every cloud is grey with dreams of yesterday

Ce building Joule A par l’architecte Edward Suzuki à Azabu Jūban ressemble à un nuage gris métallique. Il apporte un peu de poésie à l’environnement urbain hostile composé de jonctions d’autoroutes surélevées. Il faut certes exercer son imagination pour trouver du réconfort dans ce paysage métallique. La surface sur la photographie suivante provient d’un hôtel sans fenêtres à Higashi Azabu. Les pièces de ce building atypique sont éclairées par une ouverture partielle du plafond dans l’espace laissé entre les blocs posés les uns sur les autres avec un décalage. L’ambiance doit quand même y être sombre, mais j’espère quand même qu’on peut voir les nuages, même s’ils sont gris, à travers cette ouverture au plafond. La structure faite de formes simples est très intéressante et sans concession. La dernière photographie montre le motif répétitif d’une résidence près d’Azabu Jūban. Les formes sont triangulaires et me rappellent un peu un autre building plus futuriste, le Sumitomo Fudōsan Azabu Jūban Building, placé à quelques rues de là. Les photographies de ce billet mélange les formes mais restent dans des tons neutres au point où j’aurais pu les montrer en noir et blanc. J’aurais pu également les rendre plus floues ou enfumées pour leur donner une impression de rêve. Mais je n’ai pas beaucoup de temps pour rêver. Je suis venu dans ce quartier d’Azabu à vélo en roulant à toute vitesse et en m’arrêtant brutalement lorsque j’apercevais un building intéressant. Rouler à vélo me permet d’apprécier en accéléré et en distorsion les sons de la rue. J’aimerais retransmettre cette sensation en photographies.

Cette année encore, Ringohan conduit une enquête auprès des membres du fan club. L’enquête a un nom, elle s’appelle OTK no Honkai (OTKノ本懐), ce qu’on pourrait traduire par l’aspiration des Otaku. Dans le langage de Sheena Ringo et ce depuis ses débuts, OTK veut dire Otaku et fait référence aux fans. C’est une manière un peu directe d’appeler les fans, mais ça correspond bien à sa manière directe de parler à ses débuts (elle employait déjà ce terme dans une émission Etsuraku Patrol de 1999). Je pense que cette appellation est due au fait que les fans ont tendance à tout collectionner et à tout savoir sur tout d’un ou d’une artiste. Elle s’était d’ailleurs étonnée plusieurs fois, d’une manière un peu naïve d’ailleurs, de la manière par laquelle les OTK arrivaient à deviner les directions qu’elle allait prendre (le redémarrage de Tokyo Jihen par exemple). Ces enquêtes pour obtenir les avis des OTK ne sont pas conduites tous les ans mais il y avait eu une pour l’année 2020 avec des questions relativement similaires. Cette version 2021 contient par contre plus de questions que celle de l’année dernière, à mon souvenir du moins, et certaines de ces nouvelles questions demandent beaucoup plus d’imagination. Les membres de Ringohan peuvent voir les résultats de l’enquête en temps réel mais ces résultats ne sont pas définitifs et toujours en mouvement jusqu’à la fin de la période de réponse, le 2 Décembre 2021. J’ai moi-même répondu à l’enquête il y a quelques jours.

D’après les résultats que l’on peut voir actuellement, Gunjō Biyori (群青日和) est toujours en première place des morceaux préférés des membres du fan club pour Tokyo Jihen. Il faut dire que bien que ça soit un des premiers morceaux du groupe, ils le jouent très régulièrement, notamment cette année, dans les émissions télévisées auxquelles ils ont participé (et même avec la formation elopers). L’arrivée de Ryokushu (緑酒) en deuxième position n’est pas non plus une surprise. Ce morceau arrive en première place avec une très large avance pour ce qui est des vidéos préférées de Tokyo Jihen. C’était également mon choix car cette vidéo montrant une réunion du groupe a quelque chose de très attachant. Cette vidéo est en quelque sorte représentative de la réunion de Tokyo Jihen après 8 ans d’absence. L’album préféré de Tokyo Jihen reste Sports (スポーツ) suivi du nouveau entrant Music (音楽), et le concert préféré des fans est Bon Voyage. J’ai personnellement listé Ultra C en première position mais le choix est difficile car il y a beaucoup de très bons concerts.

Pour Sheena Ringo en solo, le concert préféré est Hyakkiyakō 2015 en compétition étroite avec Ringo Expo 18. Le morceau préféré est Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック) sans aucune surprise. Je suis toujours très embêté pour choisir un seul morceau donc j’ai à chaque fois sélectionné le morceau TOKYO de Sandokushi, qui se trouve d’ailleurs bien placé dans le classement actuel en cinquième position. L’album préféré est Hi Izuru Tokoro (日出処) suivi de Muzai Moratorium (無罪モラトリアム). La vidéo préférée est Nagaku Mijikai Matsuri (長く短い祭 ) mais le score est serré avec d’autres morceaux et peut donc évoluer jusqu’à la fin de l’enquête. Il nous est également demandé d’indiquer le morceau qui a déclenché notre amour pour la musique de Sheena Ringo ou de Tokyo Jihen. Les trois premiers morceaux listés sont tous tirés de Muzai Moratorium, à savoir dans l’ordre Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。), Honnō (本能) et Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王). En ce qui me concerne, j’ai d’abord découvert Koko de Kiss Shite. quand le morceau passait en extrait au générique de fin de l’émission de Downtown du Jeudi soir (je pense) mais c’est surtout Kabukichō no Joō qui a déclenché mon amour pour la musique de Sheena Ringo.

La population qui a répondu à l’enquête est aux 2/3 féminine et donc 1/3 masculine (ce qui ne change pas beaucoup depuis l’année dernière). J’ai l’impression qu’il y a quand même une légère augmentation de la proportion masculine. Pour ce qui est des tranches d’âge, les répondants sont, dans l’ordre d’importance, des personnes dans leur vingtaine, puis des trentenaires puis des personnes dans leur quarantaine. C’est intéressant de voir que le groupe et Sheena qui sont tous dans leur quarantaine (à part Kameda Seiji qui est un peu plus âgé) attirent une majorité de personnes d’une vingtaine d’années et que les morceaux les plus reconnus sont ceux que Sheena a sorti lorsqu’elle avait 20 ans. Je pense qu’elle doit être très satisfaite de voir que sa musique et celle du groupe soient toujours pertinentes pour les plus jeunes. Qui ne le serait pas d’ailleurs? Cette longévité doit faire des jaloux. Certainement que sa manière d’être plutôt décalée à l’époque de ses vingt ans est vue maintenant comme un modèle de liberté pour la jeunesse. Le mot Jiyū (自由, liberté) est d’ailleurs souvent utilisé dans les paroles de ses morceaux.

Viennent ensuite les questions sur les collaborations éventuelles. J’avais cité King Gnu et AiNA The End l’année dernière, et je cite toujours Daiki Tsuneta cette fois-ci. Daiki Tsuneta est un musicien avec plein d’idées de projets musicaux en tête (King Gnu d’abord, puis Millenium Parade et Perimetron) et je pense qu’il pourrait y avoir des idées intéressantes dans une collaboration entre Tsuneta et Sheena. Je cite également RöE comme jeune compositrice et interprète pour laquelle Sheena pourrait composer un morceau. Pour une interview croisée, j’avais mentionné le nom d’Ichiro Yamaguchi (de Sakanaction) la dernière fois mais en y réfléchissant bien, ça parait peu probable car je ne connais pas de liens, même lointains, entre les deux. Utada Hikaru avait été largement mentionné l’année dernière, ce qui parait complètement logique si on considère les quelques morceaux qu’elles ont interprété en duo dans le passé. J’ai cette fois-ci pensé à UA comme partenaire d’interview, parce qu’il y a un lien en la personne de Kenichi Asai, membre entre autres du groupe Ajico dont fait partie UA et qui a repris du service cette année. Comme elles sont de la même génération (UA est un peu plus âgée) et ont des connaissances en commun, les possibilités d’une interview croisée me paraissent plus probables.

On nous demande également quels produits dérivés on voudrait voir sur la boutique en ligne. Comme les lecteurs de vinyles et de cassettes sont déjà sortis ou sur le point de sortir, je pense qu’il serait temps de penser à un lecteur de CDs portable aux couleurs de Tokyo Jihen (pour rester vintage tout en étant utile). Vu le nombre de CDs qu’on a à la maison, j’aimerais ré-utiliser ce genre de lecteur portable, sans la compression des MP3. Il y a ensuite des questions plus étranges demandant un peu plus d’imagination, par exemple, quelle boutique serait au goût d’Ukigumo, quel onsen pourrait on recommander à Kameda, quel plat voudrions-nous cuisiner avec Hata, quel événement olympique conviendrait à Izawa et que dirait-on à Sheena Ringo si on travaillait dans un café et qu’elle arrivait soudainement. Une autre question qui m’intéressait était de donner le nom d’un artiste ou créatif qu’on recommanderait. J’avais mentionné l’illustrateur Shohei Otomo l’année dernière et je mentionne cette année Yasuto Sasada, un autre illustrateur et peintre, ayant notamment collaboré avec Yohji Yamamoto. Dans le portfolio de cet artiste que je suis depuis plusieurs années, il y a une illustration de paon (孔雀) et le mentionner est donc devenu une soudaine évidence. Tokyo Jihen reprend quelques épisodes de sa série Hanakin Night sur YouTube, suite aux épisodes sortis en Juin 2021, avec un premier épisode le Vendredi 26 Novembre 2021 (avec Hata). Une question nous demande ce qu’on voudrait voir dans ces vidéos YouTube. J’aimerais personnellement voir une vidéo du groupe pendant des répétitions ou en pleine exploration musicale pour composer un nouveau morceau. Ce genre de scènes qu’on pouvait voir accompagnant certains DVD/Blu-ray me manquent. Certaines de mes prédictions de l’année dernière étaient devenues réalité, mais je suis quand même un peu moins confiant pour l’enquête de cette année. Seul l’avenir nous le confirmera.

Je parlais dans un billet précédent du nouveau morceau de Tokyo Jihen, Hotoke dake Toho (仏だけ徒歩) qui est sorti le lundi 22 Novembre et dont la vidéo est diffusée sur YouTube depuis le 23 Novembre à 22h. J’ai bien sûr regardé la vidéo lors de la première, tout comme plusieurs milliers de personnes. Je ne l’avais pas remarqué au premier abord, mais le titre du morceau est un palindrome (回文). C’est à ma connaissance le seul titre de morceau composé d’un palindrome. Dans son émission radio sur Cross FM Etsuraku Patrol, Sheena Ringo incluait une rubrique intitulée Le sentier du palindrome (回文の小道) dans laquelle elle lisait des palindromes proposés par des auditeurs inspirés. C’est amusant d’en trouver un soudainement dans un titre de morceau. Un autre point à noter est la durée du morceau faisant 3:33 minutes, ce qui est forcément voulu et est soit un palindrome numérique ou une symétrie. Si on regarde bien, la durée de chacun des morceaux de l’album Kyōiku (教育) était également symétrique (ou faite d’un palindrome). Le premier single de Tokyo Jihen, Gunjō Biyori, fait d’ailleurs également 3:33 minutes. Ce nouveau morceau Hotoke dake Toho m’a d’abord déconcerté à la première écoute, notamment par la manière dissonante par moment de chanter de Sheena et Ukigumo. J’aime en général les dissonances volontaires, mais j’ai mis un peu de temps à m’y faire. D’abord déconcerté, je suis maintenant enthousiasmé par ce morceau dont les paroles et la musique sont écrites par Sheena. Il s’agit donc d’un duo avec Ukigumo et la mélodie, tout d’abord non-évidente, fait petit à petit son chemin dans notre cerveau pour finalement devenir particulièrement efficace au point d’avoir l’envie pressante d’y revenir. Le petit air oriental et l’abondance des guitares jouent également en faveur de cette lente addiction. Vient ensuite la vidéo que je trouve excellente. Le titre en anglais du morceau est To Nirvana. Est ce que ça signifie atteindre un état d’être proche du nirvâna bouddhiste ou est ce plutôt un hommage direct au groupe Nirvana ? Il doit y avoir un peu des deux. Les cinq membres du groupe portent les iconiques lunettes colorées au large bord que portait Kurt Cobain. Hata avec ses faux longs cheveux blonds ressemble d’ailleurs beaucoup à Kurt Cobain dans la vidéo. Ils sont tous les cinq dans un pavillon de banlieue américaine, à jouer le morceau dans des conditions plutôt dépravées et enfumées qui pourraient être grunge. Sheena fume et on la voit assise sur le sol de la cuisine entourée de bouteilles vides avec une bière Corona à la main (à noter qu’elle ne boit plus d’alcool, quoique la dernière vidéo Hanakin prouve le contraire). L’ambiance visuelle change complètement vers la fin du morceau lorsque Sheena traverse le mur de hauts parleurs qu’on voit sur la pochette du futur best album. Elle est allongée sur le sol comme pourrait être le Bouddha couché du temple Nanzoin à Fukuoka ou celui doré plus connu en Thaïlande. Une fleur de lotus complète ce tableau et nous fait à nouveau hésiter sur la signification du titre du morceau. Un autre point intéressant porte sur les guitares de Sheena sur cette vidéo. Elle porte d’abord la fameuse Duesenberg Starplayer II Surf Green que l’on pouvait voir sur la pochette de son premier single Kōfukuron. Dans la deuxième et dernière partie de la vidéo, on la voit jouer avec la guitare Rickenbacker 620 qu’elle avait déjà sur le morceau Gibs. Cette version a un autocollant Hi-lite qui est (ou était) sa marque de cigarettes depuis toujours (et dont le design du packaging est signé Makoto Wada). En continuant à chercher un peu plus sur internet, je vois que la vidéo du morceau a été tournée dans un studio appelé Palms 22 dans la ville de Futtsu à Chiba. Une maison californienne des années 1950 de style Butterfly Roof y est reconstituée avec des meubles et fournitures de l’époque, ceux qu’on voit dans la vidéo. Ce qui m’intrigue le plus dans cette vidéo, c’est Izawa plongé en apnée dans sa baignoire et le fait qu’il écrive « The End » sur sa machine à écrire. J’espère qu’il ne s’agit pas d’un mauvais présage sur l’avenir du groupe. Certains ont d’ailleurs cette crainte depuis l’annonce de la sortie du All Time Best Album. Je n’en suis pas convaincu car ils viennent juste de redémarrer et ils n’ont pas encore tourné pour l’album Music.

Je n’avais pas écrit de billets sur les concerts en vidéo de Sheena Ringo (椎名林檎) et Tokyo Jihen depuis plusieurs mois. Le dernier billet sur la compilation Chin Play Kō Play (珍プレー好プレー) de Tokyo Jihen date de Mai 2021, tandis que le dernier billet couvrant un concert de Sheena Ringo date du mois de Février 2021. C’était pour le concert Ringo Expo 18 (林檎博’18). Je pense m’être moi-même un peu traumatisé par la longueur des billets que je finissais par écrire et notamment par la quantité de détails que j’y apportais demandant forcément beaucoup de recherches sur internet. Je vais donc essayer de faire plus concis sans passer en revue chaque morceau pour les quelques concerts officiels qu’il me reste à couvrir. Le prochain sur la liste est Hyakkiyakō 2015 dont j’ai le Blu-ray depuis plusieurs mois déjà. Cette tournée de concerts, dont le nom complet est Sheena Ringo to Kyatsura ga yuku Hyakkiyakō 2015 (椎名林檎と彼奴等がゆく 百鬼夜行2015), s’est déroulée en 18 dates dans tout le Japon du 14 Octobre au 20 Décembre 2015. Le DVD/Blu-ray est par contre sorti beaucoup plus tard, le 31 Mai 2017, en raison des préparatifs de la cérémonie de passage de drapeaux aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 sur laquelle Sheena était impliquée. La tournée Hyakkiyakō 2015 démarrait par Tokyo, passait par Osaka, Nagoya, Miyagi, Fukuoka, Hokkaido, Hiroshima, entre autres. La captation vidéo est celle du concert du 9 Décembre 2015 à Yokohama au Kanagawa Kenritsu Kenmin Hall (神奈川県立県民ホール) dans la grande salle contenant 2493 places. Ce concert n’étant pas de la série Expo, ce sont des salles de concert plus petites qui sont utilisées. Ça peut se comprendre car cette tournée ne correspond pas à la sortie d’un album. Elle faisait également suite à l’important concert Ringo Expo 14 se déroulant à Saitama Super Arena, une année auparavant, et couvrant la sorti de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処). Le DVD/Blu-ray de Hyakkiyakō 2015 contient en fait deux disques, le premier étant le concert en lui-même composé de 29 morceaux et le deuxième disque est un enregistrement d’une session live de 10 morceaux dans le même hall de Yokohama mais sans public.

Je savais déjà ou plutôt j’avais l’impression que Hyakkiyakō 2015 était un grand cru car il est régulièrement cité dans les meilleurs concerts dans les enquêtes sur Ringohan comme je le mentionnais ci-dessus. Je ne suis pas déçu, ne serait ce que pour l’esthétique générale, notamment les costumes de scène que porte Sheena pendant la représentation. L’ambiance du concert est inspirée par le morceau Kamisama, Hotokesama (神様、仏様) qui est inédit en concert à l’époque car il n’est pas encore sorti sur un album (il sortira plus tard sur Sandokushi). Hyakkiyakō fait référence à la parade des monstres dans le folklore japonais, qui est représentée de manière imaginée dans la vidéo de Kamisama, Hotokesama. Le design du packaging du DVD/Blu-ray reprend également cette imagerie.

Le morceau Bonsai Hada (凡才肌) de l’album Sanmon Gossip démarre le set. Autant j’aimais moyennement le morceau sur Sanmon Gossip, certainement à cause de l’accordéon que j’ai toujours un peu de mal à apprécier, autant la version ici est exceptionnelle et démarre avec beaucoup d’intensité le concert. Le morceau demande cette intensité émotionnelle que Sheena retransmet comme une plainte sur scène. On la devine sur scène en kimono recouverte d’un écran sombre montrant un champ de pierres cosmiques tournant autour d’elle. Le rideau tombe ensuite pour laisser place à la lumière alors que démarre le morceau Yasashii Tetsugaku (やさしい哲学) sorti sur de l’album Ukina (collaboration avec Tomita Lab). La lumière nous permet d’apprécier beaucoup mieux le kimono que porte Sheena. Elle est très belle habillée de ce kimono, marqué subtilement du logo Kuronekodō, aux couleurs rouges et aux manches longues dessinées d’oiseaux japonais. Elle a une coupe de cheveux au carré et un maquillage forçant le trait au niveau des yeux comme des ailes d’oiseau. Le large chapeau de papier blanc qu’elle porte est très particulier et contribue à donner une apparence unique et iconique. Je ne sais pas par contre de quelle tradition provient cette forme de chapeau de papier, mais il semble très fragile et délicat. Les lumières soudaines nous font également découvrir les visages du groupe, nommé Mangarama (マンガラマ) pour l’occasion, accompagnant Sheena sur cette tournée. Ce sont des visages connus, une fine équipe d’habitués dirais-je. Au piano, quel plaisir de retrouver une nouvelle fois Hiizumi Masayuki (ヒイズミマサユ機 ou H Zett M). Ukigumo (浮雲) est également présent à la guitare et au chant (en commençant sur ce morceau). On a l’impression de retrouver une partie de Tokyo Jihen sur scène mais il ne s’agit pas de Kameda à la basse, car Torigoe Keisuke (鳥越 啓介) prend ce rôle. Il est très souvent présent aux côtés de Sheena Ringo pour des sessions d’enregistrement ou des concerts. Il y a un deuxième guitariste sur le set, Nagoshi Yukio (名越 由貴夫). C’est aussi un habitué des sessions d’enregistrement et des concerts. Avec ses cheveux longs lui couvrant le visage et même une partie du buste, il donne l’image d’un musicien stoïque, inébranlable par ce qui se passe sur scène. Les autres membres de Mangarama sont également familiers: Tamada Tomu (玉田 豊夢) à la batterie, Murata Yoichi (村田陽一) au trombone, Nishimura Kōji (西村浩二) à la trompette et Yamamoto Takuo (山本 拓夫) au saxophone, à la flûte traversière et à la clarinette.

Le set continue ensuite avec Irohanihoheto (いろはにほへと) qui aura une interprétation sans failles, comme l’ensemble du set d’ailleurs, ce qui n’est pas vraiment étonnant vue la qualité des musiciens sur scène. Le contraste sur scène entre l’ambiance sombre et les jeux de lumières est très beau, notamment quand la caméra vient filmer en gros plan des morceaux de visages recouverts par les manches du kimono, ou des mains de Nagoshi effectuant une des nombreuses parties solo de guitares. Il n’y a pas d’invités sur cette tournée contrairement aux concerts de la série Expo, mais des interventions sur les quatre écrans verticaux derrière le groupe. Le rapper Mummy-D intervient sur la dernière partie du morceau qui suit Togatta Teguchi (尖った手口), comme il le faisait sur l’album Sanmon Gossip. Sheena laisse tomber la coiffe de papier blanc sur le morceau suivant Rōdōsha (労働者) laissant des cheveux un peu ébouriffés. H Zett M est le seul à porter un chapeau et on voit assez peu son visage car il a souvent la tête plongé dans ses claviers. Ce morceau le montre un peu plus dans toute sa dextérité. Comme souvent sur les concerts de Sheena Ringo, le morceau est re-orchestré avec l’intervention de Ukigumo dans les chœurs. Il est très présent dans ce concert au point où on pourrait croire que ce concert est un duo de Sheena Ringo avec Ukigumo. Mais c’est une bonne chose. En regardant Sheena sur scène, je me dis maintenant qu’il doit s’agir de sa plus belle tenue. Ce genre de kimono très coloré lui va beaucoup mieux que les kimonos très formels qu’elle porte de temps en temps, notamment parce qu’elle se situe à une limite subtile entre un esprit rock et un autre beaucoup plus traditionnel japonais. On remarque également sur ce morceau qu’elle porte des geta sur scène, lorsqu’elle se met à taper des pieds.

Hashire wa Number (走れゎナンバー) fait place à la flûte traversière de Yamamoto Takuo. Il s’agit d’un morceau de Hi Izuru Tokoro. Le set est assez partagé entre les différents albums avec quand même une majorité provenant des derniers albums sortis à l’époque, à savoir Hi Izuru Tokoro et Ukina, mais également beaucoup de morceaux un peu plus anciens de Sanmon Gossip. Le septième morceau du set Kamisama, Hotokesama (神様、仏様) fait suite et comme je le disais plus haut donne une cohérence à l’imagerie utilisée sur scène et dans le titrage du concert que l’on voit affiché sur les écrans à la fin du morceau. Sheena a des mouvements très expressifs et marqués pendant ce concert. J’aime beaucoup la manière dont elle pointe du doigt H Zett M sans le regarder pendant son solo de clavier ou quand elle vient l’embêter alors qu’il donne toute son énergie à jouer. « Je veux jouer » (遊びたいのよ) dit les paroles du morceau à ce moment là alors que Sheena tend la main vers H Zett M comme un chat tendrait la pâte pour jouer, mais il reste imperturbable. J’aime aussi beaucoup la chorégraphie, accompagnée par les quatre danseuses d’ELEVENPLAY sur les quatre écrans verticaux, notamment les mouvements de mains en l’air imitant des petits monstres ou des mouvements brusques de tête comme si elle était perturbée par un esprit à l’intérieur d’elle. A noter que MIKIKO signe les chorégraphies du concert. Le morceau se termine par des images du clip vidéo de Kamisama, Hotokesama et sert de présentation des membres de Mangarama, sous les cris du public (c’était permis à l’époque). Nagoshi en kimono sous ses longs cheveux noirs avec un katana entre les mains est je trouve très convaincant. C’est seulement dommage que Mukai Shutoku qui interprète le morceau avec Sheena en version studio ne soit pas présent sur scène. Seules ses paroles apparaissent sur les écrans géants. Il n’était d’ailleurs pas présent non plus sur Ringo Expo 18.

Genjitsu ni Oite (現実に於て) sert d’interlude car il est interprété seul par H Zett M dans le noir pendant que Sheena se change. Ce morceau écrit par H Zett M pour le premier album de Tokyo Jihen me donne à chaque fois la chair de poule. Une flûte traversière qui n’était pas présente sur la version studio du morceau intervient pour faire la transition vers Genjitsu o Warau (現実を嗤う). Sheena apparaît à ce moment là portant maintenant un manteau vert foncé qu’elle ne gardera pas très longtemps. Après le morceau SG ~Superficial Gossip~ plus calme dans la pénombre, on passe au morceau Netsuai Hakkakuchū (熱愛発覚中) de l’album Ukina. Sheena enlève son manteau vert et on la voit maintenant sur scène en costume d’infirmière nous rappelant forcément le morceau Honnō. La danse qu’elle effectue sur scène avec les quatre danseuses sur grands écrans prend des airs parodiques, mais elle garde tout son sérieux. Elle fait des gestes très rapides en pointant les doigts comme des piqûres. Ces mouvements vont bien avec le rythme rapide du morceau. C’est un passage particulier et iconique du concert. Le final tout en guitares est très diffèrent et bien meilleur que la version purement électronique de Yasutaka Nakata que l’on connaissait jusqu’à maintenant. A la fin du morceau, elle enlève cette tenue d’infirmière pour ne garder qu’une tenue très légère rouge assortie à ses chaussures à talons. Elle prend pour la première fois du concert une guitare sèche pour le morceau Torikoshi Kurō (とりこし苦労) de l’album KSK. Encore une fois, l’orchestration est très différente de l’originale sans qu’on ait pour autant l’impression d’écouter un nouveau morceau. Shijō no Jinsei (至上の人生) est par contre relativement fidèle à l’original, peut être parce que c’était à l’époque un des derniers singles sortis. Peut-être aussi parce que Tamada Tomu à la batterie et Nagoshi Yukio à la guitare jouaient déjà lors de l’enregistrement studio. En tous cas, les guitares détonnent tout de suite sur scène. J’aime beaucoup ce morceau et Sheena l’interprète superbement. Les couleurs sur scène sont très belles vers la fin du morceau lorsque des écritures anciennes en kanji viennent s’inscrire en superposition sur son visage et le reste du corps. Il y a quelque de très cinématographique et d’extrêmement sexy dans cette mise en scène.

Plusieurs morceaux de Tokyo Jihen sont joués pendant ce concert et le suivant est Blackout (ブラックアウト) écrit par Sheena Ringo. J’aime bien la manière par laquelle le morceau monte en intensité au fur et à mesure. C’est un morceau très dense musicalement et Sheena y met toute sa force vocale au final jusqu’à la cassure. A ces moments là pendant les parties instrumentales, on la voit sur scène immobile l’air dans le vide ou en tournant le dos au public. Je me dis toujours qu’elle doit s’imprégner de chaque note pour en absorber l’énergie nécessaire pour poursuivre, recharger ses batteries en quelque sorte. Le début en solo à la contrebasse de Torigoe sur Meisai (迷彩) est très différent de l’original et semble même improvisé. Même quand les cuivres démarrent, on a du mal à reconnaître le morceau, et il faut attendre que Sheena apparaisse soudainement sur scène et chante les premiers mots pour finalement le reconnaitre. Sheena chante Meisai à un rythme beaucoup plus rapide que sur l’album, ce qui pousse le groupe à suivre. Le coup d’accélérateur continue jusqu’au solo de trombone de Murata Yoichi. C’est un autre des grands morceaux de ce concert, tout comme Tsumi to Batsu (罪と罰) qui suit. Sheena n’a pas perdu de sa voix et l’intensité qu’elle met dans ce morceau est bluffante. On la voit sur scène marcher péniblement, jusqu’à tomber aux pieds de Nagoshi au moment du solo de guitare. La caméra est aussi tremblante sur ce morceau ce qui rajoute à l’effet de fébrilité émotionnelle. C’est un morceau très prenant émotionnellement et une coupure devient nécessaire. Nous sommes exactement à la moitié du concert et la grande surprise pour moi est d’entendre Ukigumo chanter seul le morceau Yume no Tochū (夢の途中) chanté à l’origine par Hiroko Yakushimaru pour le film Sailor fuku to Kikanjū (セーラー服と機関銃). J’ai parlé plusieurs fois de ce film et de cette chanson sur ce blog, et c’est étonnant comme il me poursuit jusque dans les concerts de Sheena Ringo. Je me pose souvent la question des coïncidences et des liens entre les choses, et ce genre de surprise me le rappelle. Le morceau est brillamment chanté par Ukigumo, ce qui n’est pas, par contre, une surprise car il a e toute façon une belle voix.

Le rythme très apaisé du morceau chanté par Ukigumo change complètement avec l’arrivée de Sheena sur scène pour le morceau Σ. Elle s’empare pour la première fois du mégaphone pour une version très différente de l’original, tout en restant résolument rock. Cette atmosphère continue pour le morceau suivant Keikoku (警告) sur lequel Sheena joue de la guitare électrique dans une ambiance rougeâtre pleine d’urgence. J’ai toujours aimé ce morceau de Muzai Moratorium. Elle l’interprète avec beaucoup de puissance même si on ne retrouve pas tout à fait la hargne de ses débuts. Mayakashi Yasaotoko (マヤカシ優男) ensuite est assez génial pour la partition en solo de H Zett M au piano. Il joue une nouvelle fois les prodiges ce qui fait sourire Sheena jusqu’à la fin du morceau. J’aime beaucoup ce genre de moments dans ces concerts. Un autre petit détail étonnant est de voir Ukigumo à la trompette au tout début du morceau. Le morceau est très rapide et enlevé, très dense mais sans superflu. Naute no Dorobōneko (名うての泥棒猫) qui suit est par contre plus calme et effacé mais le morceau Mayonaka ha Junketsu (真夜中は純潔) reprend un rythme plus soutenu. Toutes les versions live que je connais de ce morceau sont meilleures que l’original. Celle-ci est très bonne notamment pour le solo de cuivre et la force vocale de Sheena, mais n’atteint pas tout à fait l’intensité de la version live sur Electric Mole. Kira Kira Bushi (きらきら武士) suit ensuite. C’est un morceau que Sheena chante normalement avec Rekishi qui a écrit le morceau, mais c’est Ukigumo qui prend le relais sur cette version sous l’appréciation du public. Cela donne le sourire à tout le monde sur scène, sauf H Zett M qui est continuellement concentré sur ses claviers.

Depuis son retour sur scène, Sheena était habillée d’un haut blanc avec des motifs identiques à ce que porte le reste du groupe, et une robe ample. Elle enlèvera vite le haut pour ne garder qu’un vêtement près du corps bleu. La transformation continue au début du morceau Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) quand Sheena enlève d’un mouvement rapide comme par magie cette longue robe pour quelque chose de beaucoup plus court. Ce genre de changement sur scène est très classique et fait partie des moments attendus (sans que ça soit vraiment nécessaire à mon avis). La particularité des morceaux dans cette partie du concert est de contenir des parties instrumentales solo. Ici, c’est la batterie puis le piano qui sont mis en valeur. Ukigumo est toujours au chant dans les chœurs dans une ambiance de matsuri représentée par une procession de monstres animées sur les écrans au fond, celle du thème de ce concert. On approche ensuite doucement vers la fin du concert avec Nagaku Mijikai Matsuri (長く短い祭), toujours en duo avec Ukigumo, qui comme je le disais avant est vraiment très présent sur scène. L’interprétation est fidèle à la version originale si ce n’est ce petit supplément piano où H Zett M joue en même temps sur deux claviers de dos. Sheena est très mobile sur scène et son interprétation est impeccable tout comme l’ensemble des morceaux du concert. Il n’y a pas grand à redire non plus sur la sélection des morceaux. Le grand classique de Tokyo Jihen Gunjō Biyori (群青日和) chanté au mégaphone suit ensuite et s’enchaîne sans arrêt avec le morceau NIPPON. Sheena a repris la guitare électrique en cours de morceau et prend un air particulièrement sérieux en jouant. Les remerciements lancés au public nous font comprendre que le concert touche bientôt à sa fin et qu’on est dans les prolongations (langage sportif obligé pour le morceau NIPPON). Beaucoup n’apprécie pas ce morceau mais ce n’est pas mon cas, car je le trouve efficace et le solo de guitare est excellent. Il faut voir Sheena Ringo sur scène penchée en arrière en jouant de la guitare tout en tirant la langue un bref instant.

NIPPON est le dernier morceau du set mais il y a des rappels: Sakasa ni Kazoete (逆さに数えて) qui est une face B de NIPPON puis Kyogenshō (虚言症) de l’album Shōso Strip. Sheena Ringo n’a pas beaucoup parlé au public pendant ce concert mais ce n’était étonnamment pas gênant. Elle se montre presque timide pour adresser les quelques mots de remerciements avant de passer aux deux derniers morceaux. Je me rends compte que je ne connaissais pas le morceau Sakasa ni Kazoete, qui est très bon d’ailleurs, car le single de NIPPON doit être le dernier CD qui me manquait et je ne l’ai acheté que récemment après avoir vu ce concert. Écouter Kyogenshō à la toute fin du concert me redonne envie de regarder le concert de 2000, Gekokujō Xstasy (下剋上エクスタシー). J’adore ce morceau mais je trouve que sa voix est un peu tremblotante sur cette fin de concert. Il n’empêche que ce morceau conclut un des meilleurs concerts que j’ai vu de Sheena Ringo. A noter qu’il est dirigé par Yuichi Kodama et qu’il dure environ deux heures. Et comme si ce n’était pas suffisant, le boîtier DVD/Blu-ray contient un deuxième disque appelé Sheena Ringo to Aitsura ni yoru Ineiraisan 2016 (椎名林檎と彼奴等による 陰翳礼讃2016).

Ce deuxième disque de 40 minutes contient des enregistrements en salle de concert, mais sans public, de 10 autres morceaux. Cette session Live est enregistrée dans la même salle, au Yokohama au Kanagawa Kenritsu Kenmin Hall mais un peu plus tard le 26 Février 2016. La formation reste identique dans une ambiance générale plus sobre. Ce disque seul vaut le détour, ne serait ce que pour l’interprétation de Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) en version un peu plus lente mais avec une guitare plus lourde que d’habitude. J’aime aussi énormément l’atmosphère de Mittei Monogatari (密偵物語) et Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪), morceau que j’ai beaucoup écouté ces derniers mois. Comme dans une scène de film, elle démarre ce morceau en tirant sur la caméra avec un faux pistolet. Les morceaux s’enchainent rapidement avec une seule pause au milieu pour un changement de tenue. La deuxième partie de cette session Live ne me plaît pas autant car elle contient des morceaux que j’aime beaucoup moins comme Oishii Kisetsu (おいしい季節) ou Onna no Ko ha Daredemo (女の子は誰でも). Shun (旬) est par contre excellent. Le piano de Hiizumi donne des frissons. On ne se lasse pas de voir ses doigts danser sur le clavier. Ce deuxième disque se conclut finalement sur Ariamaru Tomi (ありあまる富) que Sheena chante avec un air grave. Le final nous emporte dans une dernière vague de guitares. Je m’étais dit en commençant l’écriture de ce billet que je n’allais pas évoqué tous les morceaux et que j’allais resté concis, mais force est de constater que je n’ais pas pu m’en empêcher. Il ne me reste maintenant que deux concerts à voir Air Pocket et Ringo Expo 14. Je les ai déjà en Blu-ray dans mes tiroirs mais je vais prendre mon temps.

Pour référence ultérieure, je note ici la playlist du concert Hyakkiyakō 2015:
Sheena Ringo to Kyatsura ga yuku Hyakkiyakō 2015 (椎名林檎と彼奴等がゆく 百鬼夜行2015)

1. Bonsai Hada (凡才肌) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
2. Yasashii Tetsugaku (やさしい哲学) de l’album Ukina (浮き名)
3. Irohanihoheto (いろはにほへと), de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
4. Togatta Teguchi (尖った手口) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
5. Rōdōsha (労働者) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
6. Hashire wa Number (走れゎナンバー) de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
7. Kamisama, Hotokesama (神様、仏様), single qui apparaîtra sur l’album Sandokushi (三毒史)
8. Genjitsu ni Oite (現実に於て) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
9. Genjitsu o Warau (現実を嗤う) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
10. SG ~Superficial Gossip~, morceau en B-side du single Ariamaru Tomi (ありあまる富)
11. Netsuai Hakkakuchū (熱愛発覚中) de l’album Ukina (浮き名)
12. Torikoshi Kurō (とりこし苦労), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
13. Shijō no Jinsei (至上の人生), single qui apparaîtra sur l’album Sandokushi (三毒史)
14. Blackout (ブラックアウト) du 2ème album Adult (大人) de Tokyo Jihen
15. Meisai (迷彩), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
16. Tsumi to Batsu (罪と罰), du 2ème album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
17. Yume no Tochū (夢の途中), écrit par Etsuko Kisugi, composé par Takao Kisugi et chanté par Hiroko Yakushimaru pour le film Sailor fuku to Kikanjū (セーラー服と機関銃)
18. Σ, présent en B-side sur le single Gips (ギブス)
19. Keikoku (警告), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
20. Mayakashi Yasaotoko (マヤカシ優男) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
21. Naute no Dorobōneko (名うての泥棒猫) de l’album Gyakuyunyuu ~Koukuukyoku~ (逆輸入 ~航空局~)
22. Mayonaka ha Junketsu (真夜中は純潔), 6ème single présent sur aucun album
23. Kira Kira Bushi (きらきら武士), morceau écrit par Rekishi (レキシ) et présent sur l’album Ukina (浮き名)
24. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
25. Nagaku Mijikai Matsuri (長く短い祭), single qui apparaîtra sur l’album Sandokushi (三毒史)
26. Gunjō Biyori (群青日和) du 1er album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen
27. NIPPON de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
28. Sakasa ni Kazoete (逆さに数えて), morceau en B-side du single NIPPON
29. Kyogenshō (虚言症), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)

Sheena Ringo to Aitsura ni yoru Ineiraisan 2016 (椎名林檎と彼奴等による 陰翳礼讃2016)

1. Seishun no Mabataki (青春の瞬き), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Chiaki Kuriyama et inclus dans Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
2. Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
3. Chichinpuipui (ちちんぷいぷい), de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
4. Mittei Monogatari (密偵物語) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
5. Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪) de l’album Ukina (浮き名)
6. Karisome Otome (カリソメ乙女) de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
7. Shun (旬), de l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ)
8. Oishii Kisetsu (おいしい季節), reprise du morceau composé pour Chiaki Kuriyama et qui sortira en single en 2017
9. Onna no Ko ha Daredemo (女の子は誰でも) du 5ème album Daihakken (大発見) de Tokyo Jihen
10. Ariamaru Tomi (ありあまる富), de l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)

懐こくされるのは致命傷

Pour une journée en semaine, que j’ai pris en congé, je m’attendais à voir un peu plus de salary men (les employés de bureau) dans le parc de Hibiya, comme on peut en voir dans les photographies de Bruno Quinquet du fameux Bureau d’Etudes Japonaises sur sa série Salaryman Project. Il y en avait peu aujourd’hui, peut être en raison du télétravail. Je ne sais plus pour quelle raison j’ai été amené à marcher avec Zoa dans ce parc à la toute fin de l’été, mais je l’ai découvert différemment. J’ai souvent traversé le parc le soir, mais plus rarement en pleine journée, surtout en semaine. On a pris notre temps car on avait environ une heure pour nous. Je sais que le parc est parfois utilisé pour des concerts, notamment le Hibiya Music Festival se déroulant en général sur deux jours. Seiji Kameda parle régulièrement de ce festival, dont il est le producteur, sur son compte Twitter, mais je n’y suis jamais allé. Il faudrait que je fasse le curieux l’année prochaine. J’imagine que certains des concerts se déroulent sur la grande pelouse verte que l’on peut voir sur la troisième photographie du billet, devant le vieux hall de briques. En marchant dans le parc, on fait un détour pour passer devant le fleuriste Hibiya Kadan, car je voulais revoir les blocs d’architecture aux hauts plafonds créés par Kumiko Inui pour cette boutique. En marchant aujourd’hui dans ce parc, je perds un peu de vue la raison pour laquelle je ne l’aime pas. C’était peut-être parce que, malgré sa grande taille, on ne peut que difficilement s’y perdre, ou peut-être parce qu’il est entouré de buildings de bureaux, ce qui ne constitue pas à priori une atmosphère reposante. Mon avis change un peu aujourd’hui en imaginant la musique qu’on y joue plutôt que la présence des employés de bureau en uniforme endormis sur un banc. En fait, j’ai compris la raison pour laquelle je n’aime pas beaucoup ce parc. J’ai l’image persistante en tête d’employés venant ici seuls pour évacuer leur stress, et les voir assis silencieux sur leur banc me fait imaginer leur situation. En traversant ce parc aujourd’hui, une image beaucoup plus légère flottait autour de nous.

Je n’allais bien sûr pas manquer les reprises faites par Sheena Ringo et Tokyo Jihen de morceaux du groupe Original Love (オリジナル・ラブ) sur la compilation hommage What a Wonderful World with Original Love?, sortie pour ses trente années de carrière musicale. Pour être tout à fait honnête, je n’avais jamais entendu parlé de ce groupe japonais pop au nom étrange, fondé en 1986 mais ayant sorti leur premier album majeur en 1991. A l’origine, le groupe se composait de quatre membres, mais il ne reste maintenant que Takao Tajima. Je n’allais pas manquer ces reprises car je sais que Sheena Ringo arrive toujours à transcender les morceaux qu’elle reprend. Je n’ai pas été déçu par les reprises récentes comme celle du morceau de Yōsui Inoue (Wine Red no Kokoro) et celle de Buck-Tick (Kakeochisha) pour des albums Tribute. Cette reprise du morceau Let’s Go! de Original Love, initialement sorti en Juin 1993 sur l’album Eyes, est tout simplement superbe. Sheena s’entoure d’une formation jazz qui inclut des habitués à savoir Midorin (みどりん) aux percussions, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la basse et Masaki Hayashi (林 正樹) au piano. Ils étaient par exemple déjà présents sur les concerts de Tōtaikai (党大会) en 2013. J’aime beaucoup cette ambiance jazz et cette formation resserrée avec Sheena au chant excelle, au point où je souhaiterais vraiment que le prochain album solo de Sheena Ringo, s’il sort un jour, soit purement jazz dans cet esprit là. La capacité de cette formation à partir vers l’improvisation vers la fin du morceau est particulièrement savoureuse. Midorin est également membre à plein temps du sextuor SOIL& »PIMP »SESSIONS, dont j’écoutais d’ailleurs beaucoup le EP avec Sheena au chant intitulé Koroshiya Kiki Ippatsu (殺し屋危機一髪). Les performances jazz de SOIL& »PIMP »SESSIONS sont beaucoup plus énergétiques voire même explosives (au point où on appelle leur style Death Jazz) que ce qu’on peut entendre sur le morceau de cette compilation, qui joue beaucoup plus dans la retenue. J’aime ce style un peu plus posé qui je pense convient bien à la voix de Sheena (comme sur Tōtaikai), mais je me dis aussi qu’il faudrait que je parte un peu plus à la découverte de la musique de SOIL& »PIMP »SESSIONS. En écoutant ce morceau de Original Love, je me dis également que Sheena pourrait sortir le volume 2 de Utaite Myōri (唄ひ手冥利), la suite du volume 1 composé uniquement de reprises sorti il y a très longtemps en Mai 2002.

Le morceau interprété par Tokyo Jihen sur ce même album hommage à Original Love est en comparaison moins intéressant. Primal (プライマル), initialement sorti en Juillet 1996 sur l’album Desire, est joli mais un peu trop doux à mon avis, un peu trop éloigné de l’esprit du groupe. Il est interprété à deux voix en alternance par Sheena et Ukigumo. Je m’attendais à la première écoute à ce qu’il se produise un décrochage inattendu comme sait le faire Tokyo Jihen, mais ce n’est pas le cas et le morceau se termine dans la douceur comme il a commencé. Ça n’empêche pas qu’il soit beau et qu’il reste en tête après écoute, mais il souffre de la comparaison avec le morceau solo de Sheena. La compilation contient également un morceau interprété par Ukigumo en solo, sous son vrai nom, Ryosuke Nagaoka (長岡 亮介). Ce morceau intitulé Dear Baby (ディア・ベイビー) est dans un style country que j’ai énormément de mal à apprécier et qui m’a même donné une crainte que Tokyo Jihen parte un jour vers cette direction. J’espère que non même pour un seul morceau. Rien ne le présage pour l’instant en tout cas. Et au sujet du titre de ce billet 懐こくされるのは致命傷, que l’on peut traduire en « La nostalgie est une blessure mortelle », il s’agit d’un extrait des paroles du morceau Koroshiya Kiki Ippatsu mentionné un peu plus haut et que j’écris ici pour mémoire.

さあもう笑うよ

Je n’ai pas l’habitude de prendre en photo les devantures de magasins mais ça m’arrive tout de même quelques fois quand le sujet m’intéresse. Je ne suis pas spécialement intéressé par la marque de voitures Maserati, même si le design est souvent très réussi, mais plutôt par la collaboration avec la marque Fragment de Hiroshi Fujiwara. Cette collaboration m’intéresse car je ne comprends pas vraiment ses subtilités. Hiroshi Fujiwara est une figure légendaire de la street culture démarrée dans les arrières rues d’Harajuku (le Ura-Harajuku). On le voit souvent dans les magazines japonais et ses propositions semblent intouchables. Mais je suis toujours très surpris du manque visible d’inventivité des collaborations de sa marque avec d’autre grandes marques établies. Les interventions de Fragment sur le modèle Maserati entièrement noir sont tellement subtiles qu’on ne les voit pas. Les disruptions semblent bien mineures et il n’y a que le nouveau logo de Maserati barré par les deux éclairs de Fragment que l’on remarque, mais qui donne quelque chose d’un peu brouillon et de faussement rebel. Cette collaboration m’intrigue au point d’avoir envie de prendre cette devanture à Jingumae en photo. Il s’agit peut-être là d’une obsession.

En chemin vers le parc de Yoyogi pour aller voir l’installation Cloud Pavillon de Sou Fujimoto, je m’arrête quelques minutes devant une fresque photographique montrant l’histoire d’Harajuku des années 1950 à nos jours, en s’intéressant aux changements de mode plutôt qu’aux changements du paysage urbain. Les rues d’Harajuku ont certes beaucoup changé depuis les années 50, comme tous les autres quartiers de Tokyo d’ailleurs, mais les modes vestimentaires suivent des évolutions beaucoup plus fréquentes, ce que j’ai tout de suite constaté dès mon arrivée à Tokyo à la toute fin des années 90. En écrivant ce texte, je repense à une vidéo éditée par Beams donnant une rétrospective des évolutions de la mode de la rue tokyoïte sur quarante années de 1976 à 2016 (correspondant à l’anniversaire de la marque). Cette vidéo est assez bien faite montrant ces changements dans la continuité avec de nombreux mots-clés que je ne reconnais pas pour la plupart. Le spécialiste David Marx donne une explication de textes de cette vidéo et tout devient plus clair. Dans son texte, l’instigateur de la street culture Hiroshi Fujiwara est d’ailleurs plusieurs fois évoqué.

À cette époque de la fin 1990 et du début 2000, on aimait se promener dans le quartier d’Harajuku et sur l’avenue d’Omotesando, et on rêvait d’y vivre. Il me semble qu’il y avait moins de monde dans les rues à cette époque, mais les souvenirs sont peut-être un peu faussés. Je regrette encore maintenant de ne pas avoir pris en photo les vieux appartements Dōjunkai (Dōjunkai Aoyama Apartments) construits en 1926, qui se trouvaient sur l’avenue et qui ont été plus tard détruits en 2005 puis remplacés par Omotesando Hills. Je me souviens être souvent passé devant. Les vieilles façades couvertes de lierres cachaient des petites boutiques. J’aurais également voulu connaître les appartements Dōjunkai de Daikanyama construits en 1927 mais ils avaient déjà disparu avant mon arrivée à Tokyo, détruits en 1996 pour être remplacés par la grande tour résidentielle Address. Les photos que j’ai pu voir avant la destruction donne l’impression d’un village mal entretenu et envahi par la végétation. Je repense à ces vieux ensembles d’appartements car ils disparaissent petit à petit du paysage tokyoïte. Il y a quelques années, j’avais pris en photo un ensemble de logements publics vétustes à Jingumae au bord de la rue Killer Street juste à côté du musée Watari-um mais il a déjà disparu. Les vieux appartements de Kita Aoyama vont également bientôt disparaître complètement. J’ai vu récemment que ce qui reste des barres d’immeubles est entouré de palissades blanches interdisant l’accès. J’ai pris en photo à plusieurs reprises ces vieux appartements de Kita Aoyama. La fresque photographique au grand croisement de Jingumae à Harajuku est posée sur une longue palissade blanche entourant une zone en travaux. Un nouveau complexe commercial conçu par l’architecte Akihisa Hirata verra le jour en 2022. Un peu comme le building Tokyu Plaza conçu par Hiroshi Nakamura situé au même croisement à la diagonale opposée, ce nouveau complexe comprendra un jardin sur les toits. Il semble que ces jardins auront une place prépondérante sur ce nouveau building. Sa forme complexe a l’air très intéressante.

Sur les fresques photographiques, mon regard s’arrête sur la période des années 1990 car je reconnais une photo qui provient à mon avis du magazine Fruits dont j’avais déjà parlé dans un billet précédent. Ce magazine prenait en photo la jeunesse branchée d’Harajuku à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Les tenues étaient parfois improbables ou du moins en avant-garde de leur époque. La photo que je reconnais est celle du dessus à gauche montrant une jeune fille aux cheveux courts bleus et un jeune homme svelte habillé d’un pull rayé de laine aux manches courtes. Je crois reconnaître là une influence vestimentaire anglo-saxonne, qui est notamment due au fait que je suis persuadé que ce jeune homme modèle était le garçon qui accompagnait Sheena Ringo à la fin de l’année 1998 pour faire des photos à Londres et à Paris pour un magazine. Je montre deux photos extraites de cette série ‘Here There go to u.k.’ ci-dessus au centre et à droite. En fait, je ne suis pas du tout certain que le jeune homme des deux photos avec la jeune Sheena Ringo (elle avait tout juste 20 ans) soit la même personne que sur la photo du magazine Fruits de gauche et sur la fresque photographique à Harajuku. Je vois tout de même une ressemblance, mais les recherches sur internet ne m’ont pas permis de confirmer cela. Dans l’émission Etsuraku Patrol sur Cross FM, Sheena évoquait bien ce passage à Londres et Paris, mais je n’ai pas le souvenir qu’elle ait donné le nom de son accompagnateur. Il s’agit peut-être là encore d’une obsession, mais ce qui m’intéresse surtout est de découvrir des liens entre les choses. Là est ma réelle obsession. En faisant mes recherches sur ce sujet, je découvre l’existence d’une biographie non officielle sortie en livre en Juillet 2000 sous le titre Ringo Allergy (林檎アレルギー). Cette biographie couvre les toutes premières années de carrière de Sheena Ringo et les années précédant son début artistique. Il y a un extrait traduit en anglais sur le défunt forum internet Electric Mole Forums (EMF). Il faut prendre les informations de ce livre avec des pincettes, à mon avis, mais en lisant cet extrait traduit en anglais, je ne vois pas vraiment d’incohérences, de l’exagération peut-être. Enfin la traduction est plutôt bancale et je ne sais pas en quelle mesure elle est fidèle au texte original. Ma curiosité m’a poussé à acheter le livre Ringo Allergy d’occasion sur Mercari. Je ne vais pas me mettre à le traduire mais peut être piocher dans certains passages.

Je me rends compte en écrivant ce billet qu’il y avait longtemps que je n’avais pas évoqué Sheena Ringo ou Tokyo Jihen sur Made in Tokyo. Je continue petit à petit à acheter en format physique (c’est à dire en CD) les singles ou les autres DVD/Blu-ray que je n’ai pas encore. Il doit me manquer deux singles (NIPPON et OSCA) et deux concerts (Ringo Expo 14 et Shinkū Chitai), mais je n’inclus pas dans ma liste les compilations qui répètent ce que j’ai déjà. En fait, j’essaie quand même de me procurer les compilations de vidéos. La dernière que j’ai trouvé est Seiteki Healing Sono 5-7 (性的ヒーリング ~其ノ伍~七~) en Blu-ray qui vient compléter cette collection Seiteki Healing. J’aime beaucoup la couverture du Blu-ray montrant un chocolat en forme de pomme recouvert d’un coulis au chocolat (en image ci-dessus à gauche). Pour ce qui est de Tokyo Jihen, il me manque le Blu-ray de la compilation vidéo Golden Time que le groupe a sorti en Février 2013 après leur dissolution en 2012, mais j’ai l’impression que les vidéos de cette compilation sont déjà présentes sur d’autres que j’ai déjà, à part quelques morceaux à la fin. C’est le problème de ce genre de compilations qui rajoutent toujours deux ou trois choses pour pousser à l’achat. Il faut trouver une limite. Ma limite est d’acheter exclusivement d’occasion à part pour les nouveautés, et d’essayer de me procurer les versions premières presses plutôt que les éditions standards, dans la mesure où les prix ne sont pas prohibitifs. La compilation Seiteki Healing Sono 5-7 reprend les vidéos des singles des albums Hi Izuru Tokoro (日出処), Sandokushi (三毒史), Reimport vol. 1 (逆輸入 ~港湾局~) et vol.2 (逆輸入 ~航空局~) et les deux inédits du best-of Newton no Ringo (ニュートンの林檎). Comme on vient juste de remplacer notre vieille télévision (qui avait plus de 14 ans) par un modèle plus récent avec un écran beaucoup plus grand, revoir ces vidéos sur ce grand écran dans une très bonne qualité est vraiment très agréable et me permet même de découvrir des détails que je n’avais pas remarqué jusque là. Je constate par exemple que les quatre membres de Tokyo Jihen sont présents sur le morceau Carnation, ce que je n’avais pas décelé en voyant cette vidéo sur YouTube. Il faudrait que je fasse un jour une photo de famille de tous les CD/DVD/Blu-ray de Sheena Ringo et Tokyo Jihen que je possède, une fois cette collection terminée. Un des derniers CDs que j’ai acheté au Disk Union de Shinjuku est le single Shuraba (修羅場) de Tokyo Jihen, même si j’avais acheté ce single en digital au moment de sa sortie. Le CD de Shuraba (en image ci-dessus à droite) contient deux autres morceaux Koi ha Maboroshi (恋は幻) et Rakujitsu (落日), qui se trouvent également sur la compilation de B-sides Shinya Waku (深夜枠). La version de Rakujitsu sur le CD de Shuraba a tout de même la particularité de se terminer par un petit passage live reprenant la fin du morceau Koi ha Maboroshi pendant laquelle Sheena présente les nouveaux membres du groupe Ukigumo et Ichiyō Izawa. A la sortie de ce single, on se trouve à la transition entre les deux formations du groupe. La voix enjouée de Sheena sur ce petit passage live vaut le détour.

La coïncidence intéressante est que quelques jours après avoir acheté le CD de Shuraba, Tokyo Jihen joua le morceau Rakujitsu pendant l’émission FNS 2021 Kayosai Natsu (2021 FNS歌謡祭 夏 – Music Festival in Summer) le 14 Juillet sur Fuji TV. Le groupe a bien entendu joué un morceau du dernier album pendant cette émission. Il s’agissait de Kemono no Kotowari (獣の理), composé par Kameda Seiji et dixième morceau de l’album Music (音楽). Comme toujours dans ce genre d’émissions musicales, la version interprétée était proche de l’original sur l’album. Comme on peut le voir sur la première photo ci-dessus, le décor était rempli de végétation et les costumes de scène du groupe étaient plus simples et décontractés qu’à l’habitude. Ils portaient tous des jeans et des chemises amples. Le logo de Tokyo Jihen en format graffiti y était imprimé en grand. Sheena avait une coupe de cheveux très courte à la garçonne et chantait avec une position de côté comme elle le fait souvent en concert. La surprise de l’émission était d’entendre le morceau Rakujitsu, qui date pourtant d’il y a 16 ans. Ce genre d’émission nous fait souvent redécouvrir des anciens morceaux de groupes, chanteurs ou chanteuses japonais mais ce sont en général des musiques qui sont entrées dans l’inconscient collectif japonais, des morceaux tellement connus qu’on les reconnaît dès les premières notes. Ce n’est pas le cas de Rakujitsu car je ne pense pas qu’il soit connu en dehors du cercle des amateurs de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen. Il s’agit par contre d’un des morceaux préférés des fans. Sur la dernière enquête d’opinion du fan club Ringohan, Rakujitsu se trouvait en 6ème position sur 169 des morceaux préférés de Tokyo Jihen. C’est vrai que c’est un très beau morceau et la vidéo de l’émission FNS le mettait magnifiquement en valeur. Ils étaient tous habillés de vert sauf Sheena en robe de couleur crème. Elle était coiffée d’une sorte de couronne portant des petites étoiles dorées qui bougeaient légèrement à chaque micro mouvement de tête. La scène était marquée par un grand signe de paon lumineux et le final dans un éclat de lumière vive avait quelque chose de céleste. Les paroles du morceau sont chargées de tristesse mais les paroles finales nous disant « Allez, rions maintenant » (さあもう笑うよ) terminent le morceau sur une note positive et optimiste qui correspond à la lumière éblouissante finale. Je reprends ce passage des paroles comme titre de mon billet car on a, à mon avis, besoin de ce genre de messages positifs en ce moment.

Même si on apprécie beaucoup les Jeux Olympiques qui se déroulent en ce moment, on ne peut pas oublier la situation sanitaire qui se dégrade dans tout le pays. Notre rythme de vie ne change pas pour autant, mais on est par la force des choses beaucoup plus souvent devant la télévision que dehors. La chaleur extrême typique des étés japonais nous empêche de toute façon d’aller marcher dehors pendant les heures de pointe. Je suis allé plusieurs fois à vélo le soir autour du stade olympique mais on ne peut malheureusement pas l’approcher de près. Tout l’espace autour est barricadé. C’est un sentiment étrange que d’avoir des Jeux Olympiques se déroulant à Tokyo sans qu’on puisse vraiment avoir l’impression que ça soit le cas. En les regardant à la télé, j’ai parfois l’impression que ces Jeux se déroulent dans une autre ville ou dans un autre pays. Ceci étant dit, cet état de fait n’enlève rien à notre enthousiasme. La cérémonie d’ouverture le Vendredi 23 Juillet était en grande partie ennuyeuse sauf quelques moments tout à fait remarquables. L’interprétation de l’hymne japonais par MISIA dans sa robe de Tomo Koizumi en forme de glace sucrée Kakigōri (かき氷) était particulièrement réussie. La représentation humoristique des pictogrammes olympiques était phénoménale et m’a réveillé après le défilé interminable des pays. La vidéo comique qui suivait montrant le comédien Gekidan Hitori faire l’imbécile avec les installations lumineuses de la ville, sous les yeux sévères de la patineuse médaillée d’or olympique Arakawa Shizuka était particulièrement savoureuse. Je n’ai appris qu’après que cette partie filmée avait été dirigée par Yoichi Kodama, le compagnon de Sheena Ringo. En regardant la cérémonie, la présence du comédien Gekidan Hitori m’avait surpris car il n’est plus actuellement au top de sa popularité, et je me suis demandé par quel lien il avait pu être amené à faire partie des intervenants. Je me suis souvenu qu’il était présent sur la vidéo de Koi ha Maboroshi (恋は幻) de Tokyo Jihen, ce qui m’avait également surpris. Peut être que sa présence est liée au fait que Sheena Ringo était membre initiale du comité artistique olympique. Il a peut être été choisi à ce moment là et il est resté même après la dissolution du comité. Ça parait probable quand je pense à la présence de l’acteur Kentarō Kobayashi par exemple, qui était l’acteur principal sur le film Hyaku Iro Megane (百色眼鏡), avant de démissionner peu de temps avant la cérémonie pour des propos inacceptables qu’il a tenu il y a plusieurs dizaines d’années. Une chose est sûre, cette cérémonie a connu de nombreux rebondissements et scandales, comme si on lui avait jeté un mauvais sort. La version que l’on a vu à la télévision était une version diminuée et plus sobre que ce qui avait été envisagé initialement par le comité artistique, notamment par la chorégraphe MIKIKO dont les idées ont récemment été divulguées par le magazine Bunshun. On apprend dans ce magazine que les plans originaux donnaient une vision beaucoup plus pop avec un passage montrant la moto de Kaneda dans Akira, une intervention du groupe Perfume (MIKIKO était la chorégraphe de Perfume sur une de leur tournée), une apparition de Naomi Watanabe sortant d’un tuyau de Super Mario alors que Lady Gaga y était entrée de l’autre côté (on sait que Naomi Watanabe fait une excellente parodie de Lady Gaga). Il s’agissait là d’un clin d’oeil à la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Rio. Les drones qui étaient un moment remarquable de la cérémonie faisaient apparement partie du plan initial et ont heureusement été conservés. Au final, ces divulgations nous laissent imaginer une cérémonie beaucoup plus intéressante que ce qu’on a pu voir au final. Mais le final avec le dernier passage de la flamme olympique par Naomi Osaka avait quelque chose d’émouvant. Il nous reste maintenant des images de la flamme olympique dans son élégant réceptacle dessiné par Nendo.

白黒になる東京 (4)

Depuis la gare de Shinjuku, je marche maintenant vers Kabukichō en direction de la station de Seibu Shinjuku. Cette zone de Shinjuku a pris ce nom de Kabukichō car elle était initialement destinée à accueillir un théâtre kabuki après la seconde guerre mondiale. Ce théâtre, qui était censé s’appeler Kiku-za, n’a jamais vu le jour en raison de problèmes de financement, mais le nom de Kabukichō est resté. Des centres de divertissement se sont tout de même développés un peu plus tard, notamment un cinéma appelé Tokyu Milano-za construit en 1956 ainsi que d’autres établissements: un centre culturel, un théâtre et une patinoire. Le cinéma Tokyu Milano-za a fermé ses portes le 31 Décembre 2014. Le bâtiment a été rasé et va laisser place à une tour de 225 mètres actuellement en cours de construction. Je ne suis pas venu à Kabukichō pour voir ce nouveau building en construction qui va continuer à transformer l’image du quartier, mais plutôt pour aller voir la palissade de métal blanc qui l’entoure. Dans le cadre d’un projet intitulé Shinjuku Art Wall (新宿アートウォール・プロジェクト), une sélection de photographies de Daido Moriyama y sont affichées en grand format sur les murs Sud et Ouest. Certaines photographies sont assez connues comme celle avec des bas résille formant des motifs courbes, celle montrant des lèvres féminines prises en gros plan ou encore la photographie de câblages électriques compliqués accrochés sur un poteau. Je ne connaissais pas la plupart des autres photographies, notamment celles montrant des personnages de la série Evangelion comme Ayanami Rei. C’est une bonne idée d’utiliser ces surfaces autour des constructions pour montrer des photographies, illustrations ou autres œuvres d’art. J’ai l’impression que cette méthode d’exposition devient plus fréquente ces derniers temps. Je me souviens des palissades blanches autour du PARCO de Shibuya sur lesquelles Katsuhiro Ōtomo et Kosuke Kawamura s’étaient associés pour montrer des illustrations du manga Akira. Ce n’est pas le seul exemple d’art de rue éphémère que j’ai pu voir à Shibuya.

J’écoute souvent l’album éponyme de Millenium Parade mais je me rends compte que je n’en avais jamais parlé dans un billet à part entière, car je l’avais en fait évoqué dans des commentaires d’un ancien billet lorsque je commençais à écouter l’album en Mars 2021 un mois après sa sortie. Je l’écoute de plus en plus maintenant car c’est un album qui se révèle petit à petit. Millenium Parade (abrévié en Mirepa ミレパ) est un projet musical mené par Daiki Tsuneta, fondateur de King Gnu avec Satoru Iguchi. Alors que King Gnu a une approche rock plutôt mélodique, Millenium Parade prend une approche plus éclectique mélangeant les styles entre rock, passages plus symphoniques, des moments électroniques ou jazz et d’autres de hip-hop. J’aime beaucoup King Gnu et c’est le groupe qui réconcilie tout le monde à la maison. Je m’étais procuré sur iTunes leurs deux derniers albums, à savoir celui intitulé Sympa sorti en Janvier 2019 et leur dernier intitulé Ceremony sorti en Janvier 2020. Ceremony comprend le single Hakujitsu (白日) qui a grandement contribué à la notoriété du groupe, notamment pour la voix rare de Satoru Iguchi. Iguchi et Tsuneta sont proches car ils viennent tous les deux de la même université des Beaux Arts de Tokyo, Département Musique. Iguchi ne fait cependant pas partie de Millenium Parade mais est tout de même invité sur deux morceaux à la fin de l’album dont le morceau Familia qui le conclut. Ce morceau reste très proche de l’esprit musical de King Gnu. Daiki Tsuneta est également membre fondateur de Perimetron qui est un collectif composé de vidéastes, d’illustrateurs graphistes et de musiciens. Perimetron ressemble à une troupe d’artistes très proches partageant une même vision créative. Ce groupe réalise les vidéos de King Gnu et de Millenium Parade. Dans son ensemble, King Gnu est à mon avis plus axé mainstream que Millenium Parade qui se présente plutôt comme un concept musical. Daiki Tsuneta y compose les musiques et invite différents artistes pour les interprétations vocales et instrumentales, comme les voix féminines de l’interprète Ermhoi sur quelques morceaux comme 2992 ou Lost and Found ou encore Friday Night Plans sur le morceau Trepanation. Leurs interprétations vocales sont superbes d’ailleurs. Tsuneta chante également sur plusieurs morceaux. Les paroles sont presque toutes en anglais bien que les membres du groupe et les invités soient tous des artistes japonais, mais parfois d’origines diverses. Millenium Parade est très intéressant musicalement dans un esprit rock se mélangeant avec une approche symphonique, parfois jazz, mais gardant quelque chose d’assez chaotique. C’est d’ailleurs une image que Tsuneta recherche, car il évoque lui-même le Tokyo Chaotic Sound comme tendance principale de leur art. Il y a d’ailleurs un morceau intitulé Tokyo Choatic!!! qui se trouve être une interlude musicale. Il y a beaucoup de courtes transitions musicales dans cet album, contribuant à son approche conceptuelle. Ces transitions façonnent d’ailleurs l’ambiance générale qui se dégage de l’album. Plusieurs d’entre elles évoquent le folklore japonais, comme le tout premier morceau intitulé Hyakki Yagyō (百鬼夜行) qui fait référence à la parade nocturne des 100 démons yōkai arpentant tous les ans les rues durant les nuits d’été et provoquant la mort à ceux qui ont le malheur de croiser leur procession. Hyakki Yagyō était également le thème de la tournée de Sheena Ringo en 2015 (椎名林檎と彼奴等がゆく 百鬼夜行2015), dont j’ai le Blu-ray sans l’avoir vu car je fais durer le plaisir. Ce trait d’union m’interpelle forcément un peu. Une autre interlude de Millenium Parade s’appelle Matsuri no ato et vient reprendre des fragments du morceau suivant 2992, constituant ainsi une sorte d’introduction. Ce genre de liaisons est très intéressante. Millenium Parade s’est surtout fait connaître par le morceau Fly with Me, qui est le thème d’ouverture de la série Ghost in The Shell: SAC_2045. La vidéo animée de style futuriste par Perimetron est superbe, sans forcément reprendre le style GITS. En fait le désordre urbain me rappelle plus le manga et l’anime Tekkonkinkreet. Il se trouve que Daiki Tsuneta est fan de GITS et s’en inspire apparemment dans son approche artistique. J’adore également GITS et les autres manga cultes de Masamune Shirow (Appleseed ou Orion par exemple). La vidéo de Veil par exemple, semble être complètement influencée par l’univers de GITS avec ces tubes reliant des corps cybernétiques. Veil est un des singles du groupe mais n’est bizarrement par présent sur l’album Millenium Parade. J’aime beaucoup l’approche artistique « complète » de cet album où le même collectif autour de Daiki Tsuneta compose les musiques des morceaux, les interprète, tourne les vidéos et illustre les pochettes de leurs albums. Ça donne une certaine consistance de style et quelque chose de très puissant qui m’intéresse beaucoup.

Vous allez peut-être vous inquiétez du fait que je n’ai pas encore évoqué Tokyo Jihen sur ce billet alors que c’était le cas sur presque tous les billets précédents (enfin j’évoque bien Sheena Ringo un peu plus haut). Dans un souci de continuer à tester l’endurance des lecteurs de Made in Tokyo, dont le nombre est en conséquence en baisse en ce moment, je vais quand même évoquer une nouvelle fois Tokyo Jihen ici. En fait, il m’est revenu en tête d’écrire au sujet de Millenium Parade et de Daiki Tsuneta car il était invité avec le batteur de King Gnu, Yū Seki, à l’émission KanJam Kanzen Nen-SHOW (関ジャム 完全燃SHOW) en deux parties les Dimanche soir 13 et 20 Juin 2021 sur TV Asahi. L’émission est présentée par le groupe d’idoles masculines KanJani8 (関ジャニ∞), originaire du Kansai comme leur nom le suggère. Vu qu’ils sont incapables de chanter correctement, je me suis toujours demandé pour quelle raison ils s’étaient retrouvés à animer une émission musicale qui peut être par moment assez pointue. On voit d’ailleurs régulièrement qu’ils sont un peu dépassés par les discussions qui ont lieu pendant l’émission, et c’est d’ailleurs également assez régulièrement mon cas pour être très honnête. Il s’avère tout de même qu’il s’agit d’une des émissions musicales les plus intéressantes de la télévision japonaise, avec celles de la NHK dans un style certes plus formel. Les émissions de KanJam du 13 et 20 Juin ont en fait été hijackées par Tokyo Jihen remplaçant KanJani8 dans le rôle d’animateurs et les reléguant au rôle de spectateurs. L’émission avait même changé de nom pour devenir HenJam Shinra Ban-Show (変ジャム 森羅万SHOW). La mise en scène était amusante car les membres de Tokyo Jihen prétendaient être d’autres personnes liées aux membres du groupe, des frères ou des cousins. Sheena Ringo, qui présentait l’émission avec Ichiyō Izawa, prétendait être Shiina Tekuno (椎名てく乃), cousine de Sheena Ringo qui se trouve être présentatrice de profession. Izawa Ichiyō se présentait en tant que Izawa Amaō (伊澤甘王), cousin au deuxième degré de Ichiyō et journaliste. Je pense qu’on lui a donné le nom de Amaō car on sait qu’il aime les choses sucrées depuis l’épisode de Hanakin Night qui lui était consacré. Kameda Seiji devenait Kameda Seizo, petit frère de Seiji et responsable dans une entreprise. Ukigumo se présentait sous le nom de Yamigumo (闇雲), son frère jumeau et ingénieur de profession. Finalement, Hata Toshiki devenait Hatahata Toshiki (鰰(はたはた)都市紀), chercheur en poisson d’eau de mer et parent de Hata Toshiki. Cette mise en scène très compliquée provoqua bien entendu la surprise des autres personnes sur le plateau. Ce qui était amusant, c’est que Sheena prenait un malin plaisir à ne pas répondre lorsque l’on lui demandait le sens de cette plaisanterie. On ressentait assez clairement que toute cette mise en scène avait été imaginée par Sheena Ringo, certainement pour alléger le stress de ce genre d’émissions, mais on voyait que les autres membres du groupe avaient du mal à se tenir à leurs rôles imposés. Je pense que le chaos qui est en résultait était volontaire et donnait quelque chose d’assez particulier à suivre. Dans cette mise en scène, les membres de Tokyo Jihen devaient parler d’eux-mêmes à la troisième personne, n’étant que les cousins ou petits frères des véritables membres du groupe. On pouvait remarquer que Kameda avait tout de suite du mal à se tenir à cette mise en scène et Sheena le reprenait sous les sourires de tous. C’est une drôle d’idée complètement décalée.

L’autre surprise de l’émission était donc de voir Daiki Tsuneta invité avec le batteur de King Gnu, Yū Seki, à cette émission. Je me souviens que lors d’une enquête du fan club Ringohan, Sheena Ringo demandait qu’on lui suggère des artistes avec lesquels elle pourrait collaborer musicalement et j’avais proposé King Gnu. Ça me fait donc plaisir de voir une partie du groupe invité même s’il ne s’agit pas d’une participation commune à l’élaboration d’un morceau de musique. Ce sera peut être pour une autre fois, mais l’émission avait au moins le mérite d’indiquer qu’il y a des points communs entre Sheena Ringo et King Gnu. C’est en fait Sheena qui a invité Daiki Tsuneta dans l’émission et il explique lui-même qu’il ne pouvait pas refuser. Il se trouve que Sheena a assisté à un de ses premiers concerts à Tokyo il y a quelques années et qu’il se sentait donc obligé d’accepter cette invitation pour cette émission. Le ton de l’émission était volontairement piquant donc on ne sait pas trop dans quelle mesure il s’agit d’humour ou de réalité. Mes souvenirs de Tsuneta dans des émissions de télévision étaient qu’il avait une attitude un peu hautaine (je ne me souviens en fait que d’une seule émission où King Gnu était interviewé, donc mon impression est peut être fausse) mais il avait ici l’air très humble, très souriant et même un peu gêné pendant cette émission qu’on lui fasse des compliments, comme s’il y avait une relation de Kohai à Senpai entre Tokyo Jihen et King Gnu. Daiki Tsuneta dit beaucoup de bonnes choses sur Tokyo Jihen. C’est amusant de voir Sheena l’écouter avec un sourire en coin en baissant la tête. On comprend tout de suite que les commentaires élogieux de Tsuneta sur le groupe lui plaisent beaucoup. Il insiste aussi beaucoup sur le jeu de basse de Kameda et les distorsions (歪み) qu’il y introduit. L’émission prend en exemple son solo de basse sur OSCA qui remplace très bien un solo de guitare. En même temps, Sheena nous dit que la basse de Kameda vient parfois empiéter sur sa plage vocale et qu’il est parfois difficile pour elle de chanter sur un morceau quand le son de la basse devient trop présent. Cette remarque un peu piquante là encore mais volontairement humoristique fait rire toute l’assemblée. Et Ukigumo de commenter qu’avec la basse de Kameda, on n’a même plus besoin de guitare. Le sujet des distorsions occupent un bon moment de la seconde partie de l’émission car Tsuneta apprécie beaucoup cet aspect du groupe et entend même des distorsions dans la batterie de Toshiki Hata.

Outre King Gnu, Chan Mari (ちゃんMARI) du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女) et le producteur Akimitsu Honma, membre régulier de l’émission, intervenaient également. Chan Mari nous dit d’entrée de jeu être fan de Tokyo Jihen, avec une pointe d’émotion dans la voix. Elle est au clavier dans son groupe et insiste beaucoup dans l’émission sur les talents de composition de Izawa, en prenant comme exemple les solos sur le morceau Osorubeki Otonatachi (恐るべき大人達) en version live sur la tournée Discovery, sur le morceau Aka no Dōmei (赤の同盟) sur le dernier album Music ou sur Himitsu (秘密). Le producteur Akimitsu Honma note que la particularité de Tokyo Jihen est que chaque membre du groupe est capable de composer des morceaux en plus d’être musicien, ce qui est un fait rare. Il remarque certains rapprochements entre l’approche musicale de Tokyo Jihen et celle de King Gnu. Je suis assez d’accord avec cela dans le sens où ces deux groupes ne se sentent pas limité dans leurs approches musicales et sont en mesure de s’approprier différents styles en les adaptant à leurs propres atmosphères. Je ressens également une même sophistication et profondeur dans les sons qu’ils produisent, un certain perfectionnisme. Dans l’émission, en plus de cette capacité à composer, on évoque également le fait que la plupart des membres du groupe ont de multiples capacités en plus de jouer de leurs instruments d’origine, notamment celle de chanter pour Izawa et Ukigumo et de jouer de la guitare en plus des claviers pour Izawa.

L’émission aborde ensuite le fait que le groupe développe sans cesse des nouvelles versions de leurs morceaux, ce qui rend d’ailleurs les concerts intéressants car les morceaux varient souvent par rapport à ce qu’on connaît des albums. Sheena évoque une fois de plus son souci de plaire au public en proposant des interprétations nouvelles plutôt que de répéter des versions que le public connait déjà. A ce sujet, Ukigumo ne fait jamais deux fois les mêmes solos de guitare. On nous le démontre dans l’émission en prenant différents exemples en concert du morceau Killer Tune pour lequel le solo est à chaque fois diffèrent. Ukigumo nous dit que changer à chaque fois permet de ne jamais se tromper car il n’est pas nécessaire de reproduire exactement la même partition à chaque interprétation. Mais ça veut surtout dire qu’il a une excellente capacité d’improvisation ce qui désoriente d’ailleurs un peu les autres membres du groupe. En studio d’enregistrement, il improvise souvent une partition qui se trouve être meilleure que ce qui était écrit à l’origine. Le problème est qu’il ne se souvient parfois pas après coup ce qu’il a improvisé et il faut lui faire réécouter la bande de son propre passage de guitare pour qu’il puisse le reproduire à l’identique en se copiant lui-même. On lui pose la question si le changement perpétuel de version peut être dû au fait qu’il ne retient pas la partition originale et il nous confirme avec une moitié de sourire qu’il y a également un peu de cela. Sur Ukigumo, Tsuneta nous dit qu’il est un génie de la guitare car son approche musicale n’est jamais standard ou normale, et qu’il est respecté par les jeunes guitaristes.

Chan MARI évoque un peu plus tard la multiplicité des voix de Sheena, ce que j’aime aussi énormément et Akimitsu Honma parle aussi de génie pour le chant de Sheena. Il y a beaucoup de superlatifs dans cette émission, ce qui peut paraitre un peu trop. Mais ce qui est avant tout intéressant, c’est le déroulement chaotique de l’émission, comme une distorsion de la réalité, qui nous pousse à sourire. Par exemple, Yū Seki de King Gnu nous explique qu’il a été invité par Hata Toshiki dans cette émission mais lui-même n’a pas l’air très au courant. Sheena répond toujours à moitié aux questions et quand ça l’arrange. A une question de l’acteur, invité régulier de l’émission, Arata Furuta, elle nous dit qu’elle n’est pas Sheena Ringo (puisqu’elle est le personnage de Tekuno) et qu’elle n’est donc pas en mesure de répondre précisément. Elle change même rapidement de sujet en posant une question à Daiki Tsuneta. Cette mise en scène est en fait un moyen pratique pour ne pas répondre aux questions ennuyeuses. Arata Furuta lui demandait si la raison pour laquelle elle avait arrêté sa carrière solo était bien pour faire partie d’un groupe. C’est une question à laquelle elle a dû répondre tellement de fois qu’elle expédie la réponse en passant rapidement à autre chose. Un peu plus tard dans l’émission, Ukigumo nous révèle qu’on l’oblige à porter des vêtements bizarres, comme le costume d’indien qu’il a porté récemment pendant l’émission Music Station pour le morceau Ryokushu (緑酒), et que parfois c’est dur à vivre. L’éclat de rire de Tsuneta quand Ukigumo nous annonce cela fait plaisir à voir. Là encore, on ne sait pas trop si cette complainte est véritable, mais j’imagine bien Sheena obliger gentiment tout le monde à porter ces tenues de scènes, sans que personne ne soit en mesure de refuser tout en se disant que ça ne doit pas être une si mauvaise idée que cela. L’émission décortique également plusieurs morceaux mais je trouve les explications plus floues et moins convaincantes. En tout cas, j’ai appris pas mal de nouvelles choses sur le groupe, et des petites anecdotes. Le respect mutuel entre les membres du groupe, et entre Tokyo Jihen et King Gnu, transparaissait véritablement dans cette émission, et m’a d’autant plus donné envie de revenir vers les albums de Millenium Parade et de King Gnu, en alternance avec Music de Tokyo Jihen que j’écoute toujours beaucoup sans m’en lasser.

白黒になる東京 (3)

Je continue cette série montrant Tokyo en noir et blanc avec un nouvel épisode et sans savoir combien de billets au total composeront cette série. Peut-être deviendra t’elle une série au long cours qui réapparaîtra de temps en temps sur ce blog après quelques mois ou années écoulées. J’ai un peu perdu le fils des séries passées car la particularité de ce blog est d’être relativement désorganisé, ce qui est assez différent de ma vie réelle dont je parle volontairement assez peu. Enfin, les billets sont peut-être désorganisés les uns par rapport aux autres, mais les contenus de chaque billet suivent des logiques assez bien définies. Changer cette logique interne sur certains billets provoque parfois de longs débats au sein de la rédaction de Made in Tokyo. Certaines photographies du billet, notamment les premières, sont plutôt anciennes (de quelques mois) tandis que les trois dernières prises à Shinjuku sont plutôt récentes. La première photographie montre un long sous-sol du grand magasin Ginza6. Je ne soupçonnais pas l’existence de ce long couloir plutôt photogénique. J’ai pris une vingtaine de photos dans ce tunnel avec des effets de flou, des effets de mouvements en zoom et en rotation, avec l’intention de les utiliser plus tard comme matériaux pour des compositions avec d’autres photographies. Dans ma librairie de photographies sur l’iMac, j’ai beaucoup de photos prises uniquement pour servir de motifs éventuels, notamment des photos de ciel avec nuages, des photos rapprochées de murs de pierre ou de béton, comme sur la deuxième photographie. L’hortensia de ce billet, comme celle du premier billet de cette série, provient du sanctuaire Hakusan dont je parlerais très certainement dans un prochain billet. Je vais régulièrement à Shinjuku mais plus rarement à Kabukichō. Le quartier change petit à petit depuis l’implantation du grand building des cinémas Toho au printemps 2015. Je me dirige vers un nouvel immeuble en construction pour aller voir les palissades de protection qui l’entourent, mais j’en parlerais également dans un prochain billet. Les trois photographies de Shinjuku montrées sur ce billet sont en fait prises en marchant depuis la gare vers Kabukichō. Le building noir aux contours agressifs, le Yasuyo Building de l’architecte Nobumichi Akashi, est un bâtiment que j’ai déjà montré plusieurs fois sur ce blog. Je l’ai en fait montré plus que plusieurs fois car ce building était l’image d’entête de Made in Tokyo pendant 6 ans de 2010 à 2016, pour les versions 5 et 6 du blog. A cette époque, j’avais même enlevé le titre du blog pour ne laisser que cette image de building noir, positionnée à l’envers. Ce building est tellement symbolique qu’il me paraissait suffisant et il a encore maintenant pour moi une valeur particulière. Sur la dernière photographie ci-dessus, on devine une de raisons de mon passage à Shinjuku.

Le magasin de disques Tower Records de Shinjuku avait monté une petite exposition sur Tokyo Jihen à l’occasion de la sortie de l’album Music (音楽) et il fallait bien évidemment que je vienne voir à quoi tout cela ressemblait. L’exposition est toujours en cours et se terminera le 28 Juin. Je m’étais décidé, pour cet album, à suivre le chemin typique de l’OTK, ce qui est assez fatiguant tout en étant assez amusant. Je n’étais pas le seul à venir prendre en photo les tenues du groupe qui étaient présentées. Le Tower Records de Shinjuku occupe les 7ème et 8ème étages du Department Store Flags, et on pouvait trouvé quatre set de tenues d’émissions aux 4ème et 7ème étages. Au quatrième étage, on pouvait voir les tenues récentes très colorées utilisées pour le morceau Ryokushu (緑酒) interprété pendant l’émission Music Station sur la chaine Asahi TV, le Vendredi 14 Mai 2021. Au 7ème étage, dans un espace aménagé du Tower Records, on pouvait voir trois autres sets de tenues, celles portées pour Gunjō Biyori (群青日和) lors de l’émission FNS du 9 Décembre 2020 (certainement mes préférées), et d’autres plus traditionnelles: des yukata blancs portés pour l’émission Music Station du 14 Août 2020 et les kimono bleus marqués de l’année 2020 pour la 71ème édition de l’émission la NHK Kōhaku du 31 Décembre 2020. On pouvait également y voir devant une affiche géante du groupe sur le toit du New Sky Building de Shinjuku, des néons reprenant l’écriture du titre de l’album et deux tourne-disques pour vinyles marqués des signes des membres du groupe. Ce tourne-disques aux allures vintage n’est pas en ventre à ma connaissance, tout comme la broche en forme de plume de paon sur le yukata blanc. Cette broche était apparemment vendue ou donnée aux membres du fan club Ringohan il y a quelques années, et on ne peut pas l’acheter maintenant, à part d’occasion et pour un prix assez élevé sur Mercari. Dans ce magasin Tower Records de Shinjuku, j’ai pu constater que le poster des 20 ans de carrière de Sheena Ringo ainsi que la cartographie des liens musicaux, que je montrais dans un billet précédent, sont toujours présents.