a street supreme

Ces photographies sont des petits instants de rues, certes très classiques sur Made in Tokyo. J’aime prendre ce genre de photographies de rues sans thèmes précis, seulement des détails qui ont attiré mon oeil à un moment donné. Ce sont parfois les plantes posées devant les immeubles, ou les couleurs de certains bâtiments qui me font m’arrêter pendant quelques secondes. Les photographies suivent le rythme de ma marche et il est rare que je revienne sur mes pas pour prendre une photo que j’aurais manqué quand mon pas est trop rapide. L’acte de marcher est en fait plus important que l’acte de photographier. Si je manque une photographie cette fois-ci, je la prendrais un autre jour. J’ai d’ailleurs déjà pris en photo certains lieux montrés ci-dessus comme les immeubles rectilignes de l’avant-dernière photographie. Le léger écart (隙間) qu’on devine entre les deux barres d’immeubles m’attire. On a l’impression que ces deux constructions sont en mesure de glisser l’une sur l’autre comme des plaques tectoniques.

J’écoute intensément depuis quelques jours l’album A love supreme de John Coltrane enregistré en Décembre 1964 et sorti en Janvier 1965. Intensément car le saxophone de Coltrane, inscrit dans un quartet, opère comme une sorte d’addiction qui me fait revenir sans cesse vers cet album. Je suis complètement néophyte en Jazz mais je ne suis pas pour autant réfractaire au genre. Je pense que je ne sais tout simplement pas par où commencer. J’ai toujours eu le sentiment que je me mettrais à écouter et apprécier le jazz quand je serais plus âgé et que j’ai encore du temps devant moi. Mon attirance est plutôt pour les formes atypiques du free jazz, qui est la tendance vers laquelle se dirige la musique de Coltrane. Il y a quelque chose de magnétique dans les sonorités non évidentes de saxophone et une grande liberté harmonique qui viennent gentiment pénétrer tous les recoins de mes neurones. Il se trouve que l’album A love supreme est un grand classique du Jazz, ce qui me donne envie de continuer à chercher un peu plus dans cette direction (toute recommandation est bienvenue). On peut se demander pourquoi cette bifurcation inattendue vers cet album de jazz? Un article de Pitchfork couvrant cet album est en fait tombé sous mes yeux de manière inattendue alors que je naviguais dans les flux de Twitter ou d’Instagram. À chaque fois que je lis un roman de Haruki Murakami, il nous parle discrètement mais systématiquement de jazz avec des noms de formations que je ne connais jamais. Je me dis à chaque fois que je devrais essayer d’explorer ce qu’il nous conseille dans ses livres, mais il m’a toujours manqué un déclencheur. Le déclenchement aurait pu être le film Whiplash de Damien Chazelle, que j’adore non seulement pour les interprétations de JK Simmons et Miles Teller mais aussi pour l’interprétation musicale notamment le final tout simplement grandiose. C’est un film que je regarde régulièrement, au moins une fois par an, et je m’y suis remis cette semaine encore. Mais le véritable déclencheur de mon écoute de A love supreme est l’association des deux images ci-dessous.

En lisant l’article de Pitchfork sur A love supreme de John Coltrane et en voyant la pochette de l’album, je me suis rappelé du rapprochement évident avec la couverture du morceau A life supreme (至上の人生) de Sheena Ringo, sorti en single accompagné du morceau To Rock Bottom (どん底まで) en Janvier 2015 (soit exactement 50 ans plus tard), et qu’on retrouvera ensuite sur l’album Sandokushi (三毒史) sorti quatre ans plus tard. Le style musical de ces morceaux de Sheena Ringo n’a absolument rien à voir avec le jazz de Coltrane, car les morceaux de Sheena sont résolument rock. Mais on remarque clairement que la typographie et le cadrage des mots, ainsi que le titre anglais, font directement référence à cet album de Coltrane. Je ne connais pas la raison exacte de ce rapprochement. En repensant au morceau Flight JL005 (JL005便で) sorti l’année d’avant en 2014 sur l’album Hi Izuru Tokoro (日出処), je me souviens qu’il lui avait été inspiré par le vol JL005 reliant l’aéroport international de Tokyo et l’aéroport international John F. Kennedy à New York. J’imagine que cette influence américaine a aussi gagné ce single A life supreme. Ses influences musicales sont assez vastes mais je n’ai jamais vu John Coltrane clairement mentionné. Ceci étant dit, je ne pense pas que la photographie de couverture montre une rue enneigée de New York. Les photographies accompagnant le single ont été prises par la photographe japonaise basée à Paris, Shimmura Mari (新村真理), et je pense donc qu’il s’agit plutôt de Paris. Le site web de la photographe ne le précise malheureusement pas. D’autres photographies de nature, superbes d’ailleurs, à l’intérieur du livret sont plutôt prises en Croatie.

C’est intéressant d’ailleurs de voir que cet album de John Coltrane peut être source de diverses inspirations. Pitchfork publiait également un article sur une vidéo de skateboard en noir et blanc de 1995 réalisée par l’artiste Thomas Campbell et prenant le même titre que l’album de Coltrane. Les deux premiers morceaux des quatre mouvements de l’album sont d’ailleurs joués en accompagnement. Cette vidéo est commanditée par la marque de street wear Supreme. Bien que je n’ai aucune affinité pour cette marque, j’ai toujours eu une certaine attirance pour l’esthétique DIY du monde du skateboard. En fait, je pense que j’aime surtout la manière dont les skateboarders s’approprient l’univers urbain, à la limite de l’interdit. Le petit film ne se concentre d’ailleurs pas seulement sur les scènes de skateboard et montre de nombreuses scènes de rues comme un documentaire du New York des années 90. La musique pousse même à une certaine méditation.

歪む蜃気楼

Ce soir, je sors sur le balcon sous l’air frais du début du printemps. En regardant loin devant moi, un peu plus loin encore au delà de ma vision, je plonge dans la foule qui se presse vers la gare avant 8h. Comme tous les soirs, le flot humain est flou et mouvant. Ses mouvements laissent des empreintes indélébiles sur les immeubles. On ne peut dissocier les rues de la ville de ces mouvements qui l’érodent et la façonnent petit à petit dans la douceur d’un effleurement. La ville est d’une violence douce qu’on voudrait éviter mais qui nous attire sans cesse comme un courant marin de profondeur. Nos pieds perdent l’équilibre et on s’y engouffre en apnée sans se débattre. Sortir du grand carrefour est une bouffée d’air, mais je n’ai de cesse d’y revenir une fois encore, pour laisser moi aussi mon empreinte indélébile sur les immeubles. Si l’on fixe longuement les murs de la ville, peut être pourrait on accéder à leur mémoire?

Images extraites de la vidéo de Onaji Yoru (同じ夜) par DAOKO sur son album Thank You Blue sorti en 2017.

Onaji Yoru (同じ夜). Je ne soupçonnais pas que DAOKO (ダヲコ) avait dans sa discographie un morceau aussi beau. Sur son premier album The End, AiNA utilisait ces mots Onaji Yoru dans le dernier morceau intitulé Suika (スイカ), et je n’ai pu m’empêcher d’y voir une référence au morceau Onaji Yoru de Muzai Moratorium. Une recherche rapide sur YouTube me fait découvrir un autre morceau utilisant ce même titre par DAOKO sur son album Thank You Blue sorti en 2017. L’approche artistique de DAOKO m’intéresse mais je ne trouve dans sa discographie qu’assez peu de morceaux que j’apprécie vraiment. Onaji Yoru est très différent du reste de l’album et beaucoup plus profond et mélancolique. Je ressens un besoin irrésistible de le réécouter encore et encore, car il m’aide à développer ces images ci-dessus d’un mirage déformé et à écrire ce texte qui les accompagne. Onaji Yoru me donne également l’envie de rechercher dans la discographie de DAOKO d’autres morceaux que je pourrais apprécier tout autant. Dans un style très différent, Nice Trip sur son album Shiteki Ryokō (私的旅行) me transporte vers des chaleurs insulaires bienvenues pour affronter les dernières vagues de froid avant le début du printemps. Le morceau Music (ミュージック) sur son album éponyme sorti en 2015 vient compléter cette mini playlist que j’écoute en boucle en sortant de la gare de métro.

se protéger des flots puis s’y perdre

Depuis que le marché s’est déplacé à Toyosu, on a l’impression que le reste du quartier de Tsukiji et ses restaurants de poissons survivent. J’ai déjà visité le marché plusieurs fois il y a presque vingt ans tôt le matin alors qu’il était en pleine activité, mais je n’avais jamais remarqué le sanctuaire Namiyoke (波除神社) qui se situe à proximité, caché à l’arrière. Le sanctuaire Namiyoke date de 1659 et fut construit sur une zone de terre gagnée sur la mer pendant la période Edo. Namiyoke signifie éliminer les vagues donc j’imagine que les pêcheurs devaient à cette époque venir se recueillir dans ce sanctuaire avant de partir en mer pour la pêche. A l’entrée du sanctuaire, on peut voir deux superbes têtes de lions, une de couleur noire pour le lion mâle et une tête rouge pour la femelle. Elles sont portées à l’extérieur du sanctuaire dans les rues de Tsukiji lors du matsuri appelé Tsukiji Shishi Matsuri (築地獅子祭り) qui se déroule tous les ans au mois de Juin.

J’ai tourné en rond autour de Quruli comme on tourne autour d’une piscine pour trouver le bon endroit pour plonger. J’ai d’abord écouté plusieurs morceaux au hasard sur YouTube pour savoir vers quel album j’allais plonger en premier. J’avais en fait déjà une petite idée de par où j’allais commencer et l’écoute de quelques morceaux seulement m’a assez vite convaincu d’aller acheter un ou deux albums au Disk Union de Shibuya. Comme les albums que je cherche ont plus de 20 ans, on les trouve pour la modique somme de 300 Yens. De l’album Team Rock de 2001, que je me procure en premier, je ne connaissais que le single Bara no Hana (ばらの花) que j’ai découvert en 2006 sans pour autant découvrir plus avant le reste de l’album (allez savoir pourquoi). Le morceau LV30 de ce même album m’a très vite convaincu. J’adore ce genre de morceau et c’est pour moi le morceau le plus intéressant de l’album. Il atteint une sorte de perfection (selon mes critères non clairement définis et hautement subjectifs). Et il y a pourtant beaucoup d’excellents morceaux, dès le premier au titre éponyme qui prend des accents expérimentaux en mélangeant des paroles au style rappé. Il y a beaucoup de morceaux extrêmement accrocheurs comme par exemple Wandervogel (ワンダーフォーゲル), qui est fluide comme le courant d’une rivière. On se laisse facilement emporter, sans broncher car c’est bien agréable de se laisser submerger par ces sons. Je voix que c’était un des singles de l’album et ça aurait difficilement pu être autrement. J’aime beaucoup la voix de Shigeru Kishida, mais la présence des percussions de Nobuyuki Mori m’impressionne aussi beaucoup. Sur le septième morceau Eien (永遠), la batterie est omniprésente et accapare toute l’attention. C’est un des morceaux que je préfère de l’album. Team Rock, comme son nom l’indique, reste résolument rock mais mélange les ambiances avec des morceaux plus pop aux accents électroniques et d’autres quasi instrumentaux et expérimentaux (C’mon C’mon) et d’autres beaucoup plus agressifs (Train Rock Festival). En fait, j’adhère beaucoup au style de la plupart des morceaux de l’album, mais il y a trois morceaux qui me laissent complètement indifférent: Karē no Uta (カレーの歌), Meiro Game (迷路ゲーム) et River (リバー). L’album ne forme pas vraiment un ensemble cohérent car il part sur plusieurs pistes, et de ce fait, il y a quelques directions qui me plaisent moins. Ceci étant dit, la qualité des morceaux est indéniable et l’envie d’en découvrir plus me démangeait déjà après avoir écouté Team Rock plusieurs fois.

J’ai donc continué un peu après avec Zukan (図鑑). Je me doutais fortement que Zukan était une valeur sûre car je l’avais déjà vu cité dans une ou plusieurs listes regroupant les meilleurs albums japonais de toutes les temps (ou des 20-30 dernières années). Il s’agit de leur deuxième album majeur, après Sayonara Strangers que je pense écouter un peu plus tard (notamment parce que Sheena Ringo le recommandait dans son émission de radio Etsuraku Patrol). Je trouve Zukan, sorti en 2000, meilleur que Team Rock, plus brut dans sa facture. En fait, non, il est différent plutôt que meilleur. L’adoption de sons électroniques sur Team Rock me rappelle une transition similaire constatée pour le groupe Supercar sur leur album Highvision (2002) par rapport à leur premier album Three Out Change (1998), aux sons beaucoup plus bruts. Zukan est excellent de bout en bout, sauf le morceau Homerun vers la fin que je n’aime pas beaucoup. Il y a un certain nombre de morceaux très puissants comme Māchi (マーチ), Aoi Sora (青い空) ou encore Machi (街). Kishida y pousse sa voix qui ne devient pourtant pas agressive. C’est ce qui m’avait d’abord surpris sur le troisième morceau de l’album Aoi Sora, car le morceau démarre très fort avec son riff de guitare lourd, mais l’intensité de la voix de Kishida ne dépasse pourtant pas le flot des guitares. En fait, toute la beauté du morceau vient de ce contraste. Zukan mélange les influences, comme sur Team Rock. Je n’aime pas beaucoup comparer avec les groupes américains, mais je vois des accents musicaux me rappelant Beck sur un morceau comme Millenium (ミレニアム) ou Nirvana et le grunge de Seattle sur Cyanosis (チアノーゼ). Je n’aime pas faire ce genre de comparaison car je vois régulièrement des critiques musicaux occidentaux qualifiés des groupes ou artistes japonais en fonction de leur ressemblance avec un autre groupe ou artiste occidental (par exemple, telle artiste est la Björk japonaise…), ce qui est une tentative d’ignorer les particularités et l’originalité d’un groupe ou artiste en les ramenant vers la vulgaire copie. Je dirais plutôt que Quruli prend en compte des influences multiples mais construit au final un son qui lui reste propre, notamment dans cette certaine retenue dans l’énergie qu’il dégage et ce mélange des genres rock jusqu’à l’expérimentation des sons. Le superbe morceau Mado (窓) est un autre bon exemple d’un mélange d’influence, sauf qu’il fait référence à un rock que je devine sans connaître. L’album excelle également dans les morceaux plus apaisés comme le dixième Byōbugaura (屏風浦). J’ai un peu plus de mal avec la fin de l’album (les trois derniers morceaux) et j’aurais préféré qu’il j’arrête sur Russia no Roulette (je fais un blocage sur les shalala-lala du morceau Homerun). Ça ne m’empêchera pas de continuer à découvrir leur musique un peu plus encore

雑司ヶ谷の姫

Nous visitons beaucoup de sanctuaires et de temples ces derniers temps. Celui que j’ai visité, seul cette fois-ci, dimanche matin dernier se trouve à Zōshigaya (雑司ヶ谷), une des stations de la ligne de métro Fukutoshin, au delà de Shinjuku et tout près d’Ikebukuro. L’envie de visiter cet endroit aurait pu être liée au nom du lieu qui m’intrigue ou au fait qu’il est traversé par un petit tram pittoresque de la ligne Toden Arakawa Line, aussi appelé Tokyo Sakura Tram. Mais je suis venu jusqu’ici pour une autre raison. Je voulais voir de plus près le temple Hōmyōji où a été tournée la vidéo de Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) de Sheena Ringo. La première fois que j’ai vu la vidéo de ce morceau il y a plus de vingt ans, certainement sur la chaîne du câble Space Shower TV que je regardais en boucle à cette époque, j’ai tout de suite été impressionné par l’ambiance qui s’en dégageait, assez déconcertante pour ses tons sombres et pour le flottement continue de l’image comme si Sheena était observée par un spectre qui lui tournerait autour. Le morceau en lui-même laisse une empreinte forte en mémoire lorsqu’on l’écoute pour la première fois, mais la vidéo contribue également beaucoup à l’impact que le morceau nous laisse. J’étais tout d’abord persuadé que la vidéo avait été tournée dans le sanctuaire Hanazono, accolé au petit quartier de Golden Gai à Kabukichō, mais je me suis ensuite rendu compte que ce n’était pas le cas. En fait, je pense que la photo de couverture du single, où l’on voit le visage de Sheena et une des rues de Golden Gai en arrière-plan, m’a initialement fait penser que la vidéo était filmée au même endroit. L’histoire raconte que Sheena a écrit ce morceau après avoir été accostée, alors qu’elle rentrait chez elle, par un rabatteur à Shibuya lui proposant de manière plutôt agressive un job dans un club peu recommandable de Kabukichō. Elle était fraîchement arrivée de Fukuoka et travaillait à cette époque là dans un magasin de disques de Shibuya. L’histoire dit également qu’elle n’a jamais mis les pieds à Kabukichō avant l’enregistrement de Kabukichō no Joō, ce qui est assez intéressant car ce morceau et sa vidéo ont eu une empreinte tellement forte qu’on a fini par associer Sheena Ringo à Shinjuku, ce qui est d’ailleurs à l’origine directe du style Shinjuku-kei dont elle est la seule représente.

Images extraites de la vidéo de Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) par Sheena Ringo sur son premier album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム).

Pour alterner avec les concerts, je me suis mis en tête de regarder les DVDs de la série Seiteki Healing en commençant par le premier (性的ヒーリング~其ノ壱~) sorti le 10 Novembre 1999. La vidéo de Kabukichō no Joō est présente sur ce DVD et la revoir m’a donné l’idée et l’envie de me rendre dans le temple où elle a été tournée. En fait, je sais depuis longtemps que cette vidéo n’est pas été tournée à Kabukichō mais dans un temple quelque part dans l’arrondissement de Toshima. Je n’avais cependant pas poussé la curiosité jusqu’à aller voir le lieu de mes propres yeux. Comme je marche souvent aux mêmes endroits en ce moment, la perspective de découvrir un nouveau lieu m’attirait beaucoup, en plus du fait de partir à la recherche de ce lieu de tournage comme on pourrait partir pour une chasse au trésor. Arrivé à Zōshigaya, je marche directement vers le temple principal de Hōmyōji. L’enceinte est assez vaste et je l’explore méthodiquement à la recherche de la série de torii rouges distinctifs des autels dédiés au renard Inari, que l’on peut voir dans Kabukichō no Joō. Je tourne en rond et ne trouve rien. Je m’approche du cimetière tout en me disant que je fais fausse route. Je décide de faire le tour de l’enceinte du temple pour voir si on peut accéder à d’autres dépendances. Le long d’une allée étroite longeant le cimetière, je tombe finalement sur un chemin étroit coincé entre des habitations et l’enceinte du temple. On y trouve une longue série de torii rouges formant un chemin zigzaguant entre les murs. Je me dis que ça doit été l’endroit que je cherche, mais je n’en ai pas la certitude. En fait, je me souviens très bien d’inscriptions en kanji affichées sur un muret en ciment gris que l’on peut voir dans la vidéo. Mais je ne retrouve pas cet endroit ici. Après avoir marché jusqu’à l’autel Inari, je reviens sur mes pas sans être vraiment convaincu d’avoir trouvé le bon endroit. En sortant du chemin, je continue à faire le tour de l’enceinte du temple, mais la rue que j’empreinte m’en éloigne et je finis par rebrousser chemin. Je refais un tour à l’entrée du temple, explore d’autres recoins mais sans succès. Les inscriptions en kanji ont peut-être été effacées avec le temps. Peut-être étaient elles spécialement écrites pour la vidéo? Cette vidéo a été tournée il y a plus de vingt ans et les lieux ont peut-être changé entre temps, l’espace intérieur du temple a peut-être été modifié. J’ai tout de même du mal à me convaincre de cela car les sanctuaires et temples sont en général des espaces immuables. Le temps passe et il faut bien que je me rende à l’évidence que je ne trouverais pas d’indices ici.

Je décide de repartir vers la gare en empruntant une route un peu différente me faisant découvrir un autre temple. J’apprends très vite qu’il s’agit en fait d’une dépendance faisant partie du même ensemble. Kishimojin-dō (鬼子母堂) fait partie intégrante de Hōmyōji même si ces deux temples ne sont pas directement reliés l’un à l’autre. Par rapport au reste de Hōmyōji, Kishimojin-dō se situe dans un espace beaucoup plus ouvert qui donne une impression de grandeur au bâtiment. Je visite d’abord le bâtiment principal. Une veille dame insiste pour que je prenne un petit livret explicatif car on y trouve toutes les informations nécessaires sur ce lieu. Je ne refuse pas car c’est proposé gentiment. Je dois avoir la tête d’un touriste égaré. En visitant les lieux, j’apprends que ce temple favorise les naissances et que les fidèles voulant avoir des enfants viennent prier ici depuis l’époque Edo. Je pense demander un goshuin mais je n’ai pas amené mon livret. En regardant autour de moi depuis la plateforme surélevée en bois du temple, j’aperçois un peu plus loin une série de torii qui me redonne un peu d’espoir. L’alternance de torii rouges et de tiges métalliques blanches portant des drapeaux rouges ressemble beaucoup plus à ce que j’ai pu voir sur la vidéo de Kabukichō no Joō. L’autel au fond de l’allée ressemble également à celui de la vidéo. L’allée de torii entoure un arbre Ginkgo géant de 6.30m de circonférence et 10m de haut, désigné monument national. J’emprunte l’allée dans un sens et dans l’autre pour essayer de refaire le lien avec la vidéo. En m’écartant un peu de l’allée, je découvre finalement les inscriptions en kanji que je recherchais, inscrites sur un mur de ciment gris. Les kanji sont en partie effacés mais il s’agit bien des mêmes inscriptions que dans la vidéo. Il n’y a pas de doutes, il s’agit bien du lieu de tournage. Alors que je m’approche un peu plus du mur en marchant dans les herbes hautes, un chat noir et blanc fait soudainement son apparition. Il est sorti de nulle part, ou du moins je ne l’avais pas vu jusqu’à maintenant. Il n’a pas peur et vient même à ma rencontre comme pour m’accueillir en ce lieu. Il s’assoit quelque instant près d’un des arbres à l’endroit exact où Sheena était assise guitare en mains dans la vidéo. J’ai à ce moment précis la certitude qu’il s’agit bien de l’endroit que je recherchais. Il n’y a plus aucun doute possible, j’ai enfin trouvé l’endroit où a été tourné Kabukichō no Joō. Je repars vers la gare de Zōshigaya avec un air satisfait, similaire à celui que je peux avoir lorsque je découvre volontairement ou par hasard de l’architecture remarquable aperçue dans des livres ou des magazines.

Images extraites de vidéos du DVD Seiteki Healing Sono Ichi (性的ヒーリング~其ノ壱~) de Sheena Ringo. De haut en bas: les crédits, Remote Controller (リモートコントローラー ) et Memai (眩暈).

Outre Kabukichō no Joō, le DVD Seiteki Healing Sono Ichi (性的ヒーリング~其ノ壱~) contient les vidéos de Kōfukuron (幸福論), Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。), Honnō (本能) ainsi qu’une version alternative de Koko de Kiss Shite. Le point intéressant est que Sheena Ringo y ajoute des vidéos supplémentaires, comme celle de Tsumiki Asobi (積木遊び) qui n’est bizarrement pas annoncée sur le livret accompagnant le DVD mais qui est bien présente à la suite d’un autre morceau. On y voit également des publicités parodiques pour d’autres morceaux de l’album Muzai Moratorium ou des B-sides de single. La courte vidéo du morceau Remote Controller (リモートコントローラー ) en B-side du single Koko de Kiss Shite ressemble à la bande annonce d’un film d’horreur. Ce morceau lui était venu en tête alors qu’elle recherchait en plein stress la télécommande de sa chaîne hi-fi. Ce sentiment est exacerbé dans cette fausse bande annonce. Memai (眩暈), l’autre morceaux en B-side sur Koko de Kiss Shite, a également sa petite vidéo aux couleurs sombres et saturées. Sheena est habillée de la même façon que dans la version alternative de la vidéo de Koko de Kiss Shite donc j’imagine que les vidéos ont été filmées en même temps. Je ne reconnais pas, par contre, les lieux où la vidéo a été tournée, qui ressemblent à une banlieue tokyoïte quelconque. Il y a également une petite vidéo amusante montrant la chaîne de production de CDs de Toshiba EMI, commentée par Sheena avec des expressions de voix volontairement exagérées. Les crédits du DVD s’affichent au dessus d’une vidéo en noir et blanc montrant un corbillard traditionnel japonais roulant dans un tunnel. Ce choix est très particulier mais l’image et l’effet visuel sont très beaux. On ne voit plus beaucoup de corbillards dans ce style traditionnel, aux formes ressemblant à un toit de temple bouddhiste. Il me semble qu’il était beaucoup plus commun d’en voir dans les rues, il y a vingt ans.

Images extraites de la vidéo de Kōfukuron Et de la version alternative de Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。) de Sheena Ringo.

Sur la vidéo de Kōfukuron, on reconnaît tout de suite le parc olympique de Komazawa, construit et utilisé pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Les scènes de la vidéo se déroulent en partie sur la grande place située entre le stade olympique et le gymnase. Sheena est allongée sur le sol, en bas des escaliers donnant sur cette place. J’aime beaucoup ce parc, cette place très étendue et ouverte et la fine tour de contrôle ressemblant à un plongeoir monté sur une minuscule piscine. Je ne reconnais par contre pas les lieux sur les scènes alternatives de la vidéo de Koko de Kiss Shite. On y voit des images d’un collège mais pas assez pour identifier clairement le lieu. En fait c’est plutôt sa tenue et sa coiffure hirsute qui m’intéressent et m’interpellent, car ça me rappelle la mode vestimentaire que l’on pouvait voir à Harajuku et à Shibuya à cette époque, à la toute fin des année 1990. J’imagine que la vidéo a été tournée en 1999. J’aime d’ailleurs beaucoup regarder le compte Instragram du feu magazine Fruits, qui montre jour après jour ses archives photographiques des années 1999 et 2000. Je me souviens bien de ces mélanges vestimentaires volontairement mal coordonnés et multicolores, mais j’avais oublié la mode des dreadlocks que l’on voit sur de nombreuses photos. Je comprends un peu mieux pourquoi Mari était coiffée de cette façon à l’époque, avant que je la connaisse. La mode actuelle est bien différente, beaucoup plus standardisée et donc moins fantaisiste dans son ensemble. Sauf peut être pour la coloration des cheveux qui est en plein boom en ce moment et qui n’était, il me semble, pas aussi étendue à la fin 1990/début 2000.

Image extraite de la vidéo de Tsumiki Asobi (積木遊び) de Sheena Ringo.

On peut dire que Sheena change beaucoup de personnalités dans ses vidéos et brouille les pistes. La vidéo de Honnō en tenue d’infirmière est maintenant devenue iconique. Dans les émissions de radio Etsuraku Patrol, elle s’est d’ailleurs plusieurs fois défendue de voir faire du cosplay. Le kimono est régulièrement de sortie dans les vidéos de Sheena Ringo et Tsumiki Asobi est peut être bien la première video où elle apparait habillée de cette manière. Les tenues et l’image sont très colorées et saturées. Les mouvements de caméra sont tellement rapides que la vidéo donne le tournis. Je pense que c’est la première fois que je la vois, en entier du moins, et je me demande pourquoi le morceau n’était pas annoncé sur la pochette du DVD. A noter également que Sheena y joue du koto. Je parlerais certainement des autres DVDs de vidéos de cette série Seiteki Healing dans des billets suivants, car ils ont tous ce genre de petites particularités qui me donnent à chaque fois l’envie de m’étendre en écriture.

Pour revenir à Kabukichō no Joō, la formation musicale qui interprète ce morceau se nomme Zetsurin Hectopascal (絶倫ヘクトパスカル) et se compose de Sheena au chant et à la batterie, Susumu Nishikawa à la guitare électrique et Seiji Kameda à la guitare basse. Le fait que Sheena joue de la batterie sur ce morceau m’a étonné. J’aime beaucoup les surnoms donnés dans les crédits du morceau sur la pochette du single. Sheena se fait appeler Shiina “Sadist” Ringo Hime (椎名 »サディスト »林檎姫), c’est à dire la princesse sadique, qui j’imagine fait référence directe aux paroles de Kabukichō no Joō où elle prend le rôle de la fille de la reine de Kabukichō, qu’elle deviendra elle-même ensuite. Kameda se fait appeler Kameda “Man Shintan” Seiji Shishō (亀田 »マン・シンタン »誠治師匠). Je ne connais pas le sens de Man Shintan, par contre Shishō veut dire maître. Sur la pochette du single, cette appellation est également sous-titrée en Sensei en hiragana qui signifie professeur. C’est le rôle qu’il joue auprès de Sheena depuis ses débuts. Au hasard de mes recherches Internet, je tombe sur une interview de kameda assez récente datant d’avril 2019 pour une rubrique du journal Asahi en version digitale intitulée Otonatte, Omoshiroi (オトナって、おもしろい). Ce titre signifie en quelque sorte que les adultes qui ont un peu de bouteille et d’expérience des choses de la vie ont des choses intéressantes à nous raconter. Kameda revient 20 ans en arrière à l’époque de ses débuts avec Sheena en tant qu’arrangeur de ses premiers morceaux. L’interview est intéressante car elle donne une bonne idée de la relation entre Sheena et Kameda, le fait qu’elle était vue comme une personne de talent mais aussi comme une pile électrique incontrôlable par la maison de disques (Toshiba EMI). Kameda, qui se fait appelé Kame-chan par la maison de disques, était apparemment la seule personne en mesure de la faire s’épanouir musicalement, tout en jouant les remparts vis-à vis des opinions standardisées de la maison de disques afin de protéger sa vision artistique. Sheena avait 19 ans à cette époque et Kameda, de 14 ans son aîné, devait avoir une plus grande expérience et maturité dans le monde ‘impitoyable’ de la production musicale. Le fait que Sheena se surnomme elle-même comme une ‘princesse sadique’ donne l’idée qu’elle a une grande conscience d’elle-même et reconnaît être difficile à gérer et à priori sans compromis. Kameda a certainement joué le rôle de canalisateur de cette énergie mais également celui de souffre-douleur en allant sur le front face à la maison de disques. Le sadisme est peut être bien là.

林檎さんの件で最初に僕が連絡を受けたのは、1997年の春か夏だったと思います。彼女が所属するレコード会社のディレクターから、「新しい女性アーティストをデビューさせることになったんだけれど、今までになかったような歌詞、今までになかったような曲、そして本人も奇想天外なアイデアを持っていて、我々では手に負えない。でも亀ちゃんだったら彼女のいいところ、僕らがどうしていいかわからないところを引き出してくれるんじゃないか」という相談を受けたんです。
そういう僕の仕事を見ていた方々が、「亀ちゃんだったらこの子と向き合えるだろう」と思ってくれたみたいです。

Je pense que la première fois que j’ai été contacté au sujet de Ringo-san était au printemps ou à l’été 1997. Le directeur de la maison de disques à laquelle elle appartient (Toshiba EMI) m’a consulté à son sujet: « Je suis censé faire les débuts d’une nouvelle artiste féminine, mais elle écrit des paroles comme j’en ai jamais vu auparavant, des chansons comme j’en ai jamais entendu avant, et la personne en elle-même a en plus des idées des plus étranges. Nous n’allons pas parvenir à la gérer nous-même. Mais si c’était toi qui t’occupait d’elle, tu pourrais faire ressortir d’elle ses bons points que nous sommes bien incapables de comprendre pour les faire émerger. » … Les gens qui suivaient mon travail semblaient penser que je serais en mesure de faire face à cette jeune fille.

その後は約1年間、一緒にデモテープを作り続けました。レコード会社からは「もっとこういうふうにして」とか「こうしないと売れないよ」とか、いろんなことを言われましたね。会議にも何度も呼び出されました。
でも僕は「今までにないものだからやるんだ、待っている人がいるから」と言って、一切の雑音をはねのけました。ある意味、林檎さんの盾になった。当時32、3歳の僕がレコード会社を相手にそれをやったわけですから、自分で言うのも変ですが、よく頑張って守ったと思います。林檎さんも、そんな僕を「師匠」と呼んで信頼してくれるようになりました。

Après cela, nous avons continué à faire des cassettes de démo ensemble pendant environ un an. La maison de disques disait diverses choses, telles que «faites plus comme ci ou plus comme ça, sinon ça ne se vendra pas». J’ai été convoqué plusieurs fois en réunion.
Mais j’ai maintenu: «Je vais le faire à sa manière car c’est quelque chose qui ne s’est jamais fait auparavant, et parce qu’elle m’attend au tournant », et j’ai rejeté tout ce bruit autour de moi. En un sens, je suis devenu un bouclier pour Ringo-san. A l’époque, j’avais 32 ou 33 ans, je l’ai fait pour une maison de disques, donc c’est bizarre pour moi de le dire, mais je pense que j’ai fait de mon mieux pour la protéger. Ringo-san m’appelait « maître » ce qui voulait dire qu’elle me faisait confiance.

L’interview nous explique aussi que le courant (électrique) a tout de suite bien passé entre eux car ils ont tous les deux des gouts très éclectiques en musique, comme on peut s’en rendre compte pour Sheena sur son album de reprises Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~). En regardant les concerts de Tokyo Jihen, j’ai toujours eu cette image de Kameda comme étant une figure rassurante, un pilier qui maintient solidement le groupe. Ce sont d’ailleurs des sujets dont on parlait intensément et passionnément avec mahl et Nicolas dans les commentaires du long billet “se perdre dans un vert profond”. Dans l’interview, Kameda revient également sur sa coupe de cheveux en iroquois qu’on peut voir sur les premiers concerts jusqu’à Electric Mole, en expliquant que Sheena lui avait demandé, et que ça avait même changé en positif la perspective qu’il a de lui même.

「師匠、もしかしたら……モヒカンとかお似合いかも」

«Maître, peut-être… peut-être que ça t’irait bien si tu te coiffais en iroquois ou quelque chose dans le genre. »

Ceci me laisse penser qu’ils travaillent bien ensemble et pendant aussi longtemps car ils ont des influences et une culture similaires mais aussi des approches complémentaires, notamment dans leurs manières d’être. On ressent à travers les propos de Kameda dans cet interview une grande inspiration mutuelle.

Et en parlant de Kameda, je viens de me rendre compte récemment à travers un message qu’il a publié sur Twitter qu’il est l’arrangeur de tous les morceaux de AiNA The End sur son premier album The End sorti le 3 Février. C’est amusant car, comme je le mentionnais déjà, j’avais indiqué le nom d’AiNA à la question de l’enquête du fan club Ringohan nous demandant de donner des idées d’artistes pour lesquels Sheena pourrait écrire des chansons. Je ne savais pas à ce moment là que Kameda était autant impliqué dans la production de l’album d’AiNA. Ça augmente tout d’un coup la probabilité que mon pronostic se réalise un jour. C’est un sujet à suivre. Sur son compte Twitter, Kameda fait un retweet d’une petite vidéo montrant AiNA devant un mur d’écrans géants affichant des extraits de ses vidéos récentes. La scène se passe dans la gare de Shibuya et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir par moi-même le soir même et de prendre quelques photos. Je commence juste à écouter son album, morceau par morceau, mais pas encore en totalité. J’aime beaucoup pour l’instant les morceaux que j’ai pu écouter mais on n’atteint pas cependant l’intensité émotionnelle et visuelle du morceau Niji dont je parlais auparavant. J’aime beaucoup un morceau comme NaNa dont la musique me fait d’ailleurs un peu penser à l’ambiance musicale de Sheena Ringo. Ça doit être la touche Kameda. La voix voilée (Husky voice, comme on dit) d’AiNA The End est pourtant très différente et n’atteint pas les sommets de ce qu’on peut entendre chez Sheena. Mais j’ai le sentiment qu’AiNA admire Sheena et voudrait marcher sur ses traces. L’album est très orienté balades et certains morceaux sont un peu trop calmes et doux à mon goût, mais il faut lui reconnaître un très bon sens de la mélodie et une voix très attachante. J’y vois aussi un côté reposant qui me plait bien finalement. Il faut savoir qu’elle a écrit les paroles et la musique de tous les morceaux et que certains datent d’il y a plusieurs années. Je me demande comment les amateurs de BiSH réagissent à cet album solo d’AiNA. Je trouve personnellement que les ambiances sont très différentes et que l’album The End est plus posé que ceux qu’on connaît de BiSH qui peut partir parfois dans les extrêmes. Il est forcément plus personnel et cette ambiance me plait beaucoup.

se perdre dans un rouge profond

Il me reste encore quelques photographies de l’année dernière à montrer sur ce blog. Celles ci-dessus ont été prises en fin de journée au grand sanctuaire de Kanda, communément appelé Kanda Myōjin, dans les derniers jours du mois de Décembre. La lumière de fin de journée venait accentuer les couleurs rouges vermillon de la grande et magnifique porte Zuishin-Mon, construite en cyprès. La richesse de l’endroit tape tout de suite à l’oeil. Il s’en dégage une certaine ‘puissance’ que j’aurais du mal à expliquer mais que j’ai ressenti. Peut-être est-ce la richesse de l’architecture, notamment des toitures et de la porte principale, qui me donne ce sentiment. Kanda Myōjin fait d’ailleurs partie des Tokyo Jissha (東京十社), les 10 sanctuaires de Tokyo sélectionnés par l’Empereur Meiji, dans différents lieux de Tokyo, pour apporter prospérité à la ville. Nous avons déjà visité plusieurs sanctuaires de cette sélection, comme celui de Nezu, celui de Hikawa à Akasaka, ou encore celui de Hie, de Shinagawa ou encore de Kameido. Il faudra qu’on les visite tous pour compléter notre collection de goshuin. C’était la première fois que je venais à Kanda Myōjin, mais je suis pourtant passé plusieurs fois à quelques rues de son entrée sans avoir eu l’idée de m’y rendre. Le portique torii se trouve sur la pente Shin-Tsumakoi-zaka (新妻恋坂) dans le prolongement de la rue Kuramae-dori. Le nom de cette pente parlant d’amour d’une femme m’intrigue beaucoup. Juste à côté de ce torii, un vieil établissement s’appelant Amanoya et datant de l’époque Edo prépare et vend du amazake. Je n’ai pas résisté à l’envie de commander un verre. J’aime beaucoup prendre le temps de boire un verre d’amazake chaud, dehors dans la rue ou devant un sanctuaire, lorsqu’il fait froid. J’ai le sentiment que ce moment, bien que court, me donne assez de temps pour observer les choses autour de moi, de m’y attarder un peu plus, plutôt qu’être toujours en mouvement. Je rêve parfois de pouvoir rêver un peu plus.

Tokyo Jihen nous fait la surprise de sortir un nouveau morceau intitulé Whiteout (闇なる白) le 23 Janvier 2021. Après les deux morceaux sortis au mois de Novembre 2020, Blue ID (青のID) et Veil of Life (命の帳), le groupe est en pleine activité pour notre plus grand plaisir. En annonçant ce nouveau single, Tokyo Jihen en profite pour nous rappeler que leur prochain album original est en cours de production, mais sans donner de date de sortie. Whiteout est un morceau composé par Izawa Ichiyō, qui est particulièrement actif depuis la réformation car il a également écrit Veil of Life (命の帳) et Aka no Dōmei (赤の同盟), entre autres. Izawa a un talent certain pour construire des morceaux atypiques et je trouve que tout ce que Tokyo Jihen a sorti depuis Aka no Dōmei (赤の同盟) en Aout 2020 suit cette même veine musicale. J’ai souvent envie de parler de Tokyo Jihen ces derniers mois, notamment car je suis épaté par leurs nouvelles compositions qui sortent des formats classiques. C’est le cas de Whiteout qui est musicalement superbe. Il est chanté à plusieurs voix (Sheena, Ukigumo et Izawa) mais seule celle de Sheena a un léger effet vocoder, un peu comme sur le morceau Nagaku Mijikai Matsuri, mais en moins prononcé. Certaines personnes sautent au plafond à la première utilisation d’un vocoder mais ce n’est pas mon cas. Je ne saute pas non plus au plafond quand Sheena chante à travers un mégaphone qui triture complètement sa voix. Toujours est il que la variation de tonalités du chant de Sheena est toujours pour moi un point d’interêt majeur. Le morceau n’a pas vraiment l’allure d’un single qui passerait à la radio, peut être parce qu’il est un peu court à 3 minutes. Je l’imaginerais bien en premier titre du futur album. Je dis peut être cela car la partie instrumentale électronique au 2/3 du morceau était déjà présente dans le teaser 東京事変2020+X et ressemble donc à une annonce pour le prochain album. Veil of Life (命の帳) reste le morceau que je préfère depuis leur réformation mais j’aime aussi énormément ce dernier morceau, ce qui laisse présager de bonne choses pour le nouvel album. Je pense qu’il sera moins conventionnel que le EP News de début 2020.

J’arrive assez bien jusqu’à maintenant à alterner les concerts de Sheena Ringo avec ceux de Tokyo Jihen. Après la revue de Just Can’t Help It de Tokyo Jihen, je reviens donc naturellement vers un concert solo de Sheena Ringo, même si Tokyo Jihen n’est pas très loin. Je regarde cette fois-ci le DVD de Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō (第一回林檎班大会の模様), sorti le 21 Février 2007. Comme pour Electric Mole, je l’ai acheté sur Mercari à un particulier vivant à Fukuoka. Il s’agit d’une captation vidéo de deux séries de concerts sous le nom Dai Ikkai Ringohan Taikai Adult Only (第一回林檎班大会 アダルト・オンリー) qui se sont déroulés les 12 et 13 Décembre 2005 au Garden Hall de Yebisu Garden Place à Ebisu, ainsi que les 20 et 21 Décembre 2005 dans la salle Daikanyama Unit. Les ambiances de ces deux salles étant très différentes, plutôt formelle pour le Garden Hall à Ebisu et underground pour Daikanyama Unit, les concerts qui y sont joués ont donc également des styles très différents. Comme le nom l’indique, il s’agissait de concerts réservés uniquement aux membres du fan club Ringohan (林檎班) et le public dans chacune des salles était donc limité, 1500 personnes au Garden Hall et 500 personnes au Daikanyama Unit.

Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō est assez particulier car Sheena évolue déjà au sein de Tokyo Jihen à cette époque, mais plus dans sa première phase Dai-Ikki (第一期) car Hiizumi et Hirama sont déjà partis. En fait il s’agit du premier concert de Tokyo Jihen en deuxième phase Dai-Niki (第二期), car Izawa et Ukigumo ont intégré le groupe en Septembre 2005 et ces quatre dates de concerts se déroulent deux mois après en Décembre 2005. Chronologiquement parlant, Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō se déroule après Dynamite Out (2005) et avant Domestic! Virgin Line et Just Can’t Help It (2006). C’est aussi le premier concert en solo de Sheena Ringo depuis Electric Mole en 2003. Ce n’est par contre pas la première fois que Sheena se produit sur scène avec une orchestration de Neko Saito, car il était déjà présent sur Baishō Ecstasy (2003). En y pensant maintenant, ce concert laissait déjà présager l’album orchestral Heisei Fūzoku (平成風俗) qui sortira deux mois après le DVD, en Avril 2007. Les morceaux joués lors de ces concerts sont donc un mélange de titres de sa carrière solo et d’autres de Tokyo Jihen, mais aussi des reprises dont certaines sont présentes sur Utaite Myōri.

Le DVD ne montre en fait que des parties des deux séries de concerts. Les deux concerts au Garden Hall les 12 et 13 Décembre 2005 se composaient de deux parties distinctes. La première partie faisait intervenir Tokyo Jihen pour 7 morceaux de leurs deux premiers albums tandis que la deuxième partie était consacrée à Sheena Ringo en solo mais accompagnée sur 10 morceaux par Neko Saito et par un orchestre de 27 personnes pour 10 instruments classiques. Seule cette deuxième partie de Sheena Ringo solo est montrée en intégralité sur le DVD Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō. Pour les dates du 20 et 21 Décembre 2005, le concert était également divisé en deux parties indépendantes. La première partie voyait Sheena Ringo collaborer sur scène avec le chanteur folk Hasegawa Kiyoshi (長谷川きよし) pour 8 morceaux, tandis que Tokyo Jihen interprétait la deuxième partie avec une série similaire à celle jouée lors des dates au Garden Hall de Yebisu Garden Place. Seule la première partie avec Sheena et Hasegawa Kiyoshi est montrée sur le DVD. En fait, toutes les séquences avec Tokyo Jihen ont été exclues du DVD sauf un morceau en rappel sur les dates au Daikanyama Unit. Je n’aime en général pas trop quand les concerts sont découpés, mais c’est beaucoup moins gênant de le cas de Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō car il s’agissait de parties très distinctes qui ont été enlevées, plutôt que des morceaux au milieu du concert. Mais j’aurais quand même été très intéressé de voir comment Tokyo Jihen interprète les mêmes morceaux dans des ambiances très différentes, entre le classicisme du Garden Hall et l’aspect très rock underground du Daikanyama Unit. Dans son ensemble, Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō donne une atmosphère intimiste dans l’esprit des concerts Baishō Ecstasy deux années auparavant en 2003 et Tōtaikai beaucoup plus tard en 2013.

Un peu comme sur Baishō Ecstasy d’ailleurs, le concert commence par Kareha, une reprise des Feuilles Mortes de Jacques Prévert, chantée en français par Sheena et accompagnée par le seul violon de Neko Saito. La scène se passe d’abord dans le noir presque complet. Neko en premier puis Sheena ensuite arrivent tranquillement en marchant vers le milieu de la scène entourés de halos de lumière. Le morceau n’est pas interprété en entier car l’orchestre au complet se met soudainement en mouvement pour le morceau qui suit, Kabukichō no Joō. Sheena regarde droit devant elle, sans sourire et avec un air extrêmement décidé. J’aime beaucoup ce regard sans compromis qu’elle nous montre souvent pendant ce concert. Elle est d’abord habillée d’un manteau noir qu’elle va ensuite enlever d’un mouvement brusque pour laisser apparaitre une robe de couleur rosée qu’elle gardera pendant tout le reste du concert. On peut même noter un certain air de satisfaction sur son visage après ce changement de vêtements. Ces changements brusques de tenues de scène sont même devenus une marque de fabrique de ses concerts. Orchestration étendue oblige, il y a plusieurs morceaux de KSK présents sur cette première partie de concert notamment Ishiki, STEM puis Meisai en final dans les rappels. Ces versions sont très réussies même si je ne suis pas certain que ce soient les meilleures versions que j’ai pu entendre de ces morceaux. Disons qu’il n’y a pas vraiment de spécificités, musicalement ou visuellement, dans les versions de ce concert par rapport aux autres concerts que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. Le décor est très sobre sans écrans et sans effets d’éclairage très évolués. Ma première impression était de penser que ce concert n’était pas indispensable dans la discographie vidéo de Sheena Ringo, mais l’ambiance très intimiste du lieu rend en fait ce type de concert très attachant. Comme il s’agit d’un concert uniquement réservé au fan club Ringohan, je pensais qu’il serait plus détendu et moins formel, mais Sheena se donne à fond en toutes situations. Le final de STEM se révèle d’ailleurs être plein d’émotion, dans sa voix aux bords des pleurs. L’ambiance change ensuite très vite avec Dynamite où Sheena prend un air plus enjoué, appréciant la formation orchestrale qui l’accompagne. Le concert passe son temps à alterner les ambiances, plus émotionnelles ou plus enjouées. Elle annonce ensuite le nom de l’orchestre avec un certain formalisme. Comme on le sait très bien, chaque formation musicale qui l’accompagne prend un nom spécifique en fonction des concerts ou des séances d’enregistrement studio et cette formation là, annoncée par Neko Saito, s’appelle Matatabi Orchestra. Suit ensuite le morceau La Salle de Bain qui est la version orchestrale et en anglais de Yokushitsu de l’album Shōso Strip et que l’on trouve sur le EP Ringo no Uta. Cette version orchestrale est celle que je préfère, surtout pour l’intensité vocale qu’elle y met lors de ce concert. J’aime aussi beaucoup la version de Tōtaikai pour les percussions de Midorin, mais je préfère en fait cette version pour son intensité en milieu de morceau. Le morceau suivant Papaya Mango est présent sur l’album Heisei Fūzoku qui sortira plus tard, et c’est le seul morceau que je n’aime pas beaucoup de cet album. La version live passe mieux mais n’arrive tout de même pas à vraiment me convaincre, même si on apprécie le fait qu’elle chante en français au début. A noter que c’est quand même la deuxième fois qu’elle chante en français pendant ce concert. Le fait qu’elle nous fasse un petit sourire innocent à la fin du morceau en guise de remerciement vaut quand même le détour. Yume no Ato est tout de suite beaucoup plus poignant. Elle se cramponne sur son micro, son visage se tend et elle perd un peu le contrôle de ses mouvements. Ce sont les moments que je préfère dans les concerts de Sheena Ringo, quand elle semble être emportée par le morceau qu’elle interprète. En voyant son visage par moments sur ce morceau en particulier, elle me rappelle un peu Jun Togawa quand elle est également prise par l’intensité de son interprétation. Sheena annonce ensuite qu’il s’agit déjà du dernier morceau. Une personne dans le public crie “Yada” d’une voix assez forte, ce qui la gène visiblement un peu car elle n’est en général pas à l’aise sur ce genre de réaction. Comme elle a toujours un grand souci de satisfaire son public, je pense qu’elle n’aime pas beaucoup ce genre de commentaires qu’elle doit prendre au premier degré. Elle répond aimablement qu’il faudra dire cela à la fin du concert, tout en enchainant sans attendre. Sid to Hakuchumu est censé être le dernier morceau mais elle revient quand même rapidement pour les rappels avec le morceau Meisai de KSK. Elle fait un petit mouvement de ballet avant de démarrer Meisai, mouvement qu’elle n’a jamais fait en concert jusqu’à maintenant, à ma connaissance du moins. Elle fait aussi beaucoup de mouvements d’inclinaison pour remercier le public et va même jusqu’à toucher le sol lors de ce concert. L’interprétation de Meisai est très belle, fonctionnant en duo avec Sheena à la voix et Neko prenant le devant de la scène au violon. Cette interprétation est également très intense. Sheena part avant la fin laissant l’orchestre et Neko partir en improvisation. Les membres de l’orchestre partent les uns après les autres sauf les percussions, le pianiste et le bassiste, laissant Neko s’engager dans un chaos musical au violon du plus bel effet.

On change complètement d’ambiance sur la deuxième partie du DVD, car on se déplace dans la salle de concert Unit à Daikanyama. Cette deuxième partie est musicalement beaucoup moins dense car Sheena est seule au piano pour interpréter d’abord Kōfukuron. Il s’agit bien sûr de la version initiale de ce morceau, celle qu’on trouvait sur son premier single, plutôt que la version chaotique de Muzai Moratorium. On se concentre sur sa voix d’autant plus que l’ambiance est très sombre dans la salle. On ne voit qu’elle sur la scène et il n’y a rien pour nous distraire ou nous extraire de cette voix. La version de Gibs ensuite est très réussie, mais je ne peux m’empêcher de penser que ce morceau n’est pas dans ses morceaux préférés sur Shōso Strip. J’aurais aimé qu’elle interprète pendant ce type de concert intimiste, un morceau comme Onaji Yoru de Muzai Muratorium, qui est le morceau qu’elle préfère sur Muzai Moratorium (elle le disait souvent dans l’émission de radio Etsuraku Patrol). La particularité de cette deuxième partie de concert est la présence de Hasegawa Kiyoshi au chant et à la guitare acoustique. On est tout de suite impressionné par la dextérité de ces doigts à la guitare. Les morceaux en duo démarrent par une reprise de Fly me to the moon. Le duo de voix fonctionne très bien. Le concert continue par Kesho Naoshi qui est également une version très réussie de ce morceau de Tokyo Jihen. Maki, la fille de Hasegawa Kiyoshi, vient ensuite rejoindre le duo. Elle les accompagnera à la flute traversière pour Ringo no Uta et les quelques morceaux qui suivent comme Omatsuri Sawagi. Ce sont également des excellentes interprétations. On ressent un grand respect de Sheena pour Hasegawa, pas forcément dans ses mots mais dans sa manière d’être sur scène et dans la façon dont elle l’accompagne à son entrée et à sa sortie de scène. Je ne connaissais pas particulièrement Hasegawa Kiyoshi mais on comprend vite qu’il est aveugle (il a perdu la vue à l’age de 2 ans), ce qui explique ses lunettes de soleil dans une salle très sombre et les accompagnements à son entrée et sortie. Le meilleur morceau de ce concert est Haiiro no Hitomi, qu’on trouvait sur le premier disque de Utaite Myōri: Sono Ichi. Il s’agit en fait d’un morceau de Hasegawa mais ce n’était pas avec lui que Sheena l’inteprêtait sur Utaite Myōri. Ils y ont tous les deux des voix très puissantes qui traversent la pénombre de la salle, pour arriver jusqu’à l’écran sur lequel je regarde ce DVD. Haiiro no Hitomi est annoncé comme étant le dernier morceau de cette collaboration sur scène, car le suivant est interprété par Hasegawa seul. Il s’agit de Wakare no Sanba qu’il a composé quand il avait 19 ans. Il nous explique que c’est un morceau que Sheena apprécie beaucoup et se demande d’ailleurs pourquoi elle le connait car elle ne devait pas être née à cette époque. Wakare no Sanba est sorti le 25 Juillet 1969. C’est en fait le single de ses débuts. Le DVD se termine sur une courte troisième partie composée d’un seul morceau qui est une collaboration de Tokyo Jihen avec Hasegawa Kiyoshi. Rakujitsu, qui est sorti le mois d’avant en Novembre 2005 avec le single Shuraba, est ici interprété en version quasi acoustique avec quelques effets de guitare électrique de Ukigumo. Seule Sheena chante sur ce morceau dans une ambiance générale détendue car nous sommes dans les rappels.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous la liste des morceaux du DVD Dai Ikkai Ringohan Taikai no Moyō:

Sheena Ringo×Matatabi Orchestra dirigé par Saito Neko (マタタビオーケストラが誘う情憬)
1. Kareha (枯葉), reprise du morceau Les feuilles mortes écrit par Jacques Prévert et composé par Joseph Kosma, présent sur l’album Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~)
2. Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
3. Ishiki (意識), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
4. STEM (茎), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
5. Dynamite (ダイナマイト), reprise du morceau de Brenda Lee et présent en B-side sur le single Sōnan (遭難) de Tokyo Jihen
6. La salle de bain, du EP Ringo no Uta (りんごのうた)
7. Papaya Mango (パパイヤマンゴー), qui sera plus tard sur l’album Heisei Fūzoku (平成風俗)
8. Yume no Ato (夢のあと), de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
9. Sid to Hakuchumu (シドと白昼夢), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
10. Meisai (迷彩), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)

Sheena Ringo×Hasegawa Kiyoshi et sa fille MAKI (長谷川きよしとやさしい唄の世界)
1. Kōfukuron (幸福論), du premier single du même nom
2. Gibs (ギブス), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
3. Fly me to the moon, reprise du morceau écrit en 1954 par Bart Howard
4. Kesho Naoshi (化粧直し), de l’album Adult (大人) de Tokyo Jihen
5. Ringo no Uta (りんごのうた), du EP du même nom
6. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ), de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
7. Haiiro no Hitomi (灰色の瞳), reprise du morceau écrit par Hasegawa Kiyoshi et Kato Tokiko et présent sur l’album Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~)
8. Wakare no Sanba (別れのサンバ), premier single de Hasegawa Kiyoshi

Tokyo Jihen×Hasegawa Kiyoshi pour les rappels (長谷川きよしと東京事変によるアンコール)
1. Rakujitsu (落日), présent en B-side du single Shuraba (修羅場)