nowhere elsewhere (2)

Les sujets musicaux prennent une place importante dans les billets de Made in Tokyo, en particulier les musiques japonaises, mais pas seulement. J’ai l’impression que ça a toujours été le cas depuis les débuts de ce journal, mais la proportion donnée aux musiques est de plus en plus conséquente ces dernières années. Je me suis demandé qu’elle avait été le point de départ de mon regain d’intérêt pour les musiques alternatives rock, pop, voire hip-hop, ou électroniques japonaises. J’ai tout de suite en tête un billet datant de Mai 2018 où je présentais un single et un EP de l’artiste électronique Utae. Je me souviens encore très bien de cette expérience d’écoute qui avait été, en quelques sortes, un déclencheur dans mes recherches pour trouver ensuite des sons avec un esprit indépendant similaire. Je me souviens encore très bien, il a de nombreuses années, avoir pester car je ne trouvais pas de musiques japonaises intéressantes, par rapport aux productions occidentales, à part les quelques artistes que je connaissais et suivais comme Sheena Ringo. À cette époque là, j’ignorais tout simplement toute une scène qui s’est quand même grandement dévoilée à moi à travers les réseaux sociaux et l’affinage de leurs algorithmes. On pourra critiquer autant qu’on le veut les algorithmes qui nous imposent ce que l’on doit voir, ils m’ont quand même permis de découvrir une grande partie des bonnes choses dont je parle sur ces pages. Mais je pense également que ces algorithmes nous brident dans nos découvertes, car l’être humain ne fonctionne pas comme une machine et a aussi besoin qu’on lui donne à voir et à entendre des choses qu’il ne pensait pas apprécier au premier abord. Ce qu’il manque seulement, c’est le temps nécessaire pour faire toutes ces découvertes et en parler correctement sur ces pages.

Après une page orientée hyper pop sur le précédent billet, je me tourne maintenant vers le rock indépendant et au delà. Je retrouve le groupe Hammer Head Shark, dont j’avais déjà parlé dans un billet de 2023, avec un excellent nouveau single intitulé Bokura Futari Kiri (ぼくらふたりきり). J’avais déjà noté que le groupe reconnaissait une influence de groupes alternatifs comme Kinoko Teikoku (きのこ帝国), et c’est particulièrement notable sur ce morceau où le chant de Hiyu Nagai (ながいひゆ) me fait tout de suite penser à celui de Chiaki Satō (佐藤千亜妃) notamment dans sa tension émotionnelle. Je suis tout à fait preneur quand des groupes tentent de retrouver l’ambiance des premiers albums de Kinoko Teikoku, et quand ils le font bien. J’aime beaucoup le single Tiobita (チオビタ) d’un groupe tokyoïte nommé ToToToTo (トトトト) dont je ne sais absolument rien, à part que c’est leur deuxième titre sorti et qu’ils viennent de démarrer cette année. Je comprends que le groupe se produit plutôt sur les scènes de Shimokitazawa et Koenji, ce qui est plutôt classique pour les tout jeunes groupes de rock indé. J’aime beaucoup la fragilité vocale de la chanteuse qui se marie bien avec les guitares très maîtrisées. On sait juste que le Tiovita du titre est une boisson énergisante de Taiho Pharmaceutical (大鵬薬品). Je découvre ensuite le single Jōkyō (上京) du groupe rock alternatif à tendance shoegaze Umikaze (海風邪). Le groupe est basé à Kōenji et s’est formé en septembre 2025. Il se compose de Daiki (ダイキ) à la guitare et au chant, Umesawa (梅サワ) également à la guitare et au chant, Nittako (にったこ) à la guitare, Niwasaho (にわさほ) à la basse et Bayashi (バヤシ) à la batterie (bien que ce dernier semble avoir quitté le groupe). Sur ce morceau Jōkyō, un grand classique des titres de rock indé où la montée vers Tokyo apporte son lot de mélancolie, est chanté à deux voix par Daiki et Umesawa. Umikaze raconte qu’ils se sont formés à la suite de reprises du groupe kurayamisaka, et parmi leurs influences, ils citent Supercar, Kinoko Teikoku (décidément), 17yo & Berlin Wall (17歳とベルリンの壁) et For Tracy Hyde, entre autres. Ce ne sont que des bonnes références et ça me fait même plaisir de voir citer For Tracy Hyde dont j’avais été voir leur dernier concert à Shibuya, et qui republie même dernièrement tous ses albums en vinyls.

On se dirige ensuite vers des sons à la frontière entre pop, R&B et musique alternative avec le deuxième single Inori (祈り), sorti le 9 août 2026, d’un jeune groupe nommé Sqninmu (S級任務). Le groupe est un trio composé de Hayate (颯) au chant et à la composition, KINCHAN à la basse et ryouzan à la guitare. Leur musique est une fusion de plusieurs genres, avec un groove qui m’est familier et qui me plaît beaucoup. On trouve également une ambiance mélangeant les genres sur le très beau morceau Two of a kind du jeune groupe tokyoïte mM7th (マイナーメジャーセブンス), formé par quatre étudiants universitaires. Le quatuor se compose de Ririko Kashima (鹿島理莉子) au chant, claviers, composition et paroles, Shunki Kawakami (川上瞬輝) à la guitare et à la composition, Rihito Sasaki (佐々木理人) à la guitare, batterie et composition, et Ryosuke Sato (佐藤亮輔) à la batterie, claviers et composition. Ce qui frappe dans ce quatuor est que chaque membre compose. Le nom du groupe est assez étrange au premier abord mais vient de l’accord musical mM7 (minor major seventh), qui a été choisi pour sa sonorité à la fois belle et un peu étrange. Et pour terminer cette playlist, je reviens vers Tempalay avec un autre morceau de leur nouvel album ATOMEW intitulé Fo (ふぉ). J’aime beaucoup les trois morceaux que j’ai pu écouter de cet album jusqu’à maintenant, incluant les deux autres déjà mentionnés dans un billet précédent. Fo n’est pas aussi inventif que le morceau d’ouverture Hello, my name is… mais j’aime beaucoup son ambiance très fluide au groove un peu psychédélique. Tout paraît très naturel et cool dans ce flot electronique pop continue.

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