Osaka Expo 2025 (2)

Pavillon de la Thaïlande par A49.
Arrière du Pavillon de la Thaïlande par A49.
Pavillon de l’Espagne par Néstor Montenegro.
Pavillon de la Principauté de Monaco par Jerome Hein.
Pavillon de l’Azerbaijan par Bellprat Partner, ELEVEN.
Pavillon de l’Azerbaijan par Bellprat Partner, ELEVEN.
Better Co-Being by SANAA, produit par Hiroaki Miyata.
Future of Life par Jiro Endo, produit par Hiroshi Ishiguro.
Future of Life par Jiro Endo, produit par Hiroshi Ishiguro.
Earth Mart par Kengo Kuma, produit par Kundo Koyama.

Le vaste espace de l’Expo d’Osaka 2025 se divise en plusieurs zones. Les entrées Est et Ouest contiennent quelques pavillons. Ceux du Japon et des grandes compagnies japonaises comme Mitsubishi, Sumitomo ou NTT se trouvent à l’Est. L’entrée Ouest est plus limitée, mais on y trouve le Blue Ocean Dome, une reconstitution d’un robot Gundam géant, le pavillon Yoshimoto, entre autres.

À l’intérieur du grand Anneau, les pavillons des pays se répartissent sur trois zones principales nommées Empowering Lives Zone, Connecting Lives Zone et Saving Lives Zone. La zone Empowering Lives, située près de l’entrée Est, est la plus vaste. On y trouve entre autres les pavillons français et américain, très populaires, ainsi que ceux de la Chine, du Canada ou encore des Émirats arabes unis. La zone Saving Lives se situe près de l’entrée Ouest, avec les pavillons de la Belgique, de Singapour, de la Pologne et de la Roumanie, entre autres. La partie nord de l’Anneau correspond à la zone Connecting Lives, où se trouvent les pavillons de l’Espagne, de la Thaïlande, de la Corée et de l’Allemagne, parmi de très nombreux autres. Chacune de ces zones contient également en tout quatre bâtiments plus classiques, appelés Commons, qui regroupent de plus petits pays n’ayant pas leur propre pavillon.

La partie sud de l’Anneau rassemble une série de pavillons thématiques, souvent dotés de l’architecture la plus emblématique. Cette zone, appelée Signature, donne sur la Water Plaza, un espace ouvert sur l’océan et encadré par la partie sud du grand Anneau. Le centre de l’Anneau est vide. On y trouve un grand espace vert appelé la forêt de la tranquillité. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un espace boisé sans pavillons, mais avec quelques installations artistiques disséminées çà et là. Outre les pavillons, il y a beaucoup de choses à observer dans l’enceinte de l’Expo. Les toilettes et les espaces de repos sont tous stylisés par des concepteurs différents. Heureusement d’ailleurs, car les pavillons restent difficilement accessibles à moins de vouloir perdre beaucoup de temps dans les files d’attente. On disait qu’il fallait attendre jusqu’à quatre heures pour certains pavillons, comme le français ou l’américain. Attendre environ une heure semble être la norme pour de nombreux pavillons nationaux, tandis que le pavillon japonais et ceux de la zone Signature n’étaient accessibles que sur réservation préalable. Les pavillons Commons sont en principe plus accessibles, mais des files d’attente s’y formaient également. Il n’était pas rare de voir certains pavillons fermer temporairement aux nouvelles entrées lorsqu’ils avaient atteint leur capacité d’accueil.

L’Expo ne dure que six mois, du 13 avril au 13 octobre 2025, dont une bonne partie en plein été caniculaire. Il aurait été judicieux de la faire durer plus longtemps, environ un an, et de réguler plus fortement les entrées pour permettre d’apprécier un plus grand nombre de pavillons. J’envie ceux qui ont eu la bonne idée de visiter l’Expo au tout début car elle n’était pas aussi populaire que sur la fin. J’avais pris le parti de ne pas perdre de temps à attendre, mais j’ai tout de même pu visiter trois pavillons et une partie Commons. Mon objectif premier était de voir seul le maximum de pavillons pendant les deux premières heures, avant de rejoindre notre petit groupe pour des visites communes.

Osaka Expo 2025 (1)

Drapeaux des nations à l’entrée Ouest de l’Expo Osaka 2025.
Myaku-Myaku, mascotte de L’Expo à l’entrée Ouest, devant l’emblématique anneau « Grand Ring » conçu par Sou Fujimoto.
Statue de Myaku-Myaku et le Pavillon Yoshimoto waraii myraii en arrière plan.
Pavillon de la Serbie par ALEATEK Studio.
Blue Ocean Dome par Shigeru Ban.
Pavillon joint d’Iida Group et de l’Osaka Metropolitan University par Shin Takamatsu.
A l’intérieur du Grand Ring entièrement construit en bois.
Voie piétonne d’une longueur de 2025 mètres au dessus du Grand Ring.
Vue depuis l’Anneau sur le Pavillon de la Belgique conçu par Carré 7.
Installation type_ark_spec2 de la série HIWADROME de l’artiste Kazuhio Hiwa, devant le Pavillon de la Belgique.

Le Mercredi 17 Septembre, nous arrivons sur le site de l’Expo 2025 d’Osaka (大阪万博2025) un peu avant midi. Nos places nous donnaient droit d’entrée dans la file d’attente attitrée à partir de 11h00, mais certains retards indépendants de notre volonté nous ont fait arriver avec presque une heure de décalage sur notre planning. Nos billets correspondaient à l’entrée Ouest, qui n’est pas celle proche de la station de train de Yumeshima (夢洲). Depuis la station de Yumeshima, où se trouve l’entrée principale Est, on peut marcher une demi-heure jusqu’à l’entrée Ouest, prendre une navette depuis Sakurajima (où se trouve le parc Universal Studios Japan) ou venir en taxi. Il n’y a pas de parking pour les particuliers et l’autoroute qui mène à l’île artificielle de Yumeshima n’est accessible qu’aux véhicules autorisés. L’avantage de l’entrée Ouest, excentrée par rapport à la station, est qu’elle est beaucoup moins encombrée. Il ne nous a fallu que dix minutes pour entrer à l’intérieur de l’enceinte de l’Expo, après une fouille rapide des sacs et un contrôle des billets, le tout très efficacement organisé.

Nous voilà enfin devant le grand anneau de bois conçu par Sou Fujimoto. J’avais pu en voir des photographies et une reconstitution très partielle d’une toute petite portion lors de l’exposition dédiée à l’architecte au Mori Art Museum de Roppongi Hills. La version réelle devant nous est impressionnante, même de loin. La politesse nous impose de saluer la statue de l’étrange mascotte bleue et rouge Myaku-Myaku (ミャクミャク). Ce personnage mignon avait étonné la population lors des premières présentations, mais il est désormais très populaire. Nous l’adorons aussi, pour être très honnêtes. Il détrônerait presque Hikonyan (ひこにゃん), la mascotte de la ville de Hikone, dans le palmarès très limité des mascottes que nous apprécions. Myaku-Myaku a été créé par l’illustrateur Kouhei Yamashita, connu sous le pseudonyme mountain mountain. Son design a été sélectionné parmi près de 1 900 propositions lors d’un concours national organisé en 2022. Le nom a, lui aussi, fait l’objet d’un concours. Cet étrange personnage un peu cosmique représente une créature mystérieuse née de la fusion de cellules et d’eau, symbolisant la vie et la transformation. Myaku (ミャク) fait référence à la circulation du sang, et sa répétition donne une impression de continuité infinie, d’énergie et de vie qui se transmet. Myaku-Myaku est en quelque sorte une métaphore vivante de la transmission de la vie, du futur et de la continuité entre les générations. Le personnage est tellement populaire qu’on trouve toutes sortes d’objets et de peluches à son effigie.

On nous avait prévenus qu’il y aurait foule à l’Expo, et c’est le moins qu’on puisse dire. Elle fermera ses portes le 13 Octobre 2025, et tout ou presque disparaîtra ou sera délocalisé. Les chaleurs de l’été ayant été infernales cette année, nombreux sont ceux, comme nous, à avoir préféré venir en Septembre. Il fait tout de même chaud, environ 31 degrés, mais le ciel nuageux nous a en partie épargné. Les pavillons installés à l’intérieur de l’anneau, ou à sa périphérie immédiate, sont nombreux. Certains demandaient des réservations préalables, tandis que les autres étaient libres d’accès, à condition d’accepter parfois plusieurs heures d’attente. Deux semaines avant notre départ, nous avons tenté la loterie pour réserver des places dans quelques pavillons, mais sans succès. J’avais personnellement dans l’idée de découvrir d’abord les façades de la majorité des pavillons. L’architecture des pavillons, qu’ils soient nationaux ou spécialisés, est tout à fait remarquable et vaut le déplacement malgré la foule et la chaleur. J’ai bien entendu commencé par gravir les escaliers du grand anneau de bois de Sou Fujimoto. Ce Grand Ring mesure 2025 mètres de circonférence, un clin d’œil direct à l’année de cette exposition. On peut en faire le tour complet, mais je n’ai pas tenté le coup, ce que je regrette un peu maintenant. On y accède par plusieurs escaliers et escalators, ce qui est vivement conseillé pour avoir une vue d’ensemble de l’enceinte de l’exposition.

Plan d’ensemble de l’OSAKA EXPO 2025 à Yumeshima.

De nombreux architectes reconnus ont participé à la conception des pavillons. Outre Sou Fujimoto, on retrouve des grands noms de l’architecture japonaise comme Toyo Ito, Kengo Kuma, Akihisa Hirata, SANAA, Yuko Nagayama, Shin Takamatsu, Shigeru Ban, entre autres. Je commence ici une série de plusieurs billets montrant tous ces édifices, en m’efforçant de commenter chaque photographie. La multitude d’images que j’inclus dans chaque billet vient illustrer la densité de l’Expo 2025 d’Osaka.

Osaka Expo 2025 (pre)

Nous nous sommes finalement décidés, à la fin du mois d’août, à aller voir l’Expo d’Osaka 2025, profitant de deux jours de congé du fiston suite à la fête Bunkasai de son lycée. Nous avons pu obtenir des billets pour le mercredi 17 septembre, avec une entrée dans l’enceinte de l’Expo à 11h. On a beaucoup hésité entre partir de Tokyo en shinkansen tôt le matin du 17 septembre ou se donner un peu de temps en partant la veille. Nous sommes finalement partis le mardi 16 septembre pour profiter un peu du centre d’Osaka avant la visite de l’Expo. Nous n’avions pas énormément d’idées de visites, car nous avons déjà visité Osaka plusieurs fois et n’avions qu’un après-midi devant nous. J’étais très curieux de voir le gigantesque lion du sanctuaire Namba Yasaka (難波八阪神社), situé à quelques minutes à pied de la station de Namba. Le grand hall appelé Shishiden, en forme de tête de lion géante, est bien entendu la caractéristique la plus emblématique de ce sanctuaire et je l’ai souvent vu en photo sur Instagram. Aucune surprise donc de constater que la grande majorité des visiteurs sur place étaient des touristes étrangers. La tête de lion mesure environ 12 mètres de hauteur, 11 mètres de largeur et 10 mètres de profondeur. On dit que sa grande bouche ouverte avale les mauvais esprits en laissant aux visiteurs la bonne fortune. Le sanctuaire vénère notamment l’impétueux Susano-no-Mikoto (須佐之男命), dieu du tonnerre et des tempêtes. L’origine exacte du sanctuaire n’est pas connue, mais le bâtiment principal, dont le Shishiden, date de l’année 1974.

Nous marchons ensuite vers la gare de Namba et le fameux quartier de Dōtonbori (道頓堀) que nous connaissons déjà. En chemin, Mari repère un petit café nommé Commerce (コメルス), au quatrième étage d’un vieil immeuble de briques rouges sans ascenseur. L’ambiance y est agréable, un peu branchée mais pas trop, avec une clientèle jeune et uniquement féminine. En fond sonore, un vieux morceau de Sonic Youth, époque Dirty peut-être, me met tout de suite un peu plus à l’aise dans cet endroit. En nous enfonçant dans les rues commerçantes près de la gare de Namba, nous tombons sur le théâtre comique Yoshimoto. Lors de notre dernier passage, nous avions assisté à deux spectacles de comédie Manzai dans ce théâtre, et nous nous laissons une nouvelle fois tenter. Je ne rechigne pas à y assister, car j’aime l’ambiance des spectacles, mais les subtilités de cet humour m’échappent souvent. Nous avons un peu de temps avant la séance de 19h, et nous nous faufilons dans la foule en direction du pont Ebisubashi, qui enjambe le canal Dōtonbori. Le quartier est très animé, comme d’habitude. Il me semble que les devantures animées et très décorées des restaurants du quartier deviennent de plus en plus imposantes pour attirer l’œil des touristes. Les panneaux lumineux sont nombreux, et nous ne manquons pas de voir l’emblématique coureur Glico, l’un des symboles les plus reconnaissables d’Osaka. Le temps passe vite et il faut rapidement revenir vers le théâtre Yoshimoto Namba Grand Kagetsu (なんばグランド花月) si nous ne voulons pas louper la séance. Les duos de comiques enchaînent leurs numéros dans la plus pure tradition du stand-up dialogué du Manzai ou dans des sketches de type conte, plaçant leur numéro comique en situation. Je reconnais un certain nombre de duos pour les avoir déjà vus à la télévision, dans des émissions spécialisées de compétition comique que nous regardons souvent, comme le M-1 Grand Prix ou le King of Conte. Parmi les neuf groupes présents, ma préférence va au duo Kaerutei (蛙亭), composé de Shūhei Nakano (中野周平) et d’Iwakura (イワクラ). J’aime beaucoup la folie douce et absurde qui se dégage de leur numéro sur scène, tous deux habillés en écoliers. Je suis très loin d’être spécialiste du duo, mais ils aiment apparemment jouer sur des relations humaines décalées, ce qui me convient bien comme humour. Le tout reste assez difficile à suivre, car il faut connaître toutes les références culturelles, ce qui n’est pas mon cas malgré plusieurs décennies de vie au Japon. Nous terminons vers 21h, ce qui est pour nous l’heure d’aller déguster des okonomiyaki dans un restaurant de Namba que nous connaissons déjà. Notre hôtel se trouve à Dōjima et il nous faudra reprendre le train. Sur le chemin du retour, près de la gare, la mascotte de l’Expo d’Osaka 2025, appelée Myaku-Myaku, nous ramène mentalement à l’Expo. Il faut passer une bonne nuit, car le lendemain sera une journée épuisante.

shifting dreams & perspectives

Lorsque je prends des photographies d’architecture dans une approche minimaliste, je me demande toujours si ce ne devrait pas être un style à poursuivre et sur lequel je devrais me concentrer. On croise régulièrement, au hasard d’Internet, des photographes qui présentent des séries abstraites, magnifiquement cadrées et épurées. Ce style m’attire, mais la rigidité qu’impose le fait de s’en tenir à un seul genre de représentation finirait très vite par m’ennuyer. Je préfère donc divaguer… Les deux images ci-dessus montrent le Tokyo Square Garden à Kyobashi et le Tokyo International Forum à Yurakuchō. Je reviendrai certainement plus tard avec d’autres photographies de ce dernier bâtiment, mais j’ai préféré, cette fois, montrer certains détails de la voûte courbe, pleine de complexité.

Dans la filmographie de Shunji Iwai (岩井俊二), j’avais noté le film Hana & Alice (花とアリス), sorti au Japon en salles en mars 2004. Je viens finalement de voir récemment cette comédie dramatique de romance adolescente, qui met en scène deux amies, Hana Arai et Tetsuko Arisugawa, surnommée Alice, au moment de leur entrée au lycée. Hana est interprétée par Anne Suzuki (鈴木杏) et Alice par Yū Aoi (蒼井優), qui avait également joué quelques années auparavant dans All About Lily Chou-Chou. Les deux lycéennes, également membres de la même école de ballet, tombent amoureuses du même garçon, Masashi Miyamoto, interprété par Tomohiro Kaku (加瀬亮智宏). Après un accident, Hana lui fait croire qu’ils sont en couple, inventant une histoire d’amnésie. Alice, entraînée malgré elle dans ce mensonge, joue le rôle de l’ex-petite amie. Cette situation entraîne jalousies et quiproquos, et les complications viennent perturber leur amitié.

Hana & Alice est un mélange de chronique adolescente et de poésie visuelle, s’attardant par moments sur la banalité du quotidien, mais où celle-ci prend un tournant poétique. Les films de Shunji Iwai ont souvent cette lenteur contemplative, qui nous laisse le temps d’observer les gestes et d’écouter les silences entre les dialogues. Des instants légers se mélangent avec des émotions plus profondes, mais le film n’est pas sans touches d’humour discret. Je me remémore par exemple une scène dans le lycée Tezuka (手塚高校), où Hana et Masashi s’interrogent sur leur amour devant un gigantesque robot Atom gonflable installé pour la fête du lycée (bunkasai). Le nom de l’école est bien sûr un clin d’œil à peine voilé au mangaka Osamu Tezuka (手塚治虫). Ce qui est intéressant, c’est que d’autres allusions au monde du manga sont subtilement incluses, notamment dans les noms fictifs de certaines stations de train, comme celle de « Fujiko », en référence à Fujiko F. Fujio (藤子・F・不二雄), le créateur de Doraemon (ドラえもん), ou encore celle d’« Ishinomori Gakuen », qui évoque le mangaka Shōtarō Ishinomori (石ノ森章太郎), connu entre autres pour sa série Kamen Rider (仮面ライダー). On trouve également dans le film un lien symbolique avec l’univers étrange et flottant d’Alice au pays des merveilles. Le prénom d’Alice renvoie bien sûr directement à l’œuvre de Lewis Carroll, mais d’autres subtilités apparaissent, comme un jeu de cartes illustrées des personnages d’Alice, ou encore des situations oscillant entre le réel et le surréel autour du mensonge initial sur l’amnésie de Masashi. Ces allusions renforcent la part d’onirisme du film, qui passe de scènes au réalisme presque documentaire à d’autres au lyrisme étrange (notamment celles liées au ballet). Les musiques, composées par Shunji Iwai lui-même, soutiennent cette ambiance entre rêverie et mélancolie diffuse.

Un des plaisirs que j’ai aussi en regardant des films japonais est d’essayer de reconnaître certains lieux. Ici, j’ai eu le bonheur de retrouver de longues scènes entre Alice et son père filmées au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangū de Kamakura (鶴岡八幡宮), un lieu qui m’est cher puisque je m’y suis marié. D’autres passages semblent se dérouler autour de l’étang Senzoku (洗足池), dans l’arrondissement d’Ōta à Tokyo. Hana & Alice est un film important dans la filmographie de Shunji Iwai, que je suis heureux d’avoir enfin découvert, même s’il me reste encore plusieurs de ses films à voir pour combler mon appétit de son cinéma. J’ai aussi en tête de revoir un jour son dernier film, Kyrie no Uta (キリエのうた), qui est à ce jour le seul du réalisateur que j’ai eu l’occasion de voir en salle.

Côté musique, j’écoute actuellement beaucoup l’EP Schizophrenia de l’artiste hip-hop killwiz, sorti le 30 août 2025. killwiz est rappeuse, chanteuse et productrice, anciennement membre du collectif Dr.Anon — sous le nom de p°nika — aux côtés de HAKU et e5. Le collectif s’est dissous, mais les trois membres poursuivent leurs activités musicales indépendamment, avec de nombreuses collaborations entre elles. C’est donc sans surprise que l’on retrouve HAKU, actuellement nommée 嚩ᴴᴬᴷᵁ, ainsi que e5 sur l’EP de killwiz. Cet opus marque le retour musical de killwiz après une période de lutte contre la schizophrénie, thème qui influence directement l’atmosphère des morceaux : un mélange de tension exacerbée par des sonorités hyperpop et d’une certaine fragilité introspective, avec une intensité émotionnelle marquée. La plupart des titres sont des collaborations, à l’exception de l’ouverture et de la clôture. On retrouve ainsi 嚩ᴴᴬᴷᵁ sur 猫背deathララバイ, e5 sur VSGO4T, mais aussi d’autres artistes que je ne connaissais pas, comme Яu-a sur le deuxième morceau 見ざる着飾るI WANT YOU et z² sur Urumu:Room. Chaque collaboration apporte ses particularités, mais l’ensemble reste ancré dans une veine pop frénétique, remplie de beats rapides, saturés et changeants. J’aime beaucoup ces textures électroniques qui se mêlent à des passages rappés, avec un aspect expérimental omniprésent. J’apprécie aussi lorsque les morceaux alternent entre douceur et dissonance, comme sur le cinquième titre, Urumu:Room. Cette dualité reflète très certainement l’état d’esprit post-traumatique de killwiz. Le tout est extrêmement dense, juxtaposant sons chaotiques et mélodies sensibles, mais la production de NGA n’en reste pas moins très soignée et cohérente. Cet EP s’inscrit dans la même mouvance sonore que ce que je connaissais déjà de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de la rappeuse e5, dont je parlerai davantage dans un prochain épisode.

escape mode

Des festivités estivales, je préfère toujours les images flottantes amenées par les mouvements incessants, rythmés par les musiques entêtantes des matsuri. Je pense que je prends en photo le matsuri du sanctuaire de Hikawa à Shibuya tous les ans, dans un style flou très similaire à la série ci-dessus. J’ai en tête la série we are walking in the air, prise pendant ce festival, qui reste pour moi un maître étalon. Cette série datait de Septembre 2017 et je l’avais fait suivre d’une série en couleur intitulée we speak silence l’année suivante. J’étais ensuite revenu pour une série assez similaire en 2022.

J’avais tellement publié de billets au mois d’Août (21 en tout) que j’ai bloqué pendant plusieurs jours devant la page blanche du Notes de mon iPad au début du mois de Septembre. Dans ces cas là, je fais une recherche dans la blogosphère francophone parlant du Japon pour voir ce qu’on y écrit. Je suis toujours épaté par la dedication de certains et certaines à produire des guides complets sur les lieux qu’ils ou elles ont visité ou sur les choses qu’ils ou elles ont testé pour nous (et validé). Il est en fait plutôt rare que j’y trouve des nouvelles sources d’intérêt ou un nouveau blog à suivre. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais je me rends compte que les blogs se meurent petit à petit, les uns après les autres. Disons que certains des blogs qui avaient une renommée assez conséquente il y a plusieurs années ne sont plus beaucoup, ou plus du tout, mis à jour depuis longtemps. C’etait avant la faute aux réseaux sociaux mais c’est désormais la faute à l’intelligence artificielle comme j’ai pu le lire quelque part. Il est clair que ChatGpt change les habitudes. Je n’utilise désormais que rarement les recherches sur Google et je préfère depuis quelques temps les recherches sur ChatGpt, car sa force d’interprétation de nos questions parfois vagues et imprécises par rapport au contexte qu’on lui donne est assez impressionnante. L’outil s’est beaucoup amélioré depuis quelques mois. C’est comme si on avait devant soi un Monsieur (ou Madame) je-sais-tout à qui on pourrait poser toutes les questions qui nous viennent en tête. Je revérifie parfois certaines choses sur Google mais les erreurs se font désormais plus rares, mais pas absentes ce qui reste quand même un bémol important. L’outil est d’autant plus puissant que la langue n’est plus une barrière dans nos recherches car l’outil cherche partout, traduit tout d’une manière satisfaisante et quasi-instantanée. L’intelligence artificielle devient intéressante quand elle ouvre des portes que l’on n’aurait jamais ouverte sinon, mais est beaucoup plus discutable lorsqu’elle vient remplacer certaines compétences. Se pose également la question de l’utilisation du contenu internet par ChatGpt. Dans les statistiques de mon blog, je vois un peu plus souvent ChatGpt comme référent, c’est à dire comme site web ayant accédé à mon blog pour y lire des informations. Il m’arrive même de faire des recherches pointues sur ChatGpt et de tomber sur des informations provenant de mon propre blog. ChatGpt indique un lien vers ses sources, ce qui est une bonne chose et permet d’approfondir les sujets que l’on souhaite en cliquant tout simplement sur le lien. La réalité est que je ne clique pas souvent sur l’article d’origine car les informations de ChatGpt sont déjà très détaillées et répondent en général bien à ma curiosité. L’avantage d’une recherche Google est que ses réponses moins spécifiques peuvent nous faire découvrir des choses inattendues et ouvrir des nouvelles portes. Au final, il est clair que ChatGpt détourne les visiteurs des sites web d’origine, mais ne remplace pas à mon avis l’expérience de consulter les sites web que l’on aime. Avoir recours à ChatGpt pour chercher des informations est devenu pour moi un automatisme qui s’est installé en quelques mois, et je le vois comme une révolution similaire à la recherche web sur Google (ou équivalent).

J’ai savouré le film Nemurubaka (ネムルバカ) vu il y a quelques jours sur NetFlix. Le film est sorti en salles en Mars 2025, réalisé par Yūgo Sakamoto (坂本優伍) et adapté d’un manga de Masakazu Ishiguro (石黒正数). J’ai tout de suite accroché à ce film qui mélange drame intimiste et musique rock, avec quelques pointes d’humour absurde. Le terme Nemurubaka utilisé dans le titre du film et du manga a été inventé par le mangaka Masakazu Ishiguro, et entend évoquer une jeunesse qui sommeille sans but, qui perd du temps en laissant passer ses rêves. Dans le film, ce titre reflète bien l’état d’esprit initial des deux héroïnes, jeunes universitaires colocataires un peu perdues dans leur vie, la laissant filer sans objectifs forts. Elles sont interprétées à l’écran par Shiori Kubo (久保史緒里) du groupe d’idoles Nogizaka46 qui joue le rôle de Yumi Irisu et par Yūna Taira (平祐奈) dans le rôle de Ruka Kujirai. Yumi est une jeune femme qui prend la vie comme elle vient, travaillant à temps partiel dans une vidéothèque, tandis que Ruka est une musicienne évoluant dans un groupe rock. Elle a du talent mais elle et son groupe sont en difficulté financière. La vie des deux jeunes filles est bouleversée lorsque Ruka se voit proposer un contrat par une maison de disques. J’aime beaucoup les situations qui se construisent entre ces personnages. Ruka est la sempai de Yumi et se crée entre elles une sorte de relation respectueuse mais qui dérape souvent. Le film Nemurubaka me rappelle assez l’ambiance des films du réalisateur Rikiya Imaizumi (今泉力哉), car on y trouve une manière similaire de dresser des portraits d’une jeunesse japonaise explorant leurs rêves, leurs incertitudes et la recherche d’une place dans le monde. On y capte une émotion proche des préoccupations ordinaires et un même mélange de la mélancolie de la jeunesse qui passe, du temps qui glisse doucement, et de l’espoir qui ne disparaît jamais vraiment. Cette poésie de l’ordinaire basée sur la fragilité des liens entre les êtres me plaît beaucoup dans le film Nemurubaka.

Je ne saurais dire combien de fois j’ai écouté l’album u:phobia de l’artiste Japano-Américaine Emma Aibara, tant j’aime ce son. Elle est basée à Tokyo et après quelques années passés dans un groupe de rock, elle a entamée une carrière solo en 2022. Sa musique mélange les genres mais s’apparente au breakcore, incluant des éléments de rock métal, de la drum & bass, des cris et des moments beaucoup plus flottants, le tout avec une émotion palpable à tous instants. L’album u:phobia sorti le 22 Août 2025 est excellent de bout en bout. La très grande majorité des 12 titres s’enchaînent sans interruption évidente ce qui donne une unité à cet album. Il reste très condensé, pour ses multiples variations et idées sonores au sein d’un même morceau et pour sa relative brièveté (30 minutes en tout). Le premier morceau intitulé u:phobia comme l’album nous met tout de suite dans l’ambiance avec un cri qui est apaisé par une voix beaucoup plus mélodique mais qui se fait vite rattraper par des lourdes guitares et un rythme rapide et syncopé basé sur l’emblématique break Amen Brother de The Winstons. Emma utilise fréquemment ce break de batterie comme base rythmique, mais l’associe à des guitares saturées, des textures shoegaze et des sons électroniques, créant une texture sonore tout à fait unique. Sans s’en rendre compte, on bascule sur le morceau suivant escape mode qui reprend les mêmes rythmes et ambiances. Emma Aibara joue sans cesse entre le chaud et le froid et le troisième morceau you will know est peut-être son plus réussi. Il est plus planant et mélodique mais on attend irrésistiblement les moments où elle va se mettre à dégager sa rage en criant. Il y a quelque chose d’un peu schizophrénique dans cette musique, mais de clairement libérateur comme une échappée. L’album se compose d’une sorte de fusion entre une énergie hardcore électronique et une intensité rock émotionnelle. Le mélange des genres fonctionne terriblement bien. l’album sait prendre des pauses, comme sur le morceau I can’t go back, qui nous offre des moments suspendus et rêveurs. La rage n’est pourtant jamais très loin et on sent que la machine peut se remettre en route soudainement. J’adore par exemple l’atypique morceau (dis).com★ rempli de glitches électroniques et ponctué par une lourde basse. Ces sons n’ont pour sûr rien de reposant mais on se régale à écouter ses enchevêtrements quasi-architecturaux de sons passant entre expérimentations et ambiances rock plus ’classiques’. Il y a beaucoup de ’meilleurs morceaux’ sur cet album car ils évoluent pour moi à chaque écoute. Mon préféré est parfois + ever again + puis temporary cure. Comme le titre de l’album l’indique, il y a une thématique d’angoisse intérieure et de confrontation avec soi-même qui parcourt cet album. Les morceaux it’s all in my head et you’ve scared of me en sont des exemples. Il n’y a pourtant rien de pesant dans cette écoute, et on a rapidement envie de le réécouter car on a l’impression de ne pas avoir saisi tous ses soubresauts. Cet album rentre facilement dans la liste des albums que je préfère cette année.