petits moments d’architecture (12)

Après les deux visites architecturales de l’épisode 11 des petits moments d’architecture, je me dirige l’après-midi de cette même journée vers Shibuya puis Nakano. J’avais repéré une nouvelle construction de Kengo Kuma (隈研吾) à Shibuya Honmachi. Il s’agit du Shibuya Honmachi Community Center (渋谷本町コミュニティセンター) ayant ouvert ses portes en 2025. L’ensemble est bien entendu immédiatement reconnaissable. Le style de Kengo Kuma ne varie pas au point où on viendrait à se demander s’il peut concevoir autre chose. Mais comme toujours, l’ensemble s’élançant le long d’une petite rue résidentielle est d’une grande fluidité, notamment pour ses toitures à lamelles de bois posées à l’oblique dans la continuité des grands vitrages. Le bâtiment tout en longueur possède une élégance certaine que je lierai à sa légèreté apparente. Ce Honmachi Community Center est un centre communautaire polyvalent, servant de lieu de rassemblement pour les résidents locaux. Il offre des espaces pour des activités culturelles, des programmes et ateliers éducatifs, avec pour but de renforcer les interactions sociales. J’entre à l’intérieur puis monte à l’étage, mais il n’y a pas grand chose à y voir. L’architecture que je souhaite voir ensuite ne se trouve qu’à une trentaine de minutes à pieds du Honmachi Community Center. La chaleur de l’après-midi me pousse à prendre le train plutôt que de marcher, ce que j’aurais fait volontiers à une autre période de l’année.

Je descends à la station de Nakano Sakaue, en direction d’une école nommée Jissen Gakuen Junior & Senior High School (実践学園中学高等学校). J’avais vu sur Instagram qu’un centre d’étude directement attaché à cette école avait une forme élancée vers le ciel très interessante. Ce centre d’étude nommé Freedom Learning Manor House (自由学習館) a été conçu par Nobuaki Furuya (古谷誠章) et le Studio NASCA en 2011. Il est situé sur un terrain restreint qui a imposé une conception compacte. On le trouve au milieu d’une zone résidentielle mais il est heureusement accolé à un jardin public très boisé apportant un poumon de verdure bienvenu. Le bâtiment multifonctionnel contient un grand hall qui peut être utilisé de manière flexible pour des activités extra-scolaires, et une somme d’espaces libres où les élèves peuvent faire leurs études. La configuration de la coque extérieure couvrant le bâtiment a été façonnée selon l’environnement, avec des ouvertures placées pour offrir une vue sur le ciel et sur les cimes des arbres du jardin public. Je lis que l’ensemble intérieur a une atmosphère à la fois enveloppante et connectée à la nature. Il s’agit là encore d’un espace qui entend favoriser les interactions et vient contraster avec la rigidité des salles de cours traditionnelles. Je fais le tour du bâtiment en ayant un peu de mal à le prendre en photo dans son intégralité vue l’étroitesse des rues aux bords desquelles il se trouve. Du même Studio NASCA, j’avais déjà montré sur ce blog deux stations routières, celle de Shōnan Tento (道の駅しょうなん てんと) située dans la ville de Kashiwa à Chiba et celle d’Hota, toujours à Chiba, qui a la particularité d’être basée sur une ancienne école primaire. Mon petit parcours de la journée se termine sur ce quatrième bâtiment. Il doit bien faire 35 degrés dehors mais il semble faire beaucoup plus lorsque je marche aux abords de la gare de Shinjuku. Il est temps de rentrer avant l’insolation.

petits moments d’architecture (11)

Je reprends cette série des petits moments d’architecture avec l’épisode 11, et le 12 qui suivra bientôt. Je montre ici des photographies d’architecture remarquable prises pendant une même journée chaude d’été. Voir récemment l’exposition de Sou Fujimoto m’a rappelé ces moments précieux où je me promenais dans le rues de Tokyo avec un objectif unique, celui de trouver aux détours des rues des architectures déjà vues dans des magazines ou sur internet. Mon premier objectif m’amène dans l’arrondissement d’Ōta. Je descends du train de la ligne Keikyu à la station de Kamata et je marche, à l’ombre de préférence, en direction de la station suivante de Zōshiki (雑色). Je cherche dans les petits rues résidentielles un temple nommé Hōsenji (寳泉寺) où se trouve un pavillon d’accueil et une annexe (客殿庫裏) aux formes de béton et de bois intéressantes. Cet ensemble placé juste à côté du temple d’origine a été conçu par Meguro Architecture Laboratory (メグロ建築研究所) en 2015. Une de ses particularités est d’avoir une structure à murs et planchers épais pour l’enveloppe du bâtiment, ce qui permet de créer un espace sans colonnes pour les salles intérieures. Les cloisons intérieures sont composées de panneaux de bois installés sur une ossature légère en acier, permettant de diviser l’espace de manière libre et flexible comme dans les maisons traditionnelles japonaises. Je ne suis malheureusement pas entré à l’intérieur, mais j’ai en tout cas été immédiatement émerveillé par l’épaisseur de béton coupée à l’oblique au niveau des vitrages des étages. La combinaison avec le bois donne une étonnante délicatesse venant adoucir le béton brut.

Je pars ensuite dans un tout autre lieu vers Ueno. Je débarque un peu avant à la station d’Okachimachi (御徒町) pour aller voir un immeuble de béton et de verre perdu dans les rues de ce quartier dense et hétéroclite. Après quelques détours dans le quadrillage du quartier, je vois assez vite la structure très particulière de l’immeuble de bureaux nommé NEWS X 御徒町. Il a été conçu par MMAAA, pour Miki Motohashi Architects And Associates, et vient juste d’ouvrir ses portes. Les architectes ont conçu sur l’emplacement d’un ancien entrepôt et d’un parking ce volume de 40m, dans les limites des exigences réglementaires. La façade de l’immeuble met en valeur la structure en béton armé, avec des poteaux obliques et des poutres visibles couvrant deux niveaux à la fois. En regardant en contre-plongée l’ensemble de cette structure, on apprécie ses proportions élancées et la combinaison entre une matérialité brute certaine et une transparence omniprésente permise par les nombreux vitrages. La géométrie de l’ensemble est vraiment belle, s’affranchissant complètement des classiques formes rectangulaires, et rend cet immeuble immédiatement remarquable comme un repère dans la complexité urbaine des alentours. Ces structures porteuses obliques sont quand même impressionnantes. On leur imagine une certaine fragilité comme celles d’un château de cartes, car on a un peu de mal à appréhender comment ces poutres de béton parviennent à soutenir l’ensemble. Sur ces réflexions, je reprends la route et le train pour le rendre de l’autre côté de la ville du côté de Nakano.

En écrivant ces lignes, j’apprends le décès de François Chaslin le 7 août 2025 à l’âge de 76 ans, victime d’un malaise dans le Finistère. Je suivais assidûment l’émission d’urbanisme et d’architecture Métropolitains qu’il produisait et animait sur France Culture de 1999 à 2012. J’avais commencé à l’écouter en podcast à partir de la fin 2005 jusqu’au dernier numéro le 22 juillet 2012. Je pense que j’écoutais tous les épisodes même si je faisais parfois des séances de rattrapage. J’ai en tout cas appris beaucoup de choses à travers cette émission et j’aimais le ton sans concession de François Chaslin et son érudition. Je me souviens particulièrement de certaines émissions avec l’architecte Claude Parent, et j’avais bien sûr une oreille très attentive lorsqu’il abordait l’architecture japonaise avec notamment deux épisodes les 13 Mai et 27 Mai 2012.

silence du béton et murmure du bambou

Un hasard bienvenu nous amène jusqu’à la petite ville de Nagareyama (流山市), dans la préfecture de Chiba. Nous nous dirigeons vers un petit musée de béton aux formes et lignes simples, nommé Mori no Bijutsukan (森の美術館). Il est situé sur un espace vert en lisière d’une forêt, qui comprend une bambouseraie, créant un contraste intéressant avec le musée. J’ai toujours trouvé que la rudesse du béton brut s’accordait bien avec la douceur organique d’un environnement végétal. L’emplacement du musée en bord de forêt explique en partie son nom. Son fondateur et directeur se nomme Tadayuki Mori (森 忠行), ce qui peut également éclairer le choix du nom. Sa collection d’œuvres d’art, accumulée à titre privé sur des décennies, l’a conduit à créer ce musée afin de pouvoir partager et exposer sa collection personnelle. Le musée a ouvert ses portes en 2016 et accueille des expositions d’artistes locaux encore méconnus.

On fait assez rapidement le tour du musée, qui s’apparente plutôt à une galerie d’art composée d’une seule grande salle. Le prix d’entrée est raisonnable, et le musée a la bonne idée d’offrir une boisson après la visite. On peut s’asseoir dans une petite salle à l’entrée, devant une grande baie vitrée donnant sur le jardin orné de quelques statues. Ce moment de calme est agréable, mais on nous demande gentiment, après une trentaine de minutes, de laisser notre place aux visiteurs suivants. Cette journée était apparemment celle du vernissage de l’exposition en cours, ce qui explique certainement que le parking était plein. J’ai tout de même eu le temps de prendre un autoportrait, que je mettrai peut-être en en-tête de ma page À propos.

De l’exposition, je retiens notamment une peinture à l’huile intitulée Vers demain (明日へ), de l’artiste Yoshie Narita (成田淑恵), représentant avec finesse un envol d’oiseaux. J’en montre une partie en photo ci-dessus. Avant de repartir, nous parcourons le jardin et empruntons le chemin dans les bambous. Un vent léger fait naître un son discret, celui du froissement feutré des feuilles de bambous et du cliquetis creux des tiges qui s’entrechoquent doucement. Nous reprenons ensuite la route vers d’autres découvertes à Nagareyama. La journée n’est pas trop chaude pour un mois de Juillet, ce qui rend notre visite agréable.

en direction de la rue Ando à Sengawa

La rue que l’on surnomme Ando Street à Sengawa (仙川安藤ストリート), dans la ville de Chōfu, est un des lieux d’architecture que je voulais explorer depuis longtemps. On la surnomme ainsi en raison de la présence concentrée de plusieurs bâtiments conçus par l’architecte Tadao Ando (安藤忠雄). Son origine remonte au début des années 1990 avec la construction d’une route publique venant découper une grande parcelle de terrain longue et étroite appartenant à une même propriétaire. Face à la pression de l’impôt foncier pendant la bulle immobilière, la propriétaire décida de regrouper les parcelles autour de cette route pour créer un nouveau plan urbain cohérent et unifié en confiant sa conception à Tadao Ando. Sur une distance d’environ 500m, le long de cette rue Matsubara (松原通り), fut construit une série de bâtiments, réalisés comme un ensemble entre 2004 et 2012. On y trouve un immeuble résidentiel, un bâtiment commercial et de bureaux, un ensemble culturel et social, un musée, entre autres. Le musée nommé Tokyo Art Museum (東京アートミュージアム) était fermé à mon passage et je n’ai malheureusement pas pu le visiter. L’ensemble des bâtiments alignés le long de cette rue sont tout à fait emblématiques du style Ando. On y retrouve bien entendu le béton brut massif et impeccable, la présence de colonnes étroites sur deux étages côté rue, les vastes façades vitrées teintées ne révélant que très peu l’activité intérieure. L’ensemble rectiligne avec des parties angulaires est parfaitement exécuté, conceptuellement très satisfaisant pour ceux comme moi qui aiment le brutalisme en architecture, mais n’est est pas moins rigide et uniforme. Cet ensemble reste même fermé sur la rue.

Le contraste avec l’urbanisme ouvert des deux bâtiments conçus par l’architecte Masataka Nakaji (中地正隆) placés dans la continuité est même assez frappante. Je montre ces deux bâtiments, le Sengawa Avenue South Patio (仙川アヴェニュー南プラザ) et le North Plaza (北プラザ), sur les trois dernières photographies du billet. Ils datent de 1988 et sont donc bien antérieurs à l’ensemble de Tadao Ando. Ces bâtiments contiennent des galeries, boutiques et un auditorium. L’effet d’ouverture sur la rue est grandement dû à sa structure apparente de poutres de béton. Suivant l’angle de prise de vue, on a l’impression d’un enchevêtrement de colonnes de béton. Pour revenir à l’ensemble architectural de Tadao Ando, car j’y reviens à pieds avant de prendre la route du retour, j’aime avant tout les obliques, celle verticale en figure de proue du centre culturel et social (せんがわ劇場・ふれあいの家・仙川保育園) sur la première photographie. On appréciera également la légère rotation horizontale du troisième étage du bâtiment que l’on devine sur la deuxième photographie et l’encoche oblique du musée d’art sur la troisième photographie. On retrouve ici la géométrie et le minimalisme des formes, mais il manque l’élément naturel qui caractérise souvent l’architecture de Tadao Ando.

de l’amour du monde flottant

Azabu Jūban (麻布十), le Vendredi 20 Juin 2025.

Sur cette grande avenue près de la station d’Azabu Jūban, je suis toujours tenté par la photographie. Il y a tout d’abord le building Joule A par l’architecte Edward Suzuki qui m’attire pour sa surface métallique courbe et pour ses nuages imaginaires donnant une idée de légèreté d’un monde flottant face à l’autoroute massive survolant le grand carrefour de Ichinohashi (一の橋). Il y a également la masse imposante du pilier central placé au milieu de ce croisement, soutenant de toutes ses forces les étages de l’autoroute intra-muros. Et puis, il y a les êtres autour d’une taille infime et d’une fragilité insouciante.

National Museum of Modern Art Tokyo (東京国立近代美術館), le Samedi 14 Juin 2025.

J’avais déjà été voir une exposition au National Museum of Modern Art Tokyo (東京国立近代美術館) l’année dernière, celle du photographe Takuma Nakahara (中平卓馬). Nous y retournons cette fois-ci pour une toute autre ambiance. J’aime beaucoup ce musée pour son emplacement au bord du Palais Impérial. Une salle du musée à l’étage est même conçue spécialement comme lieu d’observation. L’angle de vue donnant sur les douves du Palais et sur ses anciennes remparts, puis sur la barrière de buildings de Marunouchi au loin, attire une fois de plus mon modeste œil photographique. Cette salle depuis laquelle est prise la photo ci-dessus fonctionne comme un lieu de repos pour les visiteurs de la collection permanente du musée. Nous avons bien sûr visité cette collection permanente, mais nous étions avant tout venus voir l’exposition dédiée à la peintre Hilma af Klint.

L’exposition Hilma af Klint: The Beyond, présentée au National Museum of Modern Art Tokyo (MOMAT), se déroulait du 4 Mars au 15 Juin 2025 et nous y sommes allés l’avant dernier jour, en ayant la bonne idée d’acheter nos places à l’avance. Je ne connaissais en fait pas auparavant cette peintre suédoise, née en 1862 près de Stockholm et morte en 1944, reconnue comme l’une des précurseures de l’art abstrait, mais longtemps marginalisée. Il s’agissait de la première grande rétrospective en Asie lui étant dédiée. L’exposition regroupait environ 140 œuvres, exposées pour la première fois au Japon, donnant un regard très complet sur son œuvre mélangeant spiritualité, science, féminisme, avec une approche conceptuelle toute à fait étonnante. J’ai été particulièrement impressionné par une de ses œuvres emblématiques, The Ten Largest (1907) qui est un ensemble de dix peintures monumentales de plus de 3m de haut représentant les différentes étapes de la vie, de la jeunesse à la vieillesse. On nous montrait également une autre série importante, celle des Peintures pour le Temple (1906–1915). L’exposition nous explique qu’Hilma af Klint reçu en 1904, lors d’une séance spirituelle, une instruction divine de créer des œuvres théosophiques pour élever spirituellement l’humanité. Elle commença alors la création des 193 toiles composant Les Peintures pour le Temple sur une période de dix années. Ces toiles abstraites mêlent formes géométriques, motifs botaniques et symboles cosmiques pour explorer une réalité invisible au-delà du monde matériel. La vision d’Hilma af Klint était de regrouper ensuite ces œuvres dans un ensemble architectural, celui d’un Temple qui n’aura finalement jamais vu le jour. On peut tout à fait imaginer que ses visions mystiques l’ont marginalisé à l’époque, mais elle nous laisse aujourd’hui un univers univers abstrait tout à fait unique et d’une étonnante beauté.

Ça me prendra certainement des mois et peut-être même des années, mais je me suis mis en tête d’écouter tous les épisodes de Liquid Mirror qu’Olive Kimoto a publié sur NTS Radio. Je commence par le tout premier sorti le 20 Novembre 2018, qui est tout simplement excellent. Le premier morceau intitulé On the Flowers Face de Body Sculptures comporte un rythme lent de tambours ressemblant à du taiko qui correspondait tout à fait à l’ambiance dans laquelle je me trouvais lorsque je l’ai écouté pour la première fois le jour du matsuri de Shirokane. Le morceau principalement instrumental possède une mélancolie profonde qui met tout de suite dans l’ambiance de ce qui va suivre. Tout l’épisode évolue dans des atmosphères vaporeuses entre Shoegaze, Dream Pop et New Wave. Le morceau qui suit intitulé Mixed Tide par SRSQ, projet solo de la musicienne américaine Kennedy Ashlyn, est sublime, et complètement envoûtant comme pourrait l’être le meilleur de Cocteau Twins. C’est à mon avis le sommet de l’épisode mais le reste est dans la même lignée. Le morceau suivant Put Your Hands Around My Throat de Perfect Human dans un style New Wave possède une étrange beauté baroque, ambiguë et fascinante. On en parlait dans les commentaires d’un précédent billet, mais je me demande où Olive Kimoto trouve toutes ces étranges moments de beauté musicale. Je suis complètement en phase avec la totalité de la playlist de cet épisode, le morceau Shoegaze Julia par Lowtide, l’électronique éthérée de Virtues and Vice par Xeno & Oaklander, l’expérimental Outer Space de Chloé (qui, je ne sais pas pourquoi, me ramène dans les mondes souterrains de Metroid), pour citer quelques autres pépites musicales. Et ça fait beaucoup de bien à l’écoute.

Je continue ensuite avec l’épisode du 18 Décembre 2018 consacré aux groupes et artistes d’Asie avec la très agréable surprise de voir Faye Wong (王菲) présente dans la playlist avec un morceau intitulé Serpentskirt en collaboration avec Cocteau Twins. Je suis toujours épaté par la beauté vocale et l’élégance de Faye Wong, d’autant plus accompagnée ici par Elizabeth Fraser. Superbe morceau d’une beauté flottante presque irréelle, mais je suis avant tout désarçonné par le premier morceau de la playlist: Ukiyo no Koi (浮世の恋) du groupe japonais Kidorikko (きどりっこ). J’y ressens tout de suite une certaine influence de Jun Togawa, ce qui m’intrigue beaucoup et m’incite à en savoir plus. Kidorikko était un groupe japonais de New Wave formé en 1985 par Ten Chiyumi (てん ちゆみ) au chant, Ryuichi Sato (佐藤隆一) au synthétiseur Korg et Kimitaka Matsumae (松前公高) aux claviers et guitare. Ce dernier a rapidement quitté le groupe en 1986, et Kidorikko a principalement fonctionné en duo jusqu’en 1991. J’écoute leur album Ryūkō Tsūshinbo (流行通信簿), réputé comme étant le plus abouti et il me fascine tout de suite, comme c’est régulièrement le cas pour moi lorsque je découvre des musiques japonaises rock ou new wave obscures des années 1980. L’album Ryūkō Tsūshinbo est sorti en 1987. Il est étrange sous de nombreux aspects mais la voix parfois enfantine mais versatile de Ten Chiyumi en est un aspect particulièrement notable. Si Ukiyo no Koi (浮世の恋) est un des plus beaux et mystérieux morceaux de l’album, j’en aime de nombreux autres, avec en premier lieu le morceau titre Ryūkō Tsūshinbo dont j’adore les nappes de synthétiseurs. Le morceau Nemutariran (ネムタリラン) est des plus étranges mais représente assez bien le monde rêveur de cet album. En fait, tout est étrange sur cet album, comme les sons de synthétiseurs dissonants sur METRONOSE et la voix de Ten Chiyumi qui me rappelle ici encore Jun Togawa. Mais à force d’écouter cette musique, ces sons et cette manière de chanter finissent assez rapidement par me fasciner. En fait cette musique me ramène vers l’époque pas si lointaine où j’écoutais Jun Togawa et Yapoos d’une manière quasiment obsessionnelle. Il y a quelque chose d’addictif dans cette new wave décalée, dans ces structures électroniques complexes et dans la voix excentrique de Ten Chiyumi qui n’est pas sans une pointe de folie douce. Cette excentricité est à la limite du kawaiisme innocent mais a en même temps un côté dérangeant. Il y a une théâtralité certaine dans leur présence musicale, parfois un peu gothique et toujours avant-gardiste. La singularité de cet album et de ce groupe est captivante mais sera bien sûr loin de plaire à toutes les oreilles. Je suis personnellement sous le charme de cette pop expérimentale des années 80, qui ne manque pas de surprise. Je pense que je recherche en musique une forme de déstabilisation.