sous les lumières d’un soir d’hiver

J’étais surpris par la présence de nombreux policiers dans l’enceinte du grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu à Kamakura. Ils étaient présents pour se préparer à l’afflux du Premier de l’An et des deux jours qui suivent où nombreux seront ceux qui viendront faire leur première prière de l’année. Je me souviens, pour y être passé il y a très longtemps, que la foule y est vraiment importante. Comme on peut le distinguer sur la quatrième photographie, des pupitres surélevés ont été mis en place à différents points de la grande allée du sanctuaire. Les policiers s’entraînent tour à tour à énoncer les conseils de sécurité et autres interdictions qu’ils devront répéter sans cesse les premiers jours de l’année. Nous n’étions pas venu à Tsurugaoka Hachimangu depuis de nombreuses années, depuis Novembre 2019 si la mémoire de ce blog ne me fait pas défaut. Rien n’a vraiment changé depuis notre mariage il y a presque vingt ans, sauf l’arbre géant près des escaliers, tombé il y a plusieurs années. Un nouvel arbre y pousse désormais. La vue depuis la partie haute du sanctuaire perchée sur la colline boisée est toujours aussi remarquable. On aperçoit presque l’océan tout au bout de l’avenue ponctuée par trois grandes portes torii (si mon compte est bon). Sur la cinquième photographie, le Kamakura Bunkakan Tsurugaoka Museum n’a pas non plus changé depuis sa rénovation. Il y a plusieurs années de cela, alors que ce musée s’appelait encore Museum of Modern Art Kamakura, son existence avait été menacée. Il se trouve sur les terres du sanctuaire et le contrat arrivait à expiration. Le bâtiment a été initialement conçu par Junzo Sakakura en 1951. On peut se satisfaire du fait que des accords peuvent parfois être trouvés pour conserver des éléments importants de l’architecture moderne japonaise. J’imagine que conserver ce bâtiment doit aussi joué en la faveur du sanctuaire pour prétendre à une classification au patrimoine mondial de l’Unesco, ce qu’il n’a pas encore malheureusement réussi à obtenir. Nous marchons ensuite jusqu’à l’océan pour l’atteindre juste avant que le soleil se couche. Depuis la plage de Yuigahama (由比ヶ浜), on ne peut malheureusement pas apercevoir l’île d’Enoshima, ni le Mont Fuji, car la vue est bloquée par l’avancée de terre d’Inamuragasaki (稲村ヶ崎). Nous aurons très certainement l’occasion d’aller à Enoshima pendant les premiers jours de l’année. Nous aimons tout particulièrement les plages du Shonan.

ゆく年くる年

La fin d’année est toujours l’occasion de regarder les statistiques de Made in Tokyo. Le nombre de visites cette année a été bien supérieur à l’année dernière. Avec plus de 19000 visites sur l’année entière, soit environ 50 visites par jour, le blog retrouve un niveau similaire à celui de 2016. Ce n’est pourtant pas dû à un nombre croisant de billets publiés car j’en ai écrit environ 130 cette année par rapport aux 155 de l’année dernière et aux 166 de 2021. Si on compare à l’année 2016, je n’écrivais à l’époque que 35 billets par an pour un total d’environ 13000 mots. J’écris dix fois plus cette année avec plus de 127000 mots sur la totalité des billets. Je me répète beaucoup ceci étant dit, les visiteurs réguliers l’auront peut-être remarqué. Made in Tokyo compte en tout 2336 billets, depuis sa création en 2003, et il fêtait cette année ses vingt ans. Il y a en tout 4943 commentaires, qui doivent tout de même inclure mes réponses. Je me demande par quelle magie WordPress arrive à gérer autant de billets et de commentaires, et je m’attends à ce que la machine casse un jour ou l’autre. Je prierais sans doute demain au sanctuaire pour que ça n’arrive pas. Atteindre les 5000 commentaires sera peut-être le déclencheur d’un détraquage de la machine, donc je conseille aux visiteurs de ne pas trop commenter.

La deuxième photographie du billet a été prise à Azabudai Hills, le tout nouveau complexe de Mori Building. Nous y sommes allés le soir pour voir le marché de Noël, mais il fallait s’inscrire à l’avance et il y avait foule. Azabudai Hills n’est en fait pas complètement ouvert et notre petit tour a été plus court que prévu. Je voulais également voir les installations appelées « Hello Again » consacrées aux capsules de la tour Nakagin de Kisho Kurokawa au Department Store Ginza6. Une capsule était posée à l’entrée du grand magasin. On pouvait voir l’intérieur à travers le hublot. Deux chaises étaient disposées à l’intérieur avec une série de disques vinyles de musique de Noël. Je me demande si Merry Christmas Mr Lawrence de Ryuichi Sakamoto, que l’on aperçoit à l’intérieur, se qualifie bien comme une musique de Noël. Sur le toit de Ginza6, une patinoire était installée temporairement avec une étrange installation inspirée par la tour Nakagin. Cette installation assez kitsch ressemblait à un vulgaire assemblage en carton et ne valait pas le déplacement. En voyant ces démonstrations d’appréciation et d’admiration envers la tour Nakagin, je me dis qu’il aurait été préférable d’essayer de la conserver en la renforçant ou en remplaçant la structure de base en enlevant les capsules, pour les rénover et les replacer ensuite. La tour aurait pu par exemple devenir un magnifique et emblématique espace de galeries d’art. Le Japon a parfois un peu de mal à reconnaître ses propres trésors.

J’étais très agréablement surpris de voir des œuvres de Shigeki Matsuyama (松山しげき) présentées dans la galerie d’art Foam Contemporary liée au magasin Tsutaya présent au même étage. J’avais vu les portraits de sa série Portrait of Dazzle dans la petite galerie Night Out à Shibuya, et on retrouvait quelques uns de ces portraits dans la galerie de Ginza6. Cette exposition intitulée Is this human being? (これは人間ですか?) s’y déroulait du 9 au 26 Décembre 2023. Le titre de cette exposition est inspiré par les questions que l’on peut voir régulièrement sur les sites web pour confirmer qu’on est bien une personne réelle et pas un robot BOT qui agit comme un être humain. Une des thématiques de cette exposition est de questionner la manière dont on appréhende les technologies de l’information, notamment la propagation des fausses nouvelles. L’oeuvre que je montre sur la photo de droite fait partie d’une nouvelle série intitulée Clipping qui vient s’inscrire dans ce thème des BOT. L’inspiration de cette œuvre a été construite par Shigeki Matsuyama à partir d’une conversation avec l’OpenAI ChatGPT en l’interrogeant comme point de départ sur le thème des fausses nouvelles qui peuvent influencer des événements politiques et sociaux. En évoquant les peintures montrant des scènes historiques à portée politique ou sociale, ChatGPT évoque quelques exemples comme la peinture El tres de mayo de 1808 en Madrid (1814) du peintre espagnol Francisco de Goya. De fil en aiguille et après consultations itératives de ChatGPT, Matsuyama décide d’utiliser une partie de cette œuvre de Francisco de Goya en se concentrant uniquement sur le peloton d’exécution. Cette fusillade représentant les horreurs de la guerre trace en quelque sorte un parallèle à la guerre moderne de l’information. La retransmission écrite complète de la discussion de l’artiste avec ChatGPT était disponible sur papier, ce qui m’a permis d’y revenir avec beaucoup d’interêt à tête reposée.

Je regarde beaucoup de films et drama japonais sur Netflix en ce moment, et j’ai particulièrement aimé Brush Up Life (ブラッシュアップライフ) qui était en fait d’abord diffusé sur la chaîne Nippon TV au début de cette année, du 8 Janvier au 12 Mars 2023 (et en rediffusion il y a quelques jours). Le comédien Bakarhythm (バカリズム), Hidetomo Masuno (升野英知) de son vrai nom, a écrit le scénario de cette histoire où l’actrice Sakura Ando (安藤サクラ) joue le rôle principal, entourée de Kaho (夏帆), Haruka Kinami (木南晴夏) et Haru Kuroki (黒木華), entre autres. Sakura Ando joue le rôle d’Asami Kondo (surnommée Ah-chin), une employée de bureau dans la ville de Kumagaya à Saitama, entourée de ses amies proches qu’elle a connu à l’école, Natsuki Kadokura (Nacchi) jouée par Kaho et Miho Yonekawa (Miipon) jouée par Haruka Kinami. Elle mène une vie tout à fait ordinaire qui semble lui satisfaire, jusqu’à un accident. Elle se fait reverser par un camion après une réunion avec ses amies, et on la voit ensuite juste après sa mort dans une salle toute blanche dans laquelle se trouve seulement une réception où se tient un homme (joué par Bakarhythm). Asami comprend alors qu’elle vient de mourir et l’homme de la réception lui fait part de ce qu’elle va devenir dans sa prochaine vie. Elle devra se réincarner en fourmilier géant, mais comme ce choix ne semble pas lui convenir, elle a également la possibilité de revivre la vie qu’elle vient de mener, et ce dès sa naissance. Toute la comédie de la situation démarre à ce moment, car elle garde en mémoire toute sa vie précédente. J’aime beaucoup l’actrice Sakura Ando et c’était une des raisons qui m’ont poussé à me lancer dans ce drama, en plus du fait de savoir que l’humour parfois surréaliste de Bakarhythm serait de la partie. J’aime beaucoup le naturel avec lequel se déroulent les situations, notamment les discussions entre les trois amies, et les enchevêtrements progressifs du scénario qui sont très bien amenés. J’étais même assez chagriné de me séparer des personnages à la fin de le série. Dans les drama, j’ai aussi regardé 30 Made ni to Urusakute (30までにとうるさくて) qui suit un groupe d’amies célibataires ayant 29 ans et qui subissent la pression du mariage qu’elles se donnent à elles-mêmes. Je connaissais deux des actrices: Hirona Yamazaki (山崎紘菜) et surtout Honami Satō (さとうほなみ) qui est le personnage principal de cette histoire. Honami Satō prend aussi le nom de Hona Ikoka (ほな・いこか) lorsqu’elle joue de la batterie dans le groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女) d’Enon Kawatani (川谷 絵音) ou dans le groupe éphémère Elopers de Sheena Ringo. La série aborde de nombreux sujets actuels comme l’égalité homme-femme au travail ou la diversité des identités sexuelles, d’une manière naturelle et sans forcer le trait. J’avoue que l’émotion m’a pris à plusieurs moments. J’ai aussi beaucoup aimé le film Ano Ko ha Kizoku (あのこは貴族), traduit en anglais en Aristocrats, réalisé par Yukiko Sode (岨手由貴子) et sorti en 2021. Le thème de départ du film est un peu similaire à la série mentionnée précédemment dans le sens où la protagoniste principale de l’histoire, Hanako interprétée par Mugi Kadowaki (門脇麦) a presque 30 ans et est toujours célibataire. Sa famille riche, d’une noblesse traditionnelle, cherche à la marier au plus vite. Sa famille lui arrange des rencontres avec des prétendants du même milieu social. Alors qu’elle pense avoir trouver l’homme de sa vie, Koichiro interprété par Kengo Kora (高良健吾), une deuxième femme entre en scène. Miki, interprétée par Kiko Mizuhara (水原希子), est d’une toute autre classe sociale, née d’une famille modeste de province. Elle est hôtesse et entretient une relation des plus ambiguës avec Koichiro qu’elle connaît depuis l’université. Le film montre ces milieux qui se croisent mais ne se mélangent pas, mais Hanako est un peu différente du milieu dans lequel elle vit et voudra rencontrer Miki. Je trouve l’interprétation de Mugi Kadowaki brillante, pleine de retenue et de nuances. Dans un style tout à fait différent, j’ai aussi apprécié le film Saigo Made Iku (最後まで行く) réalisé par Michihito Fujii (藤井 道人) et sorti en salle en Mai 2023. Il s’agit en fait de la version japonaise d’un film policier coréen intitulé Hard Day, sorti en 2014 et réalisé par Kim Seong-hoon. Yūji Kudō (工藤祐司) est un commissaire de police corrompu, interprété par Junichi Okada (岡田准一), acteur et membre du groupe V6, qui se trouve impliqué dans un accident alors qu’il se rend aux funérailles de sa mère. Il renverse un piéton qui s’avère être un criminel recherché par un collègue policier interprété par Gō Ayano (綾野剛). Le film se concentre sur la confrontation des deux hommes sur fond de corruption mafieuse. L’histoire est bien montée et l’atmosphère sombre est prenante. J’étais en fait curieux de voir le jeu des acteurs et je pense que Junichi Okada est meilleur acteur que chanteur, comme ses interventions télévisées me le laissaient présager. Malgré la noirceur, il y a tout de même un certain sens comique qu’Okada transmet assez naturellement. Il faut dire que les emmerdes s’accumulent tout d’un coup sur lui et il faut une imagination et un sang froid certain pour s’en sortir. En listant cette petite sélection, je me dis que je ne regardes pas assez de films et il faudra y remédier pour l’année qui démarre bientôt même si c’est au détriment du blog.

Je ne pouvais pas terminer ce billet sans une sélection musicale des morceaux que j’écoute en ce moment en boucle dans ma playlist. Le morceau Stateless de Gotch, accompagné par YonYon, au chant est une très agréable surprise. Le véritable nom de Gotch est Masafumi Gotoh et c’est le chanteur et guitariste du groupe Asian Kung-fu Generation, qu’on appelle également Ajikan (アジカン) en version courte. J’aime beaucoup leur albums Sol-fa (ソルファ) de 2004 et Fanclub (ファンクラブ) de 2006, mais je n’ai pas encore prolongé la découverte des autres albums du groupe. Il y avait également un single (触れたい 確かめたい) qu’Ajikan avait interprété en collaboration avec Moeka Shiotsuka dont j’avais déjà parlé ici. Le single solo Stateless a un rythme plus cool que ce que produit en général le groupe. Il y a une ambiance tranquille et des ondes positives dans la vidéo tournée à Jakarta en Indonésie, qui font plaisir à voir et à entendre.

Je n’ai pas encore acheté l’album Replica de Vaundy mais on l’écoute souvent dans la voiture sur Spotify grâce au compte du fiston. Les talents de composition musicale de Vaundy ne sont plus à démontrer et le nombre de singles qu’on trouve dans ce nouvel album est très important. Le dernier single en date s’intitule Carnival (カーニバル) et on peut le compter dans les meilleurs morceaux de cet album. La voix de Vaundy dans le refrain du morceau est assez exceptionnelle et vraiment marquante. Carnival sert en fait de thème musical à la série sur NetFlix Mitaraika Enjō suru (御手洗家、炎上する) avec Mei Nagano (永野芽郁), que j’ai justement commencé à regarder sans pour l’instant être très convaincu. La vidéo qui accompagne le morceau n’est apparemment pas directement liée à la série Netflix, mais c’est bien Mei Nagano que l’on voit dans cette vidéo.

sous les lumières d’un matin d’hiver

En continuant ma marche depuis Waseda, je découvre des belles choses d’un point de vue architectural. L’étrange pavillon situé avant le yuzu dans les photographies ci-dessus est rattaché au temple bouddhiste Tōchōji (東長寺) de la branche Soto Zen. L’histoire du temple remonte à l’année 1594 lorsqu’il a ouvert ses portes, mais le bâtiment actuel est beaucoup plus récent, datant de 1989. J’aurais dû aller voir le bâtiment principal du temple car il a reçu le prix Good Design Award en 2018. Je me suis en fait concentré sur le pavillon, appelé Tōchōji Bunyukaku (東長寺文由閣), car il a des formes vraiment particulières. Il est constitué de deux blocs dont le principal a pour base un polygone coiffé d’une plaque carrée. Le deuxième bloc est légèrement oblique et torsadé avec un escalier extérieur tournant autour. Des passerelles extérieures relient les deux blocs à plusieurs étages. Le rez-de-chaussée du bloc principal et le dernier étage sont composés de grandes baies vitrées. Je ne suis pas rentré à l’intérieur, car il était tôt le matin, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse y entrer librement. Ce pavillon, conçu par Tetsuo Kobori Architects (小堀哲夫建築設計事務所), serait le premier bâtiment de temple à recevoir une certification Bâtiment Basse Consommation (PHI Low Energy Building certification). J’approche ensuite doucement du grand stadium olympique. Juste à côté, on peut apprécier les couleurs de la résidence Brillia ist Sendagaya, conçue en 2015 par IOA Takeda Architects Associates. Je ne connaissais pas IOA mais je vois qu’ils conçoivent beaucoup de résidences et des buildings de bureaux relativement classiques. Certains bâtiments comme celui-ci aux balcons colorés sortent du lot. Des mêmes architectes, j’avais d’ailleurs déjà remarqué la résidence Park Homes Nakameguro pour ses formes obliques de béton et de métal noir. Cette résidence a également reçu le prix Good Design Award en 2020. En explorant le site web de l’architecte, je suis surpris de voir à l’intérieur de cette résidence une installation de l’artiste Shinji Ohmaki (大巻伸嗣), dont j’avais vu une de ses installations récemment au musée NACT de Nogizaka. Une photographie du grand stadium olympique vient terminer cette petite série. Les lumières matinales viennent embellir l’immense structure ovale de Kengo Kuma, qui est déjà remarquable de tous points de vue.

Je connaissais le nom et quelques morceaux de Chanmina (ちゃんみな) depuis quelques temps, mais je n’avais pas vraiment accroché jusqu’à ce nouveau single intitulé Biscuit. J’adore l’intensité du morceau, les passages rappées et le final où elle pousse sa voix. Le morceau a d’entrée de jeu un rythme extrêmement accrocheur, qui ne peut laisser indifférent. Chanmina est japano-coréenne, et elle chante ce morceau en coréen et en anglais. Il s’agit apparemment de son troisième morceau chanté en coréen. La vidéo a été tournée en plein centre de Shibuya au scramble crossing. Il faut noter qu’il s’agit d’une prise de vue réelle à Shibuya. De nombreuses vidéos ces derniers temps sont plutôt prises dans la version répliquée du croisement reconstituée dans la préfecture de Tochigi au Ashikaga Scramble City Studio, construit en 2019 par la compagnie Nouvelle Vague Co. Ce n’est pas le cas ici et la vidéo a été filmée récemment car je reconnais les publicités et le Tsutaya y est déjà fermé pour rénovation. La prise de vue a dû se faire tôt le matin car Chanmina est relativement connue et sa présence est quand même facilement remarquable, même si les cheveux bleus ne sont pas inhabituels à Shibuya.

L’exposition Damage (堕冥慈) de l’artiste Wataboku se déroulait au Shibuya PARCO Art Museum jusqu’au 25 Décembre 2023. Il s’agit de la troisième exposition que je vais voir de l’artiste qui met toujours en scène son personnage fétiche nommé SAI inspiré par la même modèle Aopi. Je suis à chaque fois impressionné par les expressions du visage de SAI, et elles me donnent toujours envie de les voir lors des expositions de Wataboku. Cette exposition solo au musée de PARCO avait une envergure plus importante que celles que j’avais vu précédemment, ce qui témoigne d’une reconnaissance méritée. Ce qui est nouveau sur la série présentée cette fois-ci, c’est que les illustrations de Wataboku dépassent du cadre comme par exemple ces poissons et pommes rouges illustrés au premier plan. Certains tableaux étaient augmentés de parties lumineuses faisant apparaître le squelette de SAI derrière l’illustration classique de son corps et de son visage. Cette représentation hospitalière est un des thèmes de la série au musée PARCO, faisant apparemment écho à un séjour hospitalier de son auteur. La salle d’exposition mettait en scène ce thème avec une chaise roulante avec perfusion et des béquilles placées à différents endroits. Un espace au centre d’une des pièces était fermé par un fin rideau blanc. On pouvait voir à l’intérieur quelques croquis et photos de préparation des illustrations finales.

En parlant un peu plus haut de Chanmina, je repense au single Kyashana Lip (華奢なリップ) de Genie High (ジェニーハイ) sur lequel elle chantait en invitée avec Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ). Je redécouvre maintenant ce morceau avec une nouvelle oreille. On me l’avait fait découvrir il y a quelques temps mais j’avais à l’époque préféré un autre single de Genie High, Fuben na Kawaige (不便な可愛げ) sur lequel AiNA The End accompagnait Ikkyu au chant. En parlant d’Ikkyu, nous n’avons malheureusement pas de nouvel album de Tricot à se mettre entre les oreilles cet hiver. Tricot nous avait habitué ces dernières années à sortir un nouvel album à la fin de l’année, mais ça n’est malheureusement pas le cas cette année. Tricot tourne, notamment en Angleterre récemment, donc elles et il sont loin d’être inactifs. Il y a quelques semaines, j’étais surpris de voir une tête familière dans un des espaces d’exposition du Tsutaya de Daikanyama. Je parle de Wicket, le chien d’Ikkyu Nakajima, qui est une sorte de symbole du groupe car il apparaissait sur la pochette d’un des derniers albums de Tricot. En plus d’apparaitre sur des vêtements, il y aussi une peluche violette à son effigie se faisant appeler Nuef. Je vois au Tsutaya une bande dessinée intitulée Gluten Comics (グルテンCOMICS) avec Nuef et deux autres personnages. Je ne sais en fait pas s’il s’agit d’une véritable bande dessinée complète ou seulement de sa couverture. Gluten (グルテン) est en tout cas un projet artistique de trois artistes: FUSE (illustrateur originaire de Saitama), Matthew mallow (également illustrateur mais originaire de la préfecture d’Aichi) et Ikkyu Nakajima. Outre le chien Wicket, l’espace d’exposition vendait d’autres articles de la collection SUSU d’Ikkyu dont les t-shirts à manches longues Dead, mais pas ceux avec le message Love Me Tricot (お布施Tシャツ) qui n’est de toute façon pas des plus faciles à porter. Et faute de nouvel album de Tricot, je me remets à écouter les anciens en démarrant par Jōdeki (上出来) puis en poursuivant avec A N D.

La collaboration de Hitsuji Bungaku (羊文学) avec le Department Store Seibu de Shibuya se terminait le 25 Décembre. J’y suis allé plusieurs fois et c’est agréable, même surprenant, d’entendre des morceaux du groupe en marchant dans les couloirs. Dans les derniers jours, deux affiches signées par le groupe étaient mises en exposition à l’intérieur de la passerelle au cinquième étage reliant les annexes A et B. C’était pour sûr une année importante pour le groupe et je suis bien content d’avoir pu allé les voir cette année. L’année 2023 a été pour moi assez riche en concerts, car je suis allé en voir cinq: celui de Sheena Ringo au Tokyo International Forum bien sûr, le concert final de For Tracy Hyde au Shibuya WWWX, celui de Tricot au Liquid Room d’Ebisu, Hitsuji Bungaku au Zepp Haneda et le premier live solo d’a子 au WWW de Shibuya. Aller voir un concert tous les deux ou trois mois est un rythme qui me convient en espérant le conserver l’année prochaine, qui démarrera par AAAMYYY en Mars. En parlant d’a子, il a beaucoup de nouveautés ces derniers jours car elle vient de signer sur une major (Pony Canyon), sortira son premier album l’année prochaine accompagné par deux dates de concerts, dont une à Tokyo au Liquid Room qui est une assez grande salle d’une capacité de 1000 personnes. La salle WWW où j’avais été la voir avec son groupe cette année n’avait une capacité que de 500 personnes.

day number 357

Comme tous les ans à la fin du mois de Décembre, je me rends au sanctuaire Ana Hachimangu situé près de la station de Waseda pour aller y chercher des talismans pour protéger toute la famille. J’y vais très tôt le matin. Quand je dis très tôt, c’est vraiment très tôt car je me lève en général vers 3h30 du matin pour prendre le premier train de la ligne Yamanote à 4h30 environ, pour arriver un peu après 5h à Ana Hachimangu. C’est un rituel que je suis loin d’être le seul à suivre car de très nombreuses autres personnes sont déjà sur place à attendre sagement l’ouverture du sanctuaire. Il faut en général attendre deux heures dans la nuit avant de pouvoir acheter ces fameux talismans. Depuis quelques années, j’ai développé une capacité certaine à attendre sans perdre patience. J’ai bien sûr mes écouteurs dans les oreilles. Je garde un souvenir particulier d’une attente devant et à l’intérieur du sanctuaire en écoutant les trois albums de Guernica (ゲルニカ), le groupe formé par Jun Togawa, le compositeur Koji Ueno et le parolier Keiichi Ohta. Cette musique est tellement particulière que ces moments en Décembre 2018 restent marquants. Le chef d’oeuvre musical de Guernica s’intitule Marronnier Tokuhon (マロニエ読本) et c’est un morceau que j’aime écouter de temps en temps. Cette fois-ci, dans la file d’attente, la musique qui m’accompagne est l’album Melting Moment de POiSON GiRL FRiEND que j’ai découvert un peu plus tôt cette année, alors qu’il date de 1992. En y repensant maintenant, j’aurais pu aussi réécouter Kyūsai no Gihō (救済の技法) de Susumu Hirasawa (平沢進). Certains morceaux comme MOON TIME ou STRANGE NIGHT OF THE OMNIFICENCE (万象の奇夜) sont tout particulièrement sublimes. Ce sera pour l’année prochaine, il faut que je m’en souvienne.

Je rentre ensuite à pieds depuis Waseda pour une marche de plus d’une heure et demi. Le hasard des rues me fait passer par Natsumezaka, et je reconnais tout de suite un immeuble conçu par Makoto Takei + Chie Nabeshima / TNA. Il s’agit du petit immeuble que je montre sur la quatrième photo. J’avais découvert cet immeuble nommé Between Natsumezaka (夏目坂の間), construit en 2015, dans le numéro 105 de la revue Japan Architect (JA) consacrée à TNA, qui montre également d’autres maisons que j’ai déjà trouvé dans les rues de Tokyo notamment Tie House et Mosaic House. La particularité de l’immeuble Between Natsumezaka est qu’il est construit le long d’une rue qui est amenée à être élargie dans le futur, ce qui peut prendre de très nombreuses années. Plutôt que de laisser vacant l’espace donnant sur la rue, la proposition de l’architecte a été de construire deux structures juxtaposées à l’avant et à l’arrière avec la possibilité de supprimer la structure donnant sur la rue sans affecter la structure arrière, si la rue venait à être élargie. On remarque d’ailleurs que la majorité des espaces habitables se trouvent dans la structure arrière et que la structure avant est principalement constituée d’espaces ouverts. Huit années se sont écoulées depuis la construction du building et la rue n’a toujours pas été élargie.

En marchant dans les rues du grand Shinjuku, j’écoute dans la playlist de mon iPod deux morceaux d’un jeune groupe de rock indépendant nommé 35.7 (サンジュウゴテンナナ), qu’on peut d’ailleurs apparemment réduire en « Go Ten Nana (ゴテンナナ) ». Le groupe est originaire de Tokyo et se compose de quatre membres: Yū Takahashi (たかはしゆう) au chant et à la guitare, Shuka Kaminohara (かみのはらしゅか) à la guitare, Sakuya (さくや) à la basse et Kona Katakuri (かたくりこな) à la batterie. Je découvre d’abord leur dernier single intitulé Shiawase (しあわせ), qui vient juste de sortir le 19 Décembre 2023. J’aime beaucoup la mélancolie qui s’en dégage et la voix de Yū, notamment sa manière chantante de terminer certains mots. Le morceau prend une tournure très différente dans sa dernière partie très rapide. Ce changement de rythme est assez surprenant et très bien vu. On retrouve une dynamique un peu similaire sur le morceau Shukujitsu Tengoku (祝日天国) sorti en Juillet 2022. Ce morceau a une énergie très communicative et la fraîcheur des amours de jeunesse. Il s’agit pour sûr d’un groupe à suivre de près.

planted flowers in my head

Le sapin et les décorations sont déjà de sortie depuis plusieurs semaines. Nous les avons installé tôt cette année par rapport aux années précédentes, comme si on attendait avec impatience que cette année se termine. Ces derniers mois ont été particulièrement occupés et je pense avoir eu moins le temps de publier des billets sur ce blog. En total, j’ai publié beaucoup moins de billets cette année par rapport aux quelques années précédentes, ce qui casse une dynamique ascendante et c’est plutôt bienvenu. J’ai en fait publié moins de billets mais avec plus de textes sur chacun d’entre eux. Sont-ils intéressants, ces textes, c’est une autre histoire. Ils sont toujours écrits pour m’intéresser moi-même et j’avoue ne pas me soucier assez de ce qui pourrait intéresser les visiteurs. Ils sont pour sûr très subjectifs. Je pense que je dois tenir cette manière d’écrire aux articles interviews de magazines musicaux comme ceux des Inrockuptibles, que je lisais de manière assidue lorsque j’étais lycéen et étudiant. En plus de l’interview avec un ou une artiste, le journaliste décrivait à la première personne tout ce qui se passait avant et autour. Cette mise en scène, qui fait en quelque sorte durer le plaisir, m’a toujours beaucoup intéressé, et peut-être même indirectement inspiré. J’aime en tout cas beaucoup dévier du sujet principal du billet, car ce sont souvent ces divagations spontanées qui me permettent de découvrir de nouvelles choses. Quand aux photographies, qui devraient être le sujet principal de ce billet, elles sont prises à Daikanyama. La première donne une vue sur la gare depuis une passerelle piétonne. C’est un point de vue que j’aime beaucoup et que j’ai déjà plusieurs fois montré en photo. Je pense d’ailleurs que la première photographie que j’ai pris en argentique noir et blanc avec le Canon EOS était à cet endroit. Sur la troisième photographie, je montre une nouvelle fois la résidence Forestgate conçue par Kengo Kuma, derrière le palmier solaire planté au centre de Daikanyama.

Dans mon dernier billet sur Kurkku Fields, je mentionnais brièvement quelques vidéos de morceaux de Kyary Pamyu Pamyu pour illustrer la direction artistique de Sebastian Masuda et, de fil en aiguille, je me suis mis à réécouter la plupart des morceaux de Kyary que j’ai sur mon iPod, soit une petite vingtaine éparpillée sur plusieurs de ses albums. J’ai en fait dans ma collection un seul album entier, celui intitulé Japamyu (じゃぱみゅ) sorti en 2018, dont j’avais déjà parlé dans un billet. Cette envie de réécouter la musique de Kyary me prend de temps en temps, de manière soudaine, et je démarre toujours par Fashion Monster (ファッションモンスター). Je poursuivis par Invader Invader (インベーダーインベーダー), puis pars vers des morceaux plus récents comme le très électronique Dodonpa (どどんぱ) et Gentenkaihi (原点回避) pour suivre avec l’album Japamyu et revenir vers le morceau Noriko to Norio, dont la composition musicale s’inspire des sonorités d’Okinawa. Il y a beaucoup d’inventivité dans les compositions de Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ) et dans les manières de chanter de Kyary. Toute sa discographie ne me plait pas mais certains morceaux ou album m’ont déjà fait dire dans le passé qu’elle est une figure importante de la J-POP japonaise, et pour de bonnes raisons. Quand je regarde ses vidéos, j’aime notamment guetter les moments de décalages volontaires avec son image kawaii, comme celui capturé ci-dessus de la vidéo de Fashion Monster ou plus récemment sur Gentenkaihi quand elle tombe d’un tapis roulant la tête la première et saigne du nez alors qu’elle est poursuivie par un ruban rouge géant. Une petite dizaine d’années séparent ces deux morceaux et vidéos.

Je suis un peu en retard pour me mettre à écouter en entier le nouvel album de Yeule intitulé softscars car il est déjà sorti il y a un peu plus de trois mois, le 22 Septembre 2023 précisément. En fait, je connaissais déjà plus de la moitié des morceaux, déjà sortis progressivement en single. Je savais l’approche beaucoup plus rock indé, par rapport aux deux albums précédents qui avaient des sonorités plus électroniques. Cette approche me convient très bien, et la violence certaine du premier morceau x w x nous met tout de suite dans l’ambiance déchirante qui accompagne une bonne partie de l’album. L’ensemble de l’album est pourtant assez apaisé musicalement parlant et le premier morceau est en quelque sorte une exception bien qu’il joue également sur le chaud et le froid. On ne trouve pas dans cet album les instants de folie qu’on pouvait entendre sur l’album Glitch Princess de 2022, sur un morceau comme Mandy par exemple. Le son de Yeule évolue pour sûr et c’est de très bonne augure pour la suite. En concert, on voit Yeule jouer de la guitare accompagnée de la musicienne Sasami Ashworth également à la guitare. J’avais déjà parlé ici de Sasami pour son premier album éponyme sorti en 2019, que j’avais à l’époque beaucoup aimé. Cette association est intéressante, mais je ne suis pas certain que Sasami participe à l’album en lui-même. Parmi les morceaux remarquables de l’album de Yeule, il y a également dazies démarrant avec un riff de guitare remarquable. Les paroles de Yeule ne respirent jamais la joie de vivre, mais on ressent quand même que l’atmosphère au dessus de sa tête s’éclaircit. L’album dans son ensemble me paraît moins intime et plus émancipé. Je le regrette un peu car je ne retrouve pas sur cet album des morceaux à l’intensité aussi forte que Bites on My Neck sur Glitch Princess qui reste pour moi un de ses chefs-d’œuvre musicaux. En écoutant le morceau Inferno sur softscars qui est un de mes préférés et qui a une approche plus électronique proche des albums précédents, je me demande maintenant si je ne préfère pas cette atmosphère là, à celle beaucoup plus pop-rock sur l’avant dernier morceau cyber meat par exemple, qui est pourtant très bon. Le titre du dernier morceau, aphex twin flame, est intriguant car on se demande s’il s’agit d’une allusion à Richard D James. Les paroles ne le mentionne pas clairement. Après Moeka Shiotsuka qui mentionne un morceau d’Aphex Twin en interview avec Seiji Kameda et ce titre de Yeule, tout me pousse à revenir bientôt vers les sons électroniques après une très longue période rock ces derniers mois.