les respirations d’une mélancolie douce

Hodosan (宝登山) est une petite montagne de la préfecture de Saitama, près de Nagatoro à Chichibu. Elle ne domine pas par sa hauteur d’environ 500 mètres mais par son atmosphère paisible faite de sentiers accessibles, d’une forêt calme et d’une vue ouverte sur la rivière Arakawa qui coule au loin dans la vallée. Au sommet et sur ses flancs, on trouve l’ancien sanctuaire Hodosan dont l’enclos est entouré d’arbres, un téléphérique un peu rétro remis aux goûts du jour et des vergers de pruniers qui fleurissent en fin d’hiver. Hodosan évoque une montagne intérieure, un lieu de marche lente, de respiration et d’observation. Un endroit qui résonne bien avec la solitude calme et mélancolique qui nous anime parfois.

La musique de toe possède une mélancolie douce qui accompagne un cheminement intérieur. Elle est organique comme les battements du cœur et le flot sanguin qui traverse tout notre corps. Dans cette musique, les rythmes irréguliers ne s’imposent pas mais se diffusent en nous comme une évidence. Quelque chose d’organique, de profondément humain, traverse chaque morceau. L’émotion ne surgit pas en surface mais circule, gravit les pentes douces, nous laisse le temps de rester contemplatif devant un paysage qui se montre à nous. Cette musique relie les silences, les respirations, les variations infimes, comme un corps qui avance sans effort conscient. Elle nous accompagne dans notre propre mélancolie et solitude, guidant notre rythme intérieur, plutôt que nos pas. La solitude y devient un mouvement lent et une progression intime, et la musique, plutôt qu’un refuge, devient une circulation vivante, discrète et essentielle.

Elle éprouve une solitude calme et mélancolique, non pas comme un cri, mais comme un silence persistant, un espace intérieur légèrement en retrait. Sans aller mal, elle se sent parfois décalée, davantage observatrice que pleinement présente, habitée par une nostalgie diffuse et sans objet précis. Cette solitude, plus contemplative que triste, devient chez elle un territoire intime et protecteur, familier, où elle retourne souvent. Elle ne cherche pas à être effacée, seulement reconnue, et peut alors se transformer en source de regard, de création et d’attention au monde, cohabitant paisiblement avec les autres.

La musique de toe dans les oreilles en écrivant ce billet passe par le morceau Loneliness will Shine de leur album Now I See the Light (2024), puis Commit Ballad avec Chara au chant sur Hear You (2015), Goodbye (グッドバイ) sur For Long Tomorrow (2009) et tout l’album the book about my idle plot on a vague anxiety (2005). Le groupe toe à été fondé à Tokyo en 2000 par quatre musiciens qui sont toujours actifs ensemble: Takashi Kashikura (柏倉隆史) à la batterie, Hirokazu Yamazaki (山嵜廣和) et Takaaki Mino (美濃隆章) aux guitares et Satoshi Yamane (山根さとし) à la basse. La formation n’a pas changé depuis leur début mais Keisaku Nakamura (中村圭作) les accompagne également aux claviers sur leurs albums les plus récents. J’ai déjà vu jouer ce dernier ainsi que le batteur Takashi Kashikura car ils accompagnent également Miyuna sur scène. La musique de toe, qui signifie « theory of everything », s’apparente au post-rock mais sa dynamique vive et irrégulière nous fait vite penser au math-rock. La batterie rapide et précise de Takashi Kashikura mène chaque morceau et les arrangements mélodiques de guitares nous font vite décoller. La grande majorité des morceaux de toe sont instrumentaux, mais des voix apparaissent également par moments, comme sur le magnifique Commit Ballad avec la voix atypique de Chara et leur morceau plus récent Loneliness will Shine. Cette musique pousse à la contemplation, à s’arrêter pour regarder la neige tomber comme c’est le cas ce matin à Tokyo. Cette musique est également très organique, comme un cœur qui bat, qui s’emballe parfois puis se rassure à force de respirations. Bien que je connaissais le nom du groupe depuis longtemps, je ne les ai vraiment découvert que récemment par les hasards de YouTube me conseillant le morceau Goodbye que j’écoute avant de m’endormir un soir. Ce morceau est magnifique dans son intensité mélancolique douce, mais je n’avais pas encore découvert la version de l’album For Long Tomorrow de Goodbye chantée par l’artiste pop/jazz Asako Toki (土岐麻子). Cette version est sublime. J’écoute ensuite tout l’album the book about my idle plot on a vague anxiety sorti en 2005, qu’il faut écouter en entier pour en apprécier toute la sève.

J’imagine assez clairement Kei Imamura (今村京) se perdre dans la musique de toe dans les rues de Shinjuku, en recherche d’inspiration musicale. Je ne suis pas sûr qu’elle connaisse déjà cette musique mais je lui conseillerais vivement la playlist mentionné au début du paragraphe précédent. Elle pourrait par exemple démarrer son écoute avec le morceau Goodbye qui annoncerait peut-être pour elle un nouveau départ.

ce billet n’a pas de single

Je m’aperçois parfois après coup des liens entre les photographies que je prends et que je réunis dans un même billet. Je les associe dans un billet car je ressens une unité qui peut être visuelle, spatiale ou temporelle. Ici, c’est une répétition de motifs rectangulaires qui attire mon regard photographique. Ces motifs urbains proviennent des alentours de l’Université de Waseda pour les deux premières photographies et d’Aoyama pour les deux suivantes. À Waseda, j’ai effectué ma visite annuelle du sanctuaire Ana Hachimangu (穴八幡宮) que je fais en général dans les derniers jours de l’année. La grippe de fin Décembre m’a contraint à la repousser au mois de Janvier. Je me décide ensuite à rentrer à pieds jusqu’à Shinjuku en essayant de suivre une route que je ne connais pas qui traverse en partie le parc de Toyama et longe des barres d’immeubles blanchâtres numérotés. L’architecture des deux dernières photographies a déjà été montrée sur ces pages. Il s’agit d’abord de la Villa Moderna (ビラ・モデルナ) conçue par Junzo Sakakura (坂倉準三) en 1974, puis du SIA Aoyama Building conçu par Jun Aoki (青木淳) en 2008. La Villa Moderna, comme celle nommée Bianca, survit aux années qui passent. La Villa Bianca conçue par Eiji Hotta est par contre plus ancienne, datant de 1964 et est inscrite au registre de préservation architecturale Docomomo Japan, tout comme la Villa CouCou de Takamasa Yoshizaka. La Villa CouCou est visitable sur réservation certains jours seulement. J’ai très envie de la visiter mais les réservations sont malheureusement difficiles. La Villa CouCou est la propriété de l’actrice Kyōka Suzuki (鈴木京香) et je l’ai vu plusieurs fois présentée à la télévision ces derniers temps.

Ma vie à Tokyo a commencé il y a 27 ans. Je me demande bien ce que le Moi d’aujourd’hui pourrait dire au Moi d’il y a 27 ans s’il l’avait rencontré à son arrivée à Tokyo le 1er Février 1999. Est ce qu’il essaierait de l’influencer sur sa vie future? Il voudra peut-être le persuader de ne pas perdre de temps à commencer un blog. En y repensant, je ne pense pas que j’aurais fait autant de découvertes culturelles à Tokyo et au Japon si je ne tenais pas à jour Made in Tokyo. Je pense qu’il me pousse parfois à bouger pour découvrir des nouvelles choses, sachant que je pourrais ensuite écrire à leur sujet pour tenter de susciter des nouveaux intérêts pour ceux qui ont le bonheur de me lire. Il pourra au moins lui chuchoter à l’oreille que, malgré tous ses efforts, il ne parviendra pas à gagner la reconnaissance de ses pairs car ceux-ci auront déjà presque tous disparus, à part quelques irréductibles (gaulois ou pas). Une chose est sûre, pendant toutes ces années et jusqu’à maintenant, je n’ai jamais été gagné par l’aigreur. J’y pense maintenant soudainement mais l’aigreur n’est pas un état d’esprit qui m’anime, même si l’apaisement et la sérénité ne sont pas non plus caractéristiques de mon état d’être. Je m’efforce avant tout, sans me forcer, à montrer des points de vue positifs sur les expériences que je retranscris sur ces pages. J’en viens parfois à me demander si ceux qui me lisent imaginent que tout ce que je perçois au Japon est positif. La raison d’être de ce blog est l’évasion mais on ne sais pas exactement de quoi on s’échappe. Les réponses à cette question ne sont pas évidentes et certainement enfouis très profonds. Je ne pense pas cependant vouloir déterrer cette clé pour le moment.

Lors de mon dernier passage au Disk Union de Shin-Ochanomizu, ma sélection de CDs était plutôt éclectique car, en plus de l’album NIKKI de Quruli (くるり) et Sweet Revenge de Ryuichi Sakamoto (坂本龍一), j’y ai trouvé l’album SEXY STREAM LINER de BUCK-TICK. L’album est sorti en 1997 et s’inscrit dans leur période cyberpunk où le rock devient plus électronique, industriel et expérimental. C’est le quatorzième album du groupe que j’écoute et ils ont tous des ambiances différentes. Celle de cet album est profondément immersive car les douze morceaux évoluent dans une même atmosphère froide et sombre qui les lit entre eux. Musicalement, les compositions d’Hisashi Imai sont nerveuses comme une bête que l’on retient en laisse mais qui essaie sans cesse de nous mordre et le chant d’Atsushi Sakurai est incisif à souhait, pleine d’une agressivité contrôlée de justesse. J’adore bien entendu et par dessus tout la voix du regretté Atsushi Sakurai, sous toutes ses formes, qui a toujours gardé cette affiliation avec le Visual Kei. Je ne me rends pas vraiment compte si cet album est difficile d’accès ou pas, mais chaque écoute successive me fait comprendre qu’il s’agit, comme j’ai pu le lire, d’un chef-d’œuvre qui gagne en puissance et en pertinence avec le temps. Difficile d’isoler un morceau de l’album, car même une interlude instrumentale comme le morceau titre Sexy Stream Liner apporte sa pierre indispensable à cet édifice cyberpunk. De ce fait, il n’y a pas de singles majeurs qui dépassent du reste, mais une quantité d’excellents morceaux qui s’enchainent. Même les morceaux plus apaisés comme Rasen Mushi (螺旋 虫) ne dépareillent pas de l’ensemble pour son ambiance pleine de mystères. Dès la première écoute, j’ai quand même eu un faible immédiat pour Kalavinka (迦陵頻伽 Kalavinka), qui est un des morceaux à la composition la plus étrange et instable. En écoutant ce morceau, je me suis demandé comment Imai pouvait avoir l’idée de tenter ce genre de sons, qui donne au morceau un aspect avant-garde des années 80. Il y avait tout de même deux singles extraits de cet album à l’époque, Heroine (ヒロイン) et Sasayaki (囁き). J’y aurais volontiers ajouté le morceau My Fuckin’ Valentine, qui est également particulièrement marquant, ne serait-ce que par son titre et pour le duo d’Imai et Sakurai au chant se répondant l’un à l’autre. Ce morceau est animé d’une sorte de beauté brutale qui est à la fois un peu choquante et jouissive. Elle représente bien ce que l’on peut éprouver en écoutant cet album.

I’m a girl 未来からやって来た

A l’intérieur du grand magasin Mitsukoshi à Nihonbashi, on peut voir dans le hall central la grande statue de Magokoro représentant une déesse céleste. C’est une une sculpture imposante d’environ 11 mètres de haut, sculptée dans du cyprès japonais Hinoki vieux d’environ 500 ans, peinte avec des pigments naturels et décorée de métaux précieux et de pierres. Elle a été conçue en 1960 par l’artiste Gengen Satō (佐藤玄々) pour célébrer le 50ᵉ anniversaire du grand magasin. Le nom de la statue signifie sincérité et entend refléter l’esprit du service caractérisant l’établissement. Le sculpteur Gengen Satō est né le 18 août 1888 à Fukushima et est mort le 14 septembre 1963, soit quelques années seulement après avoir accompli la statue de Magokoro. Cette œuvre artistique majeure vaut clairement le détour. Je l’ai déjà vu plusieurs fois, et même montré en photo sur ce blog, mais c’est la première fois que je m’intéresse à son dos qui nous montre également des détails richement décorés tout simplement impressionnants. Dans le dos de Magokoro, on suit les oiseaux voler en file indienne autour d’un oeil entouré de feu. La beauté des formes et des couleurs rend cette œuvre tout à fait exceptionnelle.

Les jardins du grand hôtel New Otani à Akasaka sont toujours impeccable. Alors que la plupart des très grands hôtels de Tokyo ont subi des mises à jour importantes et même des reconstructions complètes comme pour l’hôtel Okura, le New Otani a lui conservé tout son charme de l’époque Showa. Cette atmosphère datée est particulièrement notable dans l’arcade commerçante au sous-sol et le long de la grande allée qui borde le lounge au rez-de-chaussée. J’aime beaucoup le fait qu’il n’ait subi aucune modification importante. On n’est pas forcément obligé de tout moderniser et standardiser. Le vintage Showa devrait être conservé car je suis sûr que nombreux sont ceux qui trouvent un certain réconfort dans ces anciennes esthétiques. L’hôtel New Otani Tokyo a ouvert ses portes en Septembre 1964, juste avant les Jeux Olympiques de Tokyo de 1964, pour accueillir les visiteurs internationaux. Une partie du complexe, composée d’une grande tour aux formes arrondies nommée Garden Tower, est un peu plus récente et date de 1974. Dans les hôtels de cette époque, je garde également à l’esprit l’hôtel Tokoen conçu en 1964 par l’architecte métaboliste Kiyonori Kikutake. Je ne sais pas par contre si j’aurais un jour l’occasion de le voir et d’y séjourner car il se trouve un peu loin de Tokyo, dans la préfecture de Tottori.

J’ai été charmé par le film japonais River, Nagarenaide yo (リバー、流れないでよ) du réalisateur Junta Yamaguchi (山口淳太), sorti en 2023 mais également disponible depuis peu sur Netflix. Le film mêle comédie et science-fiction, et sa structure se base sur une séquence temporelle répétée de deux minutes. Dans un ryokan du village de Kibune près de Kyoto, une jeune serveuse prénommée Mikoto, interprétée brillamment par Riko Fujitani (藤谷理子), se rend compte que le temps se répète toutes les deux minutes après avoir observé un peu trop intensément le cours de la rivière coulant le long du ryokan. Tous les personnages, le personnel du ryokan et les clients, se trouvent coincés dans cette boucle temporelle, ce qui laisse libre court à diverses situations absurdes et comiques, car tout se remet à zéro à la fin de chaque boucle temporelle mais tous les personnages conservent leurs souvenirs. Cette situation ressemble un peu au film Un Jour sans fin avec Bill Murray et Andie MacDowell, sauf que dans River, la boucle est beaucoup plus courte et implique tout le monde. C’est particulièrement amusant de voir comment cet événement absurde vient perturber les interactions entre les clients et le personnel du ryokan. L’idée originale et le scénario ont été imaginés par Europe Kikaku (ヨーロッパ企画), une troupe de théâtre contemporaine japonaise, fondée en 1998 à Kyoto par Makoto Ueda (上田誠) qui en est le directeur artistique. Cette troupe est spécialisée dans les comédies conceptuelles et expérimentales, jouant sur l’absurde du quotidien. Le casting du film se compose en fait principalement des membres de la troupe et le réalisateur Junta Yamaguchi est un collaborateur régulier d’Europe Kikaku. J’étais surpris d’entendre Quruli (くるり) pour le générique de fin, avec un morceau intitulé Smile du EP Sun of love (愛の太陽) également sorti en 2023. Le morceau est sympathique, comme le suggère le titre, mais n’est pas particulièrement mémorable. Le choix du groupe Quruli était en tout cas fort à propos car ils sont également originaires de Kyoto et leur nom signifie « faire un tour ». Ce nom est tout à fait adapter à un film qui se rembobine sans cesse. Le film est assez court et on s’y accroche pour connaître le fin mot de l’histoire, qui est vraiment étonnant.

Je ne sais pas s’il y a un inconscient lien de cause à effet, mais je me suis senti une nouvelle fois attiré par la musique de Quruli. Je connais déjà plusieurs albums du groupe dénichés chez les disquaires Disk Union de Tokyo: Zukan (図鑑) et Team Rock, puis Sayonara Stranger (さよならストレンジャー), Fandelier (ファンデリア) et Antenna (アンテナ). Je continue maintenant avec l’album NIKKI sorti en 2005, qui suit l’album Antenna sorti l’année précédente. Je le trouve au Disk Union de Shin-Ochanomizu et le choisis un peu par hasard parmi les quelques autres albums présents, car le titre de celui-ci m’est familier. Je ne connais par contre aucun de ses titres. Ce n’est pas le meilleur ni le plus mémorable album du groupe, mais il n’en est pas moins très agréable, voire confortable à l’écoute. Il a une approche pop très accessible et immédiate dès la première écoute et c’est certainement ce que les puristes doivent lui reprocher. Quruli n’a jamais été pour moi à la ligne de crête des expérimentations rock mais j’ai toujours considéré leurs albums comme des valeurs sûres. Les mélodies de l’album, au demeurant parfaitement exécutées, sont directes et ont même quelque chose de chaleureux. L’honnêteté et l’immédiateté de l’album sont des caractéristiques en ligne avec l’idée de journal intime du titre de l’album. L’album n’est pas particulièrement aventureux mais couvre plusieurs styles rock, en commençant par un son très britannique sur le premier morceau Bus To Finsbury, qui fait référence à un quartier du Nord de Londres. Musicalement parlant, ce quartier suggère spontanément la scène indie alternative britannique dont Quruli semble s’inspirer. J’avais lu que cet album pouvait être vu comme une référence au rock anglais des Kinks. Je ne connais pas bien ce groupe des années 1960 mais le titre du dixième morceau de NIKKI, Long Tall Sally, reprend en tout cas le titre d’un morceau des Kinks. Long Tall Sally est un des morceaux les plus atypiques de l’album et un de ceux que je préfère. Le meilleur morceau de l’album est tout de même le single Birthday qui est tout de suite très accrocheur. Shigeru Kishida (岸田繁) chante, bien sûr, mais il est accompagné par une voix féminine dans les chœurs. Il s’agit de la chanteuse et compositrice Inotomo originaire de Fukuoka. Le morceau qui suit Omatsuri Wasshoi (お祭りわっしょい) est également assez étrange, mélangeant un thème purement japonais, et un ton de voix qui ressemble un peu à celui de Shutoku Mukai, avec un son qui me rappelle encore une fois le son rock britannique. Le morceau Akai Densha (赤い電車) a quelque chose de ludique dans l’emploi de sons électroniques. Je ne sais pour quelle raison mais je pense à chaque fois à Ichiro Yamaguchi en écoutant ce morceau. Je me demande en fait comment Sakanaction aurait abordé ce morceau. Certains morceaux de l’album comme Baby I Love You ne me plaisent pas beaucoup, mais les bons morceaux sont tout de même nombreux, que ça soit Ameagari (雨上がり), le single Superstar, Tonight is the Night ou les guitares un peu plus lourdes de Nijiiro no Tenshi (虹色の天使). NIKKI n’est pas un album qui changera la face du rock, mais il possède une chaleur immédiate qui nous accueille volontiers.

in between II cities

En lien avec mon précédent billet qui envisageait d’ajouter le lieu d’écriture de mes billets, celui-ci est en partie écrit à Hong Kong. Les photographies sont par contre de Tokyo car mon voyage d’une petite semaine à Hong Kong ne m’a pas laissé assez de temps pour aller prendre des photos dans les rues de la ville. Mais pour l’ambiance, j’écoute des morceaux de ma longue playlist de Faye Wong en écrivant ces quelques lignes. Les photographies du billet ont une certaine qualité abstraite volontaire. Après le mur déconstruit et taggé de la première photographie, apparaît une baleine volant dans le ciel d’une ville européenne qui pourrait être Paris. Cette photographie en très grand format est signée par Daido Moriyama (森山大道) et est affichée sur un mur de béton d’une rue située près de la mairie de l’arrondissement de Shibuya. La photographie représente un ballon à air chaud transformé en baleine géante flottant au-dessus des toits de Paris. Cette photographie a été prise par Daido Moriyama en 1989 lors d’un séjour à Paris alors qu’il commençait à se lasser de Tokyo. Il loua un appartement à Paris, rue Mouffetard dans le cinquième arrondissement, et s’y rendit plusieurs fois pendant cette année. Cette photographie fait partie d’une série intitulée A Tale of II Cities, sous-entendant que ces deux villes sont Paris et Tokyo. Les photographies sont bien entendu en noir et blanc à fort contraste, explorant les paysages urbains de Tokyo et de Paris. Elles entendent capturer l’énergie chaotique et brute, parfois surréaliste, des deux métropoles, en s’inspirant souvent du photographe Eugène Atget. Le lion de la troisième photographie est situé tout près de la porte Sud coincée entre les immeubles du sanctuaire Hanazono (花園神社) à Shinjuku. Je n’ai jamais beaucoup aimé ce sanctuaire, certainement en raison de sa proximité de Kabukichō et de Golden Gai. Je le trouve sombre même en pleine journée comme si je ne pouvais imaginer Kabukuchō que la nuit.

Musicalement parlant, j’écoute en ce moment deux singles. Tout d’abord, celui de Minami Hoshikuma (星熊南巫) intitulé NIRVĀṆA et sorti le 16 Janvier 2026. Le style est un plus peu apaisé que ses singles précédents mais cette direction rock plus mélodique lui va très bien car elle conserve dans sa voix toute la passion qui l’anime. J’aime beaucoup la photographie de couverture du single prise par Ryota Kohama (小浜良太), bassiste du groupe ONE OK ROCK. J’écoute systématiquement les nouveaux singles de Kumami (j’apprends sur une vidéo Instagram qu’il s’agit d’un surnom qu’on lui donne) et je n’ai pour l’instant j’aimais été déçu. L’intensité rock qui s’en dégage est toujours très convaincante. J’écoute aussi assez systématiquement les nouveaux singles de King Gnu, notamment leur dernier AIZO sorti le 9 Janvier 2026. Le tout début du morceau est japonisant, ce qui me rappelle le très bel album de Millenium Parade. La suite du single est assez typique de King Gnu. Un peu comme le single précédent So Bad, ce dernier morceau est assez déstructuré. Autant ça m’avait d’abord désarçonné sur So Bad, autant j’ai le sentiment qu’il s’agit maintenant d’une marque de fabrique du groupe. C’est de toute façon brillant car Daiki Tsuneta a une sensibilité musicale tout à fait unique. Mon fils vient d’avoir la confirmation qu’il a obtenu deux places pour un concert de King Gnu au mois de Mars 2026, de leur tournée japonaise et asiatique CEN+RAL Tour. Il est membre du fan club, ce qui a dû faciliter les choses. Le problème est qu’il a obtenu ces places pour le concert de Takamatsu (高松) à la Kagawa Arena (あなぶきアリーナ香川), ce qui veut dire qu’il faut y aller exprès et qu’il ne trouve personne pour l’accompagner. Je me suis bien entendu dévoué pour l’accompagner. C’est apparemment très difficile d’obtenir des places pour les dates à Tokyo. Nous avons également obtenu deux places pour le concert de Fujii Kaze (藤井風) qui aura lieu au Tokyo Dome en Décembre 2026. On a le temps de le voir venir. Par contre, je n’arrive toujours pas à obtenir une malheureuse place pour le concert de Sheena Ringo, ce qui est quand même un comble. J’en suis à mon quatrième essai, après deux tentatives à travers le fan club Ringohan et une tentative avec le code de réservation fourni avec l’achat à l’avance du prochain album. Je tente maintenant une réservation par les voix normales alors que je pensais que cette tournée était réservée au fan club. Tout ceci est très confus.

ギャラリーのなんかさ、コインランドリーのなんかね

J’aime beaucoup passer devant la petite galerie d’art ano-mise/ano-gallery à Jingumae pour voir sa devanture. Je n’y suis pas entré cette fois-ci car l’horaire était trop matinale. On y montre des illustrations de styles parfois très différents, comme c’était le cas ici, sous le nom de Ukiyo Tokyo (浮世東京). Cette appellation laisse penser qu’il s’agit d’une réinterprétation actualisée du style Ukiye. Sur la devanture, l’illustration de gauche de l’artiste Tatamipi prend un style kawaii tandis que celle de droite par l’illustrateur Nxhqt et le designer neybell est proche de styles à tendances horrifiques qui me rappellent dans l’esprit l’artiste Orihara (qui dessine Ado depuis ses débuts). Je continue ensuite ma marche jusqu’au carrefour d’Harajuku pour remonter ensuite en direction de Yoyogi, où je verrais le gymnase olympique de Kenzo Tange, montré dans le billet précédent.

Le Nokogiriyama Museum of Art, dont je parlais très rapidement dans le billet précédent, montrait une série de sculptures sur bois de l’artiste Gakou Kuwayama (桒山賀行). L’artiste né en 1948 est originaire de la ville de Tokoname (常滑), dans la préfecture d’Aichi. La sculpture noire placée devant un des murs de béton du musée à l’entrée de l’exposition est pour moi la plus marquante. Les expositions de l’artiste ont la particularité de permettre aux personnes malvoyantes de toucher les œuvres. Lors de notre visite, une personne touchait en effet chaque sculpture, les unes après les autres, ce qui m’a d’abord beaucoup surpris jusqu’à ce que je lise que c’était en fait autorisé par le sculpteur. A vrai dire, je ne me suis pas permis de toucher aux visages très expressifs des sculptures de Gakou Kuwayama. Cela reste inhabituel de toucher le corps des autres.

J’aurais pu regrouper les photographies de ce billet et du précédent de manière différente, par unité de lieu et de temps, mais une fois de plus, je préfère brouiller les pistes, en privilégiant des concordances qui me paraissaient plus adaptées.

Les soirs de semaine, il n’est pas rare que je m’endorme de fatigue devant la télévision assis derrière la table de la salle à manger. Je me réveille parfois en sursaut ou plus souvent en douceur comme cette soirée du Mercredi entre 22h et 23h. Sur la chaine Nihon Television (ニテレ ou NTV), on y montre un drama. A l’écran, je reconnais tout de suite l’actrice Hana Sugisaki (杉咲花) qui semble avoir le rôle principal. Elle me pousse à suivre l’histoire. Bien qu’il s’agisse du deuxième épisode de la série, j’arrive vite à comprendre qu’on y parle de rapports humains, de relations amoureuses pour lesquelles on se pose beaucoup de questions. Le rythme lent et introspectif, l’attitude des personnages à l’écran me plait assez vite car tout cela me rappelle le style narratif du réalisateur Rikiya Imaizumi (今泉力哉) dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet intitulé GTW (Green Train to Wakabayashi) au sujet de deux de ses films qui m’ont marqué. Je n’ai pas été très surpris de voir son nom apparaître au générique de fin et même assez satisfait d’avoir reconnu son style, certes aux antipodes de ce qu’on peut voir d’habitude dans la plupart des drama télévisés. Une fois l’épisode terminé, je me dirige pour voir sur Netflix si la série y est incluse, ce qui est assez souvent le cas pour les drama en cours. C’est bien le cas ce qui me donne l’occasion de regarder le premier épisode, initialement diffusé le 14 janvier 2026 sur NTV. Le drama s’intitule Fuyu no nanka sa, Haru no nanka ne (冬のなんかさ、春のなんかね), qui apparaît également sur Netflix sous le titre francisé Les murmures de l’hiver. On pourrait traduire par « ce quelque chose de l’hiver, puis ce quelque chose du printemps », mais ce titre donne avant tout l’idée d’une discussion un peu hésitante et presque nonchalante de quelqu’un qui cherche ses mots plutôt que de nommer les choses clairement. Ce titre résume bien l’esprit du drama, du moins les deux épisodes que j’en ai vu pour l’instant, évoquant des relations amoureuses hésitantes et parfois maladroites.

Les premières scènes se déroulent dans une laverie automatique pendant une nuit d’hiver. Ayana Tsuchida interprétée par Hana Sugisaki (杉咲花) y est seule, affalée sur la table au centre de la pièce, écouteurs dans les oreilles écoutant une musique rock. Ayana est une jeune romancière hésitante, personnage central de l’histoire. Un jeune homme entre en scène, venant vérifier si sa lessive est terminée. Il s’assoit à la même table, et on voit qu’il est, comme nous, intrigué par la musique rock qui émane des écouteurs de la jeune fille. Il la regarde puis détourne le regard, puis finit par lui demander si c’est Michelle qu’elle écoute? Une discussion amicale démarre ensuite, pleine de petits silences et de maladresses, typiques du cinéma de Rikiya Imaizumi. Ayana possède une machine à laver chez elle mais aime volontairement laver son linge dans cette laverie automatique. L’homme qui s’appelle Yukio, interprété par Ryō Narita (成田凌), est coiffeur de profession et est venu dans cette laverie car la machine de son salon est en panne. Je vais aussi dans les laveries automatiques, enfin rarement mais au moins une fois par an pour laver les rideaux. Je comprends assez bien l’attirance d’Ayana pour ces endroits, du moins lorsque qu’ils ne sont pas trop étroits et délabrés. J’y vois un moment réservé comme bloqué dans le temps. J’ai écrit plusieurs billets de ce blog dans des laveries. Tiens, je devrais peut-être à l’avenir mentionner où sont écrits mes billets à la fin de ceux-ci comme à la fin d’une lettre écrite (« À la laverie automatique de Yoyogi Uehara »).

Mais qui est le groupe Michelle qu’Ayana écoute très fort dans la laverie automatique? Bon, on comprend immédiatement qu’il s’agit du groupe Thee Michelle Gun Elephant (ミッシェル・ガン・エレファント), souvent abrégé en TMGE ou seulement Michelle (ミッシェル) comme dans le drama. Michelle était un groupe garage punk originaire de Tokyo, fondé en 1991 puis dissout en 2003. Il se composait du leader Yusuke Chiba (チバユウスケ) au chant et à la guitare, Futoshi Abe (アベフトシ) à la guitare, Kōji Ueno (ウエノコウジ) à la basse et Kazuyuki Kuhara (クハラカズユキ) à la batterie. Yusuke Chiba et Futoshi Abe ne sont plus de ce monde, emportés par des maladies. Thee Michelle Gun Elephant est un groupe important de la scène rock japonaise mais je ne m’étais à vrai dire jamais penché sur leurs albums jusqu’à maintenant, après avoir vu le premier épisode du drama. Il m’a d’abord fallu découvrir quel morceau du groupe Ayana écoutait dans la laverie. Quelques recherches m’amènent vers le morceau Blue nylon shirts (from bathroom) de leur deuxième album High Time sorti en 1996. Les commentaires sur la page YouTube du morceau me confirment que je ne suis pas le seul à avoir suivi ce chemin jusqu’à ce morceau de Michelle. J’aime déjà beaucoup le morceau ce qui me pousse à écouter l’album High Time, dont j’ai maintenant du mal à me détacher tant son énergie est absorbante dès le premier morceau brand new stone. Les sons de guitares sont puissants et lourds mais possèdent en même temps un certain groove et des riffs qui m’attirent. La voix de Yusuke Chiba à tendance punk par son léger éraillement oscille entre chant et cris. Les morceaux de l’album, comme le deuxième Lily (リリィ) qui est peut-être le meilleur de l’album, sont enragés et sont joués dans l’urgence du moment, mais gardent un sens mélodique très marqué. Pour être clair, plus j’écoute l’album, plus j’ai envie de le réécouter. Il faut dire que les premiers morceaux s’enchaînent à un rythme effréné et le cinquième intitulé Chandelier (シャンデリヤ) en est en quelque sorte le pic. Le sixième morceau Blue nylon shirts (from bathroom) est celui utilisé dans le drama. Il apaise un peu l’album. Dans le drama, le personnage joué par Hana Sugisaki assise dans la laverie automatique montre en fait la pochette de l’album High Time sur son iPhone, ce qui a grandement facilité mes recherches. Cette photographie montrant un personnage masqué est étrange et même un peu inquiétante. Elle a dû être prise dans un supermarché ou un drugstore américain car cet album a été enregistré aux États Unis. Sur la page Wikipedia japonaise du groupe (la française est déjà bien documenté), je lis que Thee Michelle Gun Elephant était actif à la même période que BLANKEY JET CITY et ont partagé l’affiche du Fuji Rock Festival de l’année 2000 comme représentants majeurs du rock japonais. On dit que les deux groupes entretenaient des relations amicales. C’est vrai qu’ils évoluent dans des styles rock sans concession assez similaire. Mon attirance soudaine envers la musique de Michelle va très certainement me pousser vers d’autres albums de leur discographie. Je suis en tout cas très impressionné par l’album High Time, et reconnaissant envers le réalisateur Rikiya Imaizumi et l’actrice Hana Sugisaki de me l’avoir fait découvrir dans d’excellentes conditions.