glass walls and mirror effect

Je me suis rendu jusqu’au quartier de Kioichō (紀尾井町) à vélo pour aller voir le bâtiment des trois premières photographies. Ce élégant bloc de béton entouré de murs de verre, conçu par l’architecte Hiroshi Naito, se nomme Kioiseido (紀尾井清堂). Je l’ai tellement vu en photo dans mon fil de suivi Instagram, principalement orienté architecture japonaise, il faut bien dire, que je n’ai pas résisté à l’envie d’aller le voir de mes propres yeux. On peut apparemment visiter l’intérieur qui est superbe selon les photos que j’ai pu en voir, mais il faut certainement réserver. Le building était de toute façon fermé au moment de mon passage. La fonction du bâtiment est très mystérieuse, tout comme cette partie d’escalier se dégageant soudainement du bloc de béton pour se montrer à l’extérieur. Le béton laissé d’apparence brute se mélange avec des surfaces de bois très élégantes et le verre qui se place comme une surface protectrice. Pendant que je fais le tour du bâtiment à pieds en prenant des photos, la roue avant de mon vélo a la bonne idée de crever. Je ferais donc le chemin du retour à pieds en le poussant d’une main et en prenant des photos de l’autre, en passant devant la grande tour Tokyo Garden Terrace Kioichō (東京ガーデンテラス紀尾井町) et ses fleurs immortelles par l’artiste Shinji Ohmaki (大巻伸嗣), puis en traversant le pont Benkeibashi (弁慶橋) qui surplombe un petit plan d’eau où se sont regroupés quelques pêcheurs. En remontant ensuite la grande avenue d’Aoyama, je vois un des premiers cerisier en fleur devant le sanctuaire Toyokawa Inari.

Précisons que ces photographies ont été prises bien avant le pic de floraison des cerisiers à Tokyo. J’ai également une série de photos de cerisiers en fleurs à montrer sur ce blog, mais j’ai pris un peu de retard dans le rythme de publication de mes billets et la floraison semble déjà être un lointain souvenir que j’oublierais presque. Quelques soucis sur WordPress ne m’ont pas non plus aidé à avancer plus vite et m’ont même contraint à faire une mise à jour de la template du blog. Je ne loupe bien sûr aucune mise à jour de WordPress, mais je suis beaucoup plus hésitant quand aux mises à jour des templates, car cela signifie qu’il faut que je réajuste toutes mes configurations CSS (autres autres). Ceci explique quelques changements comme le lien commentaire près du titre. Je pense que vais le laisser finalement, bien que je pense pas que ça attire plus de commentaires qu’actuellement.

Voir récemment le film Mellow de Rikiya Imaizumi (今泉力哉) dans lequel l’actrice et chanteuse Rie Tomosaka (ともさかりえ) jouait un second rôle m’a rappelé que je n’avais jamais vraiment écouté les morceaux que sa copine Sheena Ringo avait écrit et composé pour elle. Sheena Ringo a écrit plusieurs morceaux pour Rie Tomosaka, dont les plus connus sont Cappuccino (カプチーノ) et Shōjo Robot (少女ロボット). Sheena les a d’ailleurs repris en versions retravaillées plusieurs années plus tard dans les compilations de reprises de ses propres morceaux de la série Reimport (Cappuccino sur Reimport vol.1 逆輸入 〜港湾局〜 en 2014 et Shōjo Robot sur Reimport vol.2 逆輸入 〜航空局〜 en 2017). Rie Tomosaka démarra sa carrière d’actrice en 1992 puis de chanteuse en 1996, deux années avant les débuts de Sheena Ringo. J’imagine que le rapprochement s’est fait car elles sont toutes les deux chez Toshiba Emi et ont à peu près le même âge (Tomosaka a un an de moins). Cappuccino, sorti en single le 27 Janvier 1999, n’est pas le premier morceau que Sheena Ringo a écrit pour une autre chanteuse. Le premier est le morceau Private (プライベイト) qu’elle a écrit pour l’actrice et chanteuse Ryōko Hirosue. Ce morceau est sorti le 7 Octobre 1998 en B-side de son cinquième single intitulé Jeans (ジーンズ), puis sur son album intitulé Private sorti en 1999. Ryōko Hirosue n’est pas à mon avis une grande chanteuse et les arrangements musicaux du morceau sont maintenant un peu datés. J’écoute le morceau comme une curiosité mais je préfère quand même grandement la version que Sheena ré-enregistrera sur Reimport vol.1, qui conserve le pétillant du morceau original mais avec bien entendu la voix de Sheena. Chronologiquement parlant, Private est sorti après les deux premiers singles de Sheena Ringo, Kōfukuron (幸福論) sorti le 27 Mai 1998 et Kabukichō no Jōo (歌舞伎町の女王) sorti le 9 Septembre 1998, mais avant son premier album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) sorti le 24 Février 1999.

Le morceau Cappuccino écrit pour Rie Tomosaka est sorti environ un mois avant Muzai Moratorium, le 27 Janvier 1999. La voix de Tomosaka n’a pas la singularité et la force de celle de Sheena Ringo, mais est tout à fait appréciable. Sheena a en fait écrit au moins 8 morceaux pour Rie Tomosaka. Le single Cappuccino est accompagné d’un autre morceau en B-side, intitulé Mokuren no Cream (木蓮のクリーム) également écrit et composé par Sheena. Ces deux morceaux seront présents avec un autre intitulé Shampoo (シャンプー) sur le deuxième album Murasaki. (むらさき。) sorti le 24 Février 1999, le même jour que Muzai Moratorium. Cette simultanéité, comme un effet miroir, est très intéressante, et ne m’étonne pas beaucoup connaissant Sheena Ringo. Je n’ai pas encore écouté l’album Murasaki. mais j’aimerais bien le trouver (il ne se vend plus au Tower Records et je ne l’ai pas trouvé au Disk Union de Shibuya). Je ne connais que les trois morceaux écris et composés par Sheena, que j’écoute beaucoup ces derniers temps. Le morceau Shampoo est plus léger et je le trouve un peu moins intéressant. Sheena l’a écrit alors qu’elle avait 17 ans et qu’elle était au lycée. On trouve d’ailleurs déjà une version de Shampoo sur ses cassettes démo datant de ses années lycées (ces cassettes démo est un autre sujet sur lequel je reviendrais certainement dans un prochain billet). Les deux autres morceaux Cappuccino et Mokuren no Cream sont par contre très bons. Il faut d’ailleurs noter que ces trois morceaux sont arrangés par un certain Seiji Kameda, qui arrange d’ailleurs la moitié de l’album Murasaki.

J’écoute aussi beaucoup le EP de Shōjo Robot de Rie Tomosaka, sorti le 21 Juin 2000. Sheena Ringo écrit, compose et produit les trois morceaux de cet EP, à savoir le single Shōjo Robot (少女ロボット) et les deux B-side Ikenaiko (いけない子) et Nippon ni Umarete (日本に生まれて). Plutôt que d’utiliser son nom en kanji (椎名林檎), son nom est écrit en katakana dans les crédits (シーナ・リンゴ). C’était également le cas pour les morceaux précédents écrits pour Ryōko Hirosue et Rie Tomosaka, comme pour faire une différentiation avec les morceaux qu’elle interprète elle-même. Sheena avait une certaine habitude à cette époque d’écrire son nom de différentes façons, comme Shéna Ringo. Sheena est également créditée pour les photographies de la couverture du EP, qu’elle a peut-être prise avec son Canon F-1 qui l’accompagne souvent à cette époque. Les deux photos ci-dessus montrent d’ailleurs Sheena Ringo et Rie Tomosaka portant cet appareil à la main. Le EP de Shōjo Robot sort trois mois après le deuxième album de Sheena Ringo, shōso Strip (勝訴ストリップ), et on trouve une grande similarité de style. Je verrais même Shōjo Robot de Rie Tomosaka comme une extension de shōso Strip, tant on y retrouve les mêmes ambiances pleines de distorsion et le mélange hétéroclite de sons. Le style de cet EP contraste avec les morceaux à l’esprit beaucoup plus pop de l’album Murasaki. On sent que Sheena y a très fortement laissé son empreinte, jusqu’au roulement de « r » de Tomosaka à un moment particulier du troisième morceau Nippon ni Umarete. Ce morceau est certainement le plus poignant émotionnellement et c’est ce morceau qui m’a poussé à acheter le EP, trouvé d’occasion sur Mercari pour la modique somme de 350 Yens. En fait, je connaissais déjà ce morceau car Sheena Ringo l’avait interprété dans les rappels de son fabuleux concert Zazen Xstasy (座禅エクスタシー) le 30 Juillet 2000. En relisant le rapport que j’avais écrit sur ce live vu en DVD, je me souviens avoir été impressionné par ce morceau final. Elle a également repris le morceau Ikenaiko lors du concert Gekkō Kuon Taizu (激昂クヲンタイヅ) le 25 Novembre 2000, mais il n’existe pas de vidéo à ma connaissance (seulement une version audio bootleg trouvable sur Internet). Sur les morceaux de cet EP de Rie Tomosaka, Sheena joue du piano au sein d’une formation qu’elle a appelé Ikenai-kotachi (いけない子達 – bad kids), pour reprendre le titre du deuxième morceau. Je trouve d’ailleurs la manière dont elle joue du piano sur le morceau Ikenaiko très distinctive. On devine tout de suite qu’elle est au piano sur ce morceau, mais ça m’a d’abord paru moins évident sur le troisième Nippon ni Umarete, avec son final au piano et guitare plus expérimental. J’ai d’abord cru que Masayuki Hiizumi jouait (H Zett M) sur ce morceau. Outre Rie Tomosaka au chant et Sheena Ringo au piano, le groupe éphémère Ikenai-kotachi se compose également de Hisako Tabuchi (田渕ひさ子) à la guitare, Eikichi Iwai (岩井英吉) à la basse et Rino Tokitsu (時津梨乃) à la batterie. Hisako Tabuchi du groupe Number Girl a fait ensuite partie du groupe Hatsuiku Status (発育ステータス) pour la tournée Gokiritsu Japon (御起立ジャポン) de Sheena Ringo qui a démarré juste après la sortie du EP Shōjo Robot (du 27 Juin au 8 Juillet 2000). Le bassiste Eikichi Iwai avait déjà joué sur la tournée des Universités, appelée Manabiya Ecstasy (学舎エクスタシー) en 1999. Il n’y a pas de vidéos officielles mais une version bootleg de ce concert est visible sur Internet. Rino Tokitsu semble aussi être proche de Sheena à ses débuts après être montée à Tokyo (vers l’âge de 18 ans). Le morceau Shōjo Robot a également été repris par Tokyo Jihen plusieurs années plus tard lors de la tournée Domestic! Just Can’t Help It du 7 Avril au 30 Mai 2005. Bref, on a l’impression que Sheena Ringo a donné à Rie Tomosaka des morceaux qui lui sont chers.

Une vidéo est également sortie pour le single Shōjo Robot, réalisée par Shūichi Banba (番場秀一). Il a réalisé plusieurs autres vidéos pour Sheena Ringo, celles de Gips (ギブス), Mayonaka ha Junketsu (真夜中は純潔), Ringo no Uta (りんごのうた), STEM, Shuraba (修羅場) pour Tokyo Jihen, entre autres. Shūichi Banba est également le réalisateur du film Hyakuiro Megane (百色眼鏡) qui précédait d’un mois la sortie de l’album KSK (加爾基 精液 栗ノ花). La vidéo n’est jamais sortie en DVD et on ne l’a trouve même pas sur YouTube, ce qui est plutôt étonnant. On peut par contre la voir sur le site de vidéos Nico Nico Dōga (ニコニコ動画), mais la qualité de l’image est très moyenne. Sheena Ringo est présente sur cette vidéo. Autour de Rie Tomosaka qui chante, elle joue de tous les instruments. Sur la vidéo comme sur la pochette du EP, conçue par le designer graphique Yutaka Kimura (木村豊) de Central67 (fidèle designer de Sheena Ringo et Tokyo Jihen), on constate la notation des initiales TR/SR qui doit faire référence au nom de Tomosaka Rie (TR) et au titre du EP Shōjo Robot (SR). Mais dans le SR, je ne peux m’empêcher de voir les initiales de Sheena Ringo. L’intérieur du boîtier cartonné du CD contient une photo qui couvre les deux surfaces internes. On peut à peine voir cette photo à moins de découper au ciseau une des arêtes, mais on devine les visages de Rie Tomosaka et de Sheena Ringo. Enfin, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse vraiment du visage de Sheena Ringo car j’ai un peu de mal à la reconnaître sauf qu’elle a bien un point de beauté au bon endroit sur le visage. Ces deux photos se faisant face à l’intérieur du boîtier me refont penser à cette image du miroir que je mentionnais auparavant. Cette duplicité est particulièrement intéressante.

une série comme les autres (1)

Cette série démarre sur Killer Street puis gagne Kabukichō pour revenir en début de soirée à Sendagaya devant le Tokyo Metropolitan Gymnasium conçu par Fumihiko Maki. Dans ce gymnase, avait lieu ce soir là, la représentation finale du médaillé olympique Kōhei Uchimura. Il se retire à l’age de 33 ans avec 7 médailles dont 3 d’or et 4 d’argent. Les trois colonnes de béton de la première photographie sont celles du bâtiment brutaliste TERRAZZA conçu par Kiyoshi Sei Takeyama de l’atelier d’architecture Amorphe. Sur la quatrième photographie, on peut voir la gigantesque tour de 225m appelée Tokyu Kabukichō Tower, en cours de construction à l’emplacement de l’ancien Tokyu Milano Theater près de la gare Seibu-Shinjuku. On ne s’en rend pas vraiment compte sur cette vue en contre-plongée mais elle est très haute par rapport aux autres immeubles alentours. Cette tour changera certainement un peu plus l’image du quartier et notamment de la place juste devant qui n’est pas toujours bien fréquentée. Elle ouvrira ses portes au printemps, très bientôt donc. Le site est toujours entouré d’une palissade temporaire blanche imprimée par endroits de photographies de Daido Moriyama. Je pense que toutes ces photos ont été prises la même journée, il y a quelques semaines au mois de Mars. J’essaie d’écrire des billets plus courts en ce moment car une certaine lassitude me gagne ces derniers temps. Je ne sais pas encore si c’est provisoire ou plus profond. Je ne me lasse par contre pas de prendre des photos.

De haut en bas: Images extraites des vidéos YouTube des morceaux I RAVE U de HIYADAM et Queendom de Awich.

Je mentionnais récemment que Sheena Ringo allait sortir un nouveau morceau intitulé Ito wo Kashi (いとをかし), également intitulé toogood dans son titre en anglais. Il est désormais disponible. Le morceau est assez dépouillé musicalement, se basant principalement sur un piano sur lequel vient se poser la voix de Sheena Ringo. Musicalement, c’est un très joli morceau plutôt académique mais très agréable à l’écoute. Je ne le trouve par contre pas transcendant ou particulièrement engageant. Il n’a pas la carrure d’un single et je le verrais plus comme un morceau concluant un EP.

Dans un style certes complètement différent et même à l’opposé, je suis beaucoup plus intéressé par le nouvel EP de DAOKO intitulé Mad EP, car elle se réinvente musicalement grâce à l’intervention de Yohji Igarashi à la production. Igarashi pousse DAOKO vers des sons de dance floor qui lui vont très bien. Sa manière de chanter proche du hip-hop ne diffère pas vraiment de ce qu’on connaît de DAOKO sur certains de ses morceaux précédemment, mais sa voix est plus franche et présente, certainement pour ne pas se laisser dévorer par les sons électroniques qui l’accompagnent. Les quatre morceaux du EP sont tous très accrocheurs et sont dans un esprit musical similaire. J’ai une préférence pour le troisième morceau intitulé escape, car il est un peu plus agressif que les autres, et pour le premier morceau MAD également single du EP. Musicalement, ça peut être parfois assez attendu mais je trouve que l’association avec la voix de DAOKO fonctionne très bien.

Le journaliste musical Patrick Saint-Michel évoque cet EP de DAOKO sur sa newsletter. Il mentionne un autre morceau également produit par Yohji Igarashi pour l’artiste hip-hop HIYADAM, car on y trouve des points similaires dans le mélange du hip-hop et des sons électroniques. Ce morceau que j’écoute en boucle s’intitule I RAVE U. Je ne connaissais pas ce rappeur appelé HIYADAM, et c’est une belle découverte qui me pousse une nouvelle fois à écouter du hip-hop japonais. Je découvre ensuite d’autres morceaux de HIYADAM, toujours produits par Yohji Igarashi comme Honey. HIYADAM y est accompagné par Yo-Sea qui a une voix très accrocheuse. Je découvre ensuite Yabba dabba doo! interprété cette fois-ci avec le duo Yurufuwa Gang (ゆるふわギャング). Les lecteurs de ce blog se rappelleront peut-être de Yurufuwa Gang, duo composé de NENE et Ryugo Ishida, car j’en ai déjà parlé lorsque j’évoquais le EP solo de NENE et l’album de Kid Fresino sur lequel ils intervenaient. Leurs voix sont très puissantes et typées. Je continue ensuite sur ma lancée en écoutant le morceau One Way de Ryohu avec YONCE, le chanteur de Suchmos. YONCE a vraiment une belle voix qui contraste bien avec les mots rappés de Ryohu, que je découvre. Le dernier morceau de cette petite série musicale hip-hop est un choc. Je connais assez mal la rappeuse Awich, à part pour des collaborations comme celle avec Kirinji ou avec NENE sur son EP. Je découvre le premier morceau intitulé Queendom de son nouvel album du même nom sorti en Mars, et quelle puissance vocale et quelle force d’évocation! Ce morceau nous parle d’une partie de sa vie lorsqu’elle quitte la ville de Naha à Okinawa d’où elle est originaire pour la ville d’Atlanta. Elle se marie avec un mauvais garçon qui fait de la prison et se fait assassiner. Écouter ce morceau la première fois m’a fait un choc qui m’a donné les larmes aux yeux.

un palmier au dessus des immeubles

Ici, Azabu Jūban. C’est le seul nom de lieu à Tokyo que je prononce exprès à la française pour énerver tout le monde à la maison. Je ne suis pas le seul à prononcer ce nom de lieu de cette manière, volontairement ou pas, mais je ne sais pas d’où vient cette image française, que je vois plutôt, en général, associée aux quartiers d’Ichigaya et Kagurazaka, où se trouve l’Institut Français (et anciennement le Lycée Français). C’est peut-être dû à la relative proximité de l’Ambassade de France. Au croisement Ichinohashi, un nouvel immeuble a fait son apparition depuis déjà plusieurs mois. Les plaquettes recouvrant la façade nous font tout de suite penser à Kengo Kuma, et il s’agit bien entendu de Kengo Kuma. J’aime beaucoup son architecture (et je vais encore en parler bientôt) mais je commence à me dire qu’il vient standardiser l’image de Tokyo vu la quantité de bâtiments qu’il conçoit. Je suis loin de critiquer car nombre de ses créations architecturales sont tout à fait originales. Le pilier, au milieu du grand croisement à quelques mètres de là, m’attire à chaque fois. Son aspect massif et son emplacement m’impressionnent toujours au point où j’ai à chaque fois envie de le prendre en photo, quitte à ennuyer les visiteurs. La troisième photographie montre l’étrange temple bouddhiste Reiyūkai Shakaden aux formes noires futuristes. Le sanctuaire Nishikubo Hachiman Jinja (西久保八幡神社) situé sur une petite colline juste à côté a été complètement refait. Il faut dire que le quartier limitrophe d’Azabudai est en plein redéveloppement par Mori Building. Un immense espace derrière Reiyūkai a été complètement rasé et de nouvelles tours ont fait leur apparition. Mori fait malheureusement beaucoup en terme de standardisation urbaine. Le petit moment de poésie sur ce billet intervient sur la quatrième photographie, en la présence d’un petit palmier posé tout en haut d’un immeuble. Il semble appeler l’été de ses voeux. Il faut lever les yeux vers le ciel pour le voir. Apprécier l’architecture oblige à regarder vers le ciel. Je continue encore un peu ma marche en direction de la Tour de Tokyo que je montrais précédemment.

Outre les albums de Tricot que je découvre petit à petit et qui m’accompagnent quasiment tous les jours depuis plusieurs semaines, j’alterne avec d’autres musiques qui ont attiré mon attention ces derniers temps. Ce sont souvent des artistes que je suis depuis plus ou moins longtemps et qui sortent de nouveaux morceaux. Ce n’est pas systématique mais j’aime en général beaucoup les nouvelles compositions de Vaundy, ici avec son nouveau morceau Koikaze ni Nosete (恋風邪にのせて) sorti le 7 Mars 2022. Il s’agit du morceau thème d’une émission de télé-réalité sur Abema TV intitulée Kare to ōkami-chan ni ha Damasarenai (彼とオオカミちゃんには騙されない). A vrai dire peu importe. Je pense que Vaundy a un véritable don pour la composition musicale car ses morceaux sont presque immédiatement accrocheurs tout en maintenant cette accroche après de multiples écoutes. Je ne suis en général pas attiré par la pop pure, mais la musique de Vaundy m’attire pratiquement à chaque fois. Sa voix joue pour beaucoup, car on y ressent une passion certaine. Après le très bon morceau intitulé Walpurgis qu’il a écrit pour Aimer, je me dis qu’il devrait par exemple aussi composer pour Milet. Elle a une voix très puissante et particulière mais je n’ai pour l’instant pas entendu de morceau intéressant.

Après avoir écouté quelques morceaux de son nouvel album, je continue maintenant en piochant des morceaux de l’album précédent de Mondo Grosso, aka Shinichi Osawa (大沢伸一), celui intitulé Reborn Again and Always Starting New (何度でも新しく生まれる). Je connais déjà le superbe morceau Labyrinth (ラビリンス) avec Hikari Mitsushima (満島ひかり) au chant, et je découvre maintenant Wakusei Tantra (惑星タントラ) avec Asuka Saito (齋藤飛鳥) de Nogizaka46. Asuka Saito chantait déjà sur le morceau d’inspiration shoegazing STRANGER, sur le dernier album de Mondo Grosso. Sur ce morceau Wakusei Tantra (ou Planet Tantra), elle a une manière similaire de chanter, plutôt neutre et sans fioritures. Cette manière de chanter dans un flot continu est vraiment intéressante. La musique de Shinichi Osawa est très délicate et accompagne bien cette voix, la contrebalance même. Asuka Saito devrait s’échapper de Nogizaka46 pour venir chanter dans ce genre de projets. Tout comme pour Hikari Mitsushima, Shinichi Osawa semble être fidèle aux chanteuses qu’il fait intervenir sur ces albums, donc on peut présager d’autres morceaux à l’avenir. Il faut que je tente maintenant d’écouter un peu plus ces deux albums de Mondo Grosso.

On change encore complètement de style avec Minakekke. Depuis son EP Oblivion de 2019, j’avais un peu perdu de vue ses compositions, mais elle n’a pas sorti de nouvel EP ou album depuis celui de 2019. Son nouveau morceau Memorabilia, sorti le 15 Mars 2022, ne dépareille pas vraiment du style du EP Oblivion. La voix de Minakekke est chargée d’émotion, presque tremblotante, et il en ressort quelque chose de très beau. Alors que le début du morceau est plutôt minimaliste avec une guitare acoustique et un son unique de percussion, mettant l’accent sur le chant de Minakekke, l’accompagnement musical s’étoffe petit à petit. La deuxième partie de Memorabilia fait intervenir le bruit assourdissant des guitares de style shoegazing, sans pour autant altérer sa voix. Je me demande si ce n’est qu’au Japon que l’influence shoegazing est encore si présente. Je ne vais pas me plaindre car j’adore ces sonorités bruitistes.

Le dernier morceau part encore dans une direction complètement différente. Il s’agit de Sakura Burst du groupe Cö Shu Nie. Ce groupe, son nom du moins, m’intrigue depuis longtemps mais je n’avais jamais vraiment essayé d’écouter attentivement leur musique. Il se trouve que la chanteuse de Cö Shu Nie, Miku Nakamura (中村未来), est une amie de longue date d’Ikkyu Nakajima et cette dernière l’avait invité sur l’émission de J-Wave Wow Music pour justement présenter ce nouveau single Sakura Burst. Il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour aller écouter ce morceau attentivement et l’apprécier. Sakura Burst est le thème final d’un anime télévisé intitulé Code Geass: Lelouch of the Rebellion (コードギアス 反逆のルルーシュ) dont je n’ai jamais entendu parlé. A vrai dire peu importe (2). Le style est upbeat, contrastant complètement avec le morceau que j’évoquais juste avant. Musicalement, c’est très fouillé, voire symphonique, et la voix de Miku Nakamura va chercher très haut dans les aigus. Je trouve que ce morceau correspond bien à l’archétype des morceaux utilisés pour des films d’animation, mais celui-ci me plaît beaucoup.

C’est assez inattendu de voir Sheena Ringo sortir un nouveau morceau en solo, et j’espère que ça n’annonce pas une nouvelle pause de Tokyo Jihen. Après le dernier single Futsū ha (ふつうとは) de Tokyo Jihen, il s’agit encore d’un thème musical pour une émission de la NHK adressée au jeune public. Le nouveau morceau intitulé Ito wo Kashi (いとをかし) sera le thème final de l’anime Ojarumaru (おじゃる丸) sur NHK E Tele (Eテレ). Ce thème sera diffusé à partir du 4 Avril donc j’imagine que le morceau entier sera disponible à ce moment là. Cet anime existe depuis très longtemps, apparemment depuis 1998 ce qui correspond au début de la carrière de Sheena Ringo. La photo promotionnelle ci-dessus semble avoir été prise en même temps que celle accompagnant le single précédent de Tokyo Jihen qui est également la photographie de nouvelle année du groupe. Je ne sais pas trop à quoi on peut s’attendre pour ce dernier morceau, mais j’ai un peu peur qu’il soit trop consensuel. Le fait que ça soit le thème final plutôt que le thème d’ouverture permettra peut-être un peu plus de liberté, mais j’avoue avoir assez peu d’attente.

un Fuji rouge au bord de la rivière

Ce billet avec cette sélection de photos est le dernier que j’avais gardé dans mes brouillons depuis plus d’un mois. J’ai pris beaucoup de photos ces deux derniers week-ends mais elles sont encore précieusement conservées sur la carte mémoire de l’appareil photo sans les avoir transférées vers l’ordinateur. J’en oublierais presque ce que j’ai pris et les endroits où je suis allé. Comme sur une pellicule de film argentique, on oublie ce qu’on a pris en photo lorsqu’on la fait développer des mois après, et la surprise est d’autant plus grande. Ceci me rappelle que j’ai justement une pellicule en cours depuis de nombreux mois, peut-être même plus d’un an, et je n’ai strictement aucun souvenir de son contenu. Une idée aurait été de prendre toutes ces photos et ne les développer au fur et à mesure que 20 ans après. L’impact visuel que l’on doit éprouver en découvrant ses propres photographies 20 ans après les avoir prises doit être surprenant, si on compare à l’impact de voir une photographie d’un lieu qu’on vient juste de traverser la journée même. Faire reposer des photographies dans un billet en brouillon pendant plus d’un mois a l’intérêt de se laisser le temps nécessaire pour se questionner sur la qualité des photos que l’on veut montrer. Je l’ai déjà mentionné auparavant mais l’interêt que je peux trouver dans certaines photos que je montre n’est certainement considéré que par moi-même, et tant mieux si d’autres y trouvent également un intérêt ou, au mieux, une certaine poésie.

Il y avait initialement quelques photographies supplémentaires sur ce billet, mais j’en ai retiré plusieurs pour ne conserver que celles ci-dessus prises principalement le long de la rivière Meguro, mais également à Udagawachō à Shibuya. La première photographie est prise près de la grande jonction Ikejiri-Ōhashi. On aperçoit les portions d’autoroutes en hauteur juste avant leur plongée dans l’énorme jonction. Ces portions d’autoroutes se superposant passent au dessus de la grande route 246 qui elle-même traverse la rivière Meguro. Cette accumulation de voies superposées rend cet endroit visuellement intéressant, mais j’aime en fait surtout l’insecte vert dessiné sous le pont au niveau de la rivière. On le devine à peine, car il n’est pas immédiatement visible depuis la rue. A quelques mètres de cet insecte, deux engins mécaniques sont installés dans la rivière. J’imagine qu’ils sont utilisés pour nettoyer la rivière, mais on peut se demander comment ils ont été déplacés à cet endroit là. On ne le voit pas sur la photographie, mais deux grues sont disposées juste à côté. Un peu plus loin, plus près de Naka Meguro, je retrouve la mosaïque du Mont Fuji rouge de Invader s’inspirant directement du Gaifū kaisei (凱風快晴) de Katsushika Hokusai. La dernière photographie nous fait revenir à Shibuya dans le quartier de Udagawachō. Quand je passe dans ce quartier, je jette systématiquement un œil au magasin de disques Manhattan Records, car un des murs du building est toujours décoré d’un graph élaboré, et celui-ci change régulièrement. Il y a trois ans, on pouvait y voir un avion de chasse à tête de requin. Cette fois-ci, il s’agit d’un grapheur venant lui-même dessiner sur ce mur.

Dans le billet précédent, je mentionnais le livre de photographies éponyme de Mika Ninagawa sorti en Octobre 2010. Au moment de l’écriture de ce billet, j’avais recherché si ce livre était disponible sur Mercari et avait trouvé une version à un très bon prix. Je l’ai reçu le lendemain. La rapidité de réception dépend de celle de l’envoyeur mais on atteint dans ce cas là une rapidité digne d’Amazon. J’avais même reçu le photobook avant d’avoir fini l’écriture de mon billet. Ce livre est un sacré pavé de 352 pages, avec en préface une interview de Mika Ninagawa avec Daido Moriyama. Ce livre n’était en fait pas publié au Japon et il est en anglais, mais je l’avais quand même vu en librairie comme je le mentionnais dans mon billet précédent. Il s’agit en quelque sorte d’une rétrospective du travail photographique de Ninagawa, mélangeant photographies de fleurs et portraits de personnalités, comme Chiaki Kuriyama ou Anna Tsuchiya (qui jouait le rôle principal dans Sakuran, le premier film de la photographe), entre beaucoup d’autres. L’impression papier met bien en valeur les couleurs extra vives des photographies de Mika Ninagawa. Parmi les personnalités photographiées, je mentionnais dans le billet précédent une photo de Sheena Ringo (椎名林檎), que je montre ci-dessus. Elle est accompagnée sur cette photo par les acteurs Shun Oguri (小栗旬), Lily Franky (リリーフランキー) et Kenichi Matsuyama (松山ケンイチ). Cette photo est tirée d’une série montrée dans le livre magazine (mook) sorti en Novembre 2006, Kaze to Rock to United Arrows (風とロックとユナイテッドアローズ). Il s’agissait apparemment d’une collaboration avec la marque de vêtements United Arrows. Je n’avais pas acheté de livres de photographies depuis longtemps et ça m’ouvre l’esprit de le voir posé sur la petite table du salon et de le feuilleter progressivement tous les soirs.

風を切って行くわよ

Le béton brut de House in Minami-azabu par l’architecte Hitoshi Wakamatsu. La forme en polyèdre du toit a été calculée pour maximiser la hauteur permise par les régulations urbaines du quartier tout en minimisant l’ombre projetée sur les maisons alentours. L’impression brutaliste de l’extérieur est conservée dans certaines pièces à l’intérieur, notamment le living au deuxième étage ouvert des deux côtés par d’immenses baies vitrées dont une aux formes obliques. Le rez-de-chaussée contient une pièce traditionnelle japonaise en tatami plutôt sombre. Le dernier étage sous le toit est peint en blanc avec quelques fenêtres de taille réduite.

Une cérémonie bouddhiste de quartier à Ikegami pour commencer la nouvelle année sous les meilleurs auspices. Comme elle durait plus d’une heure, je me suis discrètement éclipsé pour aller explorer le quartier. Cette cérémonie aux portes d’un temple suscitait la curiosité de certains passants.

Détails d’une rue du quartier d’Ikegami dans l’arrondissement d’Ōta. La zone que je parcours est presque exclusivement résidentielle et ne m’a pas apporté beaucoup d’opportunités photographiques. Mais il faut parfois plusieurs passages pour que les choses se révèlent à moi. J’ai même souvent tendance à voir des choses différentes à chaque passage dans une même rue ou quartier.

Façade du magasin d’instruments de musique Ikebe à Shibuya. Je fais un détour volontaire pour voir les affiches géantes montrant les visages de Hana et Hikam Watanabe de Tamanaramen (玉名ラメン). Ces photographies aux couleurs fortement modifiées reprennent le style du single The light behind my eyelids, que je mentionnais dans un récent billet.

Quand je marche dans le centre de Shibuya, je passe presque systématiquement derrière le grand magasin PARCO pour voir quelle affiche y est montrée. Cette fois-ci, il s’agissait d’une affiche publicitaire pour une réédition en cours de l’oeuvre manga complète de Katsuhiro Ōtomo « The Complete Works« . Bien que j’aime beaucoup son œuvre, il est fort improbable que je me lance dans cette collection là. J’ai d’ailleurs l’impression qu’il y a déjà eu des rééditions du manga AKIRA et d’autres books commémoratifs.

Je fais ces détours rapides en coupant le vent dans Shibuya pour finalement arriver au Tower Records. Des costumes de scène de Tokyo Jihen y étaient exposés au huitième étage pendant une période limitée. Ce genre d’exposition se déroule en général plutôt au Tower Records de Shinjuku, mais depuis la réduction de l’espace du magasin, il ne devait pas y avoir assez de place pour tout montrer. Il faut dire que ça doit être la plus grande exposition que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. On y retrouve les kimonos portés par Tokyo Jihen lors de l’émission Kōhaku sur NHK le 31 Décembre 2021, les tenues au début et à la fin de cette même émission, et quelques autres utilisées dans d’autres émissions en 2021. J’étais particulièrement curieux de voir le skateboard de Sheena, qui apparaît régulièrement dans des émissions ou des vidéos. On peut également apprécier les Reebok Pump futuristes, les sacs à dos NASA et les tenues de sport colorées dérivées de celles de la période Sports. J’ai également montré quelques unes de ces photos prises à l’iPhone sur mon compte Instagram. J’y suis allé un dimanche à l’ouverture à 11h et il n’y avait donc qu’assez peu de personnes. Comme l’espace n’est pas très grand tout de même, j’ai fait de mon mieux pour ne pas inclure les visages des autres visiteurs sur mes photos sur Instagram, sauf une photo qui montrait l’affiche à l’entrée et sur laquelle on pouvait voir une fille de profil avec le visage à moitié caché par un masque. Quelques heures après publication, je reçois un DM de cette même personne me demandant de flouter la photo sur Instagram sur laquelle on voyait une partie de son visage ou d’enlever complètement la photo en question, ce que j’ai finalement fait car je ne pense pas qu’on puisse éditer une photo déjà publiée sur Instagram. Deux amis ou connaissances de cette personne m’ont également contacté pour la même raison, de manière fort aimable mais insistante tout de même. Je n’avais pas l’intention de créer de problème donc effacer la photo rapidement a rassuré tout le monde. Mais je ne m’étais jamais vraiment posé la question des problèmes éventuels de montrer des visages sur Instagram ou sur ce blog. Le problème sur Instagram est que j’utilisais le tag #椎名林檎 comme tous les autres personnes ayant montré des photos de cette exposition, ce qui fait que la personne en question a rapidement vu ma photo et a réagi. Je ne prends pas souvent des personnes en photo sur ce blog et encore moins sur Instagram, mais je ne me suis jamais empêché de montrer des visages sortant d’une foule par exemple. Cette remarque va peut-être modifier mon approche, du moins je suis sûr que je vais beaucoup plus y penser, ce qui est pour sûr un peu dommage.

Le titre de ce billet n’a pas grand chose à voir avec le contenu mais j’aime tout simplement la manière dont Nanako Matsushima (松嶋菜々子) prononce cette phrase au guidon d’une moto dans une publicité récente. Je garde cette phrase comme titre pour m’en souvenir.