants et ratés, ayant raccroché les guitares. Malgré cela, la maison de disques organise une tournée, et Kanna est contrainte de devenir leur manager. Le film a un ton humoristique parfois décalé et est tout à fait plaisant, sans être vraiment transcendant. J’aime beaucoup les histoires de groupes de musique, surtout quand ils sont atypiques, donc je me laisse facilement entraîner par ce genre de films. D’autant plus que le personnage de Kanna, en jeune femme plutôt sérieuse mais coincée dans une situation absurde, est particulièrement amusant. Ce qui est également amusant dans ce film est de voir de vrais musiciens — Kazunobu Mineta (de Ging Nang Boyz), Gen Hoshino et Pierre Taki (du groupe électronique Denki Groove, avec Takkyu Ishino) — y jouer de petits rôles.

Je me pose beaucoup de contraintes dans ce que j’écris sur ce blog, notamment celle de n’écrire que sur les choses que j’apprécie, plutôt que de passer du temps à critiquer et à me plaindre, même si les sujets ne manquent pas (ceux qui font des POV sur Instagram, par exemple, ou ceux qui mettent régulièrement en valeur leur comportement irréprochable par rapport aux autres à travers de courtes scènes de vie). Je n’aimerais pourtant pas gâcher l’enthousiasme de ceux qui l’ont encore. Il y a tant de choses à apprécier qu’il serait dommage de passer trop de temps à disserter sur ce qui ne l’est pas. Il faudrait que je revienne un jour un peu plus longuement sur mes contraintes d’écriture, dont plusieurs doivent être inconscientes.

Après avoir évoqué les nouveaux EP et album de killwiz et e5, je ne pouvais pas manquer celui de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, car elle les fait également intervenir en duo sur ce nouvel EP Seventh Heaven, sorti le 24 juillet 2025. Je l’ai découvert par son sixième et dernier morceau, intitulé Typhoon, avec un étrange rappeur nommé Peanuts Kun (ピーナッツくん), caché à l’intérieur d’un immense costume de cacahuète (!?). Malgré cette incongruité visuelle, ce morceau s’avère être le meilleur du EP. La construction des morceaux oscille entre l’hyper-pop et le hip-hop, dans un style un peu différent de son EP précédent. Les morceaux de cet EP sont en fait tous des collaborations. J’aime aussi beaucoup le morceau under land, avec Airi Kamiya, désormais membre du duo Xamiya, que j’ai déjà évoqué plusieurs fois sur ces pages. Il est composé et produit par Sasuke Haraguchi. Le morceau est complètement atypique et part dans plusieurs directions sans grande coordination, ce qui en fait une petite pièce d’électronique expérimentale assez remarquable mais plutôt difficile à apprécier pleinement. C’est en tout cas un des morceaux que je préfère de ce EP. Le morceau Crack avec killwiz est, en comparaison, beaucoup plus apaisé et facile d’approche, mais ce n’est donc pas celui qui attire l’attention au premier abord. Le cinquième morceau yumesekai, avec e5, est un beau morceau composé par KOTONOHOUSE. Ceci étant dit, il ne révolutionne pas vraiment le genre, tout comme le premier, intitulé Rinne (輪廻), avec une certaine TORIENA que je ne connaissais pas. Je ne connaissais pas non plus 142clawz, qui intervient sur le quatrième morceau 5ever 3motion, beaucoup plus disruptif. L’ensemble du EP se tient très bien, même si j’ai une nette préférence lorsque 嚩ᴴᴬᴷᵁ part en décalage, comme sur under land et Typhoon, ce qui me semble mieux correspondre à son état d’être (enfin bon, je ne la connais pas non plus). Dans la même mouvance, 嚩ᴴᴬᴷᵁ aurait très bien pu inviter cyber milk ちゃん, qui sort un EP de deux titres intitulé ikillikill (tout un programme). Elle y chante avec la voix éthérée qu’on lui connaît, emportée par des sons électroniques disruptifs sur Kabukichō Love (歌舞伎町♡ラブ), produit par NGA, qui a également produit pour killwiz (comme quoi ce monde se recoupe). J’aime beaucoup ce morceau, mais j’adore le sublime NGLO (pour Never Gonna Log Out) pour son phrasé rapide et répété et les sons EDM dubstep agressifs produits par Red Motion.

shifting dreams & perspectives

Lorsque je prends des photographies d’architecture dans une approche minimaliste, je me demande toujours si ce ne devrait pas être un style à poursuivre et sur lequel je devrais me concentrer. On croise régulièrement, au hasard d’Internet, des photographes qui présentent des séries abstraites, magnifiquement cadrées et épurées. Ce style m’attire, mais la rigidité qu’impose le fait de s’en tenir à un seul genre de représentation finirait très vite par m’ennuyer. Je préfère donc divaguer… Les deux images ci-dessus montrent le Tokyo Square Garden à Kyobashi et le Tokyo International Forum à Yurakuchō. Je reviendrai certainement plus tard avec d’autres photographies de ce dernier bâtiment, mais j’ai préféré, cette fois, montrer certains détails de la voûte courbe, pleine de complexité.

Dans la filmographie de Shunji Iwai (岩井俊二), j’avais noté le film Hana & Alice (花とアリス), sorti au Japon en salles en mars 2004. Je viens finalement de voir récemment cette comédie dramatique de romance adolescente, qui met en scène deux amies, Hana Arai et Tetsuko Arisugawa, surnommée Alice, au moment de leur entrée au lycée. Hana est interprétée par Anne Suzuki (鈴木杏) et Alice par Yū Aoi (蒼井優), qui avait également joué quelques années auparavant dans All About Lily Chou-Chou. Les deux lycéennes, également membres de la même école de ballet, tombent amoureuses du même garçon, Masashi Miyamoto, interprété par Tomohiro Kaku (加瀬亮智宏). Après un accident, Hana lui fait croire qu’ils sont en couple, inventant une histoire d’amnésie. Alice, entraînée malgré elle dans ce mensonge, joue le rôle de l’ex-petite amie. Cette situation entraîne jalousies et quiproquos, et les complications viennent perturber leur amitié.

Hana & Alice est un mélange de chronique adolescente et de poésie visuelle, s’attardant par moments sur la banalité du quotidien, mais où celle-ci prend un tournant poétique. Les films de Shunji Iwai ont souvent cette lenteur contemplative, qui nous laisse le temps d’observer les gestes et d’écouter les silences entre les dialogues. Des instants légers se mélangent avec des émotions plus profondes, mais le film n’est pas sans touches d’humour discret. Je me remémore par exemple une scène dans le lycée Tezuka (手塚高校), où Hana et Masashi s’interrogent sur leur amour devant un gigantesque robot Atom gonflable installé pour la fête du lycée (bunkasai). Le nom de l’école est bien sûr un clin d’œil à peine voilé au mangaka Osamu Tezuka (手塚治虫). Ce qui est intéressant, c’est que d’autres allusions au monde du manga sont subtilement incluses, notamment dans les noms fictifs de certaines stations de train, comme celle de « Fujiko », en référence à Fujiko F. Fujio (藤子・F・不二雄), le créateur de Doraemon (ドラえもん), ou encore celle d’« Ishinomori Gakuen », qui évoque le mangaka Shōtarō Ishinomori (石ノ森章太郎), connu entre autres pour sa série Kamen Rider (仮面ライダー). On trouve également dans le film un lien symbolique avec l’univers étrange et flottant d’Alice au pays des merveilles. Le prénom d’Alice renvoie bien sûr directement à l’œuvre de Lewis Carroll, mais d’autres subtilités apparaissent, comme un jeu de cartes illustrées des personnages d’Alice, ou encore des situations oscillant entre le réel et le surréel autour du mensonge initial sur l’amnésie de Masashi. Ces allusions renforcent la part d’onirisme du film, qui passe de scènes au réalisme presque documentaire à d’autres au lyrisme étrange (notamment celles liées au ballet). Les musiques, composées par Shunji Iwai lui-même, soutiennent cette ambiance entre rêverie et mélancolie diffuse.

Un des plaisirs que j’ai aussi en regardant des films japonais est d’essayer de reconnaître certains lieux. Ici, j’ai eu le bonheur de retrouver de longues scènes entre Alice et son père filmées au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangū de Kamakura (鶴岡八幡宮), un lieu qui m’est cher puisque je m’y suis marié. D’autres passages semblent se dérouler autour de l’étang Senzoku (洗足池), dans l’arrondissement d’Ōta à Tokyo. Hana & Alice est un film important dans la filmographie de Shunji Iwai, que je suis heureux d’avoir enfin découvert, même s’il me reste encore plusieurs de ses films à voir pour combler mon appétit de son cinéma. J’ai aussi en tête de revoir un jour son dernier film, Kyrie no Uta (キリエのうた), qui est à ce jour le seul du réalisateur que j’ai eu l’occasion de voir en salle.

Côté musique, j’écoute actuellement beaucoup l’EP Schizophrenia de l’artiste hip-hop killwiz, sorti le 30 août 2025. killwiz est rappeuse, chanteuse et productrice, anciennement membre du collectif Dr.Anon — sous le nom de p°nika — aux côtés de HAKU et e5. Le collectif s’est dissous, mais les trois membres poursuivent leurs activités musicales indépendamment, avec de nombreuses collaborations entre elles. C’est donc sans surprise que l’on retrouve HAKU, actuellement nommée 嚩ᴴᴬᴷᵁ, ainsi que e5 sur l’EP de killwiz. Cet opus marque le retour musical de killwiz après une période de lutte contre la schizophrénie, thème qui influence directement l’atmosphère des morceaux : un mélange de tension exacerbée par des sonorités hyperpop et d’une certaine fragilité introspective, avec une intensité émotionnelle marquée. La plupart des titres sont des collaborations, à l’exception de l’ouverture et de la clôture. On retrouve ainsi 嚩ᴴᴬᴷᵁ sur 猫背deathララバイ, e5 sur VSGO4T, mais aussi d’autres artistes que je ne connaissais pas, comme Яu-a sur le deuxième morceau 見ざる着飾るI WANT YOU et z² sur Urumu:Room. Chaque collaboration apporte ses particularités, mais l’ensemble reste ancré dans une veine pop frénétique, remplie de beats rapides, saturés et changeants. J’aime beaucoup ces textures électroniques qui se mêlent à des passages rappés, avec un aspect expérimental omniprésent. J’apprécie aussi lorsque les morceaux alternent entre douceur et dissonance, comme sur le cinquième titre, Urumu:Room. Cette dualité reflète très certainement l’état d’esprit post-traumatique de killwiz. Le tout est extrêmement dense, juxtaposant sons chaotiques et mélodies sensibles, mais la production de NGA n’en reste pas moins très soignée et cohérente. Cet EP s’inscrit dans la même mouvance sonore que ce que je connaissais déjà de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de la rappeuse e5, dont je parlerai davantage dans un prochain épisode.

escape mode

Des festivités estivales, je préfère toujours les images flottantes amenées par les mouvements incessants, rythmés par les musiques entêtantes des matsuri. Je pense que je prends en photo le matsuri du sanctuaire de Hikawa à Shibuya tous les ans, dans un style flou très similaire à la série ci-dessus. J’ai en tête la série we are walking in the air, prise pendant ce festival, qui reste pour moi un maître étalon. Cette série datait de Septembre 2017 et je l’avais fait suivre d’une série en couleur intitulée we speak silence l’année suivante. J’étais ensuite revenu pour une série assez similaire en 2022.

J’avais tellement publié de billets au mois d’Août (21 en tout) que j’ai bloqué pendant plusieurs jours devant la page blanche du Notes de mon iPad au début du mois de Septembre. Dans ces cas là, je fais une recherche dans la blogosphère francophone parlant du Japon pour voir ce qu’on y écrit. Je suis toujours épaté par la dedication de certains et certaines à produire des guides complets sur les lieux qu’ils ou elles ont visité ou sur les choses qu’ils ou elles ont testé pour nous (et validé). Il est en fait plutôt rare que j’y trouve des nouvelles sources d’intérêt ou un nouveau blog à suivre. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais je me rends compte que les blogs se meurent petit à petit, les uns après les autres. Disons que certains des blogs qui avaient une renommée assez conséquente il y a plusieurs années ne sont plus beaucoup, ou plus du tout, mis à jour depuis longtemps. C’etait avant la faute aux réseaux sociaux mais c’est désormais la faute à l’intelligence artificielle comme j’ai pu le lire quelque part. Il est clair que ChatGpt change les habitudes. Je n’utilise désormais que rarement les recherches sur Google et je préfère depuis quelques temps les recherches sur ChatGpt, car sa force d’interprétation de nos questions parfois vagues et imprécises par rapport au contexte qu’on lui donne est assez impressionnante. L’outil s’est beaucoup amélioré depuis quelques mois. C’est comme si on avait devant soi un Monsieur (ou Madame) je-sais-tout à qui on pourrait poser toutes les questions qui nous viennent en tête. Je revérifie parfois certaines choses sur Google mais les erreurs se font désormais plus rares, mais pas absentes ce qui reste quand même un bémol important. L’outil est d’autant plus puissant que la langue n’est plus une barrière dans nos recherches car l’outil cherche partout, traduit tout d’une manière satisfaisante et quasi-instantanée. L’intelligence artificielle devient intéressante quand elle ouvre des portes que l’on n’aurait jamais ouverte sinon, mais est beaucoup plus discutable lorsqu’elle vient remplacer certaines compétences. Se pose également la question de l’utilisation du contenu internet par ChatGpt. Dans les statistiques de mon blog, je vois un peu plus souvent ChatGpt comme référent, c’est à dire comme site web ayant accédé à mon blog pour y lire des informations. Il m’arrive même de faire des recherches pointues sur ChatGpt et de tomber sur des informations provenant de mon propre blog. ChatGpt indique un lien vers ses sources, ce qui est une bonne chose et permet d’approfondir les sujets que l’on souhaite en cliquant tout simplement sur le lien. La réalité est que je ne clique pas souvent sur l’article d’origine car les informations de ChatGpt sont déjà très détaillées et répondent en général bien à ma curiosité. L’avantage d’une recherche Google est que ses réponses moins spécifiques peuvent nous faire découvrir des choses inattendues et ouvrir des nouvelles portes. Au final, il est clair que ChatGpt détourne les visiteurs des sites web d’origine, mais ne remplace pas à mon avis l’expérience de consulter les sites web que l’on aime. Avoir recours à ChatGpt pour chercher des informations est devenu pour moi un automatisme qui s’est installé en quelques mois, et je le vois comme une révolution similaire à la recherche web sur Google (ou équivalent).

J’ai savouré le film Nemurubaka (ネムルバカ) vu il y a quelques jours sur NetFlix. Le film est sorti en salles en Mars 2025, réalisé par Yūgo Sakamoto (坂本優伍) et adapté d’un manga de Masakazu Ishiguro (石黒正数). J’ai tout de suite accroché à ce film qui mélange drame intimiste et musique rock, avec quelques pointes d’humour absurde. Le terme Nemurubaka utilisé dans le titre du film et du manga a été inventé par le mangaka Masakazu Ishiguro, et entend évoquer une jeunesse qui sommeille sans but, qui perd du temps en laissant passer ses rêves. Dans le film, ce titre reflète bien l’état d’esprit initial des deux héroïnes, jeunes universitaires colocataires un peu perdues dans leur vie, la laissant filer sans objectifs forts. Elles sont interprétées à l’écran par Shiori Kubo (久保史緒里) du groupe d’idoles Nogizaka46 qui joue le rôle de Yumi Irisu et par Yūna Taira (平祐奈) dans le rôle de Ruka Kujirai. Yumi est une jeune femme qui prend la vie comme elle vient, travaillant à temps partiel dans une vidéothèque, tandis que Ruka est une musicienne évoluant dans un groupe rock. Elle a du talent mais elle et son groupe sont en difficulté financière. La vie des deux jeunes filles est bouleversée lorsque Ruka se voit proposer un contrat par une maison de disques. J’aime beaucoup les situations qui se construisent entre ces personnages. Ruka est la sempai de Yumi et se crée entre elles une sorte de relation respectueuse mais qui dérape souvent. Le film Nemurubaka me rappelle assez l’ambiance des films du réalisateur Rikiya Imaizumi (今泉力哉), car on y trouve une manière similaire de dresser des portraits d’une jeunesse japonaise explorant leurs rêves, leurs incertitudes et la recherche d’une place dans le monde. On y capte une émotion proche des préoccupations ordinaires et un même mélange de la mélancolie de la jeunesse qui passe, du temps qui glisse doucement, et de l’espoir qui ne disparaît jamais vraiment. Cette poésie de l’ordinaire basée sur la fragilité des liens entre les êtres me plaît beaucoup dans le film Nemurubaka.

Je ne saurais dire combien de fois j’ai écouté l’album u:phobia de l’artiste Japano-Américaine Emma Aibara, tant j’aime ce son. Elle est basée à Tokyo et après quelques années passés dans un groupe de rock, elle a entamée une carrière solo en 2022. Sa musique mélange les genres mais s’apparente au breakcore, incluant des éléments de rock métal, de la drum & bass, des cris et des moments beaucoup plus flottants, le tout avec une émotion palpable à tous instants. L’album u:phobia sorti le 22 Août 2025 est excellent de bout en bout. La très grande majorité des 12 titres s’enchaînent sans interruption évidente ce qui donne une unité à cet album. Il reste très condensé, pour ses multiples variations et idées sonores au sein d’un même morceau et pour sa relative brièveté (30 minutes en tout). Le premier morceau intitulé u:phobia comme l’album nous met tout de suite dans l’ambiance avec un cri qui est apaisé par une voix beaucoup plus mélodique mais qui se fait vite rattraper par des lourdes guitares et un rythme rapide et syncopé basé sur l’emblématique break Amen Brother de The Winstons. Emma utilise fréquemment ce break de batterie comme base rythmique, mais l’associe à des guitares saturées, des textures shoegaze et des sons électroniques, créant une texture sonore tout à fait unique. Sans s’en rendre compte, on bascule sur le morceau suivant escape mode qui reprend les mêmes rythmes et ambiances. Emma Aibara joue sans cesse entre le chaud et le froid et le troisième morceau you will know est peut-être son plus réussi. Il est plus planant et mélodique mais on attend irrésistiblement les moments où elle va se mettre à dégager sa rage en criant. Il y a quelque chose d’un peu schizophrénique dans cette musique, mais de clairement libérateur comme une échappée. L’album se compose d’une sorte de fusion entre une énergie hardcore électronique et une intensité rock émotionnelle. Le mélange des genres fonctionne terriblement bien. l’album sait prendre des pauses, comme sur le morceau I can’t go back, qui nous offre des moments suspendus et rêveurs. La rage n’est pourtant jamais très loin et on sent que la machine peut se remettre en route soudainement. J’adore par exemple l’atypique morceau (dis).com★ rempli de glitches électroniques et ponctué par une lourde basse. Ces sons n’ont pour sûr rien de reposant mais on se régale à écouter ses enchevêtrements quasi-architecturaux de sons passant entre expérimentations et ambiances rock plus ’classiques’. Il y a beaucoup de ’meilleurs morceaux’ sur cet album car ils évoluent pour moi à chaque écoute. Mon préféré est parfois + ever again + puis temporary cure. Comme le titre de l’album l’indique, il y a une thématique d’angoisse intérieure et de confrontation avec soi-même qui parcourt cet album. Les morceaux it’s all in my head et you’ve scared of me en sont des exemples. Il n’y a pourtant rien de pesant dans cette écoute, et on a rapidement envie de le réécouter car on a l’impression de ne pas avoir saisi tous ses soubresauts. Cet album rentre facilement dans la liste des albums que je préfère cette année.

drifting through the countryside

En photographies ci-dessus, voici deux facettes du Japon que j’aime, celui des villes quand l’architecture désordonnée parfois chaotique voit soudainement du brutalisme s’imposer en plein cœur du quartier chic de Ginza, et celui des campagnes verdoyantes qui accaparent la totalité de notre champ de vision. Cette deuxième photographie a été prise entre Sano et Ashikaga dans la préfecture de Tochigi. Les scènes d’ouverture dans les rizières du film All About Lily Chou-Chou ont été filmées à Ashikaga. Il ne s’agit pas tout à fait de cet endroit, mais d’une autre rizière proche qui lui ressemble beaucoup, située au Sud du parc floral d’Ashikaga. Dans le film de Shunji Iwai, Yūichi Hasumi y écoute le morceau Arabesque (アラベスク) de Lily Chou-Chou sur un lecteur CD portable Sony avec écouteurs. Google maps indique le lieu du tournage sous le nom All About Lily Chou-Chou Field, comme quoi il s’agit d’un film culte. Certains font même le déplacement pour retrouver les lieux des différentes scènes du film. Il est certain que si on revient vers Ashikaga, j’essaierais d’aller à l’endroit exact où ont été tournées les scènes d’ouverture.

Je pensais avoir déjà vu le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) réalisé par Nobuhiro Yamashita (山下敦弘) en 2005, mais le regarder récemment m’a confirmé que non. Il faisait partie des films japonais évoquant l’âge de la jeunesse (青春) et la musique rock que je voulais voir depuis longtemps. L’histoire se déroule dans un lycée japonais de la banlieue d’Hachiōji, à l’approche du festival scolaire appelé Bunkasai (文化祭). Un groupe de lycéennes avait prévu de jouer ses propres compositions pour ce festival, mais des tensions internes ont fait capoter leur projet à la dernière minute. Les trois filles restantes de la formation originale ne perdent pas espoir et décident de reformer un groupe en recrutant une étudiante coréenne nouvellement arrivée, nommée Son, pour être la chanteuse, même si son japonais est encore hésitant. Après quelques tergiversations, elles choisissent de reprendre des morceaux du groupe punk The Blue Hearts (ブルーハーツ), dont l’emblématique morceau Linda Linda (リンダ リンダ) qui donne son nom au film. Le film suit leurs répétitions, leurs maladresses et leur amitié qui se construit jusqu’au concert final. Outre le morceau Linda Linda, le groupe de lycéennes reprend également les morceaux Boku no Migi Te (僕の右手) et Owaranai Uta (終わらない歌) des Blue Hearts. Le groupe prend le nom Paran Maum (파란 마음), qui est une traduction en Coréen de Blue Hearts, et se compose de Son, jouée par Bae Doona (배두나), l’étudiante coréenne chanteuse du groupe, Kei Tachibana interprétée par Yū Kashii (香椎由宇), la guitariste, Nozomi Shirakawa, jouée par Shiori Sekine (関根史織), la bassiste et Kyoko Yamada, jouée par Aki Maeda (前田亜季), la batteuse du groupe. Un fait intéressant à noter est que Shiori Sekine est réellement musicienne, étant bassiste du groupe Base Ball Bear. Un fait plus intéressant est que Shiori Sekine a joué avec Sheena Ringo dans la formation spéciale Elopers pour l’émission Music Station du 15 Octobre 2021 (je l’évoquais dans un billet) aux côtés d’AiNA the End, Yuu du groupe Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ) et Hona Ikoka du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女). Avec Ringo à la guitare, AiNA chantait Gunjō Biyori (群青日和), un des titres emblématiques de Tokyo Jihen. Un fait encore plus intéressant est que Sheena Ringo est évoqué dans le film Linda Linda Linda. Alors que le groupe cherche des artistes ou groupes pour en faire des reprises pour le festival du lycée, la batteuse Kyoko mentionne Sheena Ringo, mais la guitariste Kei lui répond immédiatement que ça sera trop difficile à apprendre en trois jours et elles mettent rapidement cette idée de côté pour finalement se tourner vers le punk rock des Blue Hearts. Nozomi, interprétée par Shiori Sekine, qui regarde cette scène dans le film ne sait pas encore qu’elle jouera avec Sheena Ringo 16 ans plus tard. Un autre fait tout à fait intéressant est que la bande originale du film, outre les trois morceaux des Blue Hearts, a été composée par James Iha des Smashing Pumpkins. Les morceaux instrumentaux qu’il a composé accompagnent les scènes de répétition, les errances des quatre filles dans le lycée et les moments plus intimistes. James Iha, de son nom complet James Yoshinobu Iha (イハ・ヨシノブ), est américain d’origine japonaise (qu’on appelle Nisei, c’est à dire de deuxième génération), né de parents immigrés japonais installés aux États-Unis. Le film a en fait une deuxième bande originale intitulée We Are Paranmaum, qui comprend les trois chansons complètes des Blue Hearts mentionnées ci-dessus, enregistrées par les actrices du film, mais également trois inédits dont l’excellent Aoi Kokoro (蒼い心). J’écoute donc ce EP de six titres et j’ai fini par apprécier la légère maladresse du chant de Bae Doona, qui n’est pas vraiment problématique quand il s’agit de punk rock. Je n’ai jamais vraiment été attiré par la musique des Blue Hearts mais j’écoute ensuite leur album éponyme de 1987. Même sans être amateur des morceaux du groupe, il est difficile au Japon d’échapper au morceau Linda Linda (リンダリンダ), notamment au karaoke, car il y a toujours quelqu’un qui choisira ce morceau plutôt facile à chanter en groupe. Le film Linda Linda Linda a le statut de film culte. On y trouve un naturel certain qui a dû rappeler à beaucoup de japonais leurs propres festivals Bunkasai de leurs lycées. Personnellement, je ne connais ces festivals que de loin à travers ceux de l’école de mon fils qui est justement lycéen. J’imagine très bien qu’ils ont un effet de rite de passage, et c’est toute l’idée montrée par le film. On sent que les quatre lycéennes sortiront changées de cette expérience éprouvante mais gratifiante de répétition et de représentation devant un public réceptif à leur musique certes maladroite mais extrêmement sincère.

Sur ma playlist musicale de fin d’été, je reviens vers le groupe Yureru ha Yūrei (揺れるは幽霊) que j’avais découvert au début de cette année avec un single intitulé Point Nemo (ポイント・ネモ), dont j’avais parlé dans un précédent billet. J’écoute maintenant le très beau morceau intitulé echoes of fading girl sorti le 6 Août 2025. J’aime beaucoup ce post-rock orienté Shoegaze avec des mélodies mélancoliques et introspectives. Le morceau a été composé par le guitariste Hidaka (日高) et la composition est extrêmement bien maîtrisée. J’adore la voix un peu vaporeuse et rêveuse de Sako (佐古). Tout comme Crab Club (蟹蟹) dont je parlais dans mon précédent billet, Yureru ha Yūrei est un groupe de rock alternatif originaire d’Okayama, et la vidéo avec une ambiance évoquant un film d’adolescence a été également réalisé par le même STUDIO TEPEMOK. Il y a donc un filon rock à Okayama, préfecture qui ne se limite pas musicalement à Fujii Kaze (藤井風). Ce dernier vient d’ailleurs de sortir un nouvel album que l’on acheté (ça sera peut-être le sujet d’un autre billet).

Je découvre ensuite Bukkoro Momoka (ぶっ恋呂百花) avec un single intitulé Anata wo Izanau (貴方を誘う) sorti cette année sur son album Yuurei no yō ni (幽霊のように). Il y a décidément beaucoup d’allusion aux fantômes (幽霊) dans ma playlist rock alternatif. Bukkoro Momoka, de son vrai nom Momoka Kinoshita (木下百花), est originaire de la préfecture de Hyōgo et a fait partie du groupe d’idoles NMB48 basé à Namba (Osaka) avant de partir pour se lancer en solo. Elle utilise ce nom de scène Bukkoro Momoka depuis 2023 et écrit, compose et arrange ses morceaux. L’ambiance, encore une fois mélancolique et introspective, de ce morceau est certainement très éloignée de ce qu’elle chantait à l’époque de NMB48, comme quoi les artistes ne sont pas cloisonnés dans des boites hermétiques, ce qui fait toujours plaisir à voir. Le rythme du morceau Anata wo Izanau est lent et la voix de Momoka très expressive, présente au plus près des oreilles de l’auditeur. Une autre grande qualité du morceau tient au passage de guitare par le guitariste originaire de Fukuoka, Shinichi Itō (伊東真一). A mi-morceau, il se lance dans un long solo incisif de guitare semblant improvisé et à la limite de l’expérimental. Ce passage renforce l’émotion qui se dégage du morceau, dans l’ensemble très travaillé engageant des chœurs en deuxième partie de morceau.