images sans paroles (γ)

Il y aurait bien des choses à dire sur quelques unes de ces images, mais je préfère une fois encore les laisser vierges de tout commentaire de ma part. Je dois cependant fortement me retenir car elles me poussent à écrire rien qu’en les regardant, écrire par exemple sur le contraste du béton blanc d’un ancien bâtiment qui semble résister aux façades de verre envahissantes des immeubles tout autour.

Côté musique, j’écoute bien sûr le nouveau single de Sheena Ringo qui est décidément très active ces derniers mois. Après son single under experiment (実験中) sorti en digital au mois de Juillet dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet, voici le deuxième intitulé Hakujitsu no moto (白日のもと) sorti le 6 Août 2025, tous les deux regroupés sur un CD double face A sorti ce même jour. Je suis bien sûr allé l’acheter le jour de sa sortie au Tower Records le plus proche, celui de Shibuya en l’occurence. Tout comme under experiment, ce deuxième single Hakujitsu no moto garde un esprit rock très marqué bien que moins bruitiste que le premier (quoique). Ce single est dans la lignée directe du single A Life Supreme (至上人生) sorti il y a dix ans, notamment dans son approche vocale, sans pourtant être aussi marquant. C’est un morceau tout à fait convaincant et j’adore entendre Ringo reprendre clairement le chemin des guitares. Ce single a été composé comme thème de fin du film Kinki chihō no aru basho ni tsuite (近畿地方のある場所について) réalisé par Kōji Shiraishi (白石晃士) et sorti le 8 août 2025. Il s’agit d’un film d’horreur réalisé par un spécialiste du genre. La vidéo réalisée par Yuichi Kodama accompagnant le single ne reprend pas d’images liées au film, mais est d’une ’coolitude’ remarquable, tout à fait à l’image du morceau.

Ce retour marqué vers les guitares électriques sur ses deux derniers singles fait comme écho à un article du magazine web Ongaku Natalie (音楽ナタリー), publié le 25 juillet 2025, dans lequel il est demandé à plusieurs musiciens d’évoquer une chanson marquante du groupe Blankey Jet City. Cet article est en fait consacré à deux groupes, Blankey Jet City et Thee Michelle Gun Elephant, qui même après leur dissolution il y a plus de vingt ans, continuent d’exercer une influence importante sur la scène musicale rock japonaise actuelle. Sheena Ringo y évoque un morceau marquant de Blankey Jet City, un maxi-single en fait, qui a eu pour elle un impact émotionnel profond. Elle choisit le maxi-single Gasoline no Yurekata (ガソリンの揺れかた) sorti en 1997 et voici ce qu’elle nous en dit:

このマキシシングルには、鮮烈な表題曲のみならず、嫌われ者、ピンクの若いブタという、危ないセッションが収められています。しらふのつもりが、いつの間にかガンギマリにされます。お三方だけがもたらしてくれる効き目の強いこと、そして長いこと。ひとたび聴けば、言葉を介する意味は独りでに失せ、感受性が毛羽立って来ます。たとえば「ロックとはなんぞや」そんな愚問へは黙って本作を挙げればよいのです。

Ce maxi-single contient non seulement un titre principal saisissant, mais aussi des sessions dangereuses telles que Kiraware mono (嫌われ者) et Pink no Wakai Buta (ピンクの若い豚). On croit demeurer lucide, et pourtant, sans s’en apercevoir, on se retrouve submergé, totalement possédé. L’effet puissant et durable que seuls ces trois musiciens peuvent susciter est saisissant. Dès la première écoute, le sens des mots s’évanouit de lui-même, et la sensibilité s’éveille, hérissée. Ainsi, face à la question naïve « Qu’est-ce que le rock ? », il suffit simplement de désigner cette œuvre, en silence.

そもそもである。彼らの眩しい作品群から、たった一曲のみ選べだなんて。私含む音楽屋にとってこんなむごい仕打ちがあるだろうか、いやない。BLANKEY JET CITYに曝露された時期がまだ少女期だった自分は、いまなお体が蝕まれている。そう感じます。私のアイデンティティは浅井健一氏の描く女性像により仕上げられました。命の根幹たる場所へ浪漫を据える姿勢、そのためなら枝葉を切り落とすのも辞さぬ勇気です。

Dès le départ, demander de ne choisir qu’un seul morceau dans l’éblouissant répertoire de ce groupe… Peut-on imaginer pire cruauté pour nous, gens de musique ? Non, certainement pas. Exposée à Blankey Jet City alors que j’étais encore une adolescente, je ressens encore aujourd’hui l’empreinte profonde qu’ils ont laissée en moi. C’est ce que je ressens au plus profond. Mon identité s’est façonnée à travers la figure féminine telle que dépeinte par Kenichi Asai (浅井健一). Son attitude consistant à ancrer le romantisme au cœur même de l’existence, et le courage qu’il montre, prêt à sacrifier le superflu pour cela, m’ont profondément marquée.

Le choix de Sheena Ringo de ce maxi single n’est pas une surprise, notamment pour le morceau Pink no Wakai Buta (ピンクの若い豚). On en avait longuement discuté dans les commentaires très pointus du billet intitulé se perdre dans un vert profond, le vert profond étant celui de Fukamidori (深緑) d’Ajico. Je ne reviendrais donc pas sur l’admiration profonde de Ringo pour Blankey et Kenichi Asai. On ne peut qu’être d’accord sur son choix et sur la difficulté de trouver un titre préféré de la vaste discographie du groupe. J’aime en tout cas beaucoup ces trois morceaux, dont Gasoline no Yurekata présent sur l’album Love Flash Fever de 1997. En ce qui me concerne, je pense que c’est le morceau D.I.J. Pistol (D.I.J.のピストル) de C.B.Jim (1993) qui m’a d’abord attiré vers la musique du groupe. Je n’ai pas encore tous les albums de Blankey Jet City, de son groupe Sherbets ou en solo, mais je pioche régulièrement dans sa vaste discographie, sans malheureusement prendre toujours le temps d’en parler ici. Le dernier CD que j’ai acheté au Disk Union du coin est l’album solo CHELSEA sorti en 2007, pendant de l’album Red Snake Shock Service sorti en même temps. Sur CHELSEA, rien que le premier long morceau Ai Shiteru (愛してる) a une beauté profonde, qui nous laisse vulnérable (裸で生まれて裸で死んでゆく).

Et en parlant de l’activité de Sheena Ringo en ce moment, évoquons également la très intéressante vidéo, toujours réalisée par Yuichi Kodama, pour la Face B Este Nuevo Problema (松に鶴) de son single La velada legendaria (芒に月). L’acteur Hamao Noritaka (濱尾ノリタカ) en est le principal protagoniste mais une mini-Ringo le poursuit dans ses moindres mouvements dans le très beau décor de l’hôtel Botanical Pool Club à Chiba.

Et en parlant de film d’horreur japonais, évoquons également les deux saisons de la série Gannibal (ガンニバル) réalisée par Shinzo Katayama et basée sur un manga du même nom de Masaaki Ninomiya, jouée entre autres par Yuya Yagira, Riho Yoshioka et Show Kasamatsu. Cette histoire à la fois passionnante et effrayante se déroule dans un village isolé cachant des sombres secrets liés à d’anciennes pratiques et révélés après la mystérieuse disparition d’un habitant sur laquelle enquête un officier nouvellement en poste.

la montagne flottante au bord de la rivière

Après notre visite du petit musée Mori (森の美術館) en lisière de forêt, nous nous dirigeons vers le quartier de Honchō à Nagareyama (流山本町), situé dans la préfecture de Chiba au bord de la rivière Edogawa (江戸川). Le nom Nagareyama peut se traduire littéralement par « montagne qui coule ». Une légende populaire raconte qu’un petit mont sacré aurait descendu la rivière Edogawa en flottant, avant de s’échouer à l’emplacement actuel de Nagareyama. Mais il y a également une explication un peu plus probable bien que beaucoup moins poétique. En effet, au fil de l’histoire, Nagareyama a été un lieu de transit fluvial important, notamment pour la distribution du mirin (condiment sucré japonais). Le nom Nagareyama peut ainsi évoquer cette activité commerciale liée à la rivière, où les marchandises descendaient le courant à bord de bateaux.

Nous visitons d’abord le Issa‑Souju Memorial Hall (一茶双樹記念館), dédié aux liens entre le poète Issa Kobayashi (小林 一茶, 1763–1828) et Sanzaemon Akimoto (également nommé). Ce dernier était producteur de mirin et poète haïku, sous le nom de plume de Sōju, tout comme Issa Kobayashi. Issa Kobayashi, originaire de la province de Shinano (actuelle préfecture de Nagano), était l’un des quatre maîtres classiques du haïku japonais à l’époque d’Edo, aux côtés de Bashō entre autres. Il est particulièrement reconnu pour ses haïkus empreints d’humilité. Il a eu une vie pleine de souffrance et montre à travers ses poèmes haïku un regard profondément humain sur la nature et la vie quotidienne. Issa fit plus de 50 visites au cours de sa vie à cet endroit dans le but de voir son ami Sanzaemon Akimoto. Le lieu a été transformé en musée en 1995 et comporte une résidence traditionnelle, un jardin japonais et une stèle gravée d’un haïku composé par Issa. Elle commémore un de ses séjours à Nagareyama entre le 27 août et le 2 septembre 1804. Il y est inscrit ceci: 夕月や 流残りのきりぎりす (La lune du soir… / et encore un cri de sauterelle / sur les eaux qui s’en vont…). Cet endroit paisible car il n’y a personne à part nous me laisse contemplatif en cette fin d’après-midi. J’aurais envie de m’asseoir et de m’allonger sur le tatami de la résidence ouverte sur le jardin.

A quelques dizaines de mètres seulement du Mémorial, se trouve un petit sanctuaire appelé Akagi (赤城神社) perché sur une colline. S’agit il de la fameuse montagne flottante qui a dérivé de la rivière Edogawa, l’histoire ne le dit malheureusement pas. Un des intérêts de ce sanctuaire est sa grande corde shimenawa (注連縄) accrochée au torii du sanctuaire. Cette corde sacrée géante est fabriquée chaque année par les résidents des quartiers alentours. Elle se compose de trois cordes tressées séparément puis assemblées collectivement. Elle est accrochée au torii lors du festival Akagi (秋の例祭) en Octobre. Cette corde, très différente des shimenawa classiques, est impressionnante, mesurant environ 6,5 mètres pour un poids total d’environ 500 kg. Cette visite conclut notre petit périple à Nagareyama, qui est loin d’être un lieu touristique et, de ce fait, est extrêmement paisible.

images sans paroles (β)

Quelques images parlant d’elles-mêmes et sur lesquelles il n’est pas non plus nécessaire de s’exprimer. Elles me chuchotent bien quelques mots à l’oreille mais je fais semblant de ne pas les entendre. Coté musique, rock cette fois-ci, je reviens très volontiers vers le nouveau single de N-Feni (ん・フェニ) intitulé Spark Spark. Je suis toujours étonné par l’approche pleine d’évidence de ses morceaux. Elle saisit toute l’énergie du rock alternatif US qu’elle semble dérouler sans efforts avec une sensibilité qui lui est propre. La vidéo du morceau a été réalisée par la photographe et cinéaste Mana Hiraki (平木希奈), dont je parle assez régulièrement sur ces pages. J’écoute également le nouveau single du groupe Cö shu Nie intitulé MAISIE sorti en Avril 2025. C’est une collaboration musicale inattendue avec Hyde du groupe L’Arc~en~Ciel, groupe que j’écoutais beaucoup il y a une vingtaine d’années lors de mes premières années japonaises. Hyde est co-auteur des paroles et de la composition, et chante également dans les chœurs d’une manière étonnamment discrète. Le morceau est principalement mené par Miku et j’aurais aimé un peu plus de présence vocale de Hyde, dont la voix est normalement très marquante (qu’on l’apprécie ou pas).

Écouter l’accompagnement vocal de Hyde à la fin de ce morceau me donne d’ailleurs envie de réécouter quelques morceaux de l’album Heart de 1998 par lequel j’avais découvert L’Arc~en~Ciel en 1999. J’aime notamment beaucoup les deux premiers morceaux de cet album Loreley et Winter Fall. Ce dernier est sorti le 28 Janvier 1998. Comme il est sorti au cœur de l’hiver et portait un titre de saison, il a été grandement diffusé à la radio et à la télévision à ce moment-là, et a remporté un très gros succès. J’avais en fait découvert Winter Fall en 1998, avant la sortie de l’album et avant mon départ pour Tokyo car je le retrouve dans une compilation fait maison que j’avais intitulé Before Tokyo 99. Il n’est pas rare de voir et d’entendre des singles prenant un thème hivernal et sortant en hiver. L’année suivante, j’avais même acheté le single single Winter, Again de GLAY, sorti le 3 février 1999. Le format était un CD de 8cm que j’écoutais sur mon lecteur CD portable SONY car le digital n’existait pas encore à cette époque. En y repensant, le packaging cartonné de ces mini-CDs était quand même très plaisant. Le morceau Winter, Again eu également un gros succès au Japon et est un des morceaux marquants du groupe, peut-être même le single le plus vendu de GLAY à ce jour. Je regrette encore maintenant de ne pas avoir dit à Takuro que ce morceau avait accompagné mes premiers mois à Tokyo, lorsque nous l’avions rencontré chez des amis une certaine journée de Mai 2010.

les chats de Merida

Ces photographies datent du 9 mars 2025, et j’avais ce billet en brouillon depuis presque cinq mois. Nous sommes ici dans un restaurant nommé Merida (メリダ), situé dans la région d’Akiruno, à Tokyo, à quelques kilomètres de la station de Musashi-Itsukaichi. Ce restaurant, perdu le long d’une route sinueuse de montagne, propose une cuisine méditerranéenne, avec en particulier des paellas. La responsable des lieux est très sympathique et nous présente rapidement la célébrité locale : un chat tricolore nommé Mycenae (ミケーネ), dont le nom fait sans doute référence à l’ancienne cité grecque Mycènes, célèbre pour sa civilisation antique.

Le chat Mycenae, qui s’était installé confortablement près de notre table pendant tout le repas, est célèbre pour être apparu dans une émission télévisée populaire de la NHK (岩合光昭の世界ネコ歩き), dans laquelle le photographe animalier Mitsuaki Iwago filme des chats aux quatre coins du monde, montrant leur quotidien, leurs lieux de vie et leur relation avec les humains. Ce chat-là est en tout cas tout à fait à l’aise avec les visiteurs, et contribue pleinement à l’ambiance chaleureuse du restaurant.

Juste à côté du restaurant, on trouve une petite galerie nommée Neo-Epoch (ギャラリーネオエポック), qui propose toutes sortes d’objets artistiques à la vente. Tout comme le restaurant, le bâtiment de la galerie adopte un style européen. Sa structure intérieure est intrigante, évoquant un labyrinthe sur trois étages. L’environnement y est paisible et hors du temps. J’aime beaucoup l’escalier central en colimaçon, qui donne au lieu un petit parfum de mystère. Parmi les objets exposés, nous sommes tombés sous le charme d’une petite sculpture représentant un chat majestueux posé sur un nuage, mais elle était malheureusement un peu trop chère. Le dernier étage de la galerie était en cours de rénovation pour accueillir un café. Dans le fond de la pièce, on devinait une grande peinture en cours représentant un oiseau, autour de deux éviers. Avant de reprendre la route, nous sommes allés nous recueillir devant le petit sanctuaire perché juste devant le restaurant.

images sans paroles (α)

Quelques images de Tokyo qui se passent de paroles bien qu’on aurait pu en ajouter si l’inspiration s’était invitée d’elle même sur ce billet. Je l’ai un peu attendu mais finalement préféré démarrer sans elle. Et en musique, le single Make or Break (center: Mio Matono 的野美青) de Sakurazaka46 (櫻坂46). Je ne m’aventure pas souvent du côté des musiques des groupes d’idoles en 46, mais j’aime vraiment beaucoup ce morceau là, accompagné d’une très belle vidéo, notamment pour son environnement architectural. J’avais également beaucoup aimé il y a quelques années le morceau ごめんねFingers crossed (center: Sakura Endō 遠藤さくら) de Nogizaka46 (乃木坂46), époque Asuka Saitō (齋藤飛鳥), Erika Ikuta (生田絵梨花) et Mizuki Yamashita (山下美月). Rien que d’en reparler m’a fait réécouter le morceau cinq ou six fois de suite, tout en me demandant si les quatre mentionnées ci-dessus étaient bien au volant des superbes Ford Mustang Convertible carburant au NOS, Nissan GT-R R35, Toyota GR Supra ou autre Subaru WRX STI. Tout ceci est quand même beaucoup plus intéressant et évolué que la régression visuelle et musicale des groupes de Kawaii Lab.